‹ Le guide de l'ame en retraiteChapitre 109 sur 193 · I. POINT · texte numérisé non relu

I. POINT

Considérez avec quel sentiment de révérence intérieure et extérieure vous devez assister au saint sacrifice de la messe. Premièrement, à cause de la grandeur et de la majesté souveraine de celui auquel il est offert, qui est Dieu.

Car le sacrifice est un culte de latrie, qui n’est dû qu’à Dieu seul, comme au premier de tous les êtres, en reconnais-

de

sance du souverain domaine qu’il a sur nous, et de la soumission qui lui est due à raison de la dépendance essentielle que nous avons de lui. Jugez avec quel respect on doit lui rendre cet hommage, qui est l’âme de la vraie dévotion, le centre de la religion chrétienne, le premier et le plus important de nos devoirs. Secondement, à cause de la dignité souveraine et infinie de la personne sacrifiée, qui est Jésus- Christ, en la présence duquel les anges tremblent. Car c’est lui qui demeure sous les espèces, après que le pain a été changé en son corps, et le vin en son précieux sang, et qui s'offre lui-même à son Père éternel, comme le suprême adorateur, le premier et principal sacrificateur dont le prêtre n’est que l’organe et le ministre. C’est pourquoi ce spectacle est infiniment agréable aux yeux de Dieu, qui voit son Fils abîimé dans le respect devant lui, avec toutes les vertus d’humilité, d’obéissance, de patience et de charité qu’il exerça sur le Calvaire.

En troisième lieu, à cause de l'excellence du sacrifice qui est le même en substance que celui de la croix, quoique la manière dont il est offert soit différente ; car celui de la croix fut sanglant, et celui-ci innocent ; celui de la croix fut accompagné d'un horrible attentat des Juifs, qui crucifièrent leur roi, celui-ci de la piété des fidèles qui immolent cette adorable victime sur les autels ; celui de la eroix ne se fit qu’en un lieu, celui-ci se fait partout le monde ; celui de la croix ne se fit qu’une fois, celui-ci se fait à toutes les heures du jour en quelque partie de la terre ; enfin, celui de la croix ne dura que trois heures, celui-ci durera jusqu’à la consommation des siècles. Mais quoique ces circonstances soient différentes, cela n'empêche pas que ce ne soit toujours le même sacrifice qui est offert sur la croix et sur l'autel, puisque c'est la même victime; par conséquent nous devons y apporter autant de respect que si nous étions sur le Calvaire, et que nous vissions le Fils de Dieu expirer pour le salut des

hommes. Il semble même quenous devions en quelque façon redoubler notre dévotion envers Notre-Seigneur, parce qu’il était encore passible et mortel lorsqu'il s’immolait sur la croix, et maintenant il est glorieux et immortel; alors il offrait à son Père ses souffrances et ses mérites pour la rédemption générale de tous les hommes, et maintenant il nous en applique le fruit.

Et c’est ici que je lire un quatrième motif de révérence et d'amour, à cause des biens inestimables que Dieu nous fait par le moyen de ce divin sacrifice, pourvu que nous n’y met: tions point d’empêchement. Car c’est un mystère ineffable, qui comprend en soi l’abîme de la charité divine envers les pécheurs ; c’est un abrégé de tout ce que Dieu a jamais fait pour nous; c'est un trésor infini, qui contient en soi tout ce qu'il y a d’excellent, de grand, de rare au ciel et en terre, à savoir, humanité sainte de Jésus-Christ, son COrps, son sang, son âme bienheureuse, dépositaire de tous les trésors de sagesse, de vertu, de grâce et de gloire, que Dieu a communiqués et qu'il communiquera à jamais, et enfin sa divinité même qui s’unit et se donne entièrement à nous.

Ajoutez, pour dernière raison, qu’en offrant à Dieu le saint sacrifice de la messe, nous pouvons satisfaire pleinement à tout ce que nous lui devons, et lui rendre autant qu’il nous peut donner. Que devons-nous à Dieu? Adoration pour ses grandeurs, action de grâces pour ses bienfaits, satisfaction pour nos péchés, invocation pour obtenir de lui tout ce quinous est nécessaire. Or, en lui offrant son très-cher Fils, nous lui offrons une victime égale à ses grandeurs, un présent égal à ses bienfaits, une rançon qui surpasse toutes nos dettes, une requête qui ne peut souffrir de refus puisqu'elle est appuyée sur les mérites de Jésus-Christ, que Dieu ne peut dignement récompenser s’il ne se donne lui-même à nous.

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