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prit des jeunes gens toutes ces croyances un peu enfantines et ces pratiques plus où moins superstitieuses. Ces prêtres de la Gaule conservaient jalousement pour eux le bénéfice de l'éducation de la jeunesse; aussi étaient-ils bien placés pour faire germer dans ces jeunes cerveaux les idées qu'ils voulaient bien leur inculquer. Mais là ne S’arrêtaient pas Îles fonctions des druides, si l’on peut s'exprimer ainsi. A leurs qualités de prêtres et d’éducateurs s’ajoutaient celles de juges et de médecins. C’est ce dernier point qui nous intéresse uniquement dans un travail de ce genre.
La médecine des druides était toute magie et divination; nous ajouterons : parfois même crime, car ces farouches devins conseillaient quelquelois l’offrande aux dieux de la vie l’un des membres d’une famille pour obtenir la guérison d'un malade. Seul l’usage de quelques plantes était peutêtre ce qu'il y avait de plus médical dans leur thérapeutique. Mais cet art de guérir était également le partage exclusif des druides, ce qui prouve que ces hommes connaissaient bien les faiblesses de l'humanité. Car ils savaient bien qu'il n'y a point de sentiment plus fort ni plus général parmi les humains que le désir de conserver et de prolonger son existence. Et, certainement, nos pères les. Gaulois écoutaientils les druides avec d'autant plus de docilité, que ces derniers leur affirmaient avoir entre leurs mains le moyen de maintenir ou de rétablir leur santé, le premier des biens d’ici-bas. # ne devons-nous pas être indulgents pour ces peuples ignorants, dont les connaissances se réduisaient à ce que les druides voulaient bien leur apprendre, quand on considère que, encore de nos jours, où tout le monde est sensé posséder un certain degré d'instruction, il se trouve encore des personnes, pourtant intelligentes, pour se laisser prendre aux futilités d’un remède de guérisseur ou aux paroles aussi fausses qu'intéressées d’une « sorcière » de plus ou moins erand renom ?
Parmi les plantes utilisées chez les Gaulois dans un but thérapeutique, la camphrée, la samole et la verveine étaient
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souvent conseillées; mais, la plante par excellence, le remède universel, la panacée des Celtes, était le gui de,chêne, qui avait éhez eux la même vogue que la mandragore chez les Juifs. Nous retrouvons la superstition dans toutes les pratiques préconisées pour le ramassage de ces plantes. C'est ainsi que la camphrée, regardée comme un remède puissant, devait être cueillie sans instruments tranchants, et de la main droite, laquelle, passée sous la robe, devait se glisser du côté gauche, comme si l’on dérobait quelque chose. La samole, qui guérissait les porcs et les bœufs de toutes sortes de maux, devait, au contraire, se recueillir de la main gauche et à jeun; elle perdait toute vertu si on avait l’imprudence de la regarder en la cueilant et il fallait aussitôt la donner aux animaux malades. La verveine se cueillait lorsque le soleil arrive dans le signe du lion, après avoir offert à la terre des fèves et du miel comme sacrifice expiatoire; outre sa qualité de fébrifuge, cette plante conciliait les cœurs et donnait la connaissance de l’avenir. Pour le gui, nous avons vu que les branches ne devaient pas toucher le sol, et ses propriétés curatives étaient jugées plus efficaces si le fer ne l'avait pastouché.
Nous voyons donc qu'en définitive il faut voir, dans le culte spécial que les Gaulois vouaient à la nature et aux produits thérapeutiques que les druides en retiraient, toute la renommée du gui à cette époque. D'ailleurs, le pouvoir curatif du gui paraît plutôt être lié à la consécration de cette plante, qui consistait, comme nous l’avons vu, en sacrifices, en prières et en cantiques, après quoi les prêtres en distribuaient un morceau à chacun des membres de l'assistance.
Des recherches ultérieures dans les mythologies des pays éloignés dans des temps plus proches du nôtre nous ont montré que la vénération religieuse pour le mystérieux gui était cultivée par d’autres prêtrises, par d'autres tribus et même des nations de doctrines théologiques très éloignées les unes des autres. On accordait une place de choix à la connaissance de cette plante dans la Volüspa et la Scandinavie. C'était
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avec une branche de gui — ou plutôt une flèche taillée dans du bois de gui — que Hodur ajusta son coup mortel à Balder, le dieu de la lumière de la mythologie du nord. Cette légende est assurément très jolie et met tout à fait en relief la caractéristique du système religieux scandinave, tout en symbolisme et allégorie. Voici un résumé de cette légende, à la fois bien simple et bien naïve :
« Frigga, la déesse de l’amour, effrayée dans un songe et craignant pour son fils Balder, le dieu du soleil, conjure tout ce qui existe sur la terre, le ciel, l’eau et le feu, de lui éviter la mort; mais tout fut impuissant contre la malice de Loke, l’esprit du mal, qui, apprenant de Frigga que, dans ses invocations, elle a oublié ce petit arbuste qui croît sur les côtes de Walhala et que l’on nomme gui, le jugeant trep jeune et trop faible pour avoir à'le redouter, fabrique une flèche de son bois et, par trahison, tue le dieu Balder. Le triomphe du mal fut de courte durée, car le gui destructeur sut, entre les mains de Frigga, redonner la vie au dieu de lumière, de soleil, de moisson; et, d’emblème de mort, il redevint symbole de résurrection et de vie. »
Nous relatons cette légende; mais nous sommes surpris qu'une flèche ait pu être taillée dans du bois du gui, dont les tiges ont une friabilité extrême et ne se prêtent guère, par suite, à cette transformation en un instrument piquant.
Nous voyons ainsi que ce parasite végétal, toujours verdoyant, était associé dans l'esprit scandinave avec la conquête du principe de la lumière et de la vie par celui de l’obscurité et de la mort.
Plus tard, dès l’apparition de l’ère chrétienne, la mytholoaie et ses légendes disparurent; cependant, de la renommée primitive du gui il persista toujours quelque chose. Certains auteurs, Parkinson entre autres disent qu'au moyen âge on aurait appelé le gui Lignum sanctæ crucis. Dans un livre très documenté et intéressant, « The Antiquities of Cornwald » (Oxford, 1757), l’auteur discute les détails de la cérémonie rapportés par Pline, et il dit que cette coutume persistait encore dans quelques contrées de la France