‹ Le guide des comices et des propriétaires [Texte imprime]Chapitre 2 sur 13 · CHAPITRE Pr · texte numérisé non relu

CHAPITRE Pr

CE QUE DOIVENT d’abORD CONSIDERER LES COMlCtS.

Des liommes se réunissent, l’État et le département leur donnent des fonds pour améliorer l’agrieulture. C’est un comice.

Il y en a qui appellent tout le monde : c’est bien. D’autres compliquent la réception de manière à blesser celui qu’on refuserait; e’est mal.

Un comice est un congrès de propriétaires , de fermiers, de eultivateurs , d’amis de l’agriculture. Celui qui possède dans 10 comices doit être membre de chacun, car il s’agit d’améliorer ses domaines. C’est un édifice à construire, et chacun doit apporter sa pierre.

Le 1*^ devoir d’un comice est d’étudier son arrondissement, de connaître la composition du sol et la manière dont il est cultivé. On y arrivera dans peu d’années ; jusque-là on n’y a pas songé (1).

(1) 1“ Dans les comices d’arrondissement, c’est le bureau qui fait tout et dirige tout. Cela ne peut être autrement; car s’il ne faisait rien, rien ne serait fait.

Pourquoi ne s’occupe-t-il pas de l’amélioration du sol? C’est que ce bureau est composé de propriétaires qui habitent la ville depuis leur enfance. Ils voient autour d’eux des prairies artificielles et de belles récoltes.

D’où cela vient-il ? De l’immense quantité d’engrais et d’amendemens que fournit la ville : comme les terres de démolition et de fondemens, les plâtras, les cendres lessivées, les balayures des rues, les résidus des cuisines, les matières fécales, enfin une quantité considérable de fumiers que les chevaux de voiture, de selle et de roulage amoncèlent nécessairement. Tous ces engrais se versent dans un petit rayon.

Le comice croit qu’il en est ainsi partout. Il se trompe fort.

Comparez ces fumures avec celles des campagnes. Dans la plaine, vous trouverez, sur une ferme de 40 hectares, 10 à 12 pièces de gros bétail et 30 brebis; le tout maigre et fort mal nourri.

Dans les bocages, vous en verrez 20 à 23, mais ils vont tous au pâturage pendant 0 à 10 mois, et ne font pas de fumier.

litonnez-vous donc que la terre rende si peu, et que l'agriculture soit si pauvre l

Que verra-t-il ?

Dans les plaines, une terre effritée, écrasée par une longue succession de céréales ; un sol peu ou point fumé, auquel on demande une récolte annuelle; des produits l'aif)les que la moindre variation dans les saisons affaiblit encore ; une population pauvre et sans énergie, tourmentée par le besoin.

Da72S les bocages, la 8' partie en culture; dévastés pâturages oii la nature sème le cliicndent ; des bestiaux mourant de faim pendant 7 mois, qui, toujours dehors, ne font point d’engrais à l’étable ; des fermes de 5o hectares n’ayant que i charrue, comme celles de 10; une population rare parce qu’il y a peu de travail.

C’est ce que vous trouverez pai tout où les prairies artificielles sont inconnues, et où l’on ne cultive ciue peu ou point de racines.

Cependant les dépenses se sont multipliées et les fermages augmentent.

Pour le cultivateur, la récolte de l’année doit payer les dépenses de l’année. S’il se trouve en débet, il sème tout pour arriver au pair. Aussi plus de jachères, mais un assolement détestable qui appauvrit de plus en plus le sol.

En général, les communes des chefs-lieux d’arrondissement sont fumées 10 fois plus que les autres, et celles des chefs-lieux de canton 2 à 3 au moins.

Ai-je donc tort de dire qu’il faut améliorer partout? N’est-il pas évident que les unes n’ont besoin de rien et que tes autres ont besoin de tout. Notez que, sur les 37,000 communes, il y en a 32,000 qu’on néglige, qu’on oublie et pour lesquelles on ne fait rien. Aux gueux, la besace. C’est ce qui met le vieux laboureur en colère.

20 Les propriétaires n’ont pas changé les clauses de leurs baux depuis Charlemagne. MM. les notaires, souverains et maîtres absolus en cette partie, ont un moule dans lequel ils coulent tous les baux à ferme; et les sous-seings privés sont faits sur une copie qui sort du moule. — Rien de puissant comme un vieil usage !

Ces propriétaires livrent leurs biens à la discrétion de gens qui souvent ne savent pas lire, ou, s’ils le savent, qui n’ont jamais rien lu d’instructif.

Ces malheureux n’ont, pour toutes connaissances agricoles, que les traditions de leurs aïeux.

A fin de bail , le fermier sortant ne laisse à son successeur que les plus mauvaises terres en jachères.

S’il a fait quelques prairies artificielles, il les laboure, pour avoir une bonne récolte ou se venger de celui qui le remplace.

C’est ainsi que la ferme sera, 2 à 3 ans, sans fourrages, sans bétail et sans fumiers, au grand détriment de la terre.

Mais ce nouveau fermier se promet de faire un jour ce qu’on lui fait, et n’y manque pas.

11 n’y a que le comice qui puisse changer ces usages, et déterminer les propriétaires à s’occuper enfin de leurs domaines.

Voilà le mal, cherchons le remède.

Que doit dire le comice ? Celte machine fonctionne mal, il faut la réparer. Cette terre s’épuise, il faut l’améliorer.

C’est ce qu’ont fait M. de Domhaslc à Roville, IM. BcUa à Grignon; c’est ce que fera tout propriétaire instruit, arrivant sur son domaine pour le cultiver. S’il ne commence par là, sa ruine est certaine.

Améliorez le sol, vous augmenterez les produits , vous augmentei’ez les bestiaux, vous augmenterez les engrais. 11 n’y a pas d’autre 11103 en.

Ainsi, l’idée-mère, la pensée dominante du comice doit être l’amélioration du sol. C’est là qu’il doit appliquer la plus grande partie des fonds dont il dispose, et surtout sa volonté, son énergie et sa persévérance."

L’objet de cet écrit est donc l’amelioration du sol par les fumiers, par les amendemcns, par les récoltes enfouies , par les prairies artificielles, par la culture des racines et par les récoltes vertes.

Je parlerai des bestiaux, et j’indiquerai le seul moyen, à mon avis, d’améliorer en France les races bovine et porcine.

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