AUTRE MÉDITATION
Amour que Jésus-Christ nous témoigne, en nous donnant les prémices de son précieux sang dans la Circoncision. :
« Au bout de huit jours l'enfant fut circoncis, et on lui donna le nom de Jésus. » Luc. 2. 21.
PREMIER POINT
Considérez le précieux gage que le Fils de Dieu vous donne de l'amour qu’il vous porte, en versant pour vous les prémices de son sang. Si vous donnez vos soins à quelqu'un pour veiller à ses affaires, vous pensez lui donner par là un témoignage de votre affection; si vous lui donnez votre temps et vos pas pour le visiter et le consoler dans son affliction, vous prenez cela pour une marque d’amité ; si vous lui donnez de vos biens pour le secourir dans sa nécessité, vous croyez avec raison que c'est l'aimer. Que serait-ce donc si vous lui donniez votre sang? Les hommes n’ont rien de plus cher, rien qu'ils épargneni davantage. Ils ne le donnent que par nécessité, parce que la vie en dépend. Quel est donc l'amour de Jésus pour vous, qui le porte à vous donner le sien, dont la valeur esi infinie? On dit que le sang devient inutile, quand il est hors des veines. Mais le sang royal de Jésus n’est jamais plus plus salutaire que lorsqu'il est répandu. C’est ce sang divin qui efface nos péchés, c’est lui qui blanchit nos âmes, c’est lui qui les fait vivre. C'est vraiment le sang de l'amour; soit à raison de son principe, car c’est le Saint-Esprit qui l'a formé; soit à raison de son sujet, car c’est le sang de Jésus-Christ qui en
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a fait le prix de notre rançon ; soit à raison de sa fin, car il ne l’a pris qu’à dessein de le répandre pour nous.
O bonté infinie de mon Sauveur, que vous êtes’admirable! le sang est donné à l’homme pour entretenir sa vie, et vous n'avez pris le vôtre que pour mourir. O0 mon Sauveur! faites que voire précieux sang ne soit pas inutile pour moi. O mon cœur ! quand serez-vous un vaisseau digne de recevoir cette précieuse liqueur? Bienheureuse Vierge, qui avez recueilli avec respect ce précieux sang, appliquez-le, s’il vous plaît, sur toutes les puissances de mon âme, sur toutes les affections de mon cœur, et sur tous les sens et les organes de mon corps, afin d’en ôter tous les défauts, et me donner toutes les dispositions nécessaires pour le recevoir dans la sainte communion, et en tirer le fruit que désire votre bien-aimé Fils.
DEUXIÈME POINT
Gonsidérez les circonstances qui rendent le don que Jésus-Christ nous fait de son sang très-considérable, et qui font voir l'excès de son amour. La première est qu’il nous le donne avec beaucoup de douleur, tant à cause de la délicatesse de sa complexion qui le rendait fort sensible à la moindre plaie, qu'à raison de la tendresse de son âge qui l'exposait au langer de la mort. Outre que sa douleur recevait un notable accroissement par la connaissance qu'il avait de cette peine qui lui causait une violente appréhension, pareille à celle de la montagne des Oliviers: mais son amour
.Surmonta la crainte, et son grand cœur suppléa à la faiblesse de son pelit corps, qu'il immolait déjà à la justice divine comme une victime innocente pour le salut de tous les hommes.
La seconde est qu’il nous le donne avec une grandé hu miliation et confusion de sa part; car il prend la marque du pécheur sur lui, ce qui est le dernier degré de la bassesse et de l’anéantissement,
La troisième circonstance est qu’il le donne de bonne heure et avec une grande ferveur. Il ne peut différer, tanison amour le presse; cette diligence relève de beaucoup le don qu’il nous fait et l'amour qu'il a pour nous. IL commence la vie par le combat. Tout petit qu'il est, il n’aspire point au repos, ni aux consolations humaines, ni aux honneurs, ni à la liberté, mais à la circoncision, aux plaies et à la croix; parce que le royaume des cieux, qu'ilest venunous donner, souffre violence, on ne l'emporte qu'avec de grands efforts (1). Selon la signi-” fication de son nom, la gloire de cet enfant, son inclination, son esprit, esé d'enlever. promptement les dépouilles de ses ennemis (2). O lâcheté du cœur humain! que tardez-vous à vous défaire de vos mauvaises habitudes, et à renoncer aux vanités et aux plaisirs qui empêchent voire avancement Spirituel? L'esprit de Jésus n'approuve point ces longueurs , parce qu’il vous aime avec ardeur (3).
TROISIÈME POINT
Considérez par quelles mains il vous donne son sang dans la circoncision. C’est par les mains de sa mère, qu'il porte luimême, par de secrèles inspirations, à vous rendre cet office, qui leur coûte si cher à tous deux. Voyez avec quelle tendresse de cœur elle ressent la plaie de ce divin enfant, et comme elle pleure avec lui entendant ses cris et ses gémissements innocents. Pesez avec quel respect elle reçoit le sang qu'il répand, sachant qu'il est vrai Fils de Dieu et Sauveur de tous les hommes. Regardez avec quel soin elle s’efforce de le soulager et d’adoucir le sentiment de sa douleur. Ah! que volontiers elle la prendrait sur elle! elle la souffrirait avec joie, au lieu que c’est pour elle, une espèce de
(4) P. Henricus Morus. in vita Christi Domini, Myst. 16. — (2) Is., 8.3. — (3) Idem., Myst. 15.
martyre de le voir souffrir. Enfin représentez-vous qu'elle vous offre ce précieux sang, et qu’elle vous demande si vous êles prêt de donner le vôtre pour la gloire de son Fils avec autant d'affection qu’il a de zèle pour votre salut.
Colloque. — O divin enfant! que je vous suis obligé de m'avoir donné de si beaux exemples d’obéissance, d'amour, d’humilité, de patience dans votre circoncision. Eh! qui osera s'élever par orgueil, vous voyant humilié jusqu’à la forme, nonseulement de serviteur, mais encore de pécheur ? Qui osera se dispenser de son devoir, vous voyant soumis à une loi si ri: goureuse à laquelle vous n’étiez point obligé ? et qui fera diffculté d’endurer un peu de peine pour votre service, vous voyant Verser votre sang de si bonne heure pour laver les taches de son âme ? O mon très-aimable Rédempteur! en vue de votre charité et de votre infinie bonté envers moi, je m'offre et me donne à vous pour souffrir tout ce qu’il vous plaira ordonner de moi; je veux porter pour l'amour de vous toutes les peines qui m’arriveront, ou immédiatement par vous-même, ou par l’entremise des créatures, et particulièrement celles qui viendront de la part de mes supérieurs, ainsi que vous avez bien voulu souffrir la circoncision de la main de votre bienheureuse mère, ou de celle de saint Joseph, qui vous a donné ce sujet de peine avec une si sainte intention.