EXEMPLE DE LA PATIENCE DANS LES SOUFFRANCES
« Jésus-Christ a souffert pour vous, vous laissant un exemple, afin que vous marchiez sur ses pas. » 1. PETR. 2. 91.
PREMIER PRÉLUDE. — Jetez les yeux sur le Fils de Dieu attaché à la croix pour voire amour, el vous exhortant à souffrir pour sa gloire ce qu’il a enduré pour votre salut.
Deuxième PRÉLUDE. — Demandez-lui la grâce de ressentir ses douleurs avec abondance de larmes, et de concevoir une sainte confusion, une tristesse amère, une indignation extrême contre vous-même, de ce que vos péchés lui causent de si grands tourments, avec une forte et constante résolution de souffrir à son exemple toutes les croix qui viendront de sa part (1).
PREMIER POINT
Pour tirer de la force et du courage de la passion de Jésus-Christ crucifié, quatre choses sont nécessaires : la première est de le regarder souvent des yeux de l'esprit élevé en
(4) S. Ignat. id 3 hebd.
croix, et d'y attacher nos plus fréquentes pensées et nos plus tendres affections, tantôt en produisant un acte de foi, et croyant fermement que celui que vous voyez mourant est votre Dieu, votre Créateur et souverain Seigneur; tantôt en considérant avec étonnement l’horrible supplice qu’il endure pour un pécheur aussi vil et misérable que vous, lui qui est le Dieu du ciel ‘et de la terre ; tantôt en le regardant avec un sensible regret et une intime douleur de vos péchés ; tantôt avec une grande confiance d’en obtenir le pardon et tous les secours nécessaires pour votre perfection ; tantôt avec une irès-profonde adoration et une reconnaissance trèsamoureuse de ce qu’il souffre pour vous. Exercez présentement tous ces actes, et surtout remerciez-le de ce qu'il a bien voulu mourir pour sauver votre âme qui lui a été si chère et si précieuse. Servez-vous de sa passion même, et de ses plaies pour les lui offrir en témoignage de reconnaissance, et priez-le par son cœur si amoureusement ouvert, que son sang ne soit pas inutilement répandu pour vous, mais qu'il assure pour jamais votre salut et votre persévérance dans son saint service. Secondement, il faut vous accoutumer à recourir aux plaies de Jésus-Christ et à la croix, en tous vos besoins, comme à votre asile et à votre refuge. Quand un homme est tenté, ou désolé, ou infirme, il se plaint aisément, il devient chagrin, il parle avec aigreur, il se décourage, il s’abat. Mais s’il jette les yeux sur Jésus- Christ crucifié, se souvenant de son admirable patience, il est tout consolé, ou du moins fortifié par son exemple et par la grâce de la croix. En troisième lieu, il faut vous accou- . fumer à unir toutes vos actions et vos iravaux aux mérites de Jésus-Christ crucifié, afin d’en relever la valeur et la dignité. Cachez-vous s’il est possible, dans le cœur de Jésus, enfermez-y toutes vos bonnes œuvres, afin de les faire toutes pour son amour et par son esprit.
En quatrième lieu, il faut y unir toutes vos souffrances,
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non-seulement pour en tirer de la force et du courage, mais encore pour concevoir par la considération de ses plaies une haute estime, et, s’il est possible, un ardent amour de la croix. Considérez qu'il y en a qui fuient la croix, d’autres qui la cherchent, mais qu’il n’y en a point qui ne la rencontrent. La fuite de la Croix est la plus grande de toutes les croix ; C’est la croix des pécheurs, c’est la source de toutes nos imperfections; car si nous offensons Dieu, pour l’ordinaire, c’est que nous ne voulons pas nous mortifier et souffrir quelque chose pour son amour. Le désir de la croix est. le désir des saints, et leur vie, dit saint Chrysostôme, est une vie de crucifiés. Voyez de quel parti vous voulez être ; mais sachez que, bien que vous soyez résolu de fuir la croix ani que vous pourrez, vous ne laisserez pas de la rencontrer, et peutêtre plus fâcheuse et plus pesante que n’est la croix de ceux qui la cherchent partout. S'il faut souffrir nécessairement, ne vaut-il pas mieux souffrir pour Jésus-Christ que pour ke monde, et pour vous sauver plutôt que pour vous perdre ? Faites donc un ferme propos de souffrir pour Dieu, et afin que la croix vous devienne plus aimable, accoutumez-vous à prendre toutes celles qui vous arrivent de la main amoureuse de votre bon maître,
DEUXIÈME POINT
Considérez que sur la croix Jésus-Christ souffre de la part de toutes sortes de personnes : de son Père, car il se plaint amoureusement de ce qu'il l’a délaissé ; dé lui-même, car, outre les agonies mortelles du jardin des Oliviers, il contribue encore à son mariyre en mourant, parce qu'il refuse à ses sens toute la consolation qu'il lui serait aisé de leur donner, s’il n'avait un extrême désir d’endurer la douleur pour vous; enfin, il n’y à pas jusqu'à sa propre mère qui lui perce le cœur, se tenant devant lui au pied de la croix noyéc dans un abime de douleurs.
