PETR
Préludes de la Méditation précédente.
PREMIER POINT
Considérez, en premier lieu, que l’homme juste plaît à Dieu, et mérite par toutes ses bonnes œuvres une récompense éternelle; mais qu'il n'y en a pas une par laquelle il se rende plus agréable, et mérite plus que par la souffrance, lorsqu'il embrasse volontiers pour l'amour qu'il porte à Dieu
— nee mm. hs
toutes les afflictions et les croix qu’il lui envoie par les conseils secrets de sa providence. Car l’amour que l’âme porte à son Dieu, s'exerce d’une manière sublime et se découvre sensiblement quand elle souffre de bon cœur. Elle pratique par là l'obéissance, la fidélité, le respect, la résignation et la Soumission qu’elle lui doit, accomplissant sa sainte volonté dans le point qui est le plus difficile; puisqu'elle s'offre à toutes les peines qu'il lui plaira d'ordonner, sans en refuser aucune; et plus les peines que l’on accepte sont grandes, plus l’acte de la volonté par lequel on les agrée, pour l’amour de Dieu, lui est agréable et a de mérile devant sa divine Majesté. La raison en est que la nature qui a quelque inclination au bien, aide beaucoup à faire les autres bonnes œuvres; mais pour endurer les croix et les afictions, elle y sent une grande répugnance, et par conséquent elle a besoin de faire plus d'effort, et d’avoir plus de grâce et plus d'amour pour souffrir les Maux que pour faire le bien.
Deuxièmement, souffrir quelque peine avec patience pour l’aniour de Dieu, c’est lui être plus semblable, et par suite plus agréable. Car, bien que Dieu nous ait découvert son infinie bonté en créant le ciel et la terre pour le service de l’homme, et en lui départant une infinité d’autres biens, néanmoins il nous l'a montré d’uae manière plus sensible, en ce que nonobstant nos ingratitudes et les déplaisirs qu'il avait reçus de nous, il nous a soufferts et attendus avec tant de douceur jusqu’à se faire homme et à mourir pour nous. Si donc cet homme pour lequel il à tant enduré venant à souffrir quelque injure de son prochain, ne le fait qu'avec peine, s’il en témoigne tant de ressentiment, qu'il semble beaucoup obliger Dieu de lui pardonner, qu’elle ingratitude et qu'elle méconnaissance des bienfaits divins ne témoignet-il pas? au lieu que s’il souffrait patiemment, il se rendrait plus semblable à son Créateur que par fous les autres exer- -cices de vertu.
En troisième lieu, saint Chrysostôme dit qu’il n’y a chose plus excellente que d’endurer quelque mal pour Notre-Seigneur. C’est plus, dit ce père, que d’être monarque de toute la terre: c’est plus que d’avoir la dignité d’apôtre, et d'être le maître du monde; c’est plus que de faire des miracles et de ressusciter les morts; c’est plus que d’avoir la sagesse des anges. Bien davantage, dit-il, endurer quelque chose pour l'amour de Dieu, c’est un bien qui vaut mieux que la jouissance des délices du ciel. Si quelqu'un me donnait à choisir d'être citoyen du paradis avec les saints, ou d'être lié avec saint Paul et captif pour Jésus-Christ, je prendrais les chaînes pour mon partage, et les estimerais plus précieuses, non pas que l'amour et la gloire que les bienheureux rendent à Dieu, car cela surpasse tout exercice de vertu qu’on puisse faire sur la terre, mais que toutes les félicités, les richesses, les grandeurs qu'ils possèdent. Car c’est une plus grande marque d'amour de Dieu, et un plus grand bien pour moi d’endurer ici-bas quelque peine, que de jouir de toutes ces délices, s'il n'y avait que cela dans le ciel. C’est ce qui devrait nous encourager à la croix, vu qu'il ne peut rien arriver à l’homme de plus grand ni de plus profitable que l'affliction, soit intérieure ou extérieure, quand il la souffre patiemment pour l'amour de Dieu.
