CHAPITRE II
DE l’amélioration DD SOL.
§ 1“'^. — Du fumier de ferme.
Tout le monde sait ce que c’est que le fumier; je n’en dis nen.
]\1 ais ce qu’on ne sait pas, ce qu’il faut répéter sans cesse et toujours, c’est qu’une fumure ordinaire, dans un pays de bonne culture est de 5o,ooo liilog. par bectare (i).
Si votre mesure ancienne est de i5 ares, il faut 7,5oo kilog. ; 10,000, si elle est de 20 ares ; enfin 5oo kilog. par are.
Quand j’ai dit cela dans mes almanachs, 011 a crié à l’eri eur, prétendant que si l’on fumait de la sorte, les blés verseraient. Dans la Flandre, on fume ainsi , depuis 5 siècles, elles blés ne versent pas.
Expérimentez vous-même, marquez 1 are (10 mètres de chaque côté); pesez 5oo kilog. de fumier mouillé , à l’état de beurre noir, étendez-le, et vous verrez qu’il en faut plus pour fe chanvre, l’ail et les oignons. Nos jardins exigent cette quantité chaque année, et cette fumure eu doit durer 3 dans nos champs.
t: «TTgtmtLaâgrZjg-Ji;
(1) I kilog. ou 1,000 grammes — 2 livres , et conséquemment ^ lAog., ou tiW grammes, — 1 livre.
Voulez-vous savoir ce que vous ferez de fumier dans l’année, aussitôt la moisson ? Vous le pouvez.
5o kilog. de foin font i lo kilog. de fumier. Si vous en récoltez i5,ooo, c’est 33,000.
Avez-vous eu i5o hectolitres de grains ? (Année moyenne, quand la paille et le grain sont très-secs, i gei be de 9 kilog. en rend 3 de grains et 6 de paille.)
Vous aurez donc Q2,5oo kilog. de paille qui donneront 45, 000 kilog. de fumier ou le double.
Vous ferez de ces 78,000 kilog. de fumier Sa charretées, à raison de 1 ,5oo l’une. Vous les étendrez sur 8 hectares, et chacun en recevra 9,760 au lieu de 5o. C’est ainsi que vos terres s’épuisent.
Faites-vous des racines? Chaque kilogramme de racines rend i kilog. de fumier. Avez-vous des récoltes vertes que vous faites consommer à l’établc? Elles vous rendront encore kilogramme pour kilogramme.
Mais ce que vous ferez manger sur place ou pâturer comptera pour peu.
Ce sont des choses qu’il faut savoir quand on veut cultiver. Vendre sa paille, c’est vendre so7i fmiier; et qui vend son fumier vide son grenier.
Aussi, partout où je suis allé, je demandais aux cultivateurs ; Que vous manque-t-il ? Du liiinier, répondaient-ils, du fumier, rien que du fumier.
Il faut donc, puisque l’insuffisance du fumier qu’on fait est constatée,
1" En augmenter la masse autant qu’on peut ;
1° l’iecüurir à d’autres engrais qui puissent partout remplacer le fumier.
C’est, je jaensc, la mission des comices.
5 2. — De la marne.
Il y a peu de fahm en Feance. Presque toutes les marnes sont de 2' formation, souvent plus argileuses que calcaires.
Les marnes nrgilettses ou grasses conviennent aux terres calcaires ; et '[es marnes calcaires ou sèches conviennent aux terres fortes et argileuses. Toutes sont bonnes dans les sols siliceux ou sablonneux.
Le banc de marne n’est presque jamais le même dans toute sa profondeur : il change de qualité de mètre en mètre.
Chaejue comice doit faire analyser ses marnes jusqu’à une profondeur déterminée.
Il en faut de 1 5o à 3oo charretées de i ,000 kilog. par hectare. La marne agit pendant 1 5 ans, savoir : Peu dan.s les 5 premièi es années j beaucoup
dans les 9 suivantes ; et son effet s’anéantit peu à peu dans les 3 dernières.
Mais il faut fumer également.
Il résulte de là qu’un fermier ne pexit pas marner; les dépenses sont trop fortes. Le propriétaire seul, qui est assuré de jouir, peut le faire. Cependant le propriétaire qui fait coloner peut contribuer à la dépense.
Mais le fermier fera ce qui se pratique dans beaucoup de contrées. On met une bonne couche de marne sous le fumier. On en met de plus légères à mesure qu’on charge; enfin on le couvre d’une forte couche au mois de juin. On mêle le tout aux semailleset on conduit dans les champs.
Cette pratique est fort bonne. Vous comprenez que si vous avez ainsi doublé le poids du fumier, vous devez doubler le poids de la fumure.
