Oh! que c’est peu de chose que tous les biens qui sont
(1) Sap., 5 — (2) Job., 20. 5. — (3) S. Bonav., de 4. ment. exercit,
dans le monde! Dieu les donne à ses plus grands ennemis. Voyez qui sont ceux qui possèdent les grandes richesses, les grands honneurs, les grandes charges, les grands plaisirs; de grands pécheurs, de grands coupables, des réprouvés pour la plupart. Qui voudrait de teis biens à cette condition? qui ne craindrait le partage des réprouvés?
2. Oh! que c’est peu de chose que tous les biens du monde! ils ne peuvent pas remplir la prunelle de l'œil qui est si petite; comment pourraient-ils remplir l'esprit qui est capable de posséder Dieu (1)?
3. Oh! que c’est peu de chose que tousles biens du monde! Toute la terre comparée au ciel n’est qu'un point. Et néanmoins c'est pour avoir une pelite partie de ce point que l’on navigue, que l’on travaille le jour et la nuit, que l’on se tue, que l’on donne de sanglantes batailles; quelle folie!
4. Oh! que c’est peu de chose encore une fois que tous les biens du monde! Ils ne méritent pas le nom qu'ils portent. On appelle bien ce qui nous rend bons: et c’est ce que ces faux biens ne peuvent faire. Les richesses nous font riches, les grandeurs nous font grands, le crédit nous rend puissants; mais ni Îes richesses, ni le crédit, niles grandeurs du siècle ne peuvent nous rendre meilleurs; souvent même de bons ils nous font devenir méchants, et de méchants encore pire et plus endurcis dans le mal. Donc, 6 mon âme! si tu es sage, si tu as quelque rayon de lumière, cesse de poursuivre-des biens qu'on ne peut acquérir sans devenir misérable, des biens qui sont à charge quand on les possède, qui souillent quand on les aime, qui affligent quand on les perd. Aime un bien dans lequel sont tous les biens, et cela suffit; désire un bien tout simple et sans mélange, et c’est assez. Quoi! ma chair; quoi! mon âme, que veux-tu? Tout ce que tu aimes est là; tout ce que tu désires y est. Que cherches-tu davantage (2)?
(1) Eccl , 4. — (2) S. Bonav., de 4. ment. exercit.
TROISIÈME POINT
« N'aimez pas le monde, ni ce qui est dans le monde. » Ce n’est pas assez de concevoir un saint mépris du monde, il faut en avoir de la haine et faire un divorce éternel avec lui.
1. C'est un trompeur qui n’est pas ce qu'il paraît. La montre en est belle; mais le fond n’en vaut rien. C'est uu fumier couvert de neige; c’est un sépulere blanchi; c’est une prison dorée, mais pleine de criminels destinés et condamnés à la mort.
9. C’est un menteur qui promet ce qu'il ne peut donner, et qui donne souvent tout le contraire de ce qu'il promet. Il promet une vie heureuse et nous donne la mort; il promet la liberté et il nous rend esclaves ; il promet de l'appui pour nous faire tomber dans le précipice.
3. C'est un ennemi de Dieu et de votre salut qui vous perdra si vous l’aimez, et qui pour récompense de vos services atlirera sur vous la malédiction que le Fils de Dieu a si souvent jetée sur lui et sur tous ceux qui le suivent.
4. Le moyen de vous ga”antir de ce malheur, ce serait d’avoir un ami fidèle qui vous découvrit le danger où vous êles: mais, comme dit le Sage, qui sera assez heureux pour trouver un homme fidèle (1)? Oh! qu'il y à d'amis du temps, qui ne vous parlent que des prospérités du siècle, et jamais de l'élernité! Oh! qu'il y a d'amis de chair et de sang, qui vous portent à faire fortune dans le monde, sans se soucier de mettre votre salut en danger. Oh! qu’il y a d'amis de table et de débauche, qui vous entraînent avec eux dans le vice, et qui ne veulent pas vous avertir du péril où ils vous engagent!
(1) Prov., 20, 6.
Écoutez donc le conseil du dernier des sages des Hébreux : Séparez-vous de vos ennemis, c’est-à-dire du monde, de la chair et du démon; ef donnez-vous de garde de vos amis (1). Défiez-vous de ceux qui ne vous aiment que pour le monde, et selon l'esprit du monde; tenez pour vérilable ami celui qui vous aime pour Dieu, et dont tous les conseils, conformes à l'Évangile, ne vous portent qu’à l'amour de la vertu et au soin de votre salut. Il y en a peu de cette sorte; mais si vous craignez Dieu, vous en trouverez toujours quelqu'un.
EEZE———————————