DEUXIÈME POINT
Considérez que de souffrir pour l'amour de Jésus-Christ, est une chose très-excellente, non-seulement pour le proiit et le mérite qu'on en retire, mais encore pour le véritable honneur qui nous en revient devant Dieu. C’est pourquoi les pères disent que c’est une chose si excellente, que nous pouvons à bon droit nous estimer indignes d’un si grand honpeur; d’où vous reconnaîtrez que la raison pourquoi Dieu afflige davantage ceux qui l’aiment, et qu’il les accable de mépris, d'injures, de pauvreté, de maladies, c'est qu'il en
fait un grand état; voilà pourquoi il leur donne ce qu'il y a de plus honorable. C’est en cela qu'il a mis toute la gloire de son Fils ; sa couroune était attachée à la croix, et toutes ses plus glorieuses conquêtes étaient dépendantes de ses douleurs. Cest pourquoi saint Paul dit à chacun des fidèles : Mon fils, gardez-vous bien de fuir les afflictions que Dieu vous envoie et de perdre courage, c’est votre gloire; c’est ainsi qu'il traite ses enfants, C’est ainsi qu'il châtie tous ceux qu’il aime; ce vous est trop d'honneur d’être traité comme eux. Oh ! quel honneur de contenter Dieu! oh! quel honneur d’être traité comme son Fils! c'est une gloire pour laquelle les anges vous porteraient envie, s'ils étaient capables de jalousie,
TROISIÈME POINT
Considérez qu'une des grandes marques qu’une âme chrétienne ait en ce monde d’être prédestinée et choisie de Dieu pour la vie éternelle, c’est quand Dieu lui envoie des croix et des afflictions en celte vie, et qu'il lui inspire la force et le courage pour les porter.
Premièrement , le chemin du ciel le plus droit est celui de la croix, et par conséquent celui que Dieu mène par cette voie, a sujet d'espérer qu'il veut le sauver, qu’il l'a choisi de toute éternité pour le paradis et qu'il veut l'y conduire sûrement, puisqu'il lui en donne les moyens les plus certains et les plus courts. Aussi l'ange disait à Tobie : Ne vous étonnez pas si Dieu vous a afiligé, c’est qu’il vous aimait, c'est qu'il vous avait choisi pour un de ses favoris dans son élection éternelle. C’est pourquoi il a fallu que vous fussiez éprouvé et tenté. Pourquoi? Parce que c’est le ressort nécessaire de la prédeslination, suivant l’ordre de Dieu qui l'a ainsi voulu.
Secondement, quelle marque plus certaine de la prédeslination que celle du martyre? Elle est si évidente, que l'É-
glise ne demande point d’autres preuves pour canoniser les martyrs, que celle de leurs souffrances et de leur mort. Or les persécutions, les pénitences ct les morlifications d’une âme vertueuse lui tiennent lieu de martyre. C’est pourquoi les Pères disent que la persécution visible des trans ayant cessé, Dien en a donné une autre invisible à ses élus pour en faire de fidèles portraits de Jésus-Christ, qui est le roi des martyrs, à savoir les tentations et les mortifications cachées qu'ils pratiquent. Et c’est par cetle raison qu’ils appellent la croix des religieux un second martyre. Cest donc aussi une seconde marque de prédeslination.
En troisième lieu, saint Grégoire tient cette marque si assurée, qu'il n'apporte point de plus forte raison pourquoi Dieu afflige ses élus en ce monde, sinon parce qu'il veut les rendre bienheureux en l’autre. 11 leur ôte, dit-il, par la tribulation ce qui vaut fort peu, parce qu'il veut leur faire mériter par la patience ce qui est d’une infinie valeur. Il faut qu'ils soient méprisés à l'extérieur et dans le monde, parce que dans l’intérieur de leur âme et dans le ciel il veut les élever à des biens incompréhensibles. 11 ajoute, pour confirmer sa pensée par le sentiment de tous les saints, que c’est le propre de tous les grands amis de Dieu et le caractère des prédestinés, de craindre la prospérité plus qu'ils ne font l'adversité; parce qu'ils ne prennent pas les prospérités temporelles pour signe de leur salut, au contraire ils ont peur que Dieu ne veuille leur donner en ce monde la récompense de leurs bonnes œuvres. Mais quant à la croix, ils S'y attachent avec assurance, parce que c'est comme l'anneau que Dieu donne aux âmes qui sont ses épouses, comIne sas de son amour. Ainsi sainte Gertrude dit que Dieu voulant élever V’âme à un haut degré d'union avec lui, il lui donne la croix pour gage de ce mariage spirituel, et que c'est une faveur qu'il ne fait pas même à tous les prédeslinés, mais seulement à ses plus grands favoris.
