LA FIN ET L'EMPLOI DE CETTE SEMAINE
La fin et l'emploi de la première semaine était de purifier notre âme : premièrement, en détruisant les péchés que nous ayons commis par une sincère contrition ; secondement, en
(4) S. Chrysost., Homil, 6, in Marcum.
prenant la résolution de nous défaire de nos inclinalions déréglées et de nos mauvaises habitudes par un esprit de pénitence, et par un véritable désir de bannir tout ce qui peut nous détourner de notre dernière fin.
Dans la seconde semaine nous cherchons la volonté de Dieu sur le choix de notre état, si nous ne l'avons pas encore fait, ou sur.la conduite que nous devons tenir désormais pour sanctifier nos actions et nos emplois, et pour arriver au degré de perfection qu’il demande de nous.
Or, nous ne pouvons mieux le faire qu'en jetant les yeux sur Notre-Seigneur Jésus-Christ, pour deux raisons : la première, parce qu'il nous a tracé dans sa vie et dans sa mort le parfait modèle de notre sanctification ; la seconde, parce qu'il nous a mérité par l’une et par l'autre les grâces nécessaires pour connaître le degré de sainteté auquel il nous appelle, et pour y parvenir. Pour cet effet, il veut que nous ayons toujours son exemple devant les yeux, comme le plus puissant motif et le moyen le plus efficace de notre perfection (1).
C’est dans cette vue que saint Ignace nous le donne pour notre guide, qui sait mieux que tous le chemin du ciel, et qui peut nous y conduire plus sûrement, parce qu'il est la lumière du monde ; et par conséquent celui qui le suit ne marche point dans les ténèbres. Votre emploi sera donc, durant cette semaine, de regarder la vie de Jésus comme le plus excellent modèle de toutes les vertus, et de former de saintes résolutions de l’imiter le plus parfaitement que vous pourrez, principalement dans la pauvreté, dans les travaux et dans les mépris qu’il a soufferts pour la gloire de son Père et pour le salut des hommes.
(1) S. Ignat.
Emploi particulier de ce jour.
Pour imiter le Fils de Dieu il faut l'aimer, et pour l'aimer il faut le connaître et l’estimer. C’est à quoi tend la contemplation du royaume de Jésus-Christ, que saint Ignace vous propose aujourd’hui sous la figure d’un grand roi, qui invite tous les hommes à le suivre, chacun selon la condition et l’état auquel il l'appelle, dans le dessein qu'il à de rétablir la gloire de Dieu, et de lui regagner l'empire des cœurs que le péché a débauchés. Prenez-le done pour le sujet de tous vos entretiens de ce jour, comme le plus digne objet de votre estime, de votre amour et de voire imitation, et tâchez d'entrer dans le grand dessein pour lequel il est venu au monde, qui est de rétablir la gloire de Dieu et le salut des hommes.
Lisez sur ce sujet les premier et huitième chapitres du premier livre de lImitation de Jésus-Christ.
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PREMIÈRE MÉDITATION
Du royaume de Jésus-Christ. — Qualités divines de ce roi céleste qui nous appelle à son service.
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« Au roi des siécles, au Dieu qui est immortel, l’invisible et l’unique, honneur et gloire dans les siècles des siécles. »
TiIMOT. 1. 13.
Remarque.
La fin de cette Méditation et des deux suivantes est de considérer les qualités également aimobles et admirables de la personne de Jésus-Christ, et l'excellence du dessein pour
lequel il est venu au monde, qui est de rétablir la gloire de Dieu, et de regagner l'empire des cœurs dont il est le roi légitime, afin de nous offrir à lui pour le suivre partout où il lui plaira, dans la résolution de nous consumer entièrement pour ce sujet, et de consacrer toute notre vie à sa gloire et à son service.
Premier PRÉLUDE. — Représentez-vous les villes et les bourgs, les synagogues et les autres lieux de la Palestine, que le Fils de Dieu a parcourus en préchant.
