‹ Le guide de l'ame en retraiteChapitre 121 sur 193 · II. POINT · texte numérisé non relu

II. POINT

Notre âme étant d’une capacité infinie, les créatures ne la peuvent pas remplir. Elles sont trop petites en elles-mêmes; une goutte d’eau ne peut pas remplir le vaste abîme de la mer, la disproportion est infinie.

Elles sont trop faibles en leur pouvoir ; elles frappent les sens, mais elles ne peuvent entrer dans le cœur. Leur beauté donne dans les yeux, leurs louanges flattent l'oreille, leur douceur contente le goût, leurs richesses accommodent le

corps ; mais pas une ne satisfait pleinement l'esprit, parce que ce ne sont pas les biens du cœur.

Elles sont trop courtes en leur durée. A peine les a-t-on qu'il faut les quitter, et la béatitude est un bien éternel. Si on en pouvait déchoir, la seule crainte de la perdre serait capable de nous rendre malheureux.

Enfin, elles sont trop infidèles dans leurs promesses, el irompeuses dans leur apparente bonté; elles fuient lorsque nous les poursuivons, elles nous échappent lorsque nous les prenons ; et quand nous les perdons, après Les avoir retenues quelque temps avec beaucoup de peine, il ne nous en reste aucun fruit,/sinon le repentir d’avoir offensé Dieu, le déplaisir d’avoir négligé les biens spirituels et éternels, qu’il était aisé d'acquérir en modérant l’attache que nous avons aux biens créés, et la crainte du châtiment qu'il faut subir, au moins dans le purgatoire, plaise à Dieu que ce ne soit pas dans les enfers. Oh ! quel regret devrions-nous concevoir du

passé à la vue de ces vérités! quelle résolution pour l'avenir d'être plus fidèles à Dieu !

Page 1