CHAPITRE XXII
Cette histoire de Job admise (comme vraie), la chose sur laquelle de prime abord 6) les cinq personnages, c’est-à-dire Job et ses amis, furent d'accord, c'était que Dieu avait connaissance de tout ce qui était arrivé à Job, et que c'était Dieu qui l'avait frappé de tous ces malheurs. Tous aussi s’accordaient à reconnaître que Dieu ne saurait être taxé d’imjustice et qu’on ne sau-
ce qu’il est possible de faire pour expliquer l’allégorie contenue dans le prologue historique du livre de Job.
(1) Littéralement : aux paroles en dehors de cela; c’est-à-dire, à ce que chacun d’eux a dit en dehors des passages qui seront cités comme preuves de leurs opinions.
(2) L'auteur veut dire que, dans les discours de Job et de ses amis, il y a des passages caractéristiques dans lesquels se dessinent leurs opinions respectives et qui forment le fond de l’allégorie qu’ils ont en vue; le reste n’a pas d'importance pour l’allégorie en elle-même et pour l'idée philosophique qu’elle renferme, et ne sert qu’à achever la peinture au point de vue de l’art poétique. C’est là ce que l’auteur veut dire par les mots nécessilées par l'ordre (ou l’ensemble) du discours. Il renvoie à l’Introduction de son ouvrage, où il a dit que parfois l’ensemble de l’allégorie révèle l’ensemble du sujet représenté, mais qu’à côté il se trouve des passages qui n’ajoutent rien au sujet représenté, et qui servent seulement à l’'embellissement de l’allégorie et à la symétrie du discours. Voy. t. I, p. 19 et suiv.
(3) Mot à mot : dès qu'elle arriva; c’est-à-dire, l'histoire. Le verbe féminin nai («»,=) qu'ont tous les mss. ne peut se rapporter qu'au mot AUD) histoire.
rai lui attribuer d’iniquité. Ce sont là des idées qu’on trouve souvent répétées même dans les paroles de Job (1), Si l’on considère les paroles que les cinq hommes échangent dans leur dia- [ogue, on serait tenté de croire que ce que dit l’un, tous les autres le disent également, et que les mêmes idées se répètent et se croisent. Du côté de Job, elles ne sont interrompues que par la description qu'il fait des violentes douleurs et souffrances qu'il subit malgré sa droiture, par la peinture de sa justice, de son noble caractère et de la bonté de ses actions. De leur côté, ses amis mêlent, dans les discours qu'ils lui adressent, desexhortations à la patience, des consolations et de douces paroles, disant qu'il devait se taire et ne pas lächer la bride à ses paroles, comme quelqu'un qui se dispute avec son semblable, mais plutôt se soumettre en silence (?) aux décrets de la Divinité. A quoi il répond que les violentes douleurs empêchent d’être patient et ferme, el de s'exprimer comme il convient. Tous ses amis s’accordent à soutenir que ceux qui font le bien en sont récompensés, et que ceux qui font le mal en sont punis. Si, disent-ils, on voit un pécheur dans le bonheur, on peut être certain que le contraire aura lieu dans l'avenir; il périra, et des malheurs fondront sur lui, sur ses enfants G) et sur sa race. Si, au contraire, on voit un homme pieux dans l’adversité, celui-ci ne pourra manquer d'obtenir une réparation (. Cette idée, tu la trouveras
(4) C'est-à-dire, Job lui-même, dans ses plaintes, ne va pas jusqu’à dire que Dieu n'avait aucune connaissance de ce qui lui était arrivé, ni que Dieu était mjuste à son égard ; il se borne à protester de son innocence, et à soutenir qu'il n'avait pas mérité ce grave châtiment.
(2) Au lieu de ;ÿ$*, que je crois être le futur énergique (O2) , de æès dans le sens de s'humilier, plusieurs mss. ont 7ÿ= (wÉN2), de GySS, € soumelire, obéir. Cette dernière leçon est peut-être préférable.
(3) Au lieu de 73221 (4akwo), quelques mss. ont 5n221, variante qui s'explique par une copie en caractères arabes; de même Ibn-Tibbon: n'a. ALHarizi : Jp n°9 92 bp v6p 5m.
(4) Littéralement : sa fracture sera nécessairement jointe ou remise. Sur
TROISIÈME PARTIE. — CHAP. XXII. 173 répétée dans les discours d'Éliphaz, de Bildad et de Sophar, et jes trois sont d'accord sur cette opinion. Mais ce n’est pas là le but de toute cette histoire, où l'on à eu plutôt en vue de faire connaître ce que chacun d’eux professait en. particulier et l'opinion qu'il avait sur un événement où nous voyons l’homme le plus intègre et de la plus parfaite droiture frappé des calamités ies plus grandes et les plus violentes.
