‹ Le guide de l'ame en retraiteChapitre 120 sur 193 · I. POINT · texte numérisé non relu

I. POINT

Considérez que Dieu nous a donné une âme qui est d’une capacité infinie, qui ne peut être remplie que d’un bien souverain et infini. Cette capacité qui n’a point de bornes, lui laisse deux choses fort contraires, une grande noblesse et une grande indigence ; grande noblesse, parce qu’elle est capable de tout; grande indigence, parce qu’elle est vide de tout. Ce vide fait qu’elle est toujours en mouvement, cherchant son centre pour y trouver sa plénitude et son repos qu’elle n’a pas en elle-même. Toutes ses pensées, tous ses désirs et toutes ses actions tendent là : et si vous lui-demandiez à chaque instant ce qu'elle cherche, elle vous répon-

drait, lors même qu’elle s’égare, je cherche mon centre, je cherche ma béatitude, et je n'aurai point de repos que je n’y sois arrivée. Cette inclination lui a été donnée, pour nous faire connaître que nous ne naissons pas heureux, mais que nous naissons capables de l'être ; que notre félicité est un bien qu'il faut acquérir, et qu’il y faut employer tous nos soins, si nous ne voulons être toujours misérables. Mais qui le voudrait? mais qui serait capable de le vouloir? Et toutefois, Ô prodige! personne n’est misérable, s’il ne veut. Qu'est-ce ceci, mon Dieu? je ne puis haïr mon bonheur, et néanmoins je le trahis ;"je ne puis aimer mon malheur, et néanmoins je le procure volontairement. N’étes-vous pas mon souverain bien ? d’où vient donc que je l’aime, et que je ne vous aime pas? D'où vient que je pense continuellement aux moyens de me rendre heureux, et que je pense rarement à vous de qui dépend tout mon bonheur?

Mon fils, il y a du désordre dans vos désirs ; vous voulez trouver le souverain bien avant de le chercher, vous voulez jouir avant de souffrir, vous voulez vous reposer avant de travailler, et par une juste punition, vous cherchez sans trouver, vous souffrez sans jouir, vous travaillez sans avoir jamais de repos.

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