§ 3. — De la chaux.
La chaux est destinée à doubler les produits dans les terres argileuses et sablonneuses. On l’emploie aujourd’hui dans toute I’Euhope.
On ne fume point l’année où l’on chaule.
La chaux détruit le chiendent ; elle prépare admirablement la terre pour la luzerne et tes trèfles.
On en met de 45 à 100 hectolitres par hectare. Mieux vaut en mettre moins et y revenir plus souvent. Il y a une chaux faible etjune chaux forte. Il en faut moins de la dernière que de la i'''.
Il y a plusieurs manières de l’employer. En voici 5 :
1° On prend des curures de fossés, de mares, d’étangs, ou de la terre sur la lisière du champ, on la dresse en tombe ; on l’éventre et on met dedans de la chaux eu pierre, qu’on recouvre de terre afin que la pluie n’y pénètre pas.
On brasse, 3 semaines après, quand la chaux est en poussière. On dresse encore ; enfin on conduit ce mélange, on l’étend et on laboure. On laboure encore pour semer.
Celte méthode est excellente; mais elle exige trop de travail.
1° On dépose la chaux , sortant du four, par petits tas, dans le champ qu’on veut chauler ; on les couvre de terre.
Ou les brasse, on les étend , on laboure et on sème.
Quelques uns font cette opération un mois avant les semailles, et labourent encore en semant.
5° J’ai inventé la méthode suivante ; voici pourquoi : Je doute que la chaleur et la vapeur qui s’échappent de la chaux, quand elle s’éteint^ aient une vertu fertilisante. Si tout le monde va au four à la fois, me disai Je, les Ju’auroul pas de chaux,
Il faiil donc la l'aire soi-même, comme en Normandie, ou renoncer à la chaux. On j renoncera,
4“ Le chaufournier , qui ne peut brûler que pendant i ou 2 mois, et qui verra arriver 10 acheteurs quand il u’en pourra contenter que 5, élèvera le prix.
Si la chaux éteinte à l’air et à couvert est aussi bonne, au bout de 2 et 10 années , que celle qui sort du four, il y a un avantage immense pour le cultivateur et le fournisseur.
Le chaufournier brûlei a toute l’année, et déposera sa chaux sous un hangar. Le cultivateur ira la chercher en tout temps, au printemps et l’été ; il n’attendra pas les pluies et les mauvais chemins de l’équinoxe. Il lui suffira de la mettre à couvert.
Or, j’ai essayé la vieille et la nouvelle chaux ; elles ont produit le même effet.
Les savans s’élèveront contre ma théorie; mais, je dois le faire remarquer, ce n’est point une théorie, c’est un fait que je rapporte. C’est vrai sur mon sol ; sur un autre, cela ne réussira peut-être pas, c’est possible ; mais il ne coûte rien d’essayer.
Or, voici comme je répands cette chaux.
Des hommes ont une bricole qui passe sur l’épaule droite et sous le bras gauche; au bas delà bricole est un crochet de bois qu’on passe dans l’anse d’un panier long.
Je fais observer que la terre est préparée , que le semeur de blé , les semeurs de chaux, ainsi que les laboureurs, sont là.
Un tombereau chargé de chaux (ou une charrette) suit. Je cultive à sillons. Les semeurs de chaux ne sèment pas de droite à gauche, comme on sème le blé. Ils fdent et répandent seulement la chaux sur l’écrêt , c’est-à-dire sur ce qui va former la sommité et les côtés du sillon.
La semence se trouve en contact immédiatement avec la chaux; tout est fumé de la même manière et le blé est partout de la même hauteur. Souvenez-vous qu’on doit envelopper soigneusement la main du semeur de chaux avec du linge attaché avec du fil; sans cela, sa main serait cautérisée.
J’emploie 52 hectolitres par hectare, i tonneau ou S hectolitres par I 5 ares.
Il ne faut pas toujours chauler la même terre , mais fumer et chauler alternativement.
Dans l’arrondissement de Valenciennes ( Nord), la terre n’est pas de i’® qualité ; on y emploie beaucoup la chaux ; j’y ai vu des récoltes superbes.
Je vous dirai que la cendre des fours à chaux et à tuile est excellente, quand on n’y brûle que du bois. Mais celle des fours chauffés à la houille
ne vaut rien pour les terres labourables ; je l’ai expérimentée. Essayez, peut-être qu’elle sera bouue ailleurs. On la dit excellente pour les prés mouillés ; je l’ignore.
§ 4- — plâtre.
