MÉDITATION APRÈS LES EXERCICES
Dixi nunc cœpi.
PREMIER PRÉLUDE, — Figurez-vous que vous êtes en la présence de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui vous dit, par un reproche amoureux, que vous n’avez encore rien fait pour sa gloire, et qu’il est temps de commencer.
Deuxième PRÉLUDE. — Demandez-lui la ferveur d'esprit et la constance dans son saint service et dans l’exécution de vos bons propos.
PREMIER POINT
Considérez que sortir des exercices, ce n’est pas finir la dévotion, le recueiïllement, la ferveur et le soin particulier de votre perfection, mais plutôt que c’est commencer de nouveau à vous employer au service de Jésus-Christ. Vous n'avez fait. dans les exercices que ce qui est le plus facile, qui est de délibérer, de proposer et de communiquer avec Dieu des moyens de vous faire saint et de concevoir de grands désirs de sa gloire. Le plus difficile et le plus important est d’en venir aux effets, et d'exécuter fidèlement les résolutions que vous avez prises. Il y a trois choses nécessaires à la conquête de la perfection, savoir, vouloir, exécuter : la première est bonne, la seconde est encore meilleure, la troisième est absolument nécessaire; mais ni la première ni la seconde ne vous serviront de rien sans la {roisième, sinon
pour vous rendre plus coupable. Eh! combien y en a-t-il dans le monde et dans la religion qui n’ont que trop de lumières, et qui ne savent que trop ce que c’est que sainteté, quelle est l'excellence de la vertu et les biens incomparables qu’elle nous apporte; et néanmoins ils ne tirent aucun profit de leur science pour le changement de leur vie. Ils sont riches en vertu par idée, par spéculation, mais ils sont pauvres en vertu par la pratique. Leur science est grande, leur conscience faible et malade. Ils sont magnifiques en paroles et en discours, mais lâches dans leurs actions, nous faisant voir, par une triste expérience, qu'il n’est que trop vrai que souvent ceux qui savent mieux ce que c’est que la vertu, l’exercent et la pratiquent le moins. Dieu vous garde d'être de ce nombre, de peur que les lumières que Dieu vous donne ne vous soient préjudiciables. Cherchez donc à vous instruire pour en venir à la pratique, et sachez que ce n’est pas la connaissance du bien qui vous rendra agréable à Dieu, mais l'exercice : et que si vous négligez les vues et les lumières que Dieu vous a données dans cette retraite, il vous en demandera un jour un compte sévère et rigoureux. Au reste, il est de vos bons désirs comme de vos lumières. Il y en a beaucoup, dit saint Bonaventure, qui concoivent de ferventes affections, qui forment ensuite de bons propos et qui se promettent de faire des merveilles; et toutefois ils n’en viennent jamais à l’exécution, jamais ils ne surmontent leurs inclinations vicieuses, jamais ils n'acquièrent aucunes vertus solides, et ainsi ils n'arrivent jamais à la perfection. Pourquoi? Leurs désirs sont faibles; ce ne sont que de vaines complaisances. Ils voudraient bien être vertueux; mais ils voudraient l’être sans peine, ou pour le moins avec peu d'effort et de travail. Ils semblent donc avoir la volonté de servir Dieu, mais en effet leur lâcheté fait voir qu'ils ne l'ont pas. Ce. sont des paresseux qui veulent et ne veulent pas; ils veulent être saints, et ne veulent pas metire
la main à l'œuvre: ils veulent vaincre, mais ils ne veulent pas combattre leurs vices : ils aiment la sainteté, maisils n’en aiment pas la pratique. Ce n’est pas assez, dit saint Jérôme, de vouloir la justice, il faut passer de la connaissance à l’amour, et de l'amour à l'effet. Ce n’est pas qu’il ne soit trèsimportant de prendre à cœur votre perfection, de la désirer ardemment, de la demander à Dieu; mais il faut que cette volonté et ces désirs soient efficaces, et qu'ils emportent non-seulement tout le cœur, mais encore toutes les puissances de votre âme à la poursuite de la vertu; si bien que vous ne prétendiez autre chose en toutes les actions de votre vie. Car, dit saint Thomas, expliquant ces paroles, le désir est estimé d'autant plus efficace qu'il est plus simple et moins partagé. La division l’affaiblit, l'unité le fortifie; dites donc avec David : Je n'ai qu’un désir au monde, et je ne demande à Dieu qu'une chose, qui est de me faire saint, et de le contenter en travaillant à ma perfection. Je la rechercherai de toutes mes forces, j'en embrasserai toutes les occasions, et n’en laisserai échapper aucune.
DEUXIÈME POINT
Considérez qu’il est difficile que les bons désirs que nous concevons dans les exercices soient si faibles qu'ils ne nous portent à quelques bons effets, et qu'on en retire toujours quelque fruit; mais il est souvent passager et de peu de durée. Cette ferveur que nous avons conçue se ralentit peu à peu, si nous ne prenons garde à nous, ainsi que le fer qui sort tout embrasé de la fournaise se refroidit bientôt si on ne l’y remet souvent, et devient si dur que l’ouvrier ne peut le mettre en œuvre.
