ONZIÈME POINT
La joie des saints est d'être séparés de la compagnie des pécheurs. Ils n'ont plus de commerce avec les mondains ; mais au lieu d’une si mauvaise compagnie, ils jouissent de la douce conversation des anges et des amis de Dieu, surtout de celle de la bienheureuse Vierge. 0 l'heureux entretien ! Ô Le divin commerce ! oh! qui pourrait goûter les délices d’une si sainte conversation! Vous le pouvez, Si Vous aimez le silence et la solitude. Plus vous vous séparerez des créatures, -plus vous serez familier avec les saints et avec Dieu même. Jésus qui est le roi des vertus, aime la retraite et le recueillement. Celui qui est tout au dehors, qui se dissipe et qui se distrait volontiers en toutes rencontres, n’a jamais de vertus solides. Les hommes ne nous apprennent que ce qu'ils savent, et ils ne savent que le mal et la vanité.
DOUZIÈME POINT
La joie des saints est d’être toujours en action et toujours en repos. Ils sont lous employés au service de leur maître avec un contentement admirable. Les uns sont autour de son trône, les autres président au gouvernement des cieux, les autres à la coñduite des hommes, et ce qui est merveilleux, ils font aussi volontiers les plus pelits offices que les plus honorables ; parce qu'ils agissent par amour et par esprit, et ne regardant purement que Dieu, ils le trouvent également partout. De là vient que ne le perdant jamais, ils sont toujours en repos, jouissant de leur souverain bien, de même que Dieu, pour travailler dans le monde et faire lui seul tout ce que font les créatures ensemble, qui ne sauraient se mouvoir s’il n’agit avec elles, ne laisse pas de se reposer toujours dans la jouissance de lui-même. Aimez donc le iravail,
mais aimez-le purement pour Dieu; animez loutes vos actions d’un esprit intérieur d'amour divin, libre et dégagé de toute recherche intéressée de l’amour-propre; ne soyez jamais oisif, mais ne soyez jamais aussi empressé; gardez votre liberté, gardez votre repos au milieu du travail; ne prenez jamais de plaisir ni de divertissement que de la main de Jésus-Christ; ne prenez point aussi d'occupation ni d'emploi que par ses ordres, et vous trouverez la béatitude du paradis parmi les eroix et les épines de cette vie. Ainsi soit-Il.
DEUXIÈME MÉDITATION
Ou contemplation pour nous exciter à l'amour de Dieu.
« Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur, de toute votre âme et de tout votre esprit. »
Marre. 22. 37.
Remarque.
L'amour dépend plus des œuvres que des paroles. Secondement, l'amour consiste en une communication mutuelle de tout ce que l’on possède. Par conséquent la fin de cette contemplation est de former une résolution efficace de vous donner tout à Dieu par un amour effeclif, qui ne demeure pas dans les affections ni dans les tendresses et dans les désirs, mais qui passe aux effets et ne laisse rien en vous qui ne soit consumé pour la gloire de Dieu (1).
(4) S. Ignat., in 4 hebdom.
PREMIER PRÉLUDE. — Représentez-vous que vous êtes devant Dieu, devant les anges et devant les saints, qui vous regardent tous d’un œil favorable.
Deuxième PRÉLUDE. — Demandez la grâce de connaître de quelle sorte Dieu se communique à vous par une infinité de bienfaits, afin que vous soyez par là embrasé de son amour, et que vous ne différiez plus à vous donner tout à lui, dans la résolution d'employer toutes les forces de votre corps et de votre âme à l’avancement de sa gloire, sans aucune réserve, et de vous consumer entièrement dans son service.
PREMIER POINT
Considérez les bénéfices de la création et de la rédemption, qui sont communs à tous les hommes, et les grâces particulières que Dieu vous a faites (1); voyez ce que ce très-débonnaire Seigneur a fait et enduré pour vous; regardez quelle part il vous a faite de ses trésors, et avec quelle sincérité il désire, selon son divin décret et selon les mouvements de son bon plaisir, se donner tout à vous autant qu'il est possible. Par tous ces bénéfices il s'épuise, pour dire ainsi, afin de vous remplir; il sort de lui-même pour se répandre en vous et se lier intimement à vous, par une amoureuse communication de lui-même et de tous les biens de la nature et de la grâce, se réservant à se donner éternellement à vous par la gloire, si vous lui êtes fidèle et si vous n'empêchez point l'effet de son ardente charité. Si cela est vrai, comme vous ne pouvez en douter, rentrez un peu en vous-même, et voyez ce que la raison et la justice vous obligent de rendre à Dieu pour n'être pas ingrat. Ne faut-il pas que vous vous donniez à lui avec une extrême affection, et que vous lui fassiez un sacrifice parfait de votre être, de voire entendement et de votre mémoire, afin que vous n'ayez
(1) S. Ignat,
plus d'autre objet que lui; que votre entendement ne s’occupe que de lui, que votre mémoire ne se remplisse que de Jui, que votre volonté rejette tout autre propre désir, pour ne vouloir que ce que Dieu désire; que votre liberté soit parfaitement assujettie à son amour, et ainsi que vous puissiez dire qu’il est véritablement le Dieu de votre cœur.
