AUTRE MÉDITATION
Sur le mystère de la Nativité de Jésus.
« Un petit enfant nous est né, un fils nous est donné. » Is. 9. 6.
Remarque.
Il est fort utile d'appliquer de la manière qui suit, les cinq sens de l'imagination, au sujet de Ja première et de la seconde contemplation (c’est-à-dire de l’incarnaltion et de la nativité), selon que la matière pourra le permettre. S. Ignace dans la seconde semaine, 5° contemplation.
Prewrer PrÉLUDE. — Représentez-vous la bienheureuse Vierge, comme l'arbre du paradis terrestre, qui produit le fruit de vie.
Deuxième Précune. — Demandez grâce pour honorer ce mysière, pour en goûter la douceur et pour en tirer du profit.
PREMIER POINT
Entrez en esprit dans l’étable de Bethléem, et voyez des yeux de l’âme ce qui sy passe. Regardez avec étonnement ce petit enfant nouvellement né, couché dans une crèche avec les bêtes. Quelle humilité! quelle abjection pour celui qui est le vrai Fils de Dieu! Admirez sa beauté, et faites fondre votre cœur en douceur par la tendresse de son amour. Voyez les précieuses larmes qui coulent de ses yeux, pour laver les taches de votre âme. Oh! que vous êtes dur, si ces pleurs ne vous attendrissent! Voyez sa pauvreté, sa douceur, sa patience, son humilité : voilà l'exemple que vous devezimiter. Tournez vos regards sur la mère de cet enfant,
= afin
admirez sa modestie, sa pureté, son amour ardent pour son Fils, le profond respect qu’elle lui porte, et les douces larmes qu’elle mêle avec les siennes. Priez-les tous deux de vous en donner une goutte pour guérir vos plaies, et ramollir la dureté de votre cœur.
DEUXIÈME POINT
Écoutez avec attention les entretiens du Fils et de laamère. L'enfant parle à sa mère par les larmes de ses yeux, par les soupirs de son cœur et par les cris que la douleur tire de sa bouche; la mère parle à son Fils d’un langage divin, qui part d’un cœur plein de compassion, de révérence et d’amour. L’enfantet la mère ne vous parlent-ils point en secret? S'ils vous font cette faveur, écoutez bien ce qu’ils vous disent, recevez avec respect les enseignements qu’ils vous donnent, et sans délai tâchez de les exécuter fidèlement. S'ils ne vous parlent point, écoutez ce que vous dit tout ce qui est autour d'eux, car tout parle autour du Verbe; pendant qu’il demeure muet, l’étable, la crèche, la paille, ès fumier et les langes de son enfance vous crient d’une voix intelligible que le monde se trompe, et condamnent ouvertement la vanité de vos pensées, l’aveuglement de votre esprit et l'attachement que vous avez à l'intérêt et à l'honneur. ;
TROISIÈME POINT
Appliquez-vous, par un sentiment intérieur de l’odorat, à flairer le doux parfum de la divinité, enfermé dans le corps de ce petit enfant, et l'odeur des vertus qui résident dans - son âme. Le monde avant sa naissance n’était qu’un cloaque infâme de toutes sortes de vices, qui infectaient l’air et la terre et corrompaient les mœurs de tous les peuples. Mais sa présence a.corrigé cette puanteur, et l'odeur de sa sainteté
a attiré les âmes à l’imitation de ses vertus. Quand est-ce que vous lui direz avec l'Épouse des cantiques : Tirez-moi après vous, nous courrons après l’odeur de vos parfums (1). Le lis de sa pure virginité ne vous donne-t-il point envie de le suivre? Son humilité ne fait-elle point d'impression sur votre esprit? Sa charité ne vous convie-t-elle point à vous défaire de tout ce qui lui déplaît? Oh! si vous saviez quelle est la puanteur de vos crimes, vous auriez horreur de vousmême,-vous vous étonneriez comment vous avez pu jusqu'ici souffrir une telle infection.
QUATRIÈME POINT
Goûtez et voyez que le Seigneur est doux. Voici le lieu où les cieux font tomber la manne, qui a toutes sortes de saveurs. Voici la maison où l’on trouve le pain de vie, qui nourrit nos âmes à l’immortalité. C’est dans ce pain céleste qu'il faut chercher les vraies délices (2), et non pas dans les plaisirs de la terre. Celui qui mangera de ce pain, vivra éternellement (3). O la belle vie, qui a pour aliment le pain des anges, qui élève l'âme au-dessus de la nature, et lui fait prendre des qualités toutes divines! Qui peut dire les bonnes pensées, les affections saintes, les ferveurs et Les consolations qu’elle reçoit en mangeant ce pain délicieux qui est plus doux que le miel. Faites-en l'expérience; prenez le rayon de miel que le Fils de Dieu vous présente. Gette abeille mystique, ce Verbe raccourci dans un petit corps, qui n’était pas plus grand au point de sa conception que celui d’une abeille, a tiré cette céleste liqueur des fleurs aromatiques de toutes les vertus, qu'il a cueillies dans le sein de sa mère, qui est le paradis de la terre et le lieu de ses délices. Goûtez la douceur de son humilité, de son innocence, de sa charité, et
(1) Cant., 4. 3. — (2) S. Bern. — (3) Joan., 6. 52.
