‹ Le guide de l'ame en retraiteChapitre 136 sur 193 · IV. POINT · texte numérisé non relu

IV. POINT

Les larmes de Jésus-Christ étaient des marques de ce zèle brûlant qu'il avait pour la gloire de son Père et pour le salut de nos âmes. Il pleurait la perte de tant de pécheurs qui se précipitent tous les jours dans les abîmes, rendant son sang et ses travaux inutiles. Saint Hilaire dit que les larmes sont la sueur de l’âme, parce que comme le corps sue quand il est las et fatigué, ainsi l’âme s’afflige quand elle travaille sans fruit, et sa douleur se décharge par les pleurs. Jésus voyant: donc que sa mort ne profiterait pas à plusieurs qui s’en rendraient indignes, s’attristait jusqu'aux larmes et disait en soupirant : Je me suis consommé en gémissements et en pleurs (1), parce que j'ai vu que je travaillais en vain pour des ingrats qui ne m'en sauraient point de gré (2). Il pleurait encore l'injure que Dieu souffre par la malice des hommes, et la plaie que nos péchés faisaient sur son cœur lui était plus sensible que celles que les bourreaux faisaient sur son corps. Saint Grégoire de-Nysse dit que les larmes sont des gouttes de sang qui coulent de la plaie du cœur, et saint Basile enseigne que ce sont des vapeurs que la dou- Jeur d’un cœur affligé fait monter des entrailles au cerveau, et qu’elle fait distiller par les yeux comme dans un alambic. Or, Jésus ressentait vivement, non les plaies de son corps, mais celles de notre âme, non ses douleurs, mais l’injure de son Père, et le voyant offensé en tant de manières, son cœur serré de douleur faisait de ses yeux deux sources de larmes qui ne tarissaient point (3).

Il pleurait pour apaiser la colère de Dieu et en étreindre

(4) Ps. 6. 7, — (2) rech, 24. — (3) Ps. 418. 436.

toutes les flammes; il pleurait pour satisfaire à sa justice et pour fléchir son cœur irrité contre nos désordres.

Il pleurait pour nous délivrer de ces pleurs et de ces larmes perpétuelles, que les réprouvés verseront inutilement dans les enfers, sans pouvoir adoucir la rigueur du feu qui lès dévore.

Il pleurait pour nous exciter par son exemple à la contrition de nos péchés.

Il pleurait notre impénitence, parce que nous ne pleurons pas.

Enfin, il pleurait pour nous obliger à l’aimer et pour attendrir par ses soupirs la dureté de nos cœurs.

C’est le fruit qu'il prétend retirer de tant de larmes qu'il a versées durant sa vie. Il ne faut pas que cette douce et céleste rosée tombe en vain dans nos cœurs comme dans une terre ingrale et stérile; il faut qu’elle y produise des fruits de pénitence, de justice, de sainteté, de toutes sortes de vertus, mais surtout de l'amour. Joseph'voyant ses frères à ses pieds tout éperdus de frayeur, ne peut retenir ses pleurs; il les baisait tous l’un après l’autre, il les baignait de ses larmes et adoucissait la frayeur de leur cœur de l’eau de ses yeux, et par ce moyen il en effaça avec la peur toute la haine qu’ils lui portaient (1). L'amour que l'envie avait éteint dans leur poitrine se ralluma, et demandant pardon de leur faute, ils dirent tous unanimement : Nous sommes vos serviteurs (2), nous ne voulons plus vivre que pour reconnaître par nos services la favenr que vous nous faites.

Que direz-vous donc au Fils de Dieu, qui ne dédaigne pas de s’appeler votre frère, le voyant pleurer si tendrement, et vous conjurer par ses larmes de le vouloir aimer? Ah! ne résisiez plus à de si puissants attraits ; aimez ce débonnaire Sauveur qui vous donne de si sensibles témoignages de son

(1) S, Aug, serm, 83 de temp. — (2) Gen. 45.

amour. Mêlez vos larmes avec les siennes pour effacer vos péchés; vous n'avez point de plus fortes armes contre vos ennemis invisibles. Une seule larme d’un cœur vraiment contrit, est un tourment plus terrible au démon que tout le feu de l'enfer. Armez-vous donc de soupirs, de gémissements et de pleurs, d’une sainte componétion contre les plaisirs de la chair, contre les vanités du monde, contre les attaques du diable (1). C’est une lâcheté que de pleurer par des considérations temporelles, c’est faiblesse d'esprit, c'est faiblesse de cœur et de force ; mais de pleurer par des motifs surnaturels et divins, c’est la force des saints et le triomphe de Jésus-Christ. Jacob emporta la bénédiction de l'ange par la force de ses larmes; David gagna le cœur de Dieu (2); une larme d’'Ezéchias fit reculer la mort, qui l’allait saisir, de quinze années. Servez-vous donc de ces armes spirituelles à l'exemple de votre maître (3). Pleurez les misères de la vie présente; pleurez la longueur de votre exil ; pleurez la perte des âmes ; pleurez l’offense de Dieu; pleurez le nombre et la grandeur de vos péchés. Ge fut en pleurant que ce mauvais serviteur de l'Évangile obtint de son maître la remise de toutes ses dettes, et si le plus malheureux des réprouvés qui sont dans les abimes, pouvait verser seulement une larme de contrition, elle changerait l’enfer en paradis (4). Vous donc qui en avez le pouvoir, ne le négligez pas. Témoiguez au Fils de Dieu en.pleurant à ses pieds, que vous l’aimez et: que vous avez regret de l'avoir offensé; autrement, si vous laissez endurcir votre cœur, viendra le temps que vous demanderez une goutte d’eau et ne la pourrez obtenir.

(1) $. Bern. serm. 10 ad sororem, — (2) Os. 12. — (3) S. Ambr. serm, 40.— (4) S. Vincent, Ferrerius, Dom, 2 post Pasch, serm, 2,

DU TROISIÈME JOUR

L'esprit de Jésus est un esprit de révérence et de crainte filiale.

« La crainte du Seigneur est sainte, elle subsiste dans l’étérnité. »

Ps. 30. 11.

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