Apprenez de son exemple, premièrement, qu'il vous faut vous supporter vous-même dans vos mauvaises humeurs, dans vos chagrins, dans vos craintes et dans vos impatiences; quand il vous arrivera d'être dans quelque amertume ou mélancolie, recourez à l'âme affligée de Jésus- Christ et à l’ange qui le conforta, surtout quand vous craignez d'entreprendre quelque mortification, ou quelque affaire dont vous appréhendez la difficulté et le mauvais succès. Secondement, apprenez à ne point vous décourager quand tout le monde semble vous délaisser, que les uns vous méprisent, que les autres parlent mal de vous, que d'autres vous tournent en risée. Il faut, en quelque état que vous soyez, endurer beaucoup de choses de vos égaux, de vos inférieurs et de vos supérieurs. Mais prenez garde qu'ils ne souffrent encore davantage de vous. Enfin, au à ne point quitter vos dévotions, parce que vous n'y {rouvez pas la satisfaction que vous désirez, et que Dieu retire sa grâce et sa présence. Prenez garde de tomber dans une faute qui est aussi dangereuse qu’elle est ordinaire, savoir, de mendier la consolation des créatures, quand la divine vous manque. L'esprit malin est le prince des ténèbres, il règne dans obscurité, et quand il vous voit abattu de tristesse, c’est alors qu’il fait son coup et qu’il essaie de vous nuire.
TROISIÈME POINT
Considérez que les douleurs de Jésus-Christ crucifié sont accompagnées d’ignominies ; il est attaché à un infàme poteau au milieu de deux larrons, chargé d’opprobres el de moqueries, pour vous montrer que les meilleures mortifñcations sont celles qui touchent votre honneur, et cette estime des créatures dont vous faites tant d'état. IL faut aimer lignominie dans la souffrance, et souvent c'est une secrète
vanité de demander les croix honorables, parce qu'il en revient de l'estime.
Secondement, ses douleurs sont accompagnées de calomnies, quoiqu'il soit le Saint des saints et le miroir de l’innocence, pour vous enseigner deux vérités importantes : la première, que l'innocence est ordinairement calomniée, et qu'il faut se résoudre à le souffrir, si l’on veut être saint ; la seconde, que tel qui souffre à tort et qui est injustement traité, se prive de tous les fruits de la croix par son impatience. Vous vous plaignez de ce qu'on vous persécute. à tort, ne voyez-vous pas que dès là que vous éclatez en plaintes et en murmures, vous n’êles plus innocent, et que vous rendant coupable, ce n’est plus à tort que vous êtes maltrailé, puisque vous le méritez?
En iroisième lieu, ses douleurs sont accompagnées de l’'anéantissement de sa propre volonté, car il souffre malgré toutes les répugnances de la nature. il prie son Père de détourner la croix qu'il lui envoie ; mais en même temps il se résigne à la souffrir, si c'est son bon plaisir, et avant de
mourir par la main de ses ennemis, il fait mourir tous Les
désirs et les iuclinalions de la nature par les mains de l’a-
mour divin, pour vous apprendre que ce qui honore et glorifie
davantage son Père éternel, ce n'est pas la croix, mais l’abandou et la résignalion parfaite à la croix. Ne dites pas :
Je souffrirais volontiers toute autre chose, mais je ne puis
me résoudre à endurer ce qu'un tel dit contre moi, à souffrir
cette mortification et celte abjection, j'y ai trop de répugnance. Plus elle est contraire à vos incliuations, plus elle est méritoire. Fiez-vous à la bouté de Dieu qui vous la présente ; c'est un père aussi tendre que sage qui connaît votre mal et le remède. Voñà justement ce qu'il vous faut. Si vous
savez vaincre vos résistances, et résigner votre volonté à
limitation de Jésus-Christ, vous verrez en vous un chan-
gement merveilleux. I n'attend que le moment où vous aurez
embrassé la croix pour vous remplir de grâces et de bénédictions. Prenez-la donc avec respect, baisez la main qui vous la présente, et dites avec saint André :
Colloque. — O sainte et précieuse croix ! je vous honore comme une relique vivante de Jésus-Christ crucifié, comme les livrées et les couleurs de mon maître, comme le plus cher gage de son amour. Que je me sens honoré de voir son image gravée sur mon cœur avec la lance qui lui perça la poitrine ! C’est maintenant que je conçois quelque espérance d’être un jour au nombre de ses disciples qui se renoncent eux-mêmes et qui se chargent de la croix pour le suivre. Ainsi soit-il.
DEUXIÈME MÉDITATION
Bonheur de ceux qui souffrent en cette vie, à l'exemple de Jésus-Christ crucifié.
« Vous êtes bienheureux, si vous souffrez des injures et des diffamations pour le nom de Jésus-Christ; parce que l’honneur, la gloire, la vertu de Dieu et son esprit reposent sur vous. »