rempli de la suavité de son esprit, dites-lui avec saint Augustin : Je vous prie, Seigneur, que toutes choses me deviennent amères, et que mon âme ne trouve de la douceur qu'en vous seul; car vous êtes une douceur inestimable, qui rendez les choses les plus amères douces et agréables (1). Loin de moi donc, plaisirs du monde; délices sensuelles, ne pensez plus m'atlirer par vos charmes, vous êtes trop insipides, vous n’avez plus pour moi que du fiel et du venin. Je ne veux plus d'autre douceur que celle de Jésus, car c’est la mamelle du Père éternel, dont le lait est meilleur que le vin de tous les plaisirs de la terre.
CINQUIÈME POINT
Priez la bienheureuse Vierge qu’elle vous permette de vous approcher de son Fils, de le prendre entre vos bras, de le mettre sur voire cœur, afin de le purifier par ce divin attouchement. Baisez avec humilité ses petits pieds, qui seront un jour percés avec des clous pour votre amour ; baisez ses petites mains, qui ressusciteront les morts, et reformeront tout l'univers; baisez son sacré côté, qui sera ouvert du fer de la lance pour vous montrer la grandeur de son amour: maniez la dureté de la crèche, touchez les drapeaux qui l’enveloppent, et la paille sur laquelle il est gisant; et, pénétré d’un sentiment de compassion et de tendresse, écriez-vous : Oh! quelle confusion pour moi que mon Dieu soit si mal couché, si mal couvert, si maltraité du froid et des rigueurs de l'hiver, et que je ne puisse rien endurer!
Faités toutes vos actions de dévotion cette journée, comme si vous éliez près de la crèche en présence de Jésus, de Marie et de Joseph; unissez toutes vos bonnes œuvres à celles que font les anges et la bienheureuse Vierge autour de son Fils ;
(1) S. Aug. in Solil., c. 22.
priez ce cher Fils qu'il vous applique le mérite de ses souffrances et de ses actions, pour bénir les vôtres, et remédier à vos défauts par la grâce de sa naissance. Suppliez-le humblement qu’il soit la règle de votre vie, et le cachet qui marque tout ce que vous faites et tout ce que vous souffrez du sceau de sa ressemblance (1). Remerciez-le souvent du bénéfice de l’incarnation, et de sa venue au monde.
TROISIÈME MÉDITATION
De la Circoncision.
« Au bout de huit jours l’enfant fut circoncis, et on lui donna le nom de Jé-
SUS. » - EUg:22721:
PREMIER PRELUDE. — Renfermez-vous en esprit dans le lieu où ce mystère s’accomplit.
DeuxiÈME PRÉLUDE, — Demandez la grâce de comprendre ce
que Jésus-Christ souffre dans cette douloureuse circoncision, et les vertus dont il vous donne l’exemple, afin de l’aimer davantage, et de limiter avec plus de ferveur.
PREMIER POINT
Considérez que Jésus souffre les douleurs de la circoncision en son Corps, qui est encore extrêmement tendre et délicat, afin de vous inspirer la haine de votre chair, sans la mortification de laquelle vous ne pouvez avancer dans la perfection, beaucoup moins y porter efficacement les autres, ni par conséquent glorifier et contenter Dieu, qui est néan-
(1) Cant., 8. 6.
— nd nas iles
moins votre unique dessein ou qui doit l'être. Faites réflexion sur la vie de tous les saints, vous n’en trouverez point qui n’ait élé saintement cruel en cet endroit, et qui mail même fait quelque excès, tant cette sainte haine du corps est le propre de l'esprit de Jésus-Christ. Voyez quelle était la morlification de saint Ignace, et comment il mâtait sa chair au commencement de sa conversion. Saint François Xavier l’épargnait-il dans les voyages et dans les travaux incroyables parmi lesquels il a consumé sa vie? Ne fallait-il pas modérer la ferveur de saint François de Borgia et du bienheureux Louis de Gonzague, qui était excessive ? Pesez ces paroles étonnantes de l'Apôtre : Ceux qui appartiennent à Jésus-Christ ont crucifié leur chair avant d’être reçus en sa faveur (1). Voilà la marque de ses amis et de ses bons serviteurs. Êtes-vous de ce nombre? N'étes-vous point trop sensuel, trop porté aux divertissements, âux plaisirs et aux commodités corporelles? Faites état désormais de retrancher toutes les superfluités et toules les aises de votre corps, et de régler vos pénitences, afin que vous soyez digne d’être avoué et reconnu pour disciple et pour vrai imitateur de Jésus-Christ.
