‹ Le guide de l'ame en retraiteChapitre 161 sur 193 · I. POINT · texte numérisé non relu

I. POINT

Jésus aime singulièrement la pureté, et la possède avec une éminence incomparable. Il l’aime singulièrement à raison de son excellente beauté. Il ne fallait pas qu'it y eût aucune tache sur celui qui est le visage de Dieu, selon l'Écriture, et par conséquent le siége de la beauté. Comme il était plus beau que les anges par la pureté de son esprit, il devait être aussi le plus beau de tous les hommes par la pureté de son corps. Les vierges, à son exemple, ne doivent affecter d'autre beauté, dit saint Paschase, que celle de la purelé, qui donne à leur époux le glorieux titre du plus beau de ious les hommes (1).

(1) S. Pasch, in Ps, 44,

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Il l'aime à cause du rapport qu’elle a avec la sagesse ; car il est la sagesse incréée. Or la sagesse qui vient d’en haut est amie de la pudeur (1). Ces deux vertus vont toujours de compagnie. C’est ainsi qu’elles apparurent à saint Grégoire de Nazianze, et lui dirent avec beaucoup de douceur : Ne craignez point, nous ne vous sommes point inconnues ; l’une d’entre nous est la sagesse, l’autre la chasteté; nous venons de la part de Dieu pour demeurer avec vous, parce que vous nous avez préparé une demeure très-pure et très-agréable dans votre cœur.

Il l'aime, parce qu’il est le saint des saints. Or, la pureté est la sainteté du corps, comme la charité est la sainteté de l'âme, et Tertullien dit qu'elle a cette prérogative de voir Dieu de plus près que les autres. Il se fonde sur ce que dit saint Paul, que sans la paix de l'âme qui est la charité, et sans la pureté du corps qu’il appelle du nom de sainteté, personne ne verra Dieu dans sa gloire (2).

Enfin il l'aime parce qu’il est le roi du ciel et la source de la vie bienheureuse des saints. Or, la pureté, dit saint Bernard (3), est la seule vertu qui représente, dans le lieu et dans le temps de cette vie mortelle, l’état de l’immortalité glorieuse. Elle conserve ce vaisseau fragile du corps, et le maintient dans une sainteté inviolable, selon le conseil de l’Apôtre. Elle lui sert de parfum odoriférant semblable à celui dont on embaume les corps morts, pour les garantir de la pourriture. Elle resserre les sens, et ôte pour ainsi dire la chair à la chair, pour la faire vivre à la manière des corps bienheureux, l'empêchant de se relâcher par l’oisiveté, ou de se corrompre par des désirs déréglés, ou de se pourrir par l’ordure des sales plaisirs. Précieuse vertu! heureux état des vierges, qui jouissez par avance des priviléges de la ré-

(4) Jacobi, 3, 17. — Clem. Alex., 3 pædag. c. 5, — (2) Ad Hebr., 12, 14, — (3) Ep. 42.

surrection, et qui disputez en quelque façon de l'égalité avec les anges. Vous êtes déjà ce que nous serons un jour, vous vivez dans le siècle, sans prendre les pensées du siècle, vous égalez en demeurant chastes, comme vous faites, la noblesse des anges; et ce qui est plus admirable, vous imitez d'une manière toute divine la pureté du Verbe incarné, dont l’âme elorieuse, prenant un plein empire sur son corps dès le moment de sa création, ne lui laissa de toutes les faiblesses de la chair que les souffrances ét la mort. C'est pourquoi il ne faut pas s'étonner s’il aime singulièrement la pureté, puisqu’elle est née avec lui, et qu'il l’a apportée avec lui en venant au monde, comme son plus riche trésor. Considération qui nous doit rendre celte vertu très-aimable, puisque, dit le pape Xiste, ce qui est digne de la grandeur de Dieu, et ce qu’il a voulu posséder par préciput, ne peut êlre que très-honorable à la petitesse de l’homme (1).

Le Fils de Dieu aime singulièrement les âmes pures et innocentes.

Il montre l'amour qu'il a pour elles :

1. Par le rang qu'il leur donne auprès de sa personne. La pureté inviolable, dit le Sage, est la chose du monde qui nous approche plus de Dieu (2), comme nous voyons dans le monde que les éléments les plus purs sont les plus élevés. Jésus-Christ les tient plus près de soi, parce qu'elles se séparent de tout ce qu’elles ont de plus cher pour lui adhérer, et cet éloignement des créatures leur donne un certain éclat qui les rend fort semblables à lui. C’est pourquoi saint Cyprien (3) dit que la chasteté ne cherche point d'ornement

(1) Xistus, L. de castit. — (2) Sap. 6. 20. — (3) De bono pudicitiæ.

pour plaire aux yeux du divin époux ; elle est elle-même le plus doux charme de son cœur; c’est elle qui nous unit étroltement à lui, et qui fait le bonheur des âmes où elle établit sa demeure, portant pour ainsi dire le paradis partout où elle va.

2. Il témoigne ce même amour par le soin qu’il prend de leur conduite ; car comme elles ne pensent qu’à lui (1), il n’a garde de se laisser vaincre en amour, ni de les mettre en oubli. Nous ayons un soin particulier des choses rares et précieuses; or, rien n’est plus précieux, ni dans le ciel, ni sur la terre, qu’une âme pure; et puisqu'elles sont toutes dévouées au service de Jésus-Christ , il doit donc avoir soin de ce qui leur appartient; et c'est pour cela que Henri Suso ayant épousé la sagesse incréée par une grâce spéciale, prit depuis le nom de son ministre, pour montrer que ceux qui se consacrent à Dieu en pureté de cœur, doivent quitter tous les soins de la terre, et ne travailler que pour le service du divin époux, à l'exemple de sainte Cécile, qui servait Jésus-Christ comme une abeille industrieuse, ainsi que chante l'Église, s’immolant à la gloire de Dieu par autant de sacrifices qu'il y avait de moments dans la durée de la vie.

3. Il le fait encore paraître par les consolations qu'il leur donne, et par les caresses qu'il leur fait ; car si la sagesse se plaît à converser avec les hommes, qui doute qu'entre tous les hommes elle ne se plaise davantage avec les vierges. Saint Laurent Justinien étant agité de diverses pensées sur le choix de vie où il pourrait trouver la paix de son âme, la sagesse lui apparut, et lui dit : Pourquoi vous troublez-vous? vous cherchez partout le repos et la satisfaction de votre esprit, si vous voulez faire alliance avec moi, vous trouverez la paix que vous cherchez avec tant de passion.

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