Deuxième Précune. — Demandez à Dieu la grâce de ne point fermer l'oreille à la voix et aux invitations de Jésus-Christ, s’il lui plait vous appeler à son service; mais au contraire de vous disposer à le suivre promptement et avec générosité.
PREMIER POINT
Proposez-vous un roi choisi de Dieu, à qui tous les princes chrétiens et tous les peuples doivent respect et obéissance. Figurez-vous que ce roi fait convoquer ses élais, et que dans l'assemblée de ses sujets il leur déclare qu’il a dessein de subjuguer tous les infidèles, et de les assujeltir à son empire ; que quiconque désire de le suivre, doit se résoudre à limiter; qu’il ne reçoit personne qu'à condition qu'il fasse ce qu'il lui verra faire; qu'il sera lui-même le premier aux périls et aux occasions, et qu'il ne commandera rien aux siens, dont il ne leur montre l'exemple ; qu’au reste, il mesurera la récompense au mérite, et que chacun aura part au bonheur de la victoire, selon qu'il se sera bien comporté dans le combat (1). Après cela, considérez ce que de fidèles sujets sont obligés de répondre à un roi si aimable et si magnifique, et avec quelle allégresse ils doivent s'offrir à son service, prêts à exécuter avec courage tous ses commande-
(4) Apoc.; è.
ments ; et au contraire, s’il se trouvait quelqu'un qui refusât d’obéir, et d'accepter des offres si avantageuses et des conditions. si honorables, combien de reproches il attirerait sur
lui, et quelle impression il donnerait à tout le monde de sa lâcheté.
DEUXIÈME POINT
Appliquant ceci par comparaison au Fils de Dieu, représentez-vous qu'il est ce roi venu du ciel, à qui tous les hommes doivent une obéissance très-soumise ; que son royaume consiste en ce que toutes les créatures raisonnables soient librement et volontairement sujettes à ses lois et à ses conseils, et qu’elles travaillent fidèlement pour sa gloire et pour son service; qu’au lieu de conspirer- ainsi qu'elles devaient à ce dessein si juste et si glorieux, elles se sont révoltées contre lui dès le commencement du monde ; que pour remédier à ce désordre, et venger L'injure qui lui était faite par l'injustice ou par l’aveuglement des hommes, il a bien voulu descendre sur la terre, et apporter au monde la connaissance et l’amour de Dieu ; afin de réparer par sa venue le lustre et la gloire de son royaume.
Admirez cette grande bonté de votre Dieu et de votre roi, lequel pouvant punir sans pitié ses sujets rebelles, a mieux aimé les ramener à leur devoir par les atirails de son amour et par les adorables conseils de sa souveraine miséricorde. Remerciez-le amoureusement de ce qu'il à choisi un moyen si doux et si convenable à sa gloire pour réparer son royaume.
Apprenez. enfin combien vous devez faire état d’un emploi aussi honorable qu'est celui de procurer la gloire de Dieu, et de lui regagner le cœur des pécheurs : puisque le Fils de
Dieu a jugé qu'il était digne de sa personne, de ses travaux et de sa mort.
TROISIÈME POINT
Considérez comme Jésus-Christ, durant l’espace de trente- -trois ans, n’a pas seulement procuré la gloire de son Père d'une manière admirable, employant à ce seul dessein tous les travaux de sa vie et de sa mort; mais vous y à invité vous-même par des exemples et par des motifs extrémement puissants, afin qu’un faible sujet comme vous eût cet honneur incomparable de suivre son roi, de marcher sur ses pas, de participer à son noble dessein, et de se rendre semblable à lui, en procurant comme lui la plus grande gloire. de Dieu, par les mêmes moyens qu’il a choisis. Arrêtez-vous ici à considérer les principales circonstances de cetle vocation.
