‹ Le guide de l'ame en retraiteChapitre 182 sur 193 · POINT · texte numérisé non relu

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Jésus est le plus fidèle de vos amis, et comme il est immuable dans son être par le privilége de son éternité bienheureuse, il n’est pas moins constant dans son amour par les inclinations de sa bonté. Le temps est un rayon imparfait et une image mobile de l'éternité qui ne change point. De'là vient qu'on attribue au Fils de Dieu toutes les différences du temps, à savoir le passé, le présent et l'avenir, pour exprimer la gloire de son éternelle naissance, qui les enferme toutes avec éminence; mais il n’y en a aucune qui lui convienne mieux que le présent (1). Nous pouvons dire avec saint Augustin qu’il a été, parce qu’en effet il n’a jamais

(1) Marius Victor, 1, 4, adversus Arrium,

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cessé d’être (1). Nous pouvons aussi dire qu’il sera, parce qu’il ne cessera jamais. Mais il vaut encore mieux dire qu’il est, parce que l'être divin dont il jouit pleinement , et la félicité qui l'accompagne est immuable et toujours présente (2). Ces différences du passé et de l'avenir sont deux pièces détachées du temps, dit saint Grégoire de Nazianze, qui ne sont propres que d’une nature fragile et changeante, d'autant que l’une marque ce qui n’est pas encore , et l’autre ce qui n’est plus. Or, ces deux défauts ne conviennent pas au Verbe qui mesure son être par l'éternité (3). IL est aujourd’hui ce qu’il a été de toute éternité (4), c’est-à-dire toujours également sage, également puissant, également saint; toujours plein de gloire, plein de richesses, plein de majesté ; toujours semblable à lui-même, contemplant du centre de son éternité le changement de toutes les créatures, sans changer ni varier, non plus que le centre, qui n’étant qu’un point indivisible au milieu du cercle, voit tourner autour de lui toutes les lignes qui s'ouvrent vers la circonférence, et demeure toujours immobile. Or, s’il est immuable dans son être, dans son jugement et dans sa grandeur, il n’est pas moins constant dans son amour. La vue de nos ingratitudes ne l’a jamais refroidi, et quelque haine qu'il ait pour le péché, il n'a pas laissé d’aimer les pécheurs jusqu’à donner sa vie pour les affranchir de la mort. O force admirable de l'amour divin! nos misères ont eu assez de pouvoir sur son cœur pour lui faire assujettir son éteruité aux changements et aux vicissitudes du temps, mais nos péchés n’ont pu lui faire changer d'inclination pour nous, ni perdre le dessein qu’il avait pris de nous sauver.

Apprenez de là que le Fils de Dieu est l'ami du monde le

(4) S. Aug., tract. 99 in Joann. — (2) Vide eumdem in Ps. 89. — (3) Vide pulcher. locum apud S. Bern., serm. 31 in Cant.— (4) Bœtius quinto de consolat. pres, 6. Idem habet D. Anselmus, €, 24 Monol.

plus fidèle, comme il est le plus ancien. Que si son exemple ne vous a point donné jusqu'ici de fermeté ni de constance dans son service, que votre légèreté vous donne de la confusion. Que vous êtes peu égal à vous-même ! Votre cœur n’est jamais en même assiette; vous n'êtes jamais deux instants de suite un même homme. Tant de fois vous lui avez promis d’étre plus fidèle, et tant de fois vous lui avez faussé la foi. Demandez-lui pardon de votre inconstance , et si vous ne pouvez vous exempter de changement, changez à la bonne heure, mais que ce soit de bien en mieux. Changez de coutume, changez de cœur, changez de sentiments, et quand vous vous serez laissé vous-même, liez-vous à Jésus-Christ, ne l’abandonnez jamais.

Apprenez, en second lieu, que vous n'avez point de plus ferme appui dans vos faiblesses, et dans vos besoins que celui du Fils de Dieu. Ne vous fiez point à l'amitié des hommes, parce qu’elle est volage, ni à leurs promesses, parce qu’elles sont trompeuses, ni à leur puissance, parce qu’elle est trop faible. Aujourd’hui ils sont, demain ils ne seront plus. Il n'y a que le Fils de Dieu qui est toujours le même, et qui peut dire : Je suis celui qui suis. Ce n’est point sans mystère qu'en prononçant sur le point de sa mort ces paroles miraculeuses : Ego sum, cette troupe de soldats qui le cherchait parmi les ténèbres, tomba à la renverse, les yeux en haut, le visage tourné vers le ciel, pour leur apprendre à demander pardon de leur insolence, et nousenseigner en même temps que lorsque l’on compare avec Dieu l'être des créatures, elles fuient, elles tombent, elles se perdent et s’abîiment dans le néant. Oh! le grand abus de s’attacher à des biens légers et périssables, comme s'ils étaient durables et permanents, quoique l’expérience nous fasse connaître leur fragilité et leur inconstance, ef nous contraigne cent fois le jour de condamner la passion qui nous aveugle! Pitoyable faiblesse qui nous fait si souvent repentir de notre folie, sans jamais en être plus sages. O vé-

rité souveraine ! qui ne nous trompez point, immuable appui de nos espérances, ne permettez pas que je m'éloigne de vous. Vous êtes le centre de tous les cœurs, hors duquel il n’y a point de stabilité ni de repos; n’abandonnez pas le mien à l’inconstance volage des créatures. Ce cœur vous appartient, ne donnez pas le sceptre de votre empire à des maîtres illégitimes dont la faveur n’est qu'une ombre et le pouvoir qu'un néant (1).

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