« O Seigneur! recevez, s’il vous plaît, le sacrifice que je vous fais absolument de ma liberté, acceptez l'oblation entière de’ ma mémoire, de mon entendement et de ma volonté que je vous consacre; c’est vous qui m'avez donné tout ce que j'ai et tout ce que je possède; je vous le rends aussi tout entieret je l'abandonne totalement à votre bon plaisir pour en disposer de plein droit; donnez-moi seulement votre amour et votre grâce, et je suis assez riche; je ne vous demande rien davantage (1). »
DEUXIÈME POINT
Contemplez comme Dieu esl présent à toutes les créatures, comme il donne l'être aux éléments, la vie végétale aux ‘plantes, la vie sensitive aux animaux, la vie intellectuelle aux hommes (2). Considérez que vous êtes parmi toutes ces créatures, recevant Comme elles et avec elles les effusions de son amour, vu qu'il ne leur à rien donné qu'il ne vous ait aussi libéralement accordé. Bien davantage, il vous a donné toutes les créatures, et en vous les donnant il s’est donné avec elles d’une nouvelle manière, puisqu'il est infiniment en toutes ; de sorte qu'en toutes les créatures vous pouvez trouver Dieu comme un trésor caché, qui est à vous et tout pour vous. Passez encore plus avant, il vous à donné la disposition de vous-même, et vous laissani le domaine de votre liberté, par ce don qu'il vous à fait de vous-même, il s’est donné pour la troisième fois et s’est enfermé en vous-même,
(4) Orat. &. Ign. — (2) S. Ignat.
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vous faisant l'honneur de résider en vous comme dans son temple, où il a mis et consacré l’image la plus belle et la plus excellente de sa divinité qui se puisse imaginer, vous créant à sa ressemblance. Admirez ici les communications divines, et puisque Dieu est si prodigue en votre endroit de ses biens et de lui-même, n’en soyez pas méconnaissant. 1° S'il vous rend toutes ses perfections si présentes, que de quelque côté que vous vous tourniez, il vous environne, il est tout à vous, il est la base et le fondement de voire être ; certes vous devez réciproquement le chérir et embrasser, et ne vous séparer jamais de lui, mais vivre tout en
Jui ; puisque toute sa douceur, loute sa sagesse, sa bonté, sa
providence et son pouvoir sont en vous. %e S'il vous donne toutes les créatures pour votre usage, et si par là il renouvelle le don qu'il vous fait de lui-même, autant de fois qu’il les assujeltit à votre service, gardez-vous de vous attacher à elles par un amour déréglé; aimez le Créateur et non pas la créature, brûlez du feu de son amour et du désir de vous unir continuellement à lui. 3° Puisqu’il vous donne si libéralement toutes choses, rendez-lui le bien qu’il vous a fait. Il est vrai que vous ne pouvez augmenter les biens intérieurs qu’il possède en lui-même, car on ne peut rien ajouter à l’infini; mais vous pouvez lui donner des louanges et de l'amour. Aiïmez-le donc pour toutes les créatures qui ne l’aiment pas el qui ne peuvent pas l’aimer; louez-le pour suppléer à leur défaut, joignez-vous avec toutes celles qui l’aiment et qui le louent, pour le bénir avec elles. Offrez-lui la gloire de tout ce qui se fait dans le monde, rendez-lui le domaine qu'il vous a donné sur ses ouvrages, n’en usant jamais que pour sa gloire ; rendez-vous enfin à lui, et si cela ne suffit pas, rendez-lui son cher Fils, et avec lui tous les cœurs des hommes et des anges enfermés dans le sien.