1. Celui qui vous appelle est le Roi des rois, dont l'excellénce, la dignité et la sainteté ne peuvent monter plus haut, puisqu'il est vrai Fils de Dieu, qui a une sagesse admirable pour conduire ses sujets, une douceur merveilleuse pour gagner leurs cœurs, un amour non pareil pour les chérir, une patience invincible pour souffrir leurs défauts, une puissance souveraine pour les protéger.
9. Son dessein est grand et héroïque: réparer la gloire de Dieu, rétablir son royaume, renverser celui de Satan, délivrer les hommes de sa tyrannie, détruire les vices et réformer la vie malheureuse du monde.
3. Il pouvait exécuter ce dessein tout seul, ou se servir du ministère des anges qui sont les princes de Sa cour ; mais il a voulu vous associer à celte entreprise, afin que vous eus siez l'honneur d'y être employé, et de coopérer à votre salut et à celui du prochain.
4. Dans cette importante affaire il ne cherche point son intérêt, mais le vôtre ; votre souverain bien est d’être soumis
— Ent nie
—— Msn.
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à Dieu ; votre dernier malheur est d’être esclave du démon ei du péché.
9. Il ne vous commande rien qu'il n'ait pratiqué luimême ; et si c’est un grand honneur au serviteur de suivre son maître, quelle gloire est-ce de suivre Jésus-Christ, et d’être traité comme lui?
6. Il gouverne ses sujets avec une douceur qui gagne les cœurs des plus obstinés et des plus rebelles.
7. Il pourvoit avec un grand soin à tous les besoins de Ceux qui le suivent, et les anime au combat par sa présence, par Son exemple et par sa grâce.
8. 11 récompense libéralement ceux qui lont suivi, leur donnant la gloire éternelle pour des services et des travaux d’un moment. O bonté infinie ! 6 magnificence digne de Dieu.
Admirez la faveur qu'il vous a faite de vous incorporer à lui par la foi et par Ja grâce de votre baplême, comme un membre de son corps mystique, afin de ne vivre et de ne respirer que pour une si noble fin. Failes réflexion sur les fréquentes instances qu'il vous à failes depuis ce temps-là Pour Vous encourager à son service, et le peu de correspondance que vous y avez apporté, vu que vous êtes encore si imparfait, et si rempli d'amour-propre et de mauvaises habitudes. Représentez-vous qu'à cet instant il vous appelle de nouveau, ef rentrant en vous-même, voyez avec quelle force il vous presse tous les jours par des lumières et des inspirations secrètes, et par des exemples domestiques de vertu qu’il vous met devant les yeux, lui qui pourrait avec justice vous jeter hors de sa maison, Comme un serviteur inutile, el vous chasser de sa milice. Et cependant il vous invite tendrement à renouveler vos efforts, et à reprendre un noueau courage de le servir plus fidèlement, comme si vous lui étiez nécessaire. Ne devez-vous done pas vous donner à lui avec plénitude de cœur, vous résoudre à limiter désormais plus parfaitement, et à graver son image dans
votre cœur par une fréquente méditation et par un fervent amour, afin de la reproduire dans toutes les actions de votre vie? Oui, certainement il le faut, et vous ne pouvez ignorer que ceux qui se vouent à son service, ne doivent pas se contenter d’un médiocre travail, mais qu'ils doivent s’animer à faire de grandes choses pour la gloire d’un si bon maître, en combattant les ennemis de son royaume, et en S'opposant généreusement aux révoltes des sens et de la chair, et aux suggestions de l’amour-propre et de l'amour du monde, qui sont la source de tous les vices. Dites-lui donc avec un dessein formé de vous consacrer entièrement à son service :
Colloque. — Glorieux monarque de l'univers, quoique je m'eslime très-indigne de votre faveur, me confiant toutefois en votre grâce, et m’appuyant sur le secours de votre bras toutpuissant, je me voue entièrement à vous, el j’assujeltis tout ce qui est en mon pouvoif à voire bon plaisir, protestant devant votre infinie bonié, en la présence de la glorieuse Vierge votre mère, et de toute la cour céleste, que mon dessein, ma résolution, ma volonté constante et immuable est de vous suivre, pour le seul mérite de votre plus grande gloire; de vous suivre dis-je, le plus près que je pourrai, et de souffrir pour vous imiter toutes sortes d'injures el d’adversités, avec un véritable esprit de pauvreté et de dénûment de toutes choses. aies tout ce qu’il vous semblera bon; allez où il vous plaira; je vous suivrai partout où vous voudrez (1). Vive mon Seigneur et mon roi! en quelque lieu que vous soyez, soit à la vie où à la mort, votre serviteur sera loujours avec Tous, MON Seigneur et mon roi (2).
