III. POINT
Jésus est un ami qui ne meurt point, et qui sera toujours le même. L'éternité a deux prérogatives, pour parler avec Tertullien : l’une, d’être sans commencement, et l'autre de n’avoir point de bout ni de fin (2). Toutes les deux contribuent également à la gloire du Verbe, et relèvent infiniment ‘la noblesse de son origine. Comme sa naissance estsans commencement, elle sera sans fin et sans terme ; aussi fallait-il, pour être divine, qu'elle fût immortelle, parce qu'il n’y a rien en Dieu qui ne soit aussi durable que lui-même (3). Toutes choses vieillissent sur la terre, leur être n’est qu’une continuelle défaillance, et plus elles s’avancent en âge, plus elles s’approchent de leur fin. Voilà pourquoi les grands du monde n'ont pas sujet de se glorifier de leur fortune. Gette vaine grandeur qui les rend superbes, ne peut être de longue durée, puisque leur vie, qui en est la base, n’est qu’une mort continuelle (4). Ils règnent comme les dieux de la terre, mais ils meurent pourtant comme des hommes , et quelque ascendant qu'ils prennent sur leurs semblables, leur élévation n'est qu'une chute, puisqu'ils s'élèvent comme la fumée qui se perd en l’air à mesure qu’elle y monte. Il n'y a que le Fils
(1) Esther. — (2) Tertull. advers. Hermogenem, c. 4. — (3) S, Aug. in Ps. 101. — (4) Ps, 26.
DEUXIÈME RÉTRAÎTE,
de Dieu qui demeure et qui ne meurt point, dit saint Augustin (1). Isera toujours ce qu'ilest, sa gloire ne perdra rien de son éclat par le cours des siècles, parce que sa vie divine est une continuelle naissance, que chaque moment de l'éternité fera paraitre toute nouvelle. Son Père l’a vu naître dans son sein avant que les cieux eussent jamais donné le jour à la terre (2) ; il le verra naître encore après qu'ils auront achevé leur course. Les cieux passeront, mais vous, Ô mon Dieu, serez toujours vivant et glorieux dans la compagnie de votre Fils (3). Autant que la plus noble intelligence peut imaginer d’instants, d'heures, de jours dans l'éternité, vous lui direz autant de fois avec une complaisance infinie : Je vous ai toujours conçu dans mon sein, et en vous donnant naissance, je vous ai communiqué tout de nouveau mon être, mon pouvoir, ma félicité et tous les attributs de ma gloire (4).
Si vous avez de l’amour pour le Fils unique du Père éternel, prenez part à la joie de sa naissance, comme si elle était toute nouvelle ; estimez-vous heureux de lui appartenir comme le plus humble de ses esclaves, et si votre condition vous oblige à la servitude, tenez à grand honneur de servir un maître qui ne meurt jamais, et qui rend ses serviteurs immortels ; trois choses sont en notre choix : un maître, un héritage et un ami. Pour ne nous point tromper, il faut choisir un mailre qui ne puisse mourir, un héritage qui ne puisse dépérir, un ami qui ne puisse défaillir. C’est ce qui-ne se trouve point dans le monde. Ces biens qu’il promet ont deux défauts essentiels, ils ne sont ni solides ni durables (5). Cette ombre de gloire, cette apparence, ce fantôme que vous poursuivez à perdre haleine, et pour mieux dire à perte de corps et d'âme, vous fuit avec une extrême vitesse, et vous-même en pensant le suivre le fuyez aussi. Il fuit d’un côté, et vous
(1) S. Aug. in Ps. 89, — (2) Ps. 109, — (3) Ps. 401, 27, — (4) Ps. 2,7.— (5) 1. Cor. 7.
LE G, = T, 1, F2 ll
de l’autre ; vous le quittez ou il vous quilte, et quoiqu'il vous fâche de vous séparer, la mort se mettaut entre deux, vous ne pouvez éviter ce divorce. Il y a seulement cette différence que la mort qui vous enlève du monde, ne touche point à votre âme, elle n’a prise que sur votre corps que vous tenez de la terre ; si bien que l’on peut dire d’un homme mort, qu'il est et qu’il n’est plus; il n’est plus ce qu'il était selon le corps, il subsiste selon l'âme, qui reçoit dans l'éternité la récompense de sa bonne ou mauvaise vie. Dites-moi où sont les grands saints qui nous ont laissé une si douce mémoire de leur vertu? Ils ne sont plus, et ils sont encore ; ils ne sont plus dans les souffrances, dans les travaux et dans les larmes de la pénitence; mais ils sont dans les délices et dans les félicités du ciel; ils ont quitté une vie mortelle, et ils jouissent maintenant des avantages d’une vie glorieuse et immortelle. Tout au contraire, que sont devenus ces impies qui ont rempli le monde de leurs crimes et de leurs désordres ? Ils sont et ne sont plus; ils ne sont plus dans l'honneur, ni dans les grandeurs, ni même dans les prospérités du monde; mais ils sont dans un repentir éternel de les avoir trop aimées. Ils ont injustement méprisé le service de Dieu pour vivre un moment de temps dans un infâme libertinage, et Dieu leur fait justice dans son éternité, les châtiant selon leur malice. Ils souhaitent la mort pour trouver la fin de leurs peines, et la mort s’enfuyant devant eux, les laisse dans le désespoir et dans l'impossibilité de n'être plus ce qu'ils sont, c’est-à-dire infiniment malheureux. Pensez à ceci, âme chrétienne, et souvenez-vous que vous servez un maître dont l'empire est éternel, et que s’il couronne les services de ses fidèles sujets de l'immortalité bienheureuse, il punit aussi les rebelles d’une éternité de supplices,
TROISIÈME ENTRETIEN
DU HUITIÈME JOUR
Jésus-Christ dans le Saint-Sacrement est le sceau de notre persévérance.
u Comme mon Père qui m'a envoyé est vivant par lui-même, et que je vis par mon Père; de même celui qui me mange vivra aussi par moi. »
Joan, 6. 58.