II. POINT
Considérez l'étrange opposition de la tiédeur à l'esprit de Jésus-Christ.
L'esprit de Jésus-Christ est un esprit de douceur et de joie, la tiédeur au contraire est un esprit de tristesse et de chagrin qui nous abat et nous empêche de bien faire ; ce n'est passeulementunetristesse, c’est un dégoût du bien spirituel, qui rend l’homme pesant et mal content, et l'empêche de faire ce qu’il doit (2). Je dis encore plus, c’est un dégoût du bien divin, qui nous porte quelquefois jusqu’au désespoir et au mépris de Dieu et de ses bienfaits; car comme c’est un acte d'amour de se plaire en Dieu et dans les choses qui regardent son honneur et son service, de même c’est un effet de
(1) Vide Nieremberg., |. 6 doct, Ascet,, doct, 5, c, 40, — (2) 2, q. 29, A7 2e
la tiédeur de les trouver fâcheuses, et de les avoir à dégoût et à mépris.
L'esprit de Jésus est un esprit généreux et magnanime, et la tiédeur est un effet de la pusillanimité qui procède d'une vaine crainte de la difficulté qui paraît dans la poursuite de la vertu et dans le culte divin, et qui fait qu'on l’abandonite par bassesse de cœur et faute de confiance en Dieu.
L'esprit de Jésus est un esprit de zèle, je dis d'un zèle tout de feu, d’un feu agissant, qui ne dit jamais c’est assez. Tout ce-au’il fait pour la gloire de Dieu lui semble peu; plus il travaille, plus il augmente le désir qu’il a de travailler pour son service. Au lieu que la tiédeur rend l’âme toute languissante dans l'exercice des vertus, et quoiqu’elle ne fasse presque rien pour Dieu, elle se plaint sans cesse de sa peine, et croit toujours qu’elle en fait trop, ce qui déplaît infiniment à la divine Majesté; car cette langueur plaintive offense sa bonté, gémissant sous un joug, comme s’il était insupportable. Elle avilit son mérite, comme s’iln'était pas assez grand pour mériter la peine qu’on prend à le servir; elle est injurieuse à sa grâce, comme si elle ne suffisait pas pour faciliter la pratique de la vertu et de la perfection ; elle fait tort à sa magnificence, comme si elle n'avait pas le pouvoir de nous récompenser et de nous rendre au centuple le peu que nous faisons pour son amour; elle choque son excellence et sa grandeur, en lui préférant un vain plaisir que l'on prendà satisfaire sa passion, ou à contenter celle d’une vile créature. O0 vanité ! 6 faiblesse du cœur humain ! Promettez à une âme imparfaite un vil contentement, un peu d'honneur et de commodité, elle fera avec joie ce que vous désirez d'elle, quelque difficulté qu’il y ait. Promettez-lui le ciel, dites-lui qu’il y va de la gloire de Dieu, elle aura peine à faire un pas par ce motif. Nous sommes des enfants en la vie spirituelle, nous ne ferions jamais rien, si on ne s’accommodait à nos incli-
nations.