On doit réitérer cette méditation, jusqu’à ce qu'on ressente un véritable désir d’être tout à Jésus-Christ, de ne plus vivre
(1) 4 Reg., 14. — (2) 2 Reg., 15.
que pour sa gloire ; parce que c’est le fondement de tous les exercices de cetle semaine et des deux autres qui la suivent.
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DEUXIÈME MÉDITATION
Du royaume de Jésus-Christ.— Les Droits qu'il a sur nous, et le bonheur des sujets qui vivent sous la douceur de son empire.
« Jésus-Christ doit régner jusqu’à ce que Dieu ait mis tous ses ennemis sous ses pieds. » I. Cor. 15.95.
PREMIER PRÉLUDE. — Représentez-vous que Jésus-Christ vous communique le grand dessein qu'il a de rétablir la gloire de son Père, en lui regagnant l'empire des cœurs; et qu’il vous invite à le Suivre, et à travailler avec lui à l'exécution de cette haute entreprise.
DEUXIÈME PRÉLUDE. — Priez-le de vous faire connaître la grandeur de ce dessein, et de vous remplir le cœur et l’esprit de l'éclat de sa gloire et de la splendeur de son royaume.
PREMIER POINT
Jésus-Christ est le roi des cœurs; il est descendu du ciel pour y rélablir son empire que le péché avait renversé. Il vous somme de lui rendre le vôtre, et de le consacrer à son service pour le suivre partout, et l'aider même à regagner les autres. Considérez les droits qu’il a sur vous, et par quels litres il vous demande votre cœur.
1° Ilest votre Dieu, Fils du Père éternel, qui a formé votre cœur de ses propres mains. A qui appartient la créature, si ce n’est à son Dieu, l'ouvrage à son ouvrier, les biens du
Père à son Fils unique? % Il est votre rédempteur, il a racheté votre cœur au prix de son sang; pouvez-vous lui refuser ce qui lui a coûté si cher? 3° Il est votre souveraine béatitude, votre cœur n’est fait que pour l’aimer et pour le servir: hors de lui, il n'aura jamais de repos ; voulez-vous qu'il soit toujours inquiet et misérable ? 4° Souvent vous lui avez donné ce cœur ; souvent vous avez protesté devant le ciel et la terre, que vous vouliez le choisir pour votre roi, et . lui mettre votre âme entre les mains, avec dessein de lui en gagner beaucoup d’autres; si vous la reprenez, n'est-ce pas fausser votre foi et violer votre promesse? 5° Enfin, vous n'avez qu’une âme à sauver; si vous ne la donnez à Jésus- Christ, elle n’est pas en assurance; voire béalitude est inséparable de sa gloire. A qui donnerez-vous votre cœur, si vous le lui refusez? Au monde, qui le rend esclave? à la chair, qui le souille? au démon, qui veut le perdre pour toute éternité ?
