‹ Le guide de l'ame en retraiteChapitre 47 sur 193 · PREMIER MOTIF D'UN PROMPT ET PARFAIT RETOUR VERS DIEU · texte numérisé non relu

PREMIER MOTIF D'UN PROMPT ET PARFAIT RETOUR VERS DIEU

« Ne tardez pas à vous convertir au Seigneur, et ne différez pas de jour en jour. » Eccz. 5. 8.

Premier PRÉLUDE. — Représentez-vous l’enfant prodigue, qui étant sorti de la maison de son père, et menant une vie honteuse, pauvre et misérable, rentre en lui-même pour reconnaître le pitoyable état où il se trouve, et se résout de le quitter promptement, disant en lui-même: Je ne puis plus vivre dans ces misères, il faut que je me lève et que j'aille trouver mon père (1).

Deuxième PRÉLUDE. — Demandez humblement la grâce de rentrer en vous-même, et de bien connaître le triste état où vous êtes, et la misérable vie que vous menez pour la quitter sans délai.

PREMIER POINT

Ne tardez point à vous convertir au Seigneur, et ne différez point de jour en jour. Pour vous obliger à ce prompt retour, Souvenez-vous que la vie vous a élé donnée pour chercher Dieu, la mort pour le trouver, l'éternité pour le posséder. Par conséquent, malheur à vous, si vous oubliez Dieu durant la vie, et si vous négligez de le chercher ! Malheur à vous, si vous ne le trouvez point à l'heure de la

(1; Lucsæ, 15, 18.

mort! Malheur à vous, si vous le perdez pour toute l'éternité !

Arrêtez-vous à la première de ces trois vérités, et considérez premièrement le malheureux état où vous êtes, et la misérable vie que vous menez dans l’oubli de votre dernière fin et de votre salut. Voyez comment vous vous comportez avec Dieu : le peu de respect que vous avez pour lui: le peu de reconnaissance que vous lui témoignez de ses bienfaits; le peu de soin que vous avez de lui plaire; le peu de plaisir que vous prenez à converser avec lui dans l’oraison; le peu de douleur que vous ressentez de tant.d’offenses que vous commettez contre lui, et de tant d'injures qui lui sont faites: le peu de fidélité que vous apportez à correspondre à ses inspirations ; le peu de profit que vous tirez des sacrements: l’indévotion, la lâcheté, l’irrévérence, la tiédeur et la négligence avec lesquelles vous faites vos exercices continuels. Quelle vie! quels désordres! quelle confusion !

Voyez comment vous vivez avec votre prochain : le peu de charité, de douceur et de support que vous avez pour vos égaux et pour vos inférieurs ; le peu d’obéissance que vous rendez à vos supérieurs; le peu de consolation et de satisfaction que vous donnez aux uns et aux autres: l'aversion, l’indignation, la froideur, l'amertume de cœur que vous avez contre quelques-uns, ne les voyant qu'avec peine, ne leur parlant qu'avec dissimulation, soit par envie, ou par défiance, ou par mépris; les soupçons que vous formez, et les jugements téméraires que vous faites de leurs actions: les ombrages que vous en prenez pour peu de chose; la liberté que vous vous donnez de parler de leurs défauts; le plaisir que vous ressentez quand on parle à leur désavantage, bien loin de détourner le discours; le préjudice que vous leur portez, soit en leurs biens ou en leur honneur, et le scandale que vous leur causez par votre mauvais exemple. Quelle vie! quelle confusion! quel désordre!

Voyez comment vous êtes avec vous-même : l’attache que vous avez aux commodités du corps; l'estime que vous faites de l'honneur, de la faveur et de la réputation parmi les hommes: le peu de modestie extérieure et d'humilité intérieure que vous gardez dans votre conduite; le peu d’abnégation, de mépris et de haine de vous-même ; le peu de mortification de vos passions ; le peu de vigilance que vous apportez à garder vos sens, à réprimer vos sensualités, et à fuir les occasions qui vous engagent en mille piéges dangereux, dont vous n’avez pas assez d'horreur. Quelle vie encore une fois ! quels désordres! quelle confusion! N’avez-vous point de regret de voir vos années si inutilement et si misérablement passées ? Combien peu avez-vous pensé à votre fin? Avec quelle lâcheté vous êles-vous servi des moyens pour y arriver? Oh! si Dieu avait fait à un autre les grâces qu'il vous a si libéralement accordées, quelles bonnes œuvres n’auraitil pas faites? quelles vertus n’aurait-il pas acquises? quelle gloire n’aurait-il pas donnée à Dieu? quelle joie aux anges, quelle édification aux hommes, quelle estime et quel honneur à toute l'Eglise? Quel moyen de réparer toutes ces pertes, si vous ne recourez à la miséricorde de votre Père céleste pour lui demander pardon comme l'enfant prodigue, et pour lui offrir les trente-trois années de la vie de son fils, avec celles de la vie admirable de sa bienheureuse mère et de tous les saints, afin de suppléer à vos défauts, et de réparer la perte de tant de précieux moments que vous deviez employer pour gagner l'éternité ?

Considérez, en second lieu, les principales sources d'où viennent tant de péchés que vous avez commis, afin d'y apporter du remède.

jo C’est peut-être que vous ne pensez guère à la fin pour

laquelle Dieu vous a donné la vie; et par suite, ou vous n'avez pas assez d'estime de la vertu, ou vous n’avez que de faibles désirs de travailler à votre salut, et de vaines complaisances pour la sanctification de votre âme, qui demeurent sans fruit et sans effet. Faites-y réflexion, et ne vous contentez pas de mettre par écrit les résolutions que vous prenez dans vos retraites annuelles, si elles ne sont suivies de l'exécution; car le ciel n’est que pour les bonnes œuvres : Je salut de votre âme dépend de là. Ce n’est pas assez de dire : Je m'en vais commencer: il faut en venir à la pratique.

