‹ Le guide des comices et des propriétaires [Texte imprime]Chapitre 11 sur 13 · OBSERVATIONS SUR CHAQUE ARTICLE · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS SUR CHAQUE ARTICLE

Jrticle — Chaque propriétaire veut ou ne veut pas que son domaine soit amélioré. S’il le veut, il ne doit pas refuser une modique somme de 5*^ par année.

Ce n’est pas la résidence qui oblige, c’est la possession; ce n’eSt pas de la personne qu’il s’agit, c’est de la terre.

Ainsi les femmes, les veuves, les filles, doivent être agrégées aux comices. C’est un édifice à construire, et chacun doit apporter sa pierre.

jérticle 1. — Le succès dépend du bureau d’arrondissement. Ceux qui monteront cette administration agricole et la feront fonctionner auront mérité des statues.

Ils auront rendu au pays le plus signalé des services.

Celui qui améliore partout doit être honoré partout.

Ce bureau fera imprimer :

1° Une instruction pour les propriétaires ;

2" Il donnera à chacun d’eux des renseignemens sur les conditions qu’ils doivent imposer ;

5“ Il fera imprimer des avertissemens pour les cultivateurs, sur les engrais , etc- ;

4“ Des placards pour la fête de l’agriculture ;

5“ Enfin tout ce qu’il jugera convenable, utile ou nécessaire. Mais il n’oubliera pas de faire publier dans les journaux du département les noms des propriétaires qui se sont engagés à insérer dans leurs baux des conditions améliorantes ; il fera publier aussi les noms des cultivateurs qui emploieront des engrais inconnus dans la commune où ils habitent.

Article 3. — Je n’ai rien à observer sur cet article.

Article — On dira que les comices d’arrondissement out déjà trop peu ; que si l’on éparpille ce trop peu , il se réduira à rien.

A cela je réponds :

1" Qu’il est impossible à un comice, quel qu’il soit , d’opérer sur loo h i5o,ooo hectares , alors même qu’il aurait lo fois ce qu’on lui donne ;

2° L’Etat et le département lui accordent des fonds pour agir dans son ressort. S’il n’agit pas, il manque à son institution fondamentale ; il agit, il éparpille nécessairement ;

3“ On doit améliorer partout, et maintenant on n’améliore nulle part. Ces fonds qu’on donne aux comices viennent des impôts; ces impôts, tout le monde les paj'e , tout le monde doit en profiter.

La raison le dit et la justice le veut. Qu’on soit vrai , et l’on conviendra que , dans les ^ des communes , on ne sait pas s’il y a un comice au clicf-lieu. Maintenant on le saura.

Article 5. — L’agriculture ne s’améliore pas dans un jour, ao années sont peu , 5o suffiraient à peine. Sans une institution durable , rien ne se fera.

Ces baux ne seront renouvelés que successivement ; il s’écoulera bien des années avant qu’on en ait 5 à 6 par commune.

Article 6. — On dira que cette prohibition éloignera les cultivateurs du comice. C’est une erreur.

i” Vous aurez si peu de fonds à distribuer, et tant de choses à faire, que les prix en argent ne pourront tenter un fermier dans l’aisance.

Lne médaille sera une croix d’honneur qu’on gardera dans la famille.

2“ Savez-vous qu’il y a beaucoup de comices où les étrangers ne se présentent plus? On dit que les membres se distribuent entre eu.v l’argent qu’on leur donne.

Cette opinion est fondée , par les raisons suivantes ;

Les propriétaires les plus riches, les fermiers les plus habiles, sont membres des comices; il est certain qu’ils présenteront au concours les meilleurs animaux, ou s’il s’agit de cultures, ils l’emporteront sur leurs concurrens.

Cela s’explique naturellement; il est évident que, sans faveur, ils obtiendront toutes les primes.

Mais cela suffit pour qu’on calomnie le comice, et pour qu’il soit à jamais déconsidéré.

3° Vous croyez donc qu’on ne peut , sans beaucoup d’argent, arriver à une amélioration notable ? Il vous faut alors ce qu’a le bureau d’agriture de Londres, ioo,ooo écus de rente-

Si les fortes primes sont quelquefois un bien, elles sont souvent un mal. Pour un qui est satisfait , il y a lo mécontens-

4’’ Je ne conseillerai point aux comices de nommer, dans leur sein, des commissions pour adjuger des prix. S’ils veulent conserver leur in-

fluence, ils doivent faire juger une commune par des hommes d’une autre commune.

Mais ils doivent adoucir par des paroles flatteuses le mécontentement de ceux qui n’obtiennent rien. Au malheur, il faut de la pitié ; aux malheureux , des consolations.

Article 7. — C’est de l’aptitude et de la capacité de l’agent que dépendront les succès.

Il doit être jeune , actif, prévenant, et parler avec facilité- Son traitement pourrait être porté à 12 ou i,5oo, : car il lui faut un cheval.

1° Il relèvera sur les rôles les noms et la demeure des propriétaires domiciliés et hors-tenans , ainsi que le montant de leurs contributions, et remettra le tout au comice.

2° Le bureau aura fait imprimer des bulletins d’abonnement, et l’ageTit les fera signer. Ils seront remis au trésorier qui sera chargé des rccouvremens.

N’obligez point l’agent à recevoir; n’en faites pas un percepteur ni un porteur de contraintes , car il perdrait son influence et la considération dont il a besoin.

5® Il exposera aux propriétaires que l’agriculture est ce qu’elle était il y a 2 siècles; qu’ailleurs elle s’est beaucoup améliorée. II dira cjue si le propriétaire ne veut rien faire, n’imposer aucune condition améliorante^ il est inutile de s’occuper de cultuie; parce qu’il n’y a personne assez fou dans le monde pour entreprendre d’améliorer le bien d’un homme malgré lui.