Tout le monde connaît les effets du plâtre sur la luzerne., les trèjles , le sainfoin., les vesces, les pois, les haricots. Mais il y a des contrées où le plâtre ne produit aucun effet : c’est particulièrement sur les terres humides.
On prétend que i litre d'acide sulfurujue, mêlé à i,ooo litres d’eau, ou 10 hectolitres, font autant d’effet que le plâtre. Je conseille de l’essayer partout , en petit d’aboiuf, et en grand si l’on a du succès.
C’est peu coûteux. Le litre d’acide sulfurique revient à 2L On arroserait avec cette quantité 5o à 4o ares. Il l'audrait un gros tonneau , dans une charrette, avec un appareil semblable à celui qu’on a pour arroser les rues.
Il y a 36 ans que je plâtre constamment ; il y a 5o ans que je n’emploie que le plâtre cru. L’hiver on le casse et ou le broie à la manière des plâtriers.
§ 5. — Des terres végétales.
La paille du Midi est beaucoup plus nourrissante que celle du Nord. C’est du Midi qu’est venu le proverbe : Cheval de paille, cheval de bataille.
On pourrait donc employer la paille à la nourriture des animaux.
Mais , dira-t-on , il leur faut une litière.
Dans une partie de I’Angleteree et de I’Allemagne, on fait une litière de terre végétale. On la prend au bout des champs où la charrue l’amène à chaque labour depuis des siècles.
A mesure que la terre s’imprègue d’urine et de crottin , on la jette devant, et on en met de nouvelle derrière.
Quand elle est saturée , on lève. C’est ainsi qu’on fait beaucoup de fumier. Cela exige du travail ; mais qu’a-t-on sans peine ?
On dira que les animaux seront mal couchés. Erreur.
En Hollande, les vaches sont sur un lit de planches, sans litière.
Dans une partie de I’Angleterre , le hétail est nuit et jour dans une cour de ferme.
Dans les marais desséchés de I’Ouest , de Nantes à Bordeaux , les animaux sont dans les carrés toute l’année. C’est là que les petits naissent et croissent ; quand on veut les vendre , on les prend au lacet eomme dans les savanes de 1’ Amérique méridionale.
Le besoin d’engrais est tellement reconnu, qu’on fait tout pour s’en procurer.
On met encore dans certains pays des terres dessous, dedans et dessus le fumier ; on mêle tout à la saison des semailles.
§ 6. — ' Des terres de jardins.
Dans les cantons de Bressuire , Argenton-Ciiateau et Chatillon , arrondissement de Bressdire (2-Sèvees), on emploie des terres de jardins , cours et places publiques , pour fumer le seigle.
Le cultivateur vient de loin cherclier ces terres. Il les paye 6^ la charretée, et il en donne une de fumier pour 3.
On en a employé depuis 5o ans des millions de charretées.
J’engage le comice de l’arrondissement de Bressüire à publier une notice sur cet engrais. Il rendra un grand service à bien des pays que je connais.
§ y. — Du noir animal.
Dans les bocages de la Loire-Inférieore , de la Vendée , de Maine-et- Loire et d’une partie des 2-Sèvres (c’est le pays vendéen) , on emploie le noir animal à fumer les choux., les navets, les rutabagas et les betteraves.
C’est avec les choux et ces racines qu’on engraisse les 47,000 bœufs qu’on vend à Chollet et à Ciiemillé.
Le noir animal provient des OS calcinés qu’on réduit en poussière ; on l’emploie dans les raffineries à purifier le sucre; c’est ce noir saturé des résidus du sucre qu’on jetait autrefois , et qui est maintenant reconnu pour le plus puissant des engrais.
II convient à toutes les plantes ; mais il y a des sols où il ne produit aucun effet.
Le grand dépôt est à Nantes ; on le tire de tous les pays où on l’emploie à raffiner le sucre , de Marseille même.
Mais les demandes sont si multipliées qu’on le mélange au point que les cultivateurs s’en dégoûtent.
Les mesures qu’a prises M. le préfet delà Loire Infériedre contre la fraude n’ont produit aucun effet : car je l’ai vu , en i84i , payer plus cher à. Bordeaux qu’on ne le vend en Vendée (i).
Je doute que la puissance fécondante soit dans la poussière ; je crois qu’elle réside dans les matières dont elle se sature. J’engage un propriétaire à vérifier le fait , en semant 1 hectolitre de noir pur à côté de I hectolitre sortant de la raffinerie, et non fraudé.
(I) On mélange le noir animal avec de la tourbe. On en trouve, dans la Bretagne, qui a le même grain et la même couleur. Il y a des moulins , près de ces tourbières, qui moulent la tourbe pour la fraude.