2° Peut-être que les respects humains ont pris un trop grand empire sur vous. Vous craignez trop le mépris, vous désirez trop de plaire aux hommes, vous tomb. z en plusieurs imperfections par une lâche complaisance, même souvent contre le remords de votre conscience. Enfin, vous ne vivez que par opinion, vous ne prenez pour règle de vos actions et pour excuse de vos imperfections. que ce que le monde a coutume de dire et de faire. Vous suivez ses lois et ses maximes; vous ne regardez point ce que Dieu vous commande, ni ce que Jésus-Christ vous enseigne, ni ce que les Saints ont fait à son exemple: vous ne vous arrêlez qu'aux exemples des imparfaits, au lieu de prendre vos règles et vos iesures de l’immuable et éternelle vérité. Ce n'est pes merveille que votre vie soit une vie d'erreur, et que votre conduite soit faulive et défectueuse en tout.

3° Peut-être que vous êtes accoutumé à faire vos aclions comme par manière d'acquit ou par mouvement naturel, ne considérant pas que voire perfection et votre salut dépendent de chaque action, qui ne peut être bonne. si elle n’est bien faile, ni bien faite, si l'extérieur n’est animé de l'intérieur, si l'intention n’est pure, et si toutes les autres circonstances qui contribuent à sa perfeciion ne s'y trouvent.

4° Peut-être que vous êles {op inconsiant dans vos

bonnes résolutions. La moindre difficulté vous arrête dans le chemin de la perfection chrétienne ; tout vous lasse et vous dégoûte; vous voudriez que la vertu ne vous coûtât rien à acquérir. C'est pourquoi vous ne continuez pas longtemps vos exercices ; vous n'avez pas fait un pas en avant que vous reculez aussitôt. Ainsi c’est toujours à refaire et à recommenceï.

So Peut-être que vous n'avez pas jeté d’assez bons fondements de la vie spirituelle, ne l'ayant pas commencée par la mortification de vos passions, ou n’ayant pas longtemps continué cet exercice, ou l'ayant fait si lâchement, qu’elles ont pris l’ascendant sur la raison, qui ne peut plus les fléchir ni les modérer. De là vient que vous succombez à la moindre résistance, et que prenant une manière de vivre licencieuse sans combattre votre humeur, et sans vous faire violence ni vous contraindre en rien, vous êles toujours vaincu, toujours esclave, suivant en tout les désirs de votre cœur.

6° Peut-être que vous ne faites pas assez d’étal des choses qu’on appelle petites, quoiqu’elles soient de grande conséquence, comme des petites fautes, des pelites règles, des petites observances, des petites pratiques de dévotion et de vertu, sans lesquelles néanmoins les plus considérables ne peuvent pas subsister; parce que ces légers manquements disposent aux plus grands, quand on les néglige, étant certain que les grandes chutes ont d'ordinaire de petits commencements, et qu'on ne devient pas méchant tout à coup, mais par degré.

7° Enfin, vous avez peut-être une forte attache à quelque chose qui est hors de vous, à quelque personne, à quelque emploi ou à vous-même; c’est-à-dire à votre propre jugement, à vos commodités, à votre propre estime ; ce qui fait que toutes vos pensées et vos affections ne visent qu’à vos iniérêts, et que vous rapportez tout à vous-même. Car ces af-

fections déréglées épuisent votre cœur, et vous émpéchent de vous abandonner entièrement à Dieu. Vous n'êtes à lui qu’à demi, vous n'allez à la perfection qu'avec réserve; vous avez peur qu’il ne vous fasse trop de bien et qu’il ne vous mène trop loin, et ainsi en lui liant les mains vous vous rendez indigne des faveurs qu'il vous ferait s’il n'y trouvait point d’obstacle. Examinez-vous bien sur ces chefs, et tirez-en des motifs de contrition, de confusion, de recours à la prière et de désir d’amendement pour la plus grande gloire de Dieu.

TROISIÈME POINT

Après avoir reconnu vos égarements et les principales sources des désordres de votre vie, considérez les mauvaises suites que vous en devez craindre, si vous ne sortez au plus tôt d’un si déplorable état. Malheur à celui qui néglige l’œuvre de Dieu! N’avez-vous pas sujet d'appréhender que la bonté divine ne se lasse de vous attendre? ne vous lassez-vous point vous-même de mener une vie si lâche, si misérable et si indigne d’un homme qui est né pour le ciel, et qui tient un si honorable rang parmi les enfants de Dieu? Croyez-moi, ne différez plus votre retour vers Dieu. Pensez sérieusement -à l'éternité, où tous les moments du temps vous portent, et où vous arriverez plus tôt que vous ne croyez. Mais comment pouvez-vous espérer qu’elle soit heureuse à votre égard, si vous ne vivez autrement que vous ne faites? oh! que vous avez sujet de vous humilier devant Dieu ! et de lui dire avec saint Bernard : O mon Seigneur! toute ma vie m’épouvante et me fait trembler, vu que l'examinant soigneusement je n’y vois que péché ou stérilité, où s’il y paraît quelque fruit, il est si peu solide ou si défectueux, ou même si corrompu, qu'il n'y arien qui puisse vous plaire, ou pour-mieux dire, qui ne puisse vous déplaire. Et néanmoins, quoique cela soit

véritable, je vis comme si cela ne l'était point, ce qui est la plus grande de toutes les misères (1).

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DEUXIÈME MÉDITATION

Malheur de l'âme qui ne trouve point Dieu à l'heure de la mort.

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