DEUXIÈME POINT
Considérez que Jésus-Christ endure les douleurs de la circoncision, non comme les autres enfants, qui n’ont pas l’usage de la raison, mais avec une pleine connaissance, et avec un parfait exercice de plusieurs excellentes vertus. C’est ici vraiment un parfait modèle de la vie apostolique, où les qualités-d’un ouvrier évangélique paraissent dans un degré d'excellence très-héroïque, tel qu’il doit être dans un homme qui fait état de sauver les âmes avec Jésus. Sa pauvreté est une pauvreté pleine de souffrances et de douleurs, pour vous
(4) Gal., 5. 94.
apprendre que la pauvreté d’un vrai disciple de Jésus- Christ n’est pas une pauvreté aisée, délicate, accommodée. Un pauvre qui ne veut pas travailler, ne mérite pas de vivre. Sa pureté est un lis épineux tout rouge de son sang; il veut, dit saint Ambroise, être circoncis, pour purifier les ordures de la chair dans un déluge de sang, ainsi quelles furent autrefois noyées dans un déluge d’eau. Faites ici une circoncision spirituelle, et voyez ce qu’il y a en vous qui mérite d'être purifié. Lavez-vous dans ce sang, mêlez-le avec vos larmes, et s’il faut donner du vôtre pour éteindre le feu de la concupiscence, n’épargnez point votre corps pour Sauver votre âme. Son obéissance est douloureuse, elle lui coûte déjà du sang ; mais à la fin elle lui coûtera la vie. Voyez par où il commence, et par où il doit finir. IL obéira jusqu'à la mort, et jusqu’à la mort de la croix. C’est ainsi qu'il faut pratiquer l’obéissance ; il n’est pas malaisé d’obéir au commandement des supérieurs, quand il est agréable et qu'on vous ordonne ce qui vous plaît, ou ce qui ne répugne pas à vosinclinations; aussi n’y a-t-il pas grande louange ni grand mérite. IL faut obéir nonobstant toutes vos peines; il faut vaincre vos répugnances, étouffer vos murmures, et accomplir la volonté de Dieu déclarée par la bouche des hommes, ou mourir à la peine. Enfin, son humilité est profonde, elle le couvre d'ignominie et de confusion, le faisant passer pour : un pécheur, dont la circoncision élait la marque, quoiqu'il fût l’innocence même, pour vous apprendre que vous ne devez point fuir les humiliations et les confusions, si vous prétendez acquérir l'humilité, sans laquelle vous ne ferez jamais rien pour la gloire de Dieu ni pour l'honneur de l'Église.
TROISIÈME POINT
Considérez qu’au même temps que Jésus-Christ donne les prémices de son sang, on l'appelle Jésus, c’est-à-dire Sau-
veur. Ne l'aurait-il point été autrement? Non certes, cette qualité était attachée à ses souffrances et à sa mort; il devait, pour être appelé Sauveur du monde à juste titre, en avoir la puissance et le mérite. La puissance venait de la gloire de sa divinité, le mérite de l'anéantissement de son humanité. Renouvelez ici votre dévotion envers ce sacrénom, que vous devez avoir gravé dans le cœur, si vous avez de l'amour pour votre salut. Persuadez-vous que la vraie dévotion envers le nom de Jésus, est d’aimer son Sauveur, d’aimer son propre salut, d'aimer le salut de tous les hommes ; mais que pour avoir un amour solide pour ces trois choses, il faut en aimer une quatrième, qui est la mortification continuelle en toutes rencontres et en toutes occasions.
Colloque. — Hé! doux Jésus, que votre nom vous a coûlé cher! fallait-il tant endurer pour être Sauveur d’une faible et vile créature comme moi? Et quelle honte pour moi, si je refuse de souffrir pour être sauvé ce que vous avez voulu endurer pour me sauver? Comment est-ce que je puis espérer mon salut, ou travailler utilement à celui des âmes, si je n’ai pas le courage de porter la croix avec vous? N'est-ce pas par la croix que vous avez sauvé le monde, et je prétends le sauver en prenant mes aises, et en fuyant toutes les occasions de me mortifier. O doux nom de Jésus! qui m'obligez pour assurer mon salut, à porter la croix de mon maître, faites que je l’aime, afin que je la porte avec plus de force et de mérite que je n'ai fait jusqu'ici.
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