Si le !«'■ ne vaut rien, et que le dernier soit bon , un chimiste habile peut composer cet engrais, en mêlant des mélasses ou d’autres matières avec de la terre.
On rendrait un grand service a l’agriculture, et on ferait une fortune immense (i).
§ 8. — De l'enjrais Jauffret.
Cet engrais est destiné à jouer un rôle important dans les contrées pauvres.
Il faut le fabriquer dans tous les pays de laudes , de bruyères, d’ajoncs , de genêts, de fougères, etc. Il convient particulièrement dans les Alpes, les Pyrénées, les Cévennes, 1’ Auvergne, les Ardennes, etc., enfin , dans toutes les montagnes.
J’ai vu en Provence un laboureur qui prenait son engrais dans les Alpines , et qui s’en trouvait bien.
En vérité, nous sommes des animaux d’habitude ! ce que nous n’avons jamais fait, nous le croyons impossible. Si nous faisons un essai , on nous voit empressés, inquiets et presque troulilés. Le laboureur dont je viens de parler m’a dit que cette fabrication était si simple, que le dernier de ses manœuvres faisait aussi bien que lui.
§ 9. — Des matières fécales.
Un jour, on les emploiera partout. Maintenant l’industrie agricole n’est pas assez perfectionnée pour les utiliser. D’ailleurs on ne comprend pas assez l’indispensable nécessité des engrais ; on désire du fumier de ferme et on ne fait rien pour le remplacer.
Voici un fait ; à Marseille, ville de 200,000 âmes, il n’y a point de latrines. On jetait le soir et le matin ces immondices dans les rues. Depuis le choléra , c’est sévèrement défendu. Des tombereaux couverts passent et les emportent.
D’abord ce service fut onéreux ; maintenant il coûte peu , et bientôt ce sera un revenu.
(1) Au moment où j’écris, je lis dans une publication agricole qu’à Nur.E.it- BEBG on emploie la mélasse à fumer le tabac, et que c’est un engrais puissant.
Celui qui rapporte ce fait prétend qu’un chimiste de Paris a démontré que le sucre tuait les plantes. Cela peut être sur de certains sols. Si je chaule une terre calcaire , la chaux tuera les plantes ; et si je la mets sur une terre argileuse et sablonneuse, elle fera merveille. Essayez la mélasse ; il n’y a rien d’absolu, tout est relatif. Mettez, comme à Nuremberg , 25 kilog. de mélasse pour 15 ares, soit en l’étendant avec de l’eau , ou plutôt en la mélangeant avec de la terre fin et eséchée.
J’ai vu ces matières utilement employées en Flandre et dans une partie de^la Belgique. Ainsi ce qu’on Tait aux extrémités de la France est ailleurs inconnu. J’en excepte Paris, où l’on fabrique la poudrette qu’emploient les lierbagers de la Normandie.
Ce qu’on perd faute de soins , ce qu’on manque de gagner faute de savoir, est incalculable.
§ I O. — Du fumier de Melle.
A Melle (2-Sèvres) , on fabrique du fumier depuis des siècles. L’artisan , l’ouvrier jettent dans leur cave les balayures de la rue , de la maison, et encore un peu de terre de jardin, ainsi que les résidus de la cuisine; ils arrosent avec des eaux grasses. Ils bi'assent quelquefois et fabriquent ainsi un engrais de i” qualité. Ils le vendent 3o'^ la charretée ; il est sec alors, et on le sème à la main (i).
Ceux qui n’ont pas de cave , ou qui ne veulent pas l’employer à un pareil usage, les bourgeois, les aubergistes , les plus pauvres gens, fabriquent leur fumier dans un toit, sous des hangars. Mais le fumier de cave est toujours supérieur, quoi qu’il soit fait avec des matières moins fertilisantes.
Je pourrais vous parler des tourteaux d’huile et des os. Mais je me borne à dire que dans I’Ouest les Anglais les achètent. Cela ne fait pas notre éloge.
§11.— Des plantes enfouies.
Cet engrais est le moins cher de tous ; on peut se le procurer dans tous les pays , de même que sur toutes les terres.
C’est pourtant le moins répandu. Il faudra bien du temps , bien des années, pour qu’on en comprenne les avantages.
Les livres vous diront d’enfouir des choux , du colza , du seigle. C’est très-bien ; toutes les plantes fument.
Dans quelques contrées on enfouit la 3“ coupe du trèfle. C’est excellent. Mais celte pratique est plus recommandée qu’exécutée, parce qu’on veut partout de la graine ; la 2® coupe alors se fait si tard , que la 3' est nulle.