Selon l'opinion de Job, cet événement prouvait que l’homme vertueux et l’impie sont égaux devant Dieu, qui méprise l’espèce humaine et l’abandonne M), C’est ainsi qu'il dit entre autres : C'est la même chose ; c’est pourquoi je dis : il détruit l’homme intègre et l’impie; si le flot tue subitement, il se rit de la calamité des innocents (Job, IX, 22 25); c’est-à-dire, si le torrent () arrive subitement, fait périr et enlève tous ceux qu'il rencontre, il (Dieu) se rit de la calamité des innocents. Il confirme ensuite celte opinion en disant : L'un meurt dans la plénitude de sa force, tout tranquille et paisible ; ses vases sont pleins de lait etc. L'autre meurt l'âme affligée, sans avoir joui du bonheur. Ensemble ils seront couchés dans la poussière, et les vers les couvruront (XXI, 25-26). Il allègue encore pour preuve l’état prospère des méchants et leur bonheur, et il s'étend beaucoup là-dessus : Quand J'y pense, dit-il, Je suis effrayé et ma chair est saisie de tremble ment. Pourquoi les impies vivent-ils, vieilhssant et augmentant de force ? Leur postérité est debout devant eux etc. (ibid., v. 6-8).
la locution y 23, cf. le texte arabe plus loin, ch. xxxvr (fol. 77 b, av. der. L.), chap. xL (fol. 87 b, 1. 4), chap. xz1 (fol. 91 a, 1. 19), chap. xuix (fol. 414 a, 1. 14), chap. zur (fol. 131 a, dernière ligne). *
(4) Mot à mot: par dédain pour l'espèce humaine et par mépris pour elle. Ibn-Tibbon a omis dans sa version les mots 5 NTINTDNY. Al-’Harizi traduit : RNA NPA PI NV DINT 71) MI2D 2132.
(2) On voit que le mot Wiw, qui signifie fléau, est ici pris par Maïmonide dans le sens de flot, torrent, ce qui ne ressort pas de la version d’Ibn-Tibbon, qui reprodui le mot y du texte de Job. Al-Harizi traduit mieux : AU DU R2 ON:
Après avoir décrit ce bonheur parfait, il dit à ses interlocuteurs : Admettons qu'il en soit comme vous le prétendez, que les enfants de ce mécréant heureux périssent quand il n’est plus et que leur trace disparaisse, quel dommage résulte-t-1l pour cet homme heureux de ce qui arrivera à sa famille quand il ne sera plus ? Que lui importe sa famalle (qu'il laisse) après lui, quand lenombre de ses mois est accompli(ibid., v. 21)? Ailleurs il déclare qu’il ne faut rien espérer après la mort, de sorte qu'il ne reste pas autre chose à dire, si ce n’est qu'il y a abandon (). Il exprime donc son étonnement de ce que Dieu, n'ayant pas négligé, dans le principe, la ue de l'individu humain, néglige pourtant de le gouverner @), et il dit : Ne m as-tu pas coulé comme du lait,
(1) La phrase arabe est très-concise ; en voici le sens : Job déclare qu'il ne faut espérer aucune compensation après la mort, et que par conséquent, si nous voyons l’homme vertueux accablé de souffrances, tandis que l’impie jouit d’un bonheur parfait, nous ne pouvons donner aucune solution de ce problème; et 1l ne nous reste autre chose à dire, si ce n’est qu'il y a abandon de la part de Dieu, c’est-à-dire que Dieu ne s’occupe pas des individus humains et les abandonne à leur sort.—Ibn- Tibbon, n'ayant pas bien saisi le sens de cette phrase, l’a ainsi paraphrasée : Hn5w noaty nt NôN nôonin nan N9 75 ON «il ne reste donc pas d'espérance, mais il y a là abandon et oubli. » Al-Harizi traduit plus exactement : Rn279 MYoW NA 11 9 19272 NU, «il résulte donc de ses paroles qu'il y a là insouciance de la part du créateur. »
(2) Littéralement : comment il n'a pas négligé l'œuvre primilivede la formation ET yiveots) de l'individu humain el sa création, et a pourtant négligé de le AU Les mots N5 vix buy doivent être prononcés US. Eee He , Le principe de l'œuvre de la formation , c’est-à-dire l'œuvre
primitive de la formation. Par ces mots, l’auteur fait allusion à la description que donne Job de la formation du fœtus (X, 10 et suiv.). Le mot "p55 a été considéré par Ibn-Tibbon comme un verbe (Es) ,etil ae JDN N°72; mais dans ce cas il eût été pis correct de dire x. Je considère ce mot comme un nom d'action (GLS), ? à l’accusatif, comme ISA C’est dans le même sens qu'Al-Harîzi traduit ce mot, quoique sa traduction soit d’ailleurs très-confuse : n19n5 5nm nybua bwan 1921 DIN AN ND UN JOINT NN JDN PIN.
. varie
TROISIÈME PARTIE. — CHAP. XXII. 175 coagulé comme le fromage ete. (X, 10)? — C'est là une des opinions professées sur la Providence (). Les docteurs, tu le sais, déclarent cette opinion de Job extrêmement blämable À’, en se servant d'expressions comme les suivantes () : « Poussière sur la bouche de Job (4), — Job voulait renverser le plat sur son bord ®), — Job niait la résurrection des morts. — Job s'était mis à prononcer des blasphèmes. » Si cependant Dieu dit à Éliphaz (6) : car vous n’avex pas parlé convenablement de moi comme mon serviteur Job (XLII, 7), les docteurs, pour justifier cela (),
(1) Tous nos mss. ar. ont seulement : FONIDÔN 5 AnpnyooN, crues Où admises sur la Providence. La version d’Ibn-Tibbon porte : D3DDA LD IDR AU RT NN DