‹ Le guide de l'ame en retraiteChapitre 113 sur 193 · CONSIDÉRATION POUR LE HUITIÈME JOUR · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATION POUR LE HUITIÈME JOUR

Sur l'heure de l'oraison mentale.

Mettez-vous en la présence de Dieu, et recevez avec respect les avis que l’amour divin vous donne pour bien faire cette action. £

PREMIER AVIS

Allez à l’oraison avec une haute estime de cette excellente action, et dans un pareil désir de la bien faire. Quand je vois quelqu'un qui néglige l'oraison, et qui ne s’y porte pas avec un fervent amour, je juge aussitôt qu'il n'y a rien de grand dans son âme, et qu’il a peu de grâce et de dons du ciel, dit saint Jean Chrysostôme (1). La méditation est le premier ressort nécessaire pour acquérir les vertus; il faut commencer par là l'exercice de la vie chrétienne; et comme dit sainte Thérèse (2) , il n'y a point de si méchant homme qui ue doive s’y adonner, quand Dieu lui fait la grâce de lui en donner le mouvement. Quiconque possède le vrai don de l'oraison mentale, doit garder la grâce de méditer comme la prunelle de l'œil, et la conserver avec soin comme un dépôt spirituel fort excellent et précieux (3). Le faites-vous ainsi ? ne vous êtes-vous point refroidi dans l’amour de cette vertu? Il faut bannir cette langueur, et rentrer dans les voies du ciel, pour courir après l’époux à l'odeur de ses parfums.

(1) S. Chrysost., l. 1 de orand. Deum. — (2) S. Theres., au chemin de la perfect,, c, 46, — (3) S, Laurent, Justin,, de casto connub., c. 22.

DEUXIÈME AVIS

Prenez pour le sujet le plus ordinaire de vos méditalions les mystères de la vie et de la mort de Notre-Seigneur. C’était le conseil et la pratique de saint Ignace et de saint François Xavier, et c’est encore le commun sentiment des saints pères. Vous ne priez pas bien, dit saint Bernard, si vous cherchez autre chose que le Verbe dans l’oraison, ou si vous y cherchez quelque chose sans le rapporter au Verbe, parce que tout est en lui; vous y trouvez le remède à toutes vos plaies, le secours à tous vos besoins, le supplément à tous vos défauts, l’affluence des grâces pour avancer dans la perfeclion, et enfin tout ce qu'un homme doit recevoir d’utile, de bienséant ou de nécessaire (1). Le sujet des méditations se doit préparer en trois temps.

Premièrement, une fois l’année, ou en plusieurs différentes saisons, choisissant la mätière sur laquelle on veut méditer durant ce temps-là.

Secondement , le soir en se couchant, lisant attentivement le sujet de la méditation du jour suivant, choisissant les points et la fin principale qu'on prétend dans l’oraison, et faisant quelque courte prière pour cet effet.

Troisièmement, le matin, repassant par la mémoire le sujet et les points qu’on a choisis, et la fin qu’on s’est proposée.

TROISIÈME AVIS

Gardez soigneusement la forme et la manière de méditer que saint Ignace vous enseigne, et qui peut se réduire à trois ordres.

(1) S. Ber., serm. 62 in Cant Vide $S. Laur. Justin., L. de casto connubio, c. 23, et Lib, de discipl. Monast., c. 4 et 8 et 18, ubi pulcherr, habet,

Le + ER LE GUIDE DE L'AME EN RETRAITE,

Le premier est un ordre de grâce ordinaire, qui contient trois pratiques ou méthodes qu'on donne communément pour faciliter cet exercice, à savoir: 1° un plein et entier discours sur toutes les circonstances du sujet proposé; 2° un fort raisonnement et une conviction puissante de l’âme et de ses facultés, de son entendement, de sa mémoire, de sa volonté et de son appétit sensitif, concupiscible et irascible sur quelque vérité ou conclusion pratique tirée de tout le sujet, ou sur la laideur de quelque vice, sur les maux qu’il nous cause, et sur les biens dont il nous prive, pour en concevoir de l'horreur avec toutes les forces de l'appétit irascible, ou bien enfin sur la beauté de quelque vertu, sur les biens qu’elle nous apporte, et sur les maux dont elle nous délivre, afin de nous animer à sa poursuite avec toutes les adresses et les industries de l'appétit concupiscible; 3° une instruction morale plus étendue quant aux actes de la volonté, et moins pressée par les actes du raisonnement, s'appliquant aux affections du cœur, à la simple vue des vérités ou des actions et des gestes que l'on remarque dans son sujet, en le parcourant à la façon des homélies des saints pères, à quoi peut encore servir l'application des sens que nous avons expliquée ailleurs.