Enfin, pour dernière raison, Notre-Seigneur a bien montré dans la personne de sa bienheureuse mère, que la plus grande Marque de prédeslination était la croix, puisque c’est- au pied de la croix qu’il a voulu qu’elle fût mère de tous les prédestinés, et qu’elle les conçu dans les plus grandes douleurs que jamais aucune créature ait endurées sur la terre, douleurs qui n’ont cédé qu’à celles de son Fils, qui a voulu être le père des élus en mourant sur le Calvaire par un martyre sensible, comme elle en était la mère par un martyre d'esprit. Oh! qu'il est donc raisonnable que nous recevions de bon cœur toules les peines et travaux que Dieu nous envoie en cette vie! oh! quelle estime devons-nous en faire, puisque ce sont les plus visibles marques de notre prédestination, qui est le grand effet de l'amour que Dieu nous porte. Travaillons donc constamment à la conquête de la perfection, consumonsnous pour le service de Dieu, que nul obstacle ne nous arrêle, que nulle contrainte ne nous épouvante. Il ne faut pas craindre la croix, il faut la chérir et l'embrasser, puisqu'elle a des effets si admirables et des fruits si doux et si précieux. Que fait un jardinier au meilleur arbre de son verger, pour lui faire porter de bons fruits? Vous le-voyez toujours autour de lui, lui coupant tantôt une branche, tantôt une autre ; usez-en de même à l’endroit de votre corps et de votre âme; retranchez ce qui leur est Superflu, faites-leur subir une mortification continuelle, ne Soyez jamais sans quelque Croix, et Vous ne serez jamais sans fruits et sans mérites.
TROISIÈME MÉDITATION
Du religieux crucifié à l'imitation de Jésus - Ghrist.
« Pour moi, à Dieu ne plaise que je me glorifie en autre chose qu’en la croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ, par qui le monde est crucifié pour moi, comme je suis crucifié pour le monde. »
Gaz. 6. 14.
Préludes des Méditations précédentes.
PREMIER POINT
Considérez, en premier lieu, que l’état religieux est une croix à laquelle les prédestinés s’attachent volontairement, pour être semblables à leur Sauveur; que cette croix esi composée de deux pièces, la pénitence et l’obéissance, el que les règles sont les liens qui nous y lient si étroitement, que nous ne pouvons pas MÊME avoir le libre usage de la langue à cause de la règle qui nous oblige à garder le silence. Ah! Seigneur, que je vous suis obligé de m'avoir destiné dès votre éternité une croix si précieuse et si semblable à la vôtre, où je puis comme vous être obéissant jusqu'à la mort. Ah! que j'estime la perte de ma liberté, puisque je vous en fais le sacrifice sur l'autel, où vous avez Vous même sacrifié la vôtre pour mon salut. Considérez, en second lieu, que le religieux qui vit selon l'esprit de la religion à laquelle il est appelé, est la plus vive image de Jésus-Christ crucifié ; c'est à lui que Notre-Seigneur adresse ces paroles : Que celui qui veut venir après moi renonce à lui-méme, qu'il porte sa croix et qu'il me suive; ce
RE ne men
même religieux (1) peut dire avec saint Paul: « Je suis CMuCIfié avec mon maîlre Jésus-Christ. Je suis crucifié au monde, et le monde me l’est aussi. s O l'heureux sort du religieux, dit saint Ephrem, qui peut tous les jours mourir pour Jésus Christ et comme Jésus-Christ ! qui pourrait dire quelle est la couronne et la récompense qu'il mérite? Considérez, en troisième lieu. qu’étant une fois lié à cette Croix, il ne peut plus s’en défaire: il faut qu'il y meure comme Jésus-Christ. Le monde lui crie en vain: Descends de la croix, ne sois point si scrupuleux à garder tes règles qui n’obligent point à péché, à observer le silence que si peu de personnes se font conscience de violer; à employer le temps ordonné pour l’oraison, ce à quoi personne ne prendra garde, à tenir tes sens dans la contrainte, ton esprit à la gêne, ton Corps dans une modestie forcée; il persévère nonobstant à porter la croix, et quand-il pourrait se décharger de ce fardeau si dur et si pesant à la nature, il ne le voudrait pas. Non, Seioneur, je ne le voudrais jamais, quand je pourrais le faire, et si j’élais à commencer le sacrifice que je vous ai fait de moi-même, je le ferais encore à présent d'aussi bon cœur que je l'ai jamais fait. Faites ici une rénovation spirituelle de vos vœux.
