I. POINT
On dit qu’il n’est pas bienséant aux grands princes de pleurer ; néanmoins Jésus qui est le plus noble et le plus grand de tous les rois, a versé beaucoup de larmes durant
(1) Matth, 4, 17.
sa vie. Il a pleuré à sa naissance: il a pleuré à la mort de ses amiset à la vue de leur tombeau (1) ; ila pleuré à la vue de la ville de Jérusalem (2) ; ila pleuré sur le Calvaire et sur la montagne des Olives à la vue de nos péchés; mais on ne dit point qu’on l'ait vu rire en aucune occasion. Il en faut chercher les raisons, afin de suivre son esprit et de nous conformer à son exemple.
Premièrement, ses larmes étaient des larmes d'amour. Les yeux suivent le cœur, et l’on peut dire réciproquement que le cœur est où les yeux se portent. Il y atrois témoins irréprochables de l'amour : les regards, les soupirs et les larmes. Voulez-vous voir si l’on vous aime? jugez du feu qui est au cœur par l’eau des larmes qui coulent des yeux; des flammes qui sont cachées au dedans, par les soupirs qui sortent au dehors ; des douces ardeurs de l'amour qui brûle dans la poitrine, par les regards fréquents et les étincelles ardentes qui partent des yeux. Voilà comme il l'aimait, disaient les Juifs (3), voyant pleurer le Fils de Dieu sur Île torabeau du Lazare. Le lieu où la rosée se forme est la région chaude de l'air, et le lieu d’où naissent les larmes de Jésus-Christ est son tendre et amoureux cœur, qui est plein de chaleur et de douceur envers nous. Ah! si vous saviez combien de fois il a pleuré sur vous, combienil a jeté de soupirs, combien il a eu de regards et de vues favorables sur votre salut, vous ne pourriez douter qu’il ne vous aime, ni vous empêcher de l'aimer.