Le second est un ordre de grâce extraordinaire,-où l'âme reçoit plus qu'elle n’agit, ce qui se fait en trois principales manières qui répondent aux trois états de pureté, de lumière et d'amour, qui se trouvent dans la vie spirituelle. La première consiste dans un sentiment ardent et inopiné de nos péchés et de nos imperfections, qui nous sont montrées dans un si grand jour et par une si grande effusion de lumières survenues tout à coup et sans discours, quon est contraint d’avouer que c'est un coup du ciel qui fait fondre notre cœur en soupirs, en larmes et en éclairs. La seconde consiste dans une si intime pénétration de la beauté des vertus, et dans un si ardent désir de les posséder que rien

ne nous semble assez puissant pour en retarder la poursuite. Si bien que l'âme ravie par ses altraits tout divins, admire le changement qu’elle sent en soi , sa faiblesse se dissipant , et sa vigueur se renouvelant en telle sorte, qu'on peut direavec David qu'elle a pris des ailes d’aigle pour voler à la perfection, qu’elle a toute une autre force pour vaincre ses passions, et que sa vigueur ne se relâchera jamais. La troisième est encore plus relevée, parce que Dieu y agit avec plus d'indépendance, attirant, élevant, purifiant et remplissant l'âme de lumières et de flammes au premier rayon de sa bonté, ou de sa sagesse, ou de ses autres perfections, et à la première vue qu’elle en a, en quelque sujet que ce soit, sur les mystères, sur les sacrements, sur les bénéfices divins, où elle s'arrête amoureusement sans aucun effort ni mouvement du discours. D’où vient que les théologiens mystiques, pour exprimer les diverses impressions qu’elle reçoit dans l'union qu’elle a avec Dieu, disent tantôt qu’elle sommeille à cause de la douceur de ces communications divines; tantôt qu’elle ne peut exprimer ce qu’elle voit ; tantôt qu’elle est blessée, parce qu’elle est pénétrée d'amour; tantôt qu’elle est liée, parce qu’elle ne peut penser qu'à ce qu’elle aime, et ainsi du reste.

Le troisième est un ordre de supplément, qui peut servir au défaut des autres, lorsque par infirmilé ou par soustraction de grâce ils ne nous réussissent pas, soit que cette privation soit une simple épreuve de notre fidélité, soit qu’elle arrive par notre faute, pour nous êlre laissé aller‘avec trop d'empressement et de dissipation aux affaires extérieures, pour avoir manqué aux préparations nécessaires, OU pour avoir commis quelque autre manquement semblable. Quand donc vous serez dans cette sorte d’aridité , de délaissement et d’impuissance, servez-vous de l'une des pratiques qui suivent. 1. Lisez votre méditation, et pratiquant de temps en temps des actes de foi et des affections conformes au sujet

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que vous lisez, dites par plusieurs reprises , s’il est besoin: Je crois cela, Seigneur, j'y consens, je l’accepte, je le veux; et si en cela même vous vous trouvez sans sentiment et sans goût, dites : Mon Dieu, je veux croire ce que je lis, je désire de l’accepter , de l’agréer et de le pratiquer (1). 2. Désavouez devant Dieu et devant toute la cour céleste vos distractions , sécheresses , évagations et lâchetés, et puis acquiescez avec douceur, humilité et patience au bon plaisir de Dieu, vous souvenant que les saints ont souvént souffert de semblables peines d'esprit, vous mettant en leur compagnie pour les souffrir comme eux et avec eux, et répélant souvent ces paroles: Mon Père, que votre volonté soit faite, et non la mienne. 3. Rendez-vous spectateur des personnes qui entrent dans le sujet de votre médiation, voyez ce qu'elles disent et ce qu’elles font, accompagnez-les, suivez-les, écoutez-les en esprit, unissez-vous de volonté à tout ce qu'elles font, désirez de les imiter, présentez le tout au Père éternel, vous souvenant que c'est sur le Calvaire plutôt que sur le Thabor qu’il faut dire : Il fait bon demeurer ici. 4. Attendez comme un pauvre à la porte de la miséricorde de Dien, pour recevoir les miettes qui tombent de sa table, sans envier le bonheur de ceux qui jouissent des délices de son divin banquet.

