TROISIÈME MOYEN DE RÉFORMER SA VIE ET DE METTRE ORDRE A SON SALUT
« N'aimez point le monde, ni ce qui est dans le monde. » 1. JOAN. 2. 45.
PRremiER PRéLUDE. — Vous étant mis en la présence de notre Seigneur Jésus-Christ, figurez-vous qu'il vous avertit de mettre ordre ausalut de votre âme par un éternel divorce avec le monde qui est son ennemi, et qu’il vous dit ces paroles : Que sert à un homme de gagner tout le monde pour un moment, s’il perd soù äme pour l'éternité (2)?
Deuxième Précune. — Demandez lui, par l'intercession de sa
(el
(1) S. Hyeron. ad Demetr. — (2) Marc, 8. 35.
bienheureuse mère, la grâce de reconnaître la vanité et la malignité du monde, et de vous en séparer par un généreux mépris de tous les biens que les mondains estiment et recherchent au préjudice de leur salut.
PREMIER POINT
N’aimez point le monde, ni ce qui est dans le monde, c’est à-dire les plaisirs, les richesses, les honneurs et tous les biens périssables du siècle, que les mondains aiment et recherchent avec des passions déréglées. jusqu’à se perdre eux-mêmes et ruiner le salut de leur âme. Pour en concevoir du mépris, il ne faut que considérer leur peu de durée. Hélas! que la jouissance en est courte !
Car, premièrement, elle ne peut être plus longue que la vie. Or, qu'est-ce que votre vie? Une vapeur qui paraît Dour un peu de temps, et puis qui disparait aussitôt (1). Souvenez-Vous, dit Job, que ma vie est comme le vent, qui passe vite et ne retourne jamais : lorsqu'on m'aura une fois fermé les yeux, je ne pourrai plus les ouvrir pour voir encore les biens que j'aurai quittés, et pour en goûter la douceur (2).
Secondement, bien que la vie soit si courte, la jouissance des biens du monde l’est encore plus. Je veux qu’un prince soit né roi, et qu'il l'ait été jusqu’à la mort, on ne peut pas dire qu'il ait régné autant qu’il a vécu. Il faut en ôter tout le temps de son enfance et celui qu’il a employé au sommeil et à ses divértissements. Que sera-ce donc de celui qui ne sera arrivé à la couronne qu'après plusieurs années, et que la mort fera descendre du trône dans le tombeau presqu'aussitôt qu’il y sera monté? Si vous voulez en croire ceux qui l'ont expérimenté, ils vous diront que tous les biens dont ils
(4) Jacob, 4, — (2) Job., 7.
PREMIÈRE RRTRAITE. 81
ont joui durant leur vie ont passé comme l'ombre; qu'y a-t-il de plus vain? comme un courrier qui va en diligence; qu'y a-t-il de plus prompt? comme un vaisseau que le vent emporte, qu'y a-t-il de plus vite (1)?
En troisième lieu, si les biens du monde sont si courts en comparaison de la vie qui ne fait que passer, ils sont encore jufiniment plus courts en comparaison de l'éternité qui dure toujours. Car si mille ans ne sont devant les yeux de Dieu, qui les mesure à la durée éternelle de son être, que comme le jour d'hier qui est passé, que doit-on dire d’un bien qui ne dure que peu de jours? Ne faut-il pas avouer avec Job que la joie de l’hypocrite n’est qu’un point (2)? Et pour un point perdre son âme à jamais, pour un moment perdre l'éternité,
perdre Dieu pour un néant! n’est-ce pas une étrange folie, et ne faut-il pas être bien aveugle pour s'attacher à des choses périssables, et mépriser le souverain bien dont la durée est infinie? O vie présente! que tu trompes de monde! quand tu fuis, tu n’es plus; quand on le voit, tu n’es qu’une ombre; quand tu montes, tu n'es qu’un peu de fumée, tu sembles douce à ceux qui sont insensés, mais tu n’as que de l'amertume pour les sages. Ceux qui t’aiment ne te connaissent pas; tu n’es connue qu’à ceux qui te fuient; tu parais longue à quelques-uns pour les tromper par cette fausse espérance; {u parais courte aux autres pour les meltre au désespoir (3).
DEUXIÈME POINT
« N'aimez point le monde, ni ce qui est dans le monde. » Pour concevoir encore plus de mépris de toutes les choses du monde, joignez à leur peu de durée leur peu de prix et de valeur.