J’ai fait mes expériences sur 5 plantes. Quelques cultivateurs ne seront pas fâchés de les connaître.
1° Je savais que dans une partie du duché de Milan et de la Terre-
(1) Je conseille d’essayer dans une cave la terre de jardin pure. On la brassera souvent , on l’y laissera une année. Je suis persuadé qu’elle sera pour le seigle un excellent engrais.
de-Laeodr, à Naples, on faisait plusieurs récoltes successives de froment, sans autre engrais que le lupin blanc, qu’on semait après la moisson.
J’en fis venir des Pyrénées. Je le semai eu mars, et j’obtins de bonnes récoltes. Dans le Midi , on le sème eu automne , il passe l’hiver ; mais il gèlerait chez moi.
C’est , de toutes les plantes , celle qui est la moins difficile ; tous les sols lui conviennent , pourvu que ce ne soit pas un calcaire mince. C’est aussi celle qui épuise le moins la terre; elle n’a qu’un pivot, à peu près sans racines.
Pour enfouir, je semai dans le mois de juin. La plante fut toujours belle, à la fin d’octobre.
Le laboureur écrêtait (je cultive a sillon) ; puis on semait dans le cahot, sur des plantes debout ou moitié couchées. On couvrait, et les plantes se trouvaient enfermées dans le sillon, en contact immédiat avec la semence.
Le laboureur reculera devant cet enfouissement. Dites-lui de marcher, et tout ira bien.
Durant l’hiver, mon blé était fort médiocre. J’éventrai souvent un sillon ; je trouvai le lupin jaunâtre, gluant, en état de macération.
Cela me paraissait naturel , parce que je savais qu’il faut 12 degrés de chaleur et de l’humidité pour que les plantes enfouies pourrissent complètement.
Quand arriva le printemps, on vit le blé pousser, taller et devenir magnifique. Alors je ne trouvai plus le lupin, il était réduit en terreau. Les racines de tallage étaient nombreuses et vigoureuses.
Vous \oyez l’avantage qu’il y a d’enfouir en semant.
Je n’ai pas essayé sur le seigle et l’escourgeon qui tallent l’hiver. Peutêtre que, pour ces 1 espèces de grains, il faudrait enfouir au commencement d’août.
Vous me demanderez pourquoi j’ai quitté le lupin, après 6 années d’un succès complet ? le voici :
J’avais 7 hectares à graine ; l’automne fut pluvieux et froid; pas une seule gousse ne mûrit. Il ne me restait rien ; je fus désolé, c’était une perte énorme. 1 ans après, je fis venir de la nouvelle semence; elle eut le même sort. Je dois dire que mes lupins venaient plus beaux que dans le Midi.
1° J’ai enfoui la vesce (ou gnrobe 7wire). C’est encore un engrais puissant. Ou enfouit en pleine fleur, à la fin de mai. 11 y a longtemps qu’elle est réduite en terreau quand on sème.
3“ Enfin j’enfouis maintenant le sarrasin, je le sème à la fin d’août. Je
Wclol.
mets i,5q par hectare. Mais comme il vient mal sur mon sol, je
sème avec lui du colza ou des choux, et j’enfouis le tout aux semailles, à la fin d’octobre. C’est fort bon.
En résumé :
Sur les terres fortes ou buinides, semez le lupin si vous pouvez. L’enfouissement équivaut à 5'j,5oo kilog. de fumier par hectare;
Sur les terres calcaires, même les plus légères, la vesce (ou garobe noire) équivaut à 25,ooo kilog.
Sur les terres schisteuses , sablonneuses, argilo-siliceuscs, le sarrasin, avec le chou ouïe colza, doit valoir 22,600 kilog. Semez les graines de chou ou de colza, sur le guéret, après que le sarrasin est semé.
Réflexion importante. — Durant l’hiver tous les blés sont beaux ; à peine distingue-t-on les terres fumées de celles qui ne le sont pas. On remarque seulement un peu plus de verdeur et de précocité.
Mais quand vient le printemps, la plante fait un effort, elle travaille, talle, et pousse de nouvelles racines : c’est alors que vous voyez la différence.
Il résidte de mes expériences sur les plantes enfouies, que le terreau et le fumier coinineuceut à agir au moment du tallage sur le froment.
Mais le seigle et l’escourgeon tallent pendant l’automne et pendant l’hiver. Il faut donc enfouir pour ces 2 récoltes à la fin de juillet ou dans les i'*'* jours d’août, parce que les plantes seront réduites en terreau lorsqu’on sèmera.
C’est une conjecture ; mais je la crois fondée. Essayez les 2 manières.