DEUXIÈME POINT
Jésus ne vous appelle à son service que pour vous rendre heureux et vous faire part de sa gloire. Considérez les avantages et le bonheur de ses sujets. 1° Dans le royaume de Jésus-Christ il n’y a point de pécheurs ; tous ses serviteurs sont saints et vertueux, il est le chef de tous les gens de bien, ilest le roi des vertus, et il les donne libéralement à ceux qui le servent. 2° Dans le royaume de Jésus-Christ il n'y a point de pauvres; tous ses serviteurs sont riches et nobles : nobles, car ils sont tous enfants de Dieu; riches, car ils ont les biens spirituels en abondance. 3° Dans le royaume de Jésus-Christ il n°y a point d'esclaves ; tous ses serviteurs sont rois; ils ont la gloire même pour diadème, tout le monde les admire et les honore ; iis ont pour sceptre l'empire de leurs passious, qu’ils soumettent à la raison. Leur trône est élevé au-dessus du monde, parce qu'ils méprisent géné-
reusement fout ce que le monde estime, et ils ne respirent que l'air du paradis. Leur pourpre royale est plus éclatante que le soleil, parce que la grâce dont leur âme est revêtue est la beauté même, qui ravirait les yeux et les CŒUrS, Si elle pouvait être vue. 4° Enfin, ‘dans le royaume de Jésus- Christ il n'y a point de mécontents, parce qu'ils sont tous bienheureux, ou du moins ils espèrent l'être un jour. Les souffrances mêmes leur semblent aimables, et ils se tiennent trop honorés de pouvoir endurer quelque chose pour un si bon maître. O mon roi et mon souverain Seigneur ! ô céleste et divin Salomon! qu'heureux sont ceux qui ont l'honneur de vous approcher, et de combattre sous vos enseignes pour étendre les bornes de votre empire, et faire éclater partout votre gloire!
TROISIÈME POINT
Que ne devrait-on pas donner pour être admis au nombre des sujets d’un si grand roi? Quelles conditions ne devrait-on pas accepter ? Mais admirez la bonté de votre maître, il ne désire de vous autre chose, sinon que vous entriez avec lui dans ce grand dessein qu'il a pris de glorifier son Père, et de le faire connaître, aimer et servir de tout le monde, et de vous tout le premier. Il ne veut pas que vous soyez plus mal que lui, ou que vous travailliez davantage ; faites seulement ce que vous lui verrez faire. Seriez-vous assez lâche pour refuser cette offre, et pour vouloir être plus à votre aise, plus considéré et mieux traité que le Fils de Dieu? Pesez ces vérilés : IL faut être semblable à Jésus-Christ, si vous voulez qu’il vous aime, vu que la ressemblance est la condition de l'amour. Etant aussi humble qu'il est, pourrait-il vous aimer, si vous êtes si fier et orgueilleux? Etant si débonnaire et patient, pourrait-il vous souffrir dans vos promptitudes, et dans vos emportements? Etant si amoureux du
travail, pourrait-il voir de bon œil vos lâchetés ? Il faut tâcher d’imiter Jésus, autrement vous montrez que vous ne l’aimez pas ; car nous imilons volontiers ce que nous aimons; par Conséquent si vous n'aimez comme lui la pauvrelé, l'humilité, l’obéissance, la pureté, qui sont ses plus chères délices, c’est en vain que vous vous vantez de l'aimer. Vous n'êtes pas son ami, ilne vous avouera jamais pour tel. Il faut imiter Jésus- Christ, et mener la vie qu’il a menée, si vous voulez être parfait, et même si vous voulez être sauvé; car c’est la marque des prédestinés ; et quand vous serez jugé au moment de la mort, on ne vous demandera pas si vous avez été riche, puissant, sage selon le monde, et employé avec estime; mais si vous avez élé humble comme Jésus, obéissant et charitable comme Jésus, zZélé pour la gloire de Dieu, ardent à la conquête des âmes, infatigable dans le service de Dieu comme Jésus.
TROISIÈME MÉDITATION
Royaume de Jésus-Christ, — Devoir de ses sujets, et obligation qu'ils ont de rapporter toutes leurs actions à sa gloire.
