‹ Le guide de l'ame en retraiteChapitre 48 sur 193 · DEUXIÈME MOTIF D'UN PROMPT ET PARFAIT RETOUR VERS DIEU · texte numérisé non relu

DEUXIÈME MOTIF D'UN PROMPT ET PARFAIT RETOUR VERS DIEU

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« Ne tardez pas à vous convertir au Seigneur, et ne différez pas de jour en © :

jour. Car sa colère viendra soudain, et

au jour de la vengeance il vous perdra. »

EacLe. 5. 8.

Premier Précune. — Figurez-vous que vous êtes au lit de la mort, abandonné des médecins, le visage tout changé, le crucifix devant les yeux, prêt à rendre les derniers soupirs, el que vous entendez cette voix si surprenante et si terrible aux folles vierges qui ont négligé leur salut : Voici l'Époux qui vient, allez au-devant de lui (2).

Deuxièue Précupe. — Demandez humblement la grâce de concevoir une si forte pensée et une si vive appréhension de la mort, qu’elle vous oblige à retirer promptement votre affection de toutes les choses de la terre, pour la mettre totalement en Dieu.

PREMIER POINT

Ne tardez point à vous convertir au Seigneur, et ne différez point de jour en jour; car Sa colère viendra tout à coup fondre sur vous, et vous perdra sans ressource au jour de la

(4) Lib. de interior. domo, — (2) Matth., 25, 8.

vengeance. Souvenez-vous que la mort est proche, et qu'il est temps d'y penser et de changer de vie, autrement vous meltez votre salut en danger (1).

Considérez done, en premier lieu, que l'heure de la mort n’est pas le temps de chercher Dieu, mais de le trouver. Cherchez Dieu, dit le Prophète. pendant que vous pouvez le trouver (2). Si vous ne le cherchez durant la vie, en vain vous le chercherez à la mort, vous ne le trouverez plus. A la vérilé, vous ne devez jamais désespérer, pendant qu’il vous reste un moment de vie pour implorer la miséricorde de Dieu ; mais si vous négligez de mettre ordre à voire salut de bonne heure, vous le mettez en grand danger, et plus vous différez, plus votre retour vers Dieu devient difficile ; vous vous éloignez de lui toujours de plus en plus; vous vous rendez esclave du péché, et la mauvaise habitude que vous contractez dans le vice, passe insensiblement dans une espèce de nécessité morale qu'il est presque impossible de vaincre ; vons tombez sans y penser dans un aveuglement dangereux, qui fait que vous perdez avec la connaissance, le sentiment et le regret de vos faules ; et de plus, vous vous rendez indigne de la miséricorde de Dieu, qui menace d’abandonner à la mort ceux qui l'ont quitté durant la vie. Je vous ai appelés, leur dit-il, et vous avez refusé de venir; je vous ai tendu les mains, et personne n’a daigné me regarder ; VOUS avez méprisé tous mes conseils, et vous n'avez fait aucun état de mes menaces (3). Et moi, à mon tour, je me moquerai de vous à l'heure de votre mort, et quand le malheur que vous craignez vous sera arrivé, j'en ferai des risées. Oh ! qu’heureux et sage est celui qui tâche d’être maintenant durant la vie tel qu'il veut qu’on le trouve à la mort! Il arrivera peut-être que vous désirerez avoir un jour ou une heure pour vous amender, et vous ne savez si vous l’obtien-

(1) Eccl., 44 — (2) Isaiæ, 55, — (3) Prov., 1.

PREMIÈRE RETRAITE. à

drez (1). Les trèves de cette vie mortelle ne sont pas longues, dit saint Léon, la licence avec laquelle on jouit de ces folles voluptés, est de peu de durée ; elle sera bientôt suivie de la douleur des peines éternelles, si l’on ne cherche le remède de la pénitence, pendant que Dieu suspend l'arrêt de sa justice (2).

Que faut-il done dire? que faut-il conclure de cette imporlante vérité? Que tout périsse, n’importe. Abandonnons ces choses vaines et inutiles, et donnons {ous nos soins à la recherche de la vérité. Cette vie est misérable et la mort est incertaine. Si elle nous surprend sans y avoir pensé, en quel état sortirons-nous. de ce monde? ou apprendronsnous ce que nous aurons négligé d'apprendre en cette vie? Ou plutôt ne serons-nous pas obligés de subir la peine de cette négligence? Pourquoi donc différons-nous de renoncer à toutes les espérances du siècle, pour nous employer tout entiers à chercher Dieu, et la vie bienheureuse pour laquelle nous sommes créés (3)?

DEUXIÈME POINT

Représentez-vous les peines et les angoisses que ressent une âme à l'heure de la mort, après avoir vécu dans l’oubli de Dieu et de son salut. Voulez-vous savoir ce qui l’aflige? Le passé, le présent et l’avenir.