La cause de cette inconstance et de ce refroidissement, n’est autre que la discontinuation de ce qui doit entretenir ces bons sentiments, et les rendre efficaces. Or, ce qui doit
les entretenir, c’est cela même qui les a fait naître dans les exercices, c’est-à-dire la méditation et la prière, avec le recueillement de notre esprit, qui se dégageant des objets qui le dissipent, s’est occupé plus sérieusement des vérités élernelles qui l'ont tout-à-fait convaincu. Comme donc les œuvres sont les fruits des résolutions, et les résolutions des connaissances, et les connaissances de la considération des vérités qui est plus forte dans le recueillement et le dégagement de notre esprit, il arrive de là que nous replongeant dans les choses extérieures, nous perdons bientôt le recueillement et la liberté de l'esprit; l'esprit ainsi dissipé et embarrassé est moins propre à la considération des choses éternelles; ces vues et ces lumières venant à s’effacer peu à peu, l’affeetion se refroidit ; la volonté se refroidissant dans ses résolutions n’agit plus qu'avec langueur, et voilà la cause de notre relâchement. C'est pourquoi, si vous désirez longtemps conserver le fruit de votre solitude, prenez garde sur toutes choses que votre esprit ne se dissipe pas trop dans les occupations extérieures, et ne s'engage insensiblement dans le tracas des affaires et des soins de votre office, ou qu’il ne s’évapore par les divertissements ou par la recherche de sa propre satisfaction ; mais qu’il demeure au contraire toujours libre, toujours éclairé des vérités éternelles qui entretiennent la ferveur de votre amour et du désir que vous avez conçu de la perfection.
TROISIÈME POINT
Pour arriver à ce but qui est si important, proposez-vous de garder exactement ces cinq avis, qui seront comme les cinq doigts de la main, avec laquelle vous travaillerez avec ferveur à l’exécution de vos bons propos.
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PREMIER AVIS
Soyez fidèle à Dieu en tous vos exercices spirituels, en vos lectures, examens et méditations, confessions, communions, et ne les laissez jamais, et même ne les différez jamais sans nécessité et sans une importante raison.
DEUXIÈME AVIS
Faites toutes vos actions avec esprit, c'est-à-dire avec intention actuelle, fervente, amoureuse de plaire à Dieu, et pour cet effet au commencement de chaque action, élevez votre cœur à Dieu et dites intérieurement mais avec ferveur : Mon Dieu, c’est pour votre plus grande gloire; mon Dieu, c’est pour vous plaire; 6 Jésus, bénissez cette action, unissezla à votre croix. À la fin de l'œuvre, dites : Mon Dieu, soyez béni ; 6 doux Jésus, pardonnez-moi les fautes que j'ai fuites. Au progrès de l’action, si elle dure longtemps, dites : © Jésus, vous êtes le Dieu de mon cœur, ou bien : O Jésus, je ne veux vivre que pour vous; ou semblables aspirations, qui vous fassent ressouvenir du dessein unique que vous devez avoir toujours dans l'esprit, qui est de plaire à Dieu, de le glorifier, de vous consumer dans son service, de vivre et de mourir pour lui.
TROISIÈME AVIS
Soyez par-dessus toutes choses soigneux de bien faire votre examen particulier, prenant à tâche de profiter chaque jour dans la vertu particulière que vous avez résolu d'acquérir, et dans la mortification du vice contraire. Que ce soitle matin la seconde pensée qui occupe votre esprit, après avoir donné votre cœur et consacré votre journée à la gloire de Dieu. Que ce soit la première vue de votre examen, commençant toujours la recherche de vos fautes par celle de votre examen
PREMIÈRE RATRAITE. 913
particulier; enfin que le soir en vous couchant, vous tâchiez de vous endormir dans le désir de mieux servir Dieu le lendemain, et de combattre plus courageusement contre ses ennemis, surtout contre ce vice particulier.
QUATRIÈME - AVIS
Ne vous approchez jamais des sacremenis par manière d’acquit, mais avec un profond respect, surtout le jour de la communion, gardez-vous de vous dissiper le matin. Employez bien ce temps qui est le plus précieux de votre vie, puisque c’est pour lors que vous êtes plus près de Dieu, et que vous pouvez obtenir de grandes faveurs de sa bonté.
CINQUIÈME AVIS
Soyez grandement soigneux de votre office, prenez plaisir au travail, ne soyez jamais oisif, ayez soin d'y garder la pauvreté, ne disposant de rien sans congé des supérieurs; ne vous mêlez point de l'office d’autrui ni de ses affaires; mais faites volontiers plaisir à tout le monde par pur amour de Dieu, ne vous rendant ni {rop fâcheux, ni aussi trop complaisant dans les choses qui sont contre les règles et l'édification.
Or, afin que cette main ne vienne à s’affaiblir ou se lasser, choisissez toutes les semaines un jour de fête pour faire une demi-heure de revue, pour considérer comment vous observez ces avis et ces pratiques, les considérant l'une après l'autre, comme les cinq doigts de la main, afin que si quelqu'un se trouvait débile ou malade, vous y apportiez du remède et preniez de là occasion de conférer avec votre directeur. Cette communication est de très-grand profit. Finissez cette méditation par une fervente prière à Notre-Seigneur et à sa bicnheureuse Mère, les conjurant de vous donner la force d'exécuter tout ce que vous leur avez promis; et
sur la confiance que vous prendrez tout entière en la miséricorde de votre Sauveur, qui ne désire rien plus passionnément que votre perfection, dites avec un grand courage : Dixi, nunc cœpi : Je l'ai dit, je l'ai résolu, c’est ma volonté, c'est mon dessein inviolable, je veux me donner tout à Dieu, je m'en vais commencer tout de nouveau, comme si je n'avais jamais rien fait. Ainsi soit-il.
SUR LE PROGRÈS QU'ON À FAIT DANS LA VIE SPIRITUELLE DEPUIS LA DERNIÈRE RETRAITE.