CONSIDÉRATION POUR LE CINQUIÈME JOUR
Sur la confession.
La confession est un des moyens les plus nécessaires et les plus efficaces pour avancer dans la vertu, parce que c’est un sacrement de l’Église qui ne contient pas seulement la grâce sanctifiante pour effacer les péchés commis, mais encore la grâce actuelle pour s’en préserver à-l’avenir. Grâce que Dieu communique d’autant plus libéralement, qu’on se prépare à la confession avec plus de soin et de diligence, et qu’on tâche de la faire avec plus de perfection. À quoi les avis suivants vous serviront beaucoup, si vous les pratiquez fidèlement.
PREMIER AVIS
N'allez jamais vous présenter à ce sacrement par coutume, et sans y être bien préparé; mais tâchez d'y apporter tou-
jours une nouvelle ferveur, vous servant de quelque puissant motif pour réveiller votre cœur. Par exemple 1° du désir de satisfaire à la justice de Dieu que vous avez offensé (1); 2° de la confiance en sa miséricorde (2); 3 du zèle de sa gloire qui vous porte à réparer l'honneur que vous lui avez ôté; 4° d’indignation contre vous-même, et de regret d’avoir déplu à votre Père céleste, et de vous être rendu indigne de ses faveurs (3).
DEUXIÈME AVIS
Avant la confession, prenez un temps raisonnable pour vous y préparer. Mettez-vous en la présence de Dieu avec un profond respect; et voyant le besoin que vous avez de son secours, priez le Saint-Esprit d'allumer en votre cœur le feu de son amour, et d'y exciter une douleur capable de consumer toute l’amertume de vos péchés; suppliez le Fils de vous donner des lumières propres pour connaître vos fautes, et des paroles humbles pour les confesser. Demandez au Père le don de force pour faire pénitence et tirer vengeance de l'injure que vous lui avez faite. Implorez l’aide de la bienheureuse Vierge et de votre ange gardien qui est l'inspecteur de vos actions; et puis faites une revue sur les fautes que vous avez commises depuis votre dernière confession, et commencez par celles qui regardent la matière de votre examen particulier. Une âme qui fait tous les jours exactement son examen, qui veille sur soi durant le jour et qui cherche Dieu en vérité, est si tendre vers lui, qu’elle n’a pas besoin d’un grand emploi de temps pour examiner et rechercher ce qui peut blesser le cœur et les yeux de son divin époux; son principal soin doit être de produire un acte de contrition le plus fervent qu’il lui sera possible.
(1) Ps. 31, 6, — (2) Ps, 41, 6. — (3) Luc. 18, 21,
Notre-Seigneur dit un jour à sainte Catherine : On satisfait pour les péchés par un désir infini, c’est-à-dire par le désir d’une contrition infinie. C’est pourquoi, moi qui suis infini, je demande un amour infini et une douleur infinie, sinon en effet, pour le moins en désir (1). Dites donc avec cette grande sainte :
Seigneur, je voudrais, s’il m'était possible, vous aimer d’un amour infini; et je souhaiterais pouvoir pleurer mes péchés et ceux de tout le monde, avec une douleur infinie qui vint de cet amour infini comme de sa source; ou bien avec saint Auguslin :
Je vous supplie, Seigneur mon Dieu, de me montrer moimême à moi-même, afin que je confesse toutes les plaies dont je me trouverai atteint. Faites-moi cette grâce qu’en vous trouvant je vous aime, qu’en vous aimant je rachète mes péchés, et qu'après les avoir rachetés je ne m'engage plus en de nouvelles dettes. Donnez à mon cœur une véritable pénitence, à mon esprit une contrition parfaite et à mes yeux une vive source de larmes (2).
om a ares ter pes
TROISIÈME AVIS
Soyez persuadé qu’il vaut mieux, parlant régulièrement, se confesser souvent que de s’en abstenir, sous prétexte qu’il y a danger qu’en s’en approchant si facilement on ne le fasse par habitude, et qu’au lieu d’y apporter une préparation requise, on n'y vienne avec une certaine insensibilité ou négligence qui ruine le fruit et le mérite d’une si sainte action. A la vérité, il faut fuir cet écueil; et pour l’éviter vous devez vous servir de deux choses très-importantes et nécessaires : l’une est la crainte de Dieu, qui vous fasse appréhender l’énormité de vos défauts que vous estimez légers; l’autre est
(1) Dialog., c. 3.,— (2) S. Ang., 1, 10 Conf, c, 37, et medit., c. 1,
l'amour de Dieu qui vous rende sensible aux moindres infidélités que vous commettez contre le respect que vous lui devez et les obligations que vous avez à son infinie bonté. Votre cœur étant saisi de cette crainte respectueuse, et attendri par cet amour, il vous sera aisé de vous humilier devant Dieu, de concevoir de la douleur et de la confusion d’avoir si indignement traité son infinie bonté, après tant de grâces qu'il vous a faites, de lui demander miséricorde, d’appréhender la rechute et de vous préparer à la confession avec soin, et non par manière d’acquit. Or, vous approchant du sacrement avec ces dispositions, le fréquent usage que vous en faites est pour vous une source de mille bénédictions. Vous acquérez à chaque fois une pureté nouvelle; vous vous unissez plus étroitement à Dieu; vous concevez une plus grande horreur de vos imperfections, vous vous affermissez de plus en plus dans la pratiqué de la perfection, et vous devenez peu à peu semblable à ces grands saints, que l’Ecclésiastique appelle des hommes riches en vertu, qui sont soigneux de cultiver la beauté de leur âme (1). Tels étaient les premiers religieux de l’ordre de Saint-Dominique, qui se confessaient tous les jours, non-seulement une fois, mais deux et trois fois; et néanmoins la plupart d’entre eux, comme témoigne saint Antonin, vivaient comme des anges, et pouvaient disputer avec eux de la pureté de leur cœur et de la virginité de leur corps.