Le passé, c'est-à-dire le souvenir de tant de péchés qu’elle a commis, le mépris qu'elle a fait des inspirations divines, la dissipation des grâces qu’elle a reçues en vain, la perte du temps qui lui était donné pour ménager son éternité, qu'elle ne peut réparer, l’amusement et l'illusion des choses du monde qu’elle reconnaît trop tard, l’aveugle-

(4) Th. à Kemp., 1 de Imit. Christi, — (2) S. Leo, serm. 5, de Quadrag. — (3) S. Aug,, lib. 6, cap. 43. Confes,

ment volontaire et la négligence criminelle dans laquelle elle a passé toute sa vie.

Le présent; c'est-à-dire la rigueur du mal qui la presse, la nouvelle qu'on lui apporte de la mort prochaine qu'elle redoute, et dont toute sa nature frémit; la pourriture et la corruption de son corps, l’abandon de toutes les créatures qui la délaïssent, la perte de tous les biens du monde, les tentations du démon, les remords de sa conscience, et enfin le coup de la mort, qui la sépare de tout ce qu’elle à de plus cher malgré ses répugnances et ses altaches.

L'avenir; c’est-à-dire le jugement de Dieu très-rigoureux, l'examen de toutes ses pensées, de ses paroles et de ses actions; le compte qu'il faudra rendre des plus légères fautes, dont le nombre paraîtra effroyable, et la malice tout autre qu'elle ne s'était imaginé ; l'enquête exacte qu’on fera de ses bonnes œuvres, qui étant pesées dans la balance de la justice divine, seront trouvées plus dignes de châtiment que de récompense ; l'arrêt immuable et sans appel qu'on doit prononcer contre elle, qui décidera de son salut éternel ; l'exécution de la sentence qui sera faite sans délai , et sans qu’elle y puisse former opposition. O abîme inscrutable et sans fond! qui ne tremblerait au bruit de ce redoutable tonnerre : Retirez-vous de moi, maudits, allez au feu éternel? Oh! qu'une âme lâche et criminelle jugera bien autrement dés choses du monde qu’elle ne fait maintenant! oh! qu’elle aura de confusion et de regret de s'être si mal servie des moyens qu'elle avait de faire son salut ! oh ! qu’elle aura de frayeur se voyant sur le bord du précipice, destituée de fout secours, accompagnée seulement des bonnes ou des mauvaises œuvres de toute sa vie, attendant son jugement, sans savoir quel doit en être le succès, sinon qu’elle a sujet de tout craindre, vu ses infidélités et ses mauvais déportements. Ne vaut-il pas mieux prendre un peu de peine pour mettre ordre aux affaires de votre conscience, et pourvoir au

passé par la pénitence, au présent par votre diligence, à l’avenir par votre prévoyance, que de vous engager dans un effroyable danger de perdre l'éternité pour éviter un moment de morlification et de travail ?

TROISIÈME POINT

Considérez que le vrai moyen d'éviter la mauvaisé mort, et de trouver le port du salut, où tant d’âmes lâches font naufrage, c’est de chercher Dieu de bonne heure, et de vous tenir prêt à tout moment de passer du temps à l'éternité, pour paraître devant votre juge el recevoir de lui la couronne qu'il vous réserve dans le ciel. Mettez-vous donc dès maintenant entre la vie présente et-la vie future, entre le temps et l'éternité, et voyez si vous êtes prêt à passer de l’un à l’autre.

1. Ne tenez-vous plus au monde? Si vous y avez encore quelque attache, vous n'êtes pas digne du royaume de Dieu. Celui qui aime le monde, n'aime point Dieu, dit saint Jean (1), et qui n'aime point Dieu, n'est point digne de Dieu. « Elie se hâtant d'aller au royaume des cieux, ne peut y aller avec son manteau : il faut qu'il quitte avec le monde les dépouilles du monde (2). » On ôte le manteau à l'Épouse qui cherche son Époux, afin qu’elle aille voir Dieu avec un cœur pur ef libre de toute affection déréglée (3). Pouvez-vous dire comme sainte Monique? Pour ce qui me regarde, il n’y à plus rien dans la vie qui soit capable de me plaire; je ne sais plus ce que je fais ici, et pourquoi je suis plus longtemps sur la terre (4).

9. Votre conscience ne.vous reproche-t-elle rien ? n’estelle point coupable de quelque péché, avec lequel vous ne voudriez pas mourir ? Mettez-y ordre au plus tôt; faites mourir le péché devant vous, si vous voulez mourir en assurance.

(4) Joann., 1. — (2) S. Hieron., ep. 34 ad Julian. — (3) S. Ambros , } f lib. 3 de Virginibus, — (4) S. Aug, lib. 9, Conf, cap. 10. LE

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3. Avez-vous fait pénitence? avez-vous acquitté toutes vos dettes ? ne reste-t-il rien à payer à la justice divine, qui pût vous arrêter au passage de la mort dans les flammes du purgatoire? Sainte Euphrasie, après avoir mené une vie très-innocente dans Ja religion, disait à Notre-Seigneur aux approches de la mort : Mon Seigneur Jésus, donnez-moi encore une année pour pleurer mes péchés; je n’ai point fait pénitence ; je n'ai rien fait pour mon salut (1). Eh ! que sera-ce de vous, qui vivez si lâchement ?

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