‹ Le guide de l'ame en retraiteChapitre 174 sur 193 · III. POINT · texte numérisé non relu

III. POINT

Considérez les grandes lumières et les sublimes sentiments que l’esprit de Jésus nous a donnés sur les souffrances et sur la croix.

4. Il nous apprend que la justice divine, pour châtier la désobéissance d'Adam et les péchés de ses descendants, nous a privés de la douceur de cet heureux état que nous possédions dans l'innocence originelle, et qu’ensuite elle nous a donnés en proie à la mort, aux maladies, aux afflictions, à une infinité de misères ; par conséquent qu'il les faut prendre

de la main de Dieu, comme autant d'effets de sa providence, qui n’est pas moins sage qu’elle est juste et équitable.

2. Que la prospérité nous fait aisément tomber dans le vice; qu’elle nous jette dans l'oubli de Dieu; qu’elle nous précipite dans un abandon et un endurcissement de cœur, dont on ne peut moralement se retirer sans un extraordinaire secours de la grâce ; et qu'au contraire la croix nous humilie et nous fait retourner à Dieu, en modérant l'excès de nos passions violentes. Par conséquent, qu'il est raisonnable que j'adore les jugements dé Dieu, et que je baise les verges dont il me châtie, les prenant comme des remèdes de mes péchés passés, et des Annee Us salutaires contre mes nouvelles chutes.

3. Que les exemples de ceux qui sont tombés dans la prospérité, et de ceux qui se sont relevés par le moyen des afflictions, nous doivent servir de préjugé pour agréer l’état de souffrance où Dieu nous met. Que le premier ange se perdit dans les lumières du ciel, le premier homme dans les délices du paradis, Salomon dans les plaisirs, presque tous les rois de Juda dans les grandeurs, et qu'au contraire Manassès se reconnut dans la prison, Nabuchodonosor dans son exil parmi les bêtes, et tant d’autres fameux pénitents dans les disgrâces de la fortune.

4. Que Dieu connaît nos inclinations, qu'il prévoit les dangers où nous tomberions en cent diverses rencontres ; qu’il est sage, qu’il nous aime et qu’il peut tout ; par conséquent, que nous devons prendre en bonne part, et recevoir avec amour tout ce qui vient de sa main, nous confiant en sa bonté, qui fera tout pour le mieux, et tournera à notre avantage les plus fâcheux accidents, si nous lui sommes fidèles.

5. Que nous ne voyons jamais plus clairement à quel degré de charité et de vertu nous sommes arrivés, que lorsque nous souffrons avec une palience vraiment chrétienne : que

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Satan se moquait de la vertu de Job dans la prospérité ; mais que le voyant souffrir avec une constance héroïque, il changea son mépris en admiration; en un mot, que plus le service que nous rendons à Dieu est difficile, plus il lui est agréable, parce qu’il est plus pur et plus parfait (1).

6. Que Dieu fait tant d’état de la patience, qu’il récompense une affliction d’un moment par-dessus toute mesure, avec éminence et sublimité, d'un poids éternel de gloire. Si donc le malade endure le fer et le feu, pour prolonger sa vie d’un peu de temps ; si le soldat, pour un faible butin ou pour un peu d'honneur, court tant de hasards, et supporte de si grandes fatigues ; si tous les hommes souffrent tant de travaux pour un petit gain temporel, n’y aura-t-il que le ciel et la béatitude éternelle qui soit à tel mépris, qu’on ne veuille rien endurer pour l’acquérir ?

O mon Seigneur ! je vous rends grâces de la lumière que vous me donnez pour reconnaître la dignité, la valeur, l'excellence de l’état d'une âme souffrante. Esprit de Jésus, qui éclairez mon âme, animez aussi mon courage, afin que je suive la vérité que j’ai connue, à savoir que vos fidèles disciples se gouvernent par des maximes totalement opposées à la créance du monde, et qu'ils mettent le vrai honneur dans les opprobres qu’ils souffrent pour votre amour, et tout le bonheur de cette vie dans la croix.

(4) Jacob. 1. 4.

TROISIÈME ENTRETIEN

DU SEPTIÈME JOUR

L'esprit de Jésus ne craint point les maladies ni la mort.

LA

« Il a goûté la mort pour l’amour de nous tous. » HéBr. 2. 9.

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