XXII COUP-D'OEIL
de l'amour qu’il a pour elle, faisant en sorte que toute la force de son discours tende à lui donner de la confusion d’avoir commis un si grand nombre de crimes énormes contre un Dieu si grand et si bon, de l’avoir offensé avec tant d’ingratitude, après qu'il lui a si souvent pardonné, lui qui a puni si sévèrement le péché des Anges et de plusieurs réprouvés moins coupables qu'elle; et cependant de n’avoir fait aucune pénitence, nonobstant tout ce que Jésus-Christ a souffert pour son salut : au contraire de ne lui avoir rendu que du mal. Mais de peur que la multitude innombrable de ses crimes, leur malice horrible, et leur laideur abominable, jointe à la juste indignation des créatures qu’elle mérite pour avoir offensé leur Créateur, ne l’accablent et ne la portent au désespoir, il lui fait tourner sa considération vers la miséricorde infinie de Dieu par un colloque amoureux, admirant sa patience, et le remerciant, de toute l'étendue de ses affections, de ce qu'il lui a prolongé la vie, pour lui donner le temps de faire pénitence et de mettre ordre à ses dérèglements (1).
De plus, dans le troisième et quatrième exercice, il lui fait prendre pour ses médiateurs et intercesseurs Jésus-Christ et la B. Vierge, afin d'accroître sa confiance. Enfin dans le cinquième, qui est de l'enfer, au milieu des peines des darhnés, qu’il lui fait comme toucher par une forte application des sens, il la porte à remercier Notre-Seigneur de ce qu’il n’a pas permis qu’elle tombât dans ce malheur, et qu'il l’a attendue avec une admirable patience.
Que si vous faites de nouveau réflexion sur la suite de tous jes exercices précédents, vous verrez qu'ils servent tous à lui çaire acquérir une très-parfaite connaissance d'elle-même, et par suite une très-profonde humilité, qui est la racine de tout bien, et le plus ferme appui de son avancement spirituel.
Car ils lui montrent qu’elle est tirée du néant, qu'elle s’est
(1) Exercit. spirit.