I. POINT
Considérez qu’il y a plusieurs sortes de craintes. Il y a une crainte naturelle qui nous fait appréhender la mort.et les autres choses qui nous privent de la jouissance de quelque bien naturel, et cette crainte n’est ni bonne ni mauvaise. Il y a une crainte mondaine qui nous empêche de pratiquer la veriu et de faire ce que Dieu demande de nous, de peur de déplaire aux créatures: celte crainte est mauvaise, parce qu’elle nous porle au péché. Il y a une crainte servile qui nous fait acquitter de ce que nous devons à Dieu pour la crainte des peines dont nous sommes menacés, comme est celle de l'enfer. On en peut quelquefois user particulièrement dans les tentations subites et dangereuses qui nous surprennent. Saint Jérôme disait qu’il s'était enfermé dans la solitude comme dans une prison, pour la crainte de l'enfer. Le lion craint le feu, et les âmes les plus généreuses craignent les flammes éternelles. Je crains le feu éternel, disait saint Augustin. Il y a une crainte d'amour et de révérence, qui est la crainte des saints, qui craignent le péché plus que la mort, plus que l’enfer, seulement parce qu’il déplaît à Dieu.
Enfin, il y a une crainte qu'on appelle initiale, qui se forme du concours des deux précédentes, savoir de la crainte servile et de la crainte filiale. Et c’est de celle-ci que parle David, lorsqu'il dit que la crainte du Seigneur est le commencement de la sagesse, parce que c’est par elle que l’on commence à goûter Dieu et sa puissance, sa grandeur, sa sainteté et sa justice. Voyez quelle est la disposition de votre cœur sur ce sujet, et tâchez d'y établir la crainte des parfaits, ou du moins celle des commençants qui tendent à la perfection; mais prenez garde que la crainte du monde n'entre jamais en votre âme; la charité ne peut compatir avec elle (1).