‹ Le guide de l'ame en retraiteChapitre 53 sur 193 · JOAN · texte numérisé non relu

JOAN

PREMIER PRÉLUDE. — Représentez-vous l’entrée admirable que Notre-Seigneur fait dans le monde par son incarnation, en qualité de roi et de conquérant. Voyez comme son Père éternel commande aux anges de l’adorer au point de sa conception; joignez VOS respects et vos hommages à ceux qu'ils lui rendent avec une allégresse incroyable. Jetez-vous en esprit à ses pieds pour J’adorer avec eux, et prêtez l'oreille à l'invitation qu’il vous fait de le suivre.

DeuxiÈME PRÉLUDE. — Demandez la grâce d’être- si vivement touché et persuadé par la considération de ce qu'il a fait pour vous, que dorénavant vous l’aimiez du fond de votre âme, et que vous imitiez de tout votre pouvoir ses divins exemples.

PREMIER POINT

Considérez l’état pitoyable où le monde était réduit lorsque Jésus-Christ descendit du ciel. Déplorez l’aveuglement des hommes, leur oubli de Dieu, leurs crimes, leurs misères etleurs désordres. Admirez la bonté du Verbe éternel qui, aprèsavoir dans son éternité concerté avec son Père et avec le Saint- Esprit le dessein amoureux de notre salut, descend du ciel, qui est le lieu de ses délices, quitte la compagnie des anges pour rétablir son royaume sur la terre, et pour nous témoigner l’ardeur du zèle qui l’oblige à s'anéantir de la sorte. Si vous concevez bien ce que c’est que l’anéantissement du Créateur pour l'amour de sa créature, quel sera votre éton-

nement, voyant ce que Jésus-Christ a fait pour vous? Quels témoignages ne lui rendrez-vous pas de votre reconnaissance ? quelle confusion n’aurez-vous pas d’avoir si mal reconnu un si grand amour, et si peu correspondu à ses desseins ? quelle résolution ne prendrez-vous pas de l’imiter désormais plus fidèlement, de vous anéantir et de vous quitter vous-même pour son amour, de vous mettre au-dessous de toutes les créatures, de commencer comme lui une vie méprisée et inconnue, et d'abandonner toutes les consolations humaines. O Jésus! comment ne serais-je pas ravi de vous voir ainsi abaissé pour mon salut? Quelle ingratitude a pu jusqu'ici me faire oublier si lâchement une telle faveur? Que j'en suis confus, mon doux Sauveur, et que j'ai de désir de réparer cétte faute par un changement parfait de ma vie, et par un anéantissement total de mon amour-propre.

DEUXIÈME POINT

Considérez comment le Fils de Dieu s'offre au même instant de son incarnation, à porter le joug d’une obéissance très-parfaite à toutes les volontés de son Père, acceptant avec joie tout ce qu'il prévoit dès lors devoir lui arriver par les ordres de la divine justice, qui lui sont clairement signifiés, avec une exacte déclaration de tout ce qu’il doit faire et souffrir pour la gloire de son Père et pour notre salut, jusqu’à la mort de la croix. Écoutez ce qu'il dit à la vue de toutes ces choses: Me voici prét d'accomplir tout ce qui est écrit de moi au commencement de votre livre ; je le désire, mon Dieu, de tout mon cœur, et le commandement que vous m'en donnez m'est si cher, que je veux le graver dans le plus intime de mon dme (1). Enfin, voyez avec quelle fidélité il a accompli toute sa vie ce qu'il avait promis, continuant jus-

(4) Ps: 39.8.

qu’à la mort cette oblation qu'il fait de lui-même, et vous ayant toujours présent à sa pensée.

Après une humble reconnaissance d’un si signalé bienfait, et un ardent amour pour votre bienfaiteur, offrez-vous avec lui et par. lui-même à faire et à souffrir pour sa gloire tout ce qu’il lui plaira ordonner de vous, sans aucune réserve et dans un dessein inviolable de ne vous départir jamais de son bon plaisir, quoi qu'il puisse vous arriver, jusqu'à ce que vous ayez consommé votre vie à son service.

TROISIÈME POINT

Considérez comme à ce même moment il choisit le sein virginal de sa bienheureuse mère, comme une prison amoureuse où il veut bien être enfermé pour votre sujet, et y souffrir une mortification continuelle et générale de tous ses sens, avec un renoncement absolu de toutes les choses créées, pour s'élever par là aux plus sublimes exercices de l’oraison et de la contemplation. Surtout adorez ses trois regards dans cet état. Le premier, d'amour sur la gloire de son Père ; le second, de compassion sur vos misères; le troisième, d’obéissance sur la croix qu’il porte déjà dans son cœur ; si bien que si vous pouviez le voir à son entrée dans le monde, vous verriez qu'il y entre tout crucifié, et qu’il ne se séparera jamais de la souffrance jusqu’à la fin de sa vie, durant laquelle il continuera de faire ce qu’il a commencé, se privant de toute consolation humaine, mortifiant son corps et ses sens, et renonçant pour la gloire de son Père à toutes les créatures.

Voilà votre modèle : faites pour lui ce qu’il a fait pour vous. C’est pour vous qu'il est descendu du ciel; c’est pour vous qu'il s’est fait homme ; c’est pour vous qu’il s’est offert à la mort de la croix. Qu’avez-vous fait pour lui? qu’avezvous fait pour vous ? Quelle incommodité, quelle peine avez-

vous soufferte pour sa gloire et pour votre salut? Pensezvous arriver au ciel par la vanité, par le luxe et par les délices du monde? Ce n’est pas là ce que le Verbe incarné vous apprend par son exemple.