Considérez combien le parfait religieux exprime naïvement l'image de Jésus-Christ crucifié.
1° Celui qui est crucifié n’est point dans le ciel, ni sur la terre, mais il est suspendu entre le ciel et la terre. Le religieux fervent est de même. Il n’est pas dans le ciel ; car son corps tient à la terre et en tire sa subsistance; il n’est point aussi sur la terre, car il a renoncé aux choses terrestres; il
(1) Chrysostom., Hom. 69, in Matth.
est néanmoins dans l’un et dans l’autre: dans le ciel, car il y monte par ses désirs, afin de converser avec les anges (1); sur la terre, car il y souffre et il y travaille pour acquérir le ciel: il est comme entre deux, tenant à la terre par les pieds, c’est-à-dire par les sens, et levant la tête vers le ciel, où son esprit aspire incessamment par ses désirs.
9e Celui qui est crucifié n’est, à vrai dire, ni mort ni vif, mais il est l’un et l’autre tout ensemble. Il ne faut plus le compter entre les vivants, car il est blessé à mort, il s’en va expirer, il est près de rendre l'esprit; il n’est pas encore au rang des morts, car il souffre, il soupire, il est sensible à son martyre; mais il est tout ensemble mort et vif, parce qu'il est entre la vie et la mort, n'ayant pas encore perdu les douleurs de la vie et ne pouvant plus fuir le coup de la mort. Dites de même du religieux, c’est un mort vivant, c’est une hostie qu’on a immolée sans lui ôter la vie. Il n’est pas mort, car il respire encore et il parle, il travaille; il n’est pas vivant, car il est mort au monde et à la nature. Il est donc vif et mort tout à la fois: il est mort au monde, et il est vivant devant Dieu; il est mort d'une mort civile, car il n’a plus rien dans le monde; il est vivant d’une vie spirituelle, car il a des trésors infinis dans le ciel: il est mort à la nature, car le péché, les passions et les convoitises de la chair ne vivent plus en son âme: il est vivant à la grâce. parce qu'il exerce d'une manière excellente les plus éclatantes actions de la vertu. 0 Seigneur ! accordez-moi que je vive et que je meure de cette sorle, que je meure à moi-même pour vivre à Vous, que je vive de votre esprit pour mourir à tous les sentiments déréglés de la nature.
3 Celui qui est crucifié a perdu l'usage de toutes les parlies du corps : il ne peut plus marcher, car ses- pieds sont
(4) Philipp. 2. 20,
cloués ; il ne peut plus agir, car ses mains sont attachées ; il est hors de pouvoir nuire et de mal faire, et, quand il en aurait la volonté, il n’en aurait pas le moyen. Le religieux estdans la même disposition ; il est dans une heureuse nécessité de bien vivre et dans une aimable impuissance de pécher. Il ne peut pas abuser des richesses, car il est pauvre ; ni des grandeurs, car il en est incapable; ni des plaisirs du monde, car il s’en est privé ; ni des compagnies, car il est solitaire; il s’est banni du monde et des conversations du siècle ; les choses mêmes qui sont licites par elles-mêmes au regard des autres, ne lui sont plus permises : et s’il a encore le pouvoir de les faire, il n’en a plus le droit. Ne doit-il donc pas s’eslimer bienheureux d’être si éloigné des occasions du péché, qu'il n'ait pas le pouvoir de mal faire, quand même il serait assez malheureux pour en former le désir.