« Le Roi des rois, et le Seigneur des seigneurs, qui seul possède l’immorta-
lité. » I, Timor. 6 16.
Premier Précune. — Comme à la précédente Méditation. Deuxième Précune. — Demandez à Dieu la grâce de vous af-
fectionner toujours davantage à ce noble dessein de la gloire de Dieu et du rétablissement du royaume. de Jésus-Christ, afin dy rapporter toutes vos actions,
PREMIER POINT
Considérez que le chrétien qui aime vraiment Jésus-Christ, son maître et son roi, est poussé, par la force de cet amour, à faire et à souffrir tout ce qu'il juge être de son devoir et de sa vocation, par le seul désir qu’il a de la gloire de Dieu. Ge désir est ce que nous appelons intention, qui est un acte de la volonté, par lequel elle tend au bien divin, comme à son centre; et quand elle regarde cette gloire de Dieu sans mélange, c’est-à-dire sans aucun intérêt ni amour-propre, c'est ce que nous appelons pureté d'intention; mais quand elle s'y porte avec ardeur et véhémence, malgré tous les obstacles qui s'opposent à son désir, alors ce désir s’appelle zèle. De sorte que le zèle de la gloire de Dieu comprend trois choses. La première est un désir presque continuel dela gloire de Dieu en toutes ses actions; la seconde est la pureté de ce désir, qui est dégagé de tout intérêt de l’amour-propre; la troisième est la ferveur de ce désir, qui surmonte toutes les difficultés qui peuvent se présenter.
Voici les raisons qui nous obligent à former ce beau dessein, à brûler de ce beau feu, à aimer ardemment cette gloire de Dieu, à désirer qu'il règne en nous absolument et en tous les cœurs par la connaissance de ses grandeurs, par l'amour de ses bontés et par une soumission parfaite à toutes ses volontés.
1° L'objet de ce zèle est le bien de Dieu; par conséquent il est infini en quelque façon. 2° C’est le bien que Dieu prétend en toutes ses œuvres de nature, de grâce et de gloire. 3° C’est le seul bien que Jésus-Christ a prétendu et recherché en ce monde, n'ayant autre but en toutes ses œuvres que de glorifier son père, et de lui donner tout le contentement possible, par l'excellente perfection de toutes ses actions et par celle de toutes les œuvres des saints et des justes, 4e C’est
la fin pour laquelle nous avons été créés, et le seul bien que nous pouvons rendre à Dieu pour tous les bénéfices dont il nous a prévenus. 5° C’est ce que tous les saints ont souhaité ardemment, et ce qu'ils ont poursuivi de toutes leurs forces, n'ayant en vue que la plus grande gloire de Dieu. Voyez si votre cœur est comme celui de ces fidèles serviteurs de Jésus-Christ, ou plutôt comme celui de Jésus-Christ même, c'est-à-dire s’il est pénétré de celte divine flamme et tout embrasé de ce désir.
DEUXIÈME POINT
Considérez que si vous voulez que ce zèle règne dans votre cœur, et que ce soit le poids qui tire uniquement votre volonté et qui lui donne le mouvement, il faut que le désir de plaire à Dieu, de le glorifier, de le contenter, de faire ses volontés (car c’est la même chose) anime toutes vos paroles, vos pensées, vos affections el vos œuvres, soit bonnes ou indifférentes, et que vous ayez soin de les imprimer de la bonté de ce motif. Cela peut se faire en deux manières, l’une virtuelle et l’autre actuelle. Par exemple, si le matin en offrant vos actions à Dieu, par un désir de lui plaire, la force de ce désir est si grande, qu’elle s’'étende et s'écoule dans toutes les actions de la journée: alors c'est une intention virtuelle qui anime el relève toutes vos œuvres, quand même, lorsque vous les faites, vous ne penseriez pas seulement à les rapporter à Dieu. Mais parce que la vanité de votre cœur est si grande, que vous faites souvent des actions toutes contraires, et qu’au lieu de plaire à Dieu vous ne pensez qu'à VOUS satisfaire vous-même, ou bien à plaire aux hommes, empê-— chant ainsi que la vertu de votre première intention du matin ne s’étende aux autres actions suivantes du jour, il est très à propos, et en quelque façon nécessaire, de ne pas vous contenter de cette première sorte de direction, qui est seule-
ment virtuelle; mais d’user de la seconde qui est actuelle, renouvelant, pour le moins au commencement de chaque action, le désir de plaire à Dieu et de procurer sa gloire, ainsi que faisait saint Ignace, qui d'heure en heure examinait l’action précédente qu’il avait faite, et rappertait à la gloire de Dieu celle qu'il allait faire; voyez si vous avez le même soin, et faites un ferme propos de ne plus manquer à
une si sainte et si nécessaire pratique.