Colloque. — O très-sainte et très-heureuse mère de Dieu! souffrez que je prenne part à la joie que vous avez reçue au moment de l'incarnation de votre Fils, puisque vous êtes ma souveraine maîtresse, et que je suis votre esclave. Permettez que je l’adore avec vous, que je me donne à lui pour accomplir toutes ses volontés, que je m’humilie devant lui, et que je m'’assujeltisse à tous ses pouvoirs ; offrez-lui tout ce que je suis ; offrez-lui tout ce que je puis. Priez-le qu'il soit mon Sauveur, et que je trouve accès auprès de lui, pour jouir des fruits de son incarnation, et pour tirer ma force de ses faiblesses, ma consolation de ses peines, ma gloire de ses abaissements ei ma félicité de ses souffrances.

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DEUXIÈME MÉDITATION

Nativité de Notre-Seigneur.

« Et elle enfanta son fils premier né :

elle l’enveloppa de langes et le coucha dans une crèche, parce qu'il n’y avait point de place pour eux dans l'hôtellerie, »

Luc. 2,7.

Premier PréLune. — Représentez-vous sommairement le sujet que vous avez à méditer, savoir, comment la bienheureuse Vierge étant arrivée à Bethléem, accoucha d’un fils qui devait être le Sauveur des hommes et le réparateur du royaume de Dieu; et comment ce divin enfant voulant faire son entrée visible dans le monde, choisit, pour son palais, une étable.

Deuxième PRÉLUDE. — Demandez à Dieu la grâce de bien concevoir ce qui se passe dans ce lieu si pauvre, et ce que Jésus- Christ a fait pour vous, afin de limiter,

PREMIER POINT

Considérez que le Fils de Dieu venant réparer la gloire de son Père, et rétablir son royaume, au lieu de prendre un corps glorieux et impassible, et de paraître avec pompe et magaificence, comme il semblait devoir faire à raison de son excellence suprême, voulut entrer visiblement dans le monde avec une chair passible, infirme, mortelle, sans aucune marque de la gloire intérieure dont son âme jouissait, prenant dès lors pour ses quatre compagnes inséparables, le mépris, la pauvreté, la sujétion et la souffrance, afin de souffrir et de travailler davantage pour le service de Dieu et pour votre salut.

Certes vous avez grand sujet, à la vue de cet enfant, d'être couvert de confusion de ce que vous aimez tant votre corps, et que vous ne voulez rien quitter de vos commodités, ni de lhonneur que vous pensez vous être dû. Corrigez donc vos sentiments, et proposez-vous désormais de cacher ce qui peut tourner à votre gloire, et de renoncer à vos commodités, lors même qu'il sera en votre pouvoir d’en jouir.

DEUXIÈME POINT

Considérez un peu plus attentivement la compagnie qui environne votre roi; vous y verrez une mère Vierge qui, étant la reine du ciel, est réduite à une extrême indigence. Vous y verrez saint Joseph qui, étant le tuteur de ce pupille, et l'époux de sa mère, n’a pas même où les loger. Vous y verrez des pasteurs qui viennent lui rendent hommage, pendant que les grands et les sages du siècle le méconnaissent.

Vous y verrez ces quatre sœurs qui lui feront compagnie toute sa vie, la pauvreté, l'humilité, l’obéissance et la patience. Sa pauvreté est admirable; car il naît en un lieu emprunté, dans une étable, dans une crèche, en des langes vils et pauvres,-en un mot dans une extrême nudité. Son humilité est toute divine; car il vient au monde Ja nuit, sans qu'on s’en aperçoive, sans bruit, sans appareil, inconnu de tous, et même délaissé, méprisé, abandonné. Son obéissance ne peut être plus grande; car il est en cet état soumis à toutes les créatures par l’ordre de son Père; il reconnaît l'empereur Auguste, et veut être mis au nombre de ses sujets ; il est réchaulfé de l’haleine des bêtes; il est sujet à toutes les injures de l'air; il est soumis à sa mère, sa vie dépendant du soin qu’elle en prend, ne pouvant autrement vivre sans miracle. Sa patience est extrême; car il naît en une saison rigoureuse, dans un lieu ouvert à toutes les injures du temps; et ce qui est à considérer, c’est que bien qu’il soit enfant, il a le jugement des hommes faits, ce qui lui fait ressentir vivement toutes ces humiliations et ces incommodités.

TROISIÈME POINT

Rendez-vous attentif au cantique des anges qui donnent la gloire à Dieu, et la paix aux hommes de bonne volonté. Considérez que l'humilité, la pauvreté et la souffrance de Notre- Seigneur annoncées aux pauvres et aux humbles, glorifient Dieu d’une manière excellente, remplissent toute la terre de ses miséricordes, et donnent la paix aux hommes de bonne volonté, tant avec Dieu qu'avec leur prochain et avec euxmêmes. Pesez que cette paix est un fruit de l’anéantissement du Fils de Dieu, qui procède de sa bonté et de son hon plaisir, et qui est apporté par les anges, à qui? À de pauvres pasteurs, non à des hommes intelligents, non aux riches, non aux nobles, mais aux hommes d’une bonne volonté, qui

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