QUATRIÈME AVIS
Afin que la grâce du sacrement opère en vous, selon les desseins de Jésus-Christ, allez-y avec une grande pureté d'intention, et fuyez soigneusement les recherches secrètes de votre amour-propre. Il y en a qui ont une grande peine à
(1) Eccli., 44, 6.
se confesser, parce qu'ils craignent leur abjection, ou la violence qu'il se faut faire pour quitter certains vices auxquels on a de l’attache, ou même pour se reeueillir et rentrer en soi lorsqu'on s’épanche trop au dehors. Il y en a d’autres qui voudraient toujours se confesser, et qui ne sont jamais contents de leur confession, craignant de ne s’être pas bien confessés. Voilà pourquoi ils voudraient toujours recommencer. Evitez également ces deux défauts, vous souvenant que Dieu a établi la pénitence pour servir de remède à votre âme et non pas de satisfaction à votre amour-propre. Si c’est un remède nécessaire, il le faut prendre avec courage, et vaincre sa répugnance, qui s’évanouira par une généreuse résolution de ne la point écouter. Si ce n’est pas un amusement de l’amour-propre, il y faut plutôt chercher la guérison que le goût, et suivre simplement l’avis du confesseur, sans avoir égard à sa propre satisfaction.
CINQUIÈME AVIS
Usez en vous accusant de paroles simples, nettes el claires, désirant que vos fautes soient connues telles qu’elles sont devant Dieu qui voit le fond de votre cœur, et qui est votre premier juge. La confusion que vous souffrirez vous servira de satisfaction, et attirera sur vous la bénédiction du ciel et la paix de votre conscience. Dans l’accusation des fautes vénielles, évitez l'embarras, la longueur et la superfluité des paroles; contentez-vous d'en choisir quatre ou cinq de celles qui vous donneront plus de confusion en les confessant, et qui vous porteront plus de préjudice si vous en négligez le remède. Surtout ayez la conscience très-délicate à l'égard de l'obéissance, de la charité fraternelle et de la révérence dans vos prières mentales et vocales. C’est trop peu de s’accuser en général du peu de soin qu’on y apporte, sans spécifier les fautes que nous avons honte de dire. La paresse et l’orgueil
sont les sources de ce défaut, qui nous jettent dans l'oubli et le mépris des choses qui semblent petites: mais, hélas! qu'elles sont grandes!
SIXIÈME AVIS
Lorsque vous avez achevé votre confession, entrez en esprit dans les sacrées plaies de Notre-Seigneur Jésus-Christ, pour y recevoir la guérison des vôtres, et pour en retirer la force qui vous est nécessaire, afin de vous séparer avec vigueur de vous-même et de vos propres faiblesses qui vous font succomber si souvent; ou si vous aimez mieux, figurezvous avec la bienheureuse Magdeleine de Pazzi (1), que vous voyez couler son précieux sang sur les âmes pénitentes, et en même temps disposez-vous à le recevoir avec respect. Car, encore que ce ne soit pas en effet le précieux sang de Jésus-Christ qui descend du ciel, néanmoins, comme dit saint François de Sales, c’est le mérite de ce sang répandu sur le Calvaire qui arrose abondamment les pécheurs autour des confessionnaux, et qui remplit leur cœur de bénédictions à mesure qu'ils l’ouvrent pour en faire sortir leurs crimes. Regardez-le donc avec une vive foi comme votre juge, qui va vous absoudre de vos péchés par la bouche du prêtre, pour qui vous devez avoir un grand respect, et écouter les avis qu’il vous donne avec un sentiment d’humilité très-profond, acceptant la pénitence qu’il vous impose d’une prompte volonté, et concevant un saint désir d’en ajouter encore d’autres, pour satisfaire à la justice divine et pour prévenir les peines du purgatoire.
SEPTIÈME AVIS
Après la confession, acquitlez-vous au plus tôt de la pénitence qui vous a été enjointe; rendez grâces à Dieu du héné-
(4) Pucinus in ejus vita, c. 66.
| | NE | à
fice que vous venez de recevoir. Le Psaume 102 est fort
propre pour cela. Bénis le Seigneur, 6 mon âme, et que tout ce qui est en moi bénisse son saint nom.
HUITIÈME AVIS
Soyez présent à vous pour ne point retomber dans vos fautes ordinaires aussitôt après en avoir reçu le pardon; car cette rechute si prompte est une marque presque assurée d’une confession mal faite; comme au contraire le sigue le plus certain du profit que vous tirez de ce sacrement, est la haine habituelle du péché qui reste après la confession, et qui produit son effet lorsque l’occasion est présente, ce qui arrive bientôt par la malice du diable qui tâche d'’affaiblir autant qu’il peut les bonnes résolutions que vous avez faites, et de les étouffer dès que vous les avez conçues. Il y faut prendre garde, et vous préparer à la tentation. Oh! qu'une âme qui observe fidèlement toutes ces saintes pratiques, fait de grands progrès en peu de temps!