IV. POINT
Considérez comment vous vous comportez envers vousmême, lorsque vous êtes dans la souffrance.
1. Celui qui juge solidement des choses, et qui les regarde dans la lumière de la vérité, ne doit point s’attrister ni s’abattre dans les adversités. IL doit relever son courage par la confiance en Dieu, qui connaît le fond de son cœur, et qui
est assez puissant pour protéger ceux qu'il aime. Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ?
2. [ne doit point s'arrêter au jugement des hommes ; il est tel que Dieu le connaît. L’homme ne voit que le dehors et ce qui paraît sur le visage, mais Dieu regarde le cœur. On doit faire plus d’état de son seul jugement que de tous les jugements des hommes ramassés ensemble.
3. Il ne doit point s'inquiéter de l'avenir, c’est un soin vain et inutile d’aller chercher dans l'avenir des sujets de trouble ou de joie qui n’arriveront peut-être jamais.
Que vous sert de vous tourmenter l'esprit sur tant de choses futures, dont l’événement est incertain, sinon de redou-bler voire tristesse, et d'ajouter peine sur peine? À chaque jour son mal suffit, c’est un effet de la faiblesse humaine de se laisser aller à ces vaines frayeurs, et de se laisser si aisément séduire aux persuasions de l'ennemi, qui se met peu en peine si ce qu'il nous propose est véritable ou faux, pourvu qu’il lui serve à nous tromper; car il lui est indifférent de nous remplir d'un vain amour des choses présentes, ou d’une vaine appréhension des choses futures, pourvu qu’il ñous renverse par l’un ou par l’autre.
4, Le sage ne doit point se désister de ses saintes résolutions, ni quitter ses bonnes pratiques pour aucune disgrâce qui lui arrive (1); il doit toujours avancer à travers des ténèbres, des inquiétudes, des sécheresses, des résolutions, des mépris, des contradictions, des maladies et de toutes les afflictions qui lui surviennent, comme le soleil ne laïsse pas de continuer, sa course d’un pas égal, quelques nuages qui s'élèvent et qui s'opposent à sa lumière. L'âme du juste, disait l'abbé Théodore, ne doit pas être comme la cire qui perd aisément l'impression qu’elle a reçue, et en reçoit aussi facilement de nouvelles; elle doit ressembler à un cachet de
(1) S. Thom, 21, 9, 136, a. 4, ad. 2,
de.
diamant, qui garde inviolablement l’image du prince et qui l’imprime sur tout ce qui se présente.
5. Il doit au contraire profiter de l’adversité. Saint Ignace étant interrogé par le père Jérôme de Natalis, quelle était la voie la plus courte pour arriver à la perfection, lui répondit en ces termes : Le chemin que vous demandez est de souffrir plusieurs adversités considérables pour l'amour de Jésus- Christ. Priez-le qu'il vous accorde cette grâce ; car ce seul bienfait de Notre-Seigneur en comprend beaucoup d’autres très-signalés. C’est ainsi qu’il gratifia ses disciples lorsqu'il les envoya à la conquête du monde : Je vous envoie, leur dit-il, comme mon Père qui est vivant m'a envoyé. Il ne les envoya pas dans le monde pour y jouir des plaisirs passagers, mais pour y soutenir de grands combats; non pour y être élevés en honneur, maïs pour y souffrir les derniers mépris ; non pour y vivre dans l’oisiveté et dans le repos, mais pour y travailler sans cesse, afin de lui pouvoir offrir la conversion du monde, comme le fruit de leur zèle et le prix de leur patience (1).