QUATRIÈME AVIS

Il est certain que le bon succès de l'oraison dépend uniquement de Dieu; mais néanmoins il demande notre coopération, qui consiste en deux choses principales. La première est d’ôter les empêchements qui nous privent du secours divin et qui affaiblissent la vigueur de l’âme qui doit agir avec Dieu, comme sont les péchés, les affections déréglées et les empressements cu inquiétudes {rop vives.

(1) Mare, 9. 23,

La seconde est d'apporter de notre part ce qui est requis pour bien faire cette action, à savoir le désir, la prière etle recueillement. Le désir nous doit faire soupirer souvent après l'heure de l’oraison et nous en donner une haute estime. La prière nous doit faire souvent demander le don d’oraison pour nous et pour les autres, disant avec un aveu sincère de notre faiblesse : Seigneur, enseignez-nous à prier. Enfin, le recueillement doit rallier tous nos, sens extérieurs et intérieurs et toutes nos puissances, non-seulement le soir et le malin, mais encore de temps en temps durant le jour, pour les faire conspirer à la recherche des moyens de nous bien comporter dans l’oraison (1).

CINQUIÈME AVIS

Il est très-important, outre la fin générale de l’oraison, qui est la plus grande gloire de Dieu, et la spéciale qui regarde notre perfection, de vous proposer encore une fin particulière à laquelle vous rapportiez votre méditation. En voici cinq principales que vous devez regarder, choisissant tantôt l’une, tantôt l’autre, selon votre besoin et le mouvement de la grâce. 1° La correction de vos défauts. La méditation, dit saint Jean Climaque, est le miroir de la perfection qui nous montre nos vices pour les corriger; c’est un tribunal qui prévient celui du Seigneur et remédie aux plaies de notre âme (2). 2° La pratique des bonnes œuvres. Car c’est le propre de l’homme de se porter à l’action par la conduite de la raison, comme dit saint Bernard (3), ou, selon saint Thomas, par la recherche qu’en fait la raison (4). 3° L’acquisition des vertus. Le docteur angélique avait coutume de dire que, sans l’oraison, on ne peut s’avancer dans la veriu, non

(1) De Imitat. Christi, 1. ce. 21. — (2) S. Climacus, gradu 28, — (3) S. Bern., scal, claust., ©. 4, — (4) S. Th., 22, q. 52, a. 1.

plus qu'un soldat ne peut suivre la milice sans armes. D’où vient que l'abbé Isaac dit que la fin principale de l’oraison est de travailler à l’acquisition de toutes les vertus. 4° L’amour des souffrances et le sublime esprit de la croix. 5° La connaissance et l’amour de Dieu, et l’intime communication avec lui.

SIXIÈME AVIS

La méditation se divise en six parties, qui sont l’oraison préparatoire, les préludes, la méditation, les affections, les résolutions et les colloques, dont voici la pratique en abrégé que vous devez vous rendre familière. L’oraison préparatoire se fait en celte manière : 1. Mettez-vous en la présence de Dieu, vous tenant un peu éloigné de l’oratoire. 2. Faites une profonde révérence, vous humiliant devant lui, en vue de sa présence, de son excellence et de votre bassesse. 3. Vous mettant à genoux, faites-lui une offrande de votre corps et de votre âme, protestant 1° que vous êtes tout à lui, et que vous lui offrez tout ce que vous êtes; 2° que vous ne prétendez rieu autre chose que son bon plaisir; 3° et que c’est pour cela seul que vous implorez son secours et que vous lui demandez un accès favorable auprès de sa bonté. Les préludes sont au nombre de trois : 4° la représentation du sujet qu'on veut méditer pour l'exercice de la mémoire: 2e la représentation du lieu, pour arrêter l'imagination et faciliter le discours de lentendement; 3 la représentation de la fin que l’on prétend, et du fruit particulier qu’on désire recueillir de la méditation. Sur quoi la volonté commençant à s’échauffer en ses désirs, demande à Dieu la grâce de réussir en son dessein, et réclame pour cet effet l’intercession de la bienheureuse Vierge et des saints. Après les préludes suit immédiatement l'exercice de la mémoire et de l’entendement, qui doivent concourir ensemble pour former le discours de la