TROISIÈME POINT
Considérez que Dieu se donne à vous, non-seulement par lui-même immédiatement en vous créant, rachetant, sanctifiant et vous comblant de faveurs, non-seulement par les créatures, en tant qu’il les pénètre, qu'il les contient, qu’il est intimement uni à elle, mais encore par toutes ces mêmes créatures, en tant qu'il opère avec elles et travaille incessamment pour vous (1). 11 vous éclaire avec le soleil, il vous nourrit avec les fruits de la terre, il prodigue ainsi sa toutepuissance, sa sagesse, sa bonté à votre sujet, contribuant à toutes les actions qui se font dans l'univers, avec une bonté infinie, qui n’a d'autre vue que de se faire aimer en vous faisant du bien.
Si cela est véritable, que pouvez-vous faire pour lui, qui égale un si grand amour? N’est-il pas juste de reconnaître le bien qu'il vous fait par leur moyen, de le remercier de toutes les commodités et de tous les services que vous en retirez, de travailler sans cesse à l'avancement de sa gloire, d'estimer que toute voire vie ne saurait être mieux employée que pour son honneur, de tenir pour fâcheux et ennuyeux soit le repos ou le travail, qui ne l’honore point; enfin de vous réjouir que les autres s’emploient de toutes leurs forces à le glorifier, et d’en tirer autant de satisfaction que si c'était vousmême, étant ravi qu'ils vous surpassent en la poursuite d’un si louable dessein.
QUATRIÈME POINT
Considérez que tous les biens spirituels que les hommes possèdent viennent du ciel, et que ce ne sont que des rayons de ce soleil, des ruisseaux de cette source inépuisable de la
(4) S. Ignat.
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bonté de Dieu, qui leur donne ces biens avec mesure, afin de se les rendre semblables (1). Il y en a trois particulièrement où vous devez vous arrêter. Le premier, c’est la puissance ; le second, la sagesse, et le troisième, la sainteté qu’il leur communique. Voyez donc, en premier lieu, quelle puissance il donne aux grands du monde qui font trembler toute la terre, et admirez celui qui en est l’auteur ; dites en vous-même que Dieu est grand et qu'il est puissant, puisque ous ces monarques ne sont auprès de lui que des vermisseaux, et néanmoins toute la puissance de Dieu est pour moi, et il l’emploie pour me protéger. Voyez, en second lieu, quelle est l'industrie, la sagesse et les lumières d’esprit qu'il a données aux hommes, et dites avec étonnement que la sagesse de Dieu est admirable puisque tant d’excellents et admirables esprits ne sont que des ombres en comparaison de lui ! et toutefois cette sagesse est tout occupée à ma conduite. Enfin voyez quelles vertus et quelle sainteté ont paru en tant de martyrs, de confesseurs, de vierges, etc., et admirez en vous-même la sainteté de Dieu qui en est la source; car tous ces prodiges de vertu qui ont éclaté dans tous les saints, ne sont que de petites étincelles de cette grande fournaise d'amour, et c’est avec raison que les anges chantent dans le ciel qu’il est trois fois saint, et qu’its se cachent le visage par révérence, pour témoigner que toutes les créatures ne sont pas capables de comprendre ni de louer dignement la sainteté infinie de Dieu.
Apprenez de ces considérations, premièrement, à regarder Dieu dans vos supérieurs, reconnaissant le pouvoir qu'il leur donne, et vous y assujettissant pour son respect. Secondement, réjouissez-vous que sa gloire éclate si hautement dans la communication qu’il fait de ses dons, surtout de sa sainteté; louez-le des vertus que tous les saints ont ja-
(1) S. Ignat.
mais pratiquées; remerciez-le d’avoir donné à l'Église et à votre saint ordre, si vous êtes religieux, des âmes si éminentes en sainteté, comme saint François, saint Dominique, saint Ignace, saint François Xavier, et tan d’autres. Soyez confus de vous voir pauvre et dénué de ses grâces par voire faute, et s’il vous a donné quelque talent, proposez-vous dorénavant de l’employer uniquement à son service, avec plus de fidélité et de ferveur que vous n'avez fait jusqu'ici. Amen.
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TROISIÈME MÉDITATION
Fruits des exercices.
Remarque.
La fin de cette méditation est de recueillir par forme de répétition tous les bons sentiments et les saintes résolutions que vous avez prises durant les exercices.
Je les marque ici selon l’ordre et la fin des Méditations que vous avez faites chaque jour, pour vous en faire voir la liaison, et vous laisser un abrégé de la perfection que vous devez acquérir.
PREMIER JOUR
Mon souverain bien en cette vie est d’être tout à Dieu, mon devoir est de-le servir et de lui plaire, mon bonheur dans l'éternité de le voir et d’en jouir. Hors de lui tout m'est indifférent, je n’attends rien des hommes, la créature ne m'est rien qu’autant qu’elle me porte à Dieu.