4° Enfin jetez les yeux sur les clous qai percent les mains et les pieds de celui qui est attaché à la croix: ils ne manquent pas au religieux qui se donne à Dieu par un glorieux mépris de toutes choses. Ses trois vœux sont les clous qui le percent. Dans le noviciat on l’étend pour ainsi dire sur la croix, on voit si elle lui sera propre à sa profession, on l’attache par les vœux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance. Le clou perce la chair avec douleur, et lés vœux pénètrent l'esprit et lui font de profondes et douloureuses plaies ; car ils le séparent de ses volontés, de ses plaisirs et de ses commodités, et cette division est la cause de sa douleur. Un clou en chasse un autre, et les vœux chassent du cœur toutes les affections déréglées, dont la pointe est mortelle. Le clou attache le corps à la croix, et les vœux attachent le religieux à son état dont il ne peut se séparer sans mourir. Bénissez Dieu d'être en cet état, encouragez-vous à souffrir la peine qui est inévitable à qui veut garder exactement ce qu’il a promis à Dieu. Enfoncez souvent ces
clous, afin de vous unir plus étreitement à Jésus-Christ crucifié ; renouvelez vos vœux tous les jours sur la fin de votre oraison (à l'exemple de saint François Xavier), afin d'en sortir avec la même ferveur que vous aviez lorsque vous les fites la première fois ! Oh! que de saintes ardeurs embrasaient alors votre cœur ! oh! quels désirs de vivre saintement, et de vous consumer au service de Jésus-Christ! Tâchez de réveiller ces bons mouvements tous les matins, votre journée en sera plus sainte et plus heureuse.
TROISIÈME POINT
Considérez, en dernier lieu, les vertus que les religieux fervents exercent pour la croix. Car c’est en cela spécialement qu'ils portent l’image de Jésus-Christ crucifié, qui nous a tracé
sur le Calvaire un portrait achevé de la sainteté. Les vertus :
sont toujours d’un prix non pareil ét d’une souveraine beauté; mais jamais elles ne paraissent mieux que dans les souffrances. C’est là que les saints en pratiquent des actes très-héroïques que vous devez imiter.
4° Ils souffrent, premièrement, par un esprit de pénitence. En voyant Jésus-Christ mourir pour nos péchés, ils voudraient volontiers s’anéantir à force de peines, pour satisfaire à la justice de Dieu qu’ils ont offensé. ® Ils souffrent avec une résignation et un abandon admirable, et renoncant à leurs propres sentiments ils disent avec leur maître : Votre sainte volonté, Seigneur, non pas la mienne. 3° Ils souffrent par un esprit d’humilité très-profonde, et voyant le Dieu de la gloire moqué et méprisé sur le plus haut théâtre du monde, à la vue du ciel et de la terre, ils s’abîment dans leur néant et voudraient de bon cœur embrasser pour son amour toutes les confusions et les mépris imaginables. Lo Ils souffrent par un esprit de religion, s'offrant avec un incroyable respect comme des victimes vivantes à la
majesté de Dieu, pour reconnaître son pouvoir suprême et rendre hommage à sa grandeur. 5° Ils souffrent avec une paix, une douceur, une tranquillité miraculeuses; et voyant cet agneau qui se laisse déchirer sur le Calvaire sans dire mot, iln’y a point d’amertume pour eux qui ne perde son aigreur en passant par son cœur amoureux. 6° Ils souffrent avec un esprit de force et de constance invincible, ne donnant aucunes bornes à leurs peines, ni pour la grandeur ni pour la durée, que celles que la Providence divine leur a marquées. T° Ils souffrent avec une confiance magnanime, et quoiqu'il semble que Dieu les oublie et les délaisse, néanmoins ils ne perdent jamais l'ancre de l'espérance, qui les attache au cœur de ce Père des miséricordes, se sduvenant que Dieu châtie ses enfants et qu’il ne prend pas le même soin des réprouvés.
Enfin, ils souffrent avec un merveilleux zèle de sa gloire, étant ravis que ce feu divin ne laisse rien d’humain à détruire en eux, afin que toute la créature étant détruite en leur cœur, je veux dire tout amour de la créature, il n’y paraisse plus que l’image de Jésus-Christ crucifié. Voyez combien vous êtes éloigné de cet état, reconnaissez votre peu de vertu, d’humilité, de douceur, de résignation, de zèle, et priez le Fils de Dieu de vous donner son esprit pour animer le vôtre.
Les personnes séculières pourront prendre de cette méditation ce qui est conforme à leur état, se souvenant que tout chrétien doit graver sur lui l’image de Jésus-Christ crucifé, avant de porter celle de Jésus-Christ glorifié.
DIXIÈME JOUR