‹ Le guide de l'ame en retraiteChapitre 114 sur 193 · I. POINT · texte numérisé non relu

I. POINT

Pour le regard du premier chef, faites vos dévolions au temps ordonné ayez vos heures réglées pour l'oraison, pour la lecture, pour la messe, pour les autres exercices de piété, et tâchez toujours de les faire de la manière la plus parfaite pour imiter Notre-Seigneur qui fait parfaitement bien toutes choses, et qui vous a donné tout ce qu’il avait de plus excellent dans l’ordre de la nature, de la grâce et de la gloire, et de l'union hypostatique. Le paradis mérite bien que nous fassions parfaitement les actions avec lesquelles nous le devons acquérir.

I1, POINT

Avant que de traiter d'aucune affaire avec les hommes, consultez premièrement l’oracle divin. Il ne serait pas bienséant de laisser le maître et de s'adresser aux serviteurs. Entrant dans la conversation, implorez le secours des anges gardiens, de ceux avec qui vous avez à traiter; c'est un puissant moyen pour les gagner. Durant l’action, portez toujours cette pensée que Dieu vous voit et qu'il considère ce que vous faites. Le souvenir de Dieu est une vive source de joie et de tous biens. Ne sortez point du centre de la volonté divine, mais soyez soigneux de vous y conformer en toutes choses. Faites tous vos efforts pour faire réussir vos affaires, comme si tout dépendait de vous ; mais néanmoins dépendez de Dieu aussi absolument, comme si vous n’attendiez rien de volre industrie ni de la faveur des hommes. Souvenez-vous

que vous n'êtes pas maître des événements, et qu'ayant fait tout ce qui dépend de vous, vous devez prendre le succès de la main de Dieu, sans impatience, sans chagrin et sans dépit, qui ne sert qu'à redoubler votre mal. Dans les affaires de conséquence, ne prenez aucune résolution ni engagement sans une mûre délibération ; ne donnez jamais votre consentement à la première rencontre ; soyez avisé dans vos discours, el tenez pour maxime qu’un secret ou un mot important est votre maître ou votre esclave, selonsque vous en savez user. Si vous le laissez échapper légèrement, vous en serez esclave ; si vous le savez retenir, vous en serezle maître. Ne craignez point de paraître partout homme consciencieux, ennemi du vice, zélé pour la vertu, et soyez-le en effet comme vous le voulez paraître. Imitez en traitant avec les hommes Ia patience, la douceur et la condescendance de Jésus-Christ; sachez vous accommoder à leur humeur : ne vous rebutez point de leurs défauts, ni des difficultés qu'ils apportent aux affaires, ni de leurs souplesses et artifices, ni de leur peu d'affection et de sincérité : c’est tout ce que vous devez attendre des hommes. Une des plus belles vertus dans la conversation, c’est l'humilité de cœur qui a des charmes puissants et qui fait ce qu’elle veut, lorsqu'elle est accompagnée d’une cordiale charité envers ceux qui traitent avec vous, et d'une honnête retenue, qui donne à connaître que vous êtes homme de sens et de jugement. Accoutumez-vous à faire un bon usage de toutes les occasions qui se présentent d'agir ou de souffrir pour la gloire de Dieu et de pratiquer la mortification intérieure. S'il arrive quelque adversité, considérez-la comme le Fils de Dieu fit du calice que l'ange lui apporta au jardin des Olives, disant avec lui : Que votre volonté soit faite et non pas la mienne. Si vous souffrez quelque incommodité, regardez en esprit le crucifix, et dites en vous-même : Ge que je souffre, mon doux Jésus, est peu en comparaison de vous. Si vous vous {rouvez en quelque

doute et obscurité, recourez au Saint-Esprit et à la bienheureuse Vierge, qui est la porte de la lumière. Si quelque consolation vous vient de la terre : Hé! Seigneur, pourrez-vous dire, vous n'en eûtes jamais, etje n'en veux point avoir que de vous et avec vous. Si elle vient du-ciel, servez-vous-en pour mépriser les joies du monde : Oh! que la terre me semble vile, quand je considère le ciel ! Si on vous loue, dites en votre cœur : Non nobis, Domine, non nobis, sed nomini tuo ad gloriam. Si on vous reprend, prenez la correction comme un remède d'humilité, qui est amer comme la myrrhe, mais qui vous préserve de corruption. Si on ne vous rend pas l'honneur qui vous est dû, dites intérieurement : O mon Jésus, à moi la confusion, et à vous tout honneur et gloire. Si vous voyez quelque chose qui vous plaise, qui soit aimable, remontez à la source et vous la trouverez encore plus belle et plus agréable. Quand vous verrez quelque laideur et difformité, souyenez-vous de la laideur du péché et en concevez de l'horreur. Si vous voyez faire quelque bien, prenez-y part par complaisance, et réjouissez-vous de la gloire qui en revient à Jésus-Christ. Si vous voyez faire du mal, ayez-en de la douleur, et tâchez d'en faire réparation, en demandant pardon à Dieu par les plaies de son Fils. Enfin, s’il s'élève quelque désir, quelque curiosité ou quelque affection dans votre âme, calmez-la promptement et vous en rendez le maître, vous souyenant que Jésus-Christ est votre unique objet, et qu'il n’y a que lui dont vous devez craindre la perte ou désirer la jouissance.

IIT. POINT.

Considérez quels sont vos divertissements et vos récréations, et tâchez de les ajuster aux règles suivantes :

Ayez égard à votre état et au bon exemple dans le choix de vos divertissements et de vos récréations: n'en prenez

jamais sans avoir élevé votre cœur à Dieu ; n'y employez qu’un temps raisonnable; regardez-y toujours le bien honnête plutôt que l’utile ou le délectable, et le service de Dieu plutôt que votre commodité ; fuyez la passion et la tromperie dans le jeu, n’y cherchez point le gain, n’y attachez point votre cœur, il y a d’autres objets plus relevés et plus dignes de votre affection. Evitez dans vos entretiens les paroles de raillerie, de mépris, de chaleur et d’emportement, et celles qui peuvent blesser tant soit peu la piété ou la pureté et la modestie. Ne donnez jamais lieu à la partialité qui est une source dangereuse de murmures, d'envie, de médisances, de soupçons, de haines et de divisions ; surtout retranchez cette délicatesse qui se trouve assez souvent dans les personnes spirituelles qui, sous prétexte de zèle, ne peuvent supporter les défauts qu’elles remarquent dans les autres; car c’est une pure faiblesse et un défaut de charité, dont le propre est de garder la rigueur pour soi et la douceur pour le prochain.

Page 1