TROISIÈME POINT
Considérez qu'outre ce poids qui tire continuellement votre cœur vers la gloire de Dieu, il faut que ce désir, qui relève toutes vos actions, soit très-pur, c’est-à-dire qu'il ne soit mêlé d'aucun autre désir qui puisse le souiller par quelque tache d’impureté; ce qui peut arriver en plusieurs manières, qui demandent que vous y fassiez réflexion, afin de les éviter. La première est de faire vos actions par vanité, pour être estimé et loué des hommes, ce qui est un venin dangereux qui corrompt le mérite de toute votre vie. La seconde, de chercher d’être aïmé singulièrement des autres, de sorte que tous les mouvements de votre cœur, vos paroles, vos œuvres tendent secrètement à leur complaire, étant bien aise quand ils témoignent vous aimer, et au contraire triste lorsqu'il vous arrive de leur déplaire, recherchant avec inquiétude d’être bien en leur esprit et de les contenter: cela fait tort à Dieu, qui seul veut posséder votre cœur. La troisième est quand vous cherchez la faveur des hommes, pour vous avancer par leur moyen, et pour parvenir au but que vous prélendez; c’est un esprit d’ambition qui vous porte à faire toutes vos actions pour être estimé, respecté et préféré aux autres; ce qui est la source de mille flatteries, hypocrisies, mensonges, médisances et mépris des autres. La quatrième, lorsque vous cherchez vos commodi-
tés par une sensualité qui passe quelquefois si avant, qu'elle infecte toute la vie d'un homme, et paraît dans toute sa conduite, principalement dans le boire et le manger, dans les habits, la chambre et le lit; de sorte qu'’ilne parle que de cela et ne fait que se plaindre quand il manque de quelque chose, à Cause des soins excessifs qu’il a de sa santé. La cinquième, lorsque vous cherchez partout votre propre satisfaction, ne faisant que ce qui vous plaît et parce que vous y trouvez du goût; ce qui passe même jusqu'aux actions les plus saintes, comme sont les oraisons, les prières, les lectures et les communions. La sixième, lorsque, par respect humain ou par une crainte de quelque mal et de quelque incommodité, vous laissez à faire le bien que Dieu désire de vous. Faites-y attention, et prenez une forte résolution. de purifier désormais vos intentions en toutes vos œuvres.
QUATRIÈME POINT
Considérez, en dernier lieu, qu’il ne suffit pas que le désir que vous avez conçu de donner de la gloire à Dieu par toutes vos actions soit pur, mais qu'il faut encore qu'il soit trèsfervent et très-élevé ; si bien qu'ayant toujours Dieu présent el agissant en vous, vous unissiez si parfaitement votre intention à la sienne, que comme il agit avec toutes les créatures par l’amour continuel et souverain qu’il se porte, de même vous opériez et agissiez avec lui en l’aimant continuellement, ne cherchant en tout ce que vous faites que ce qu'il cherche, et vous sentant plus occupé à lui plaire, à l'aimer et à le contenter, qu’à faire ce que vous faites; vu que cet extrême amour et ce désir ardent de lui être agréable, est ce qu'il y a de plus important en votre office, en vos actions et en vos occupations, lesquelles sans cet amour qui est leur forme, leur fin, leur subsistance et leur valeur, ne serait qu'un corps sans âme. C’est à ce degré de perfec-
Si a
Fil | «1 a ge !