me. Étrn.

RÉFLEXIONS IMPORTANTES, ETC. do

méditation; la mémoire suggérant les vérités évangéliques dont elle se souvient, ou que Dieu lui i imprime sur les points de son sujet, et l’entendement les considérant attentivement et les pénétrant profondément pour en tirer des conclusions morales et pratiques, selon ce que dit saint Bernard. La sérieuse méditation ne demeure point au dehors, elle ne s'arrête point à la surface, elle passe plus avant, elle pénètre dans l’intérieur, elle entre dans le particulier, et pesant chaque chose par le menu avec une exacte recherche, elle en tire le suc qu’elle transmet jusqu’au cœur (1). De là naissent les saintes affections de la volonté, sans lesquelles la méditalion serait sans vie et sans âme. Car, comme dit le même saint, on ne doit point chercher ici des pensées sublimes et relevées, mais des pensées qui soient savoureuses, solides et salutaires (2); des pensées qui nous portent à la douleur et à la confusion de nos infidélités, à l'amour de Dieu et du prochain, à la confiance en la miséricorde divine; des pensées d’où nous prenions occasion de nous encourager à la poursuite de la vertu et à la fuite du vice, de nous reprocher nos déréglements, de nous confondre devant Dieu, et de nous jeter entre les bras de son amoureuse providence: en un mot, des pensées qui aient de la lumière et du feu, qui éclairent et qui brûlent, qui instruisent et qui fortifient:; parce que, comme dit saint Jean Climaque, ceux qui sortent de l’oraison sans ces deux effets, prient de corps plutôt que d'esprit, et, s’il faut ainsi dire, à la manière des Juifs. De ces saintes affections, il faut passer aux résolutions et bons propos, dont l'exécution est le fruit principal de l’oraison, que l’on termine par quatre sortes de colloques honoraires, par lesquels on donne louange à Dieu, à la bienheureuse Vierge et aux saints. Eucharistiques, par me on remercie Dieu des biens qu'il nous a faits et des maux dont il nous a

(1) CG 1 de scal, claust, — (2) Serm, 67 in Cant,

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délivrés nous et les autres. Propitiatoires, par lesquels nous demandons à Dieu le pardon de nos péchés. Impératoires, par lesquels nous demandons à Dieu sa grâce, son secours, sa protection, tant pour nous que pour le prochain. Au reste, les affections, résolutions et colloques se peuvent faire, nonseulement à la fin de chaque point de la méditation, mais encore en deux autres temps : le premier est lorsqu'on s'y sent extraordinairement porté, qui est le temps de la consolation; le second est lorsqu'on se trouve dans l'aridité ou dans le trouble, ou dans la difficulté qu’on ressent à se vaincre ou à faire quelque acte de vertu, car alors il faut s’animer et s’échauffer peu à peu par des élans, des affections, des résolutions courageuses qu’on peut tirer de quelque sujet que ce soit; à quoi serviront beaucoup les oraisons jaculatoires.

Après l’oraison, il ne reste plus à faire qu’une revue qui consiste : 1° à reconnaître en quoi on a bien réussi pour en remercier Dieu; 2° à voir en quoi l’on a manqué, à la préparation, au discours, aux affections, à l'attention, au temps, au lieu, à la persévérance, à la ferveur, etc.; 3° à remarquer le résultat de la méditation, les résolutions qu’on a prises, afin de les exécuter, et les bons sentiments qu'on a eus, afin de s’y entretenir le reste du jour, et conserver le feu de l'amour divin que la méditation aura allumé dans le cœur. Hoc fac et vives.

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