4“ Il ajoutera que cette modique somme de 5i sera dépensée dans la commune , avec la part de ce qu’on donne au comice; mais que si les propriétaires ne veulent ni faire ni s’abonner, l’État et le département ne donneront rien.

5“ Il surveillera l’exécution des baux; il rendra, chaque année, un compte exact aux propriétaires. Ceux-ci seront débarrassés des tracasseries que ne manquent jamais de faire les fermiers négligens ou malintentionnés. Il suffira à chacun de dire: je suis abonné au comice; j’ai promis , je ne suis plus maître. Ainsi tu feras ou tu sortiras.

C’est , pour des hommes faibles ou bons , une chose commode.

6» Le traitement de l’agent ne coûtera rien au comice ; la cotisation des abonnés devra suffire.

7° D’après les renseignemens donnés par les présidens de cantons , l’agent visitera quelques bons cultivateurs.

Dans les pays d’argile , de sable ou mêlés de sable et d’argile, il es- Sa3'era d’introduire la chaux.

Il parlera des récoltes enfouies , qui coûtent si peu.

Dans ces localités , on peut enfouir jusqu’à 5 fois dans la même année , savoir : dans le mois de mai, un seigle et des choux semés ensemble à ^automne; dans le mois de juillet, un sarrasin semé lors du i'^"' enfouisment; et aux semailles du seigle, le 2*= sarrasin semé à la fin de juillet, sur le 2' enfouissement.

Si l’on fait une avoine d’hiver après le seigle, on peut, après la récolte du seigle , semer un sarrasin , et l’enfouir en semant l’avoine.

Si l’on fait une avoine d’été, on sèmera aussitôt api ès la récolte un seigle et des choux qu’on enfouira eu faisant l’avoine.

8“ Sur les terres calcaires, il conseillera l’enfouissement des vesces noires (ou garobes) , avec un mélange de graines de choux et de colza, et même quelques grains d’orge.

Ces Jt'colles vertes s’enfouissent .à la fin de mai, quand la garohe est en fleur. On peut jeter sur le guérct des graines de chou et de colza, qu’on enfouit en semant le blé.

C’est dans ces conversations simples et amicales que le cultivateur trouvera des instructions pratiques.

9" L’agent visitera , une fois dans l’année, les communes de l’arrondissement, prendra des notes et les remettra au bureau du comice.

10° On ne devra rien dépenser pour les prairies artificielles; si les propriétaires refusent d’imposer à leurs fermiers ou colons l’obligation d’en faire, je crois que les comices sont inutiles.

1 1® Enfin, l’agent reçoit les ordres du bureau , et il les exécute.

Article 8. — Une fête de V agriculture est nécessaire pour raviver ce l'eu sacré qu’un rien allume et qu’un rien éteint, do même <[uc pour combattre la torpeur, l’indilféi'ence , l’apalbia et le découragement, maladies qui attaquent toutes les classes et périodiquement.

Quoi de plus triste, en effet, que de voir un comice distribuer des prix en présence de 5 à 6 désœuvrés et une douzaine de polissons? Cela suffirait seul pour faii o tomber à plat tous les comices.

Il faut au peuple des spectacles, et il n’j a point de spectacle sans spectateurs.

Point de fêtes non plus sans la jeunesse : appelcz-!a par tous les moyens imaginables. Le meilleur de tous est de payer 2 à 5 ménétriei s de village , et de la faire danser pour rien.

Qui veut la fin veut les moyens. Il y a bien des manières de conduire les hommes ; n’en négligez aucune.

Mais cette fête doit se distinguer des ballades et des autres réunions ; autrement on oublierait son origine.

Chaque individu , n'importe l’âge , le rang ou le sexe , devra porter un

cpi ou une fleur des champs. La jeunesse et l’enfance peuvent se pater de guirlandes et de couronnes.

Affichez ce programme à 3 inarchds, et pendant 3 dimanches, dans chaque commune du canton. Ne négligez rien pour instituer et faire passer dans les mœurs la fêle de l’ agriculture : c’est le meilleur moyen de l’honorer, et do rappeler au peuple qu’on s’en occupe.

DERNIEEE ODSEr.VATlON.

Ce qu’il faut ( ne l’oubliez jamais), c’est la volonté, l’esprit de suite, l'exemple, et le concours des propriétaires.

Avec ceci , vous êtes assurés du succès ; mais n’espérez rien si cela vous manque.

Je présente cet écrit :

Au ministre de l’ngricidlnre ,

Au grand conseil.

Aux préfets :

Aux conseils généraux.

Je leur dis : — « Nommez une commission pour l’examiner ; cela ne coûte rien. Si elle l’approuve, faites-le imprimer et le répandez. Si au contraire la commission le rejette, priez-là d’en faire un autre, car il en faut un. »

Je le dédie également aux comices j je prie ceux qui en auront connaissance, de l’examiner, de le critiquer, de le modifier, de l’approuver ou de le rejeter, mais de faire un plan, d’élaborer un système, et surtout de le publier.

Il s’agit d’arriver à une amélioration raisonnée sur 1 5, 000,000 d’hectares ; il faut que les moyens soient connus, qu’ils soient généralement approuvés , et qu’il y ait dans l’exécution une persévérance qui en garantisse le succès.

Ainsi , par cet ensemble de blâme , de critique, de réflexions , d’études et de travail , on doit arriver à d’heureux résultats.

Alors j’aurai atteint le but et concouru à résoudre ce grand problème , faire beaucoup avec peu.

Jacques Bujault,

Laboureur h Chauoüe, près Melle ( î-Sèvres).

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