tion que vous porte l’union avec Dieu, soit passive ou active. Tâchez de bien concevoir cette vérité, voyez combien vous en êtes éloigné, excitez en votre âme un désir généreux d'y parvenir, et priez Notre-Seigneur qu'il vous accorde cette grâce.
SEPTIÈME JOUR DES EXERCICES
EMPLOI PARTICULIER DE CE JOUR
Après avoir considéré quel est le grand dessein de Jésus- Christ, et quel doit être le nôtre, savoir, de faire connaître, aimer et servir Dieu parfaitement, de lui assujettir toutes les volontés, de le faire régner dans tous les cœurs, et surtout dans le nôtre par un ardent amour de sa gloire, il faut tàcher de découvrir en particulier dans les mystères et dans les actions de sa vie, ce qu’il a fait pour exécuter san entreprise, quels moyens il a pris et de quel esprit il s’y est porté, afin de nous disposer à le suivre le plus parfaitement que nous pourrons. Pour cet effet, saint Ignace distingue la vie du Fils de Dieu en deux parties, dont la première, qui s’étend jusqu'à l’âge de douze ans, et qui comprend ce que l'Évangile nous apprend de sa vie cachée, peut servir de modèle à tout le monde, même à ceux qui mènent une vie commune ; l’autre, qui commence après le retour du temple à l’âge de douze ans, et qui comprend tout le temps de sa conversation avec les hommes, est le modèle d’une vie plus parfaite, comme doit être celle des ecclésiastiques, des religieux soumis à l’obéissance, et de plusieurs personnes vertueuses qui vivent au milieu du siècle dans un grand dé-
tachement de toutes choses. Aussi est-ce en cette partie qu'il conseille de commencer l'élection, lorsqu'on est arrivé au baptême de Jésus-Christ, supposant qu'on est suffisamment disposé par les précédentes méditations à reconnaître les volontés de Dieu sur l’état de vie ou sur le degré de perfection - qui nous est convenable, et que la bonté divine demande de nous pour sa gloire. Suivant cet ordre, nous considèrerons aujourd’hui les trois principaux mystères de la première partie de sa vie: l’Incarnation, la Nativité et la Circoncision, pour y reconnaître quelle a été sa conduite durant sa vie Cachée, et de quelle manière nous devons limiter dans l'exécution de ce grand dessein du rétablissement de da gloire de Dieu que nous avons entrepris, et qui ne doit plus jamais sortir de notre pensée. Et parce qu'il y a des ouvriers évangéliques qui sont obligés par leur vocation de procurer la gloire de Dieu, non-seulement en veillant soigneusement à leur propre perfection, mais encore en travaillant à la conversion et à la perfection de leur prochain ; joignant ces deux choses ensemble, de telle sorte que les moyens qu’ils prennent pour leur avancement servent aussi au salut des âmes, et réciproquement que ceux qu'ils emploient au bien des âmes confribuent à leur propre perfection, ils doivent tâcher, dans ces méditations, de faire en sorte que les résolutions qu'ils y prennent soient conformés à ces deux fins subalternes, qui se réunissent dans la dernière et souveraine fin de la plus grande gloire de Dieu.
Lisez le onzième chapitre du second livre de l’Imitation de Jésus-Christ, le troisième chapitre du premier livre, et le dix-huitième chapitre du troisième livre.
ré aie
PREMIÈRE MÉDITATION
Incarnation du Fils de Dieu.
« Le Verbe s'est fait chair. »