‹ Le guide des égarés; (volume 2)Chapitre 21 sur 117 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Je dois appeler ton attention sur une opinion adoptée par Jonathan ben Uziel. Ayant vu qu’il est dit clairement (®) (Ézéchiel, X, 13): Les oPHanNim, Je les entendis appeler GALGAL (roue ou sphère), il affirma que les ophannim sont les cieux ; il traduisit donc chaque fois ophan par Rb3b3, la sphère, et oPHANNIM par bb, les sphères. Ce qui sans doute lui semblait confirmer cette interprétation, c'est qu'Ézéchiel (1, 16) dit au sujet des ophannîm qu'ils étaient comme la couleur du farschisch, couleur qui, comme on sait, est attribuée au ciel. Mais ayant trouvé ce passage : Je vis les "HAYYÔTH, et voici il y avait un OPHAN sur la terre, qui indique indubitalement que les ophannîm sont sur la terre, il y voyait une difficulté pour cette interprétation. Persistant néanmoins dans son interprétation, il explique ici le mot

(4) Je lis +55, à la forme active, dont le sujet est Ézéchiel, comme

dans SAND. Ibn-Tibbon a +5tit 25, au passif.

(2) C'est-à-dire : parce que les éléments forment également des sphères attachées les unes aux autres, et qu’ils ont tous la forme corporelle. Voy.t. T, p. 134, note 2, et ci-dessus, p. 18, note 2.

(3) Tous les mss. arabes ont ñ91p3 mvn$n, et de même la version d’AlL-"Harizi : YY9N2 pinnw m9. La version d’Ibn-Tibbon poite dans nos éditions : 2N129 N°237 END 93y; il faut effacer le mot }"3y, qui ne se trouve pas dans les mss.

terre comme désignant la surface du ciel, qui est un sol par rapport à ce qui est au-dessus de cette surface, et il traduit (les mots) un OPHAN sur la TERRE par NY pnd prb, au-dessous de l'élévation du ciel; il faut comprendre quelle est son interprétation (de l'ensemble) (!. Il me semble que ce qui a provoqué cette interprétation, c'est que Jonathan croyait que GaL- GAL élait un nom qui désigne primitivement le ciel. Mais voici, à mon avis, ce qu’il en est (2): le mot GALGaz (b35x) exprime l’idée de rouler; par exemple : Et je te roulerai (+nb35») du haut des rochers (Jérémie, LI, 25); et il roula (5x1) la pierre (Genèse, XXIX, 10). C’est pourquoi on a dit: Ef comme un tourbillon de poussière (515153) devant la tempête (Isaïe, XVI, 13), parce qu'il est roulé, et c’est pour cela aussi que le crâne est appelé cuLcoLera (n5353), parce qu'il est à peu pres rond (), Or, comme toute sphère roule rapidement, toute

(4) Selon l’auteur, Jonathan aurait voulu dire par cette traduction que les ophannim, qu’il considère comme les sphères célestes, sont audessous de la partie la plus élevée du ciel, ou de la demeure des”’hayyôth, lesquelles représenteraient les Intelligences séparées. Abravanel, qui professe la même opinion, explique ainsi les mots un ophan sur la terre : mat Dan DA DA NA NM D IN 910 nu PA9D nt2 jnY Ounw 09) NN JD 10 12193 PINS NN JON Don hbWn 20 M0 NUIT NTI NN JOINT NE 0170

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(2). Littéralement : Mais il me semble que la chose n’est qu'ainsi qu'il suil. La plupart des mss. ont N°37 NÔN, et de même Ibn-Tibbon : +5 N5N. Dans quelques mss. arabes NOR est omis, et de même dans la version d’Al-"Harizi, qui porte 9 7277 PN 9 0 hp), mais il me semble qu'il n’en est point ainsi. Mais si le mot ainsi se rapportait à l’opinion de Jonathan, il aurait fallu dire en arabe 55, et non pas N°2.

(3) Les mots 2%2n55 Nn9b signifient : parce qu'il incline vers la forme ronde. Rn325 a ici le sens de 875%, ou bien il faut sous-entendre A5. Cest dans ce sens que traduit Al-'Harizi: 11513 NME 51 553p0. Ibn-Tibbon a n53ÿ nnyn%, comme si, au lieu de 9h55, il avait lu HnY7t. Quelques mss. ont 755.

chose sphérique a été appelée GAzGaL (1); c’est pour cela que les cieux ont été appelés GALGALLIM, parce qu'ils sont ronds, je veux dire parce qu'ils sont sphériques; et (au figuré) les docteurs disent (du sort) : «C’est un galgal (une sphère), qui tourne (®). » C’est pour cette même raison que la poulie est appelée GALGAL (%). Ainsi donc, quand Ezéchiel dit : Les opHanNiw, je les entendis appeler GALGAL, c’est pour nous faire connaître leur figure (sphérique), car on ne leur attribue aucune autre figure ni forme, (et on dit) seulement que ce sont des GALGALLIM (sphères) (4), Quant à ce qu’il dit qu'ils étaient comme le Tarschisch (1, 16, il l'explique également dans la seconde description en disant des ophannim : Et l'aspect des opHANNIN était comme la couleur d'une pierre de TarscHisca (X, 9), ce que Jonathan ben Uziel traduit : N2O 72 mp2, semblable à une pierre précieuse. Or, lu sais que c'est par cette même expression qu'Onkelos traduit les mots :

(1) Les éditions de la version d’Ibn-Tibbon ont: ...7175 boy 551 3) N7p31; il faut lire ND). 329), comme l’ont les mss. et comme l’exigent le texte arabe et le sens.

(2) Voy. Talmud de Babylone, traité Schabbäth, fol. 151 b.

(3) Pour le mot arabe 3525R , la poulie, Ibn-Tibbon a mis D5353n D\5ynam VY by ODA, les petiles et les grandes roues de bois, ce qui n’offre pas un sens bien clair; mieux Al-"Harizi : P5ÿ 0 wN biipn n122 21ÿ nt 52 ND 04h 52n, la roue sur laquelle tourne la corde du seau, el qui est appelée en arabe BAcRA. C’est dans ce sens que le mot 5153 est employé dans l’Ecclésiaste, chap. XII, verset 6: b3byn ya 127 Ô9N, el que la roue se brise sur le puits; de même, dans le Midrasch Wayyikra rabba, section 34 (fol. 174, col. 2): 535315 9 NY TR Hu ROMINT, ce monde est semblable à la roue du seau, ele.

(4) Selon Maïmonide, le passage d’Ézéchiel ne veut dire autre chose si ce n’est que les ophannîim ou les éléments forment également des sphères (voy. ci-dessus, p. 18, note 5, et chap. INT), et il ne faut pas, avec Jonathan ben Uziel, voir dans les ophannîm les sphères célestes.— Les éditions de la version d’Ibn-Tibbon ont ici D'hwa Dnw nd; les mss. de cette version portent, conformément au texte arabe, Dnw NôN D‘53153. — Immédiatement après, l'abréviation 5", pour }5 DN, est également une faute; il faut lire 538, comme l'ont les mss.

comme un ouvrage de la blancheur du saphir (Exode, XXIV, 10), el il dit: nt 328 mp2, comme l'ouvrage d'une pierre précieuse; 1l n’y a donc pas de différence entre les mots comme la couleur d’une pierre de TArscuiscu et les mots comme un ouvrage de la blancheur du saphir (1). I faut te bien pénétrer de cela.

Tu ne trouveras pas mauvais que je cite l'interprétation de Jonathan ben Uziel, tandis que j'ai donné une interprétalion tout opposée. Car tu trouveras que beaucoup d'entre les docteurs, et même d’entre les commentateurs (modernes), contredisent son interprétation à l’égard de certaines expressions el. de sujets nombreux traités par les prophètes. Et comment n’en serait-il pas ainsi dans ces choses profondes ? D'ailleurs, je ne te dis pas de préférer mon interprétation ); cherche à com-

(1) Pour comprendre ce passage, il faut se rappeler ce que l’auteur a dit ailleurs sur l'expression + 5Dn 1325 nwYN3, comme un ouvrage de la blancheur du suphir, dans laquelle il voit une aliusion à la matière première sublunaire. Voy. t. 1, chap. xxvi1, p. 94 et suiv.; t. IT, chap. xxv1, p. 202. Il trouve cette même allusion dans les mots JDN TY2 Wan, comme la couleur d'une pierre de tarschisch, qui, selon lui, désignent également la matière sublunaire ou celle des éléments, et il lui paraît évident que les ophannîim désignent les éléments. Pour corroborer celte explication, il fait observer que Jonathan, dans sa paraphrase d'Ézéchiel (1, 16, et X, 9), emploie les mots RD J2N , pierre précieuse, les mêmes qu'Onkelos emploie dans sa paraphrase du Pentateuque (Exode, XXIV, 10), et qui, selon notre auteur, désignent la matière sublunaire. On sent facilement tout ce que ce raisonnement a de vicieux, puisque, selon Maïmonide, Jonathan voit dans Les ophannün les sphères célestes, el que, par conséquent, il n’a pu par les mots pierre précieuse vouloir désigner la matière sublunaire. Cette observation de Maimonide ne donne que trop de prise à la critique, et Abravanel n’a pas manqué d’en faire ressortir la faiblesse. Voy. le commentaire d’Abravanel sur Ézéchiel, chap. 1, verset 16, et son Commentaire sur diverses parties du Moré Neboukhîm , Ie livraison, fol. 50 a, quatorzième objection.

(2) Au lieu de 58, quelques mss. ont 5“nn (pour l’accus. RON). La même variante existe dans les mss. de la version d’Ibn-Tibbon, qui ont, les uns #71, les autres 95. Al-Harizi a R DNT bss pan J190.

prendre son interprétation par les observations que je t'ai faites, et à comprendre aussi la mienne. Dieu seul sait laquelle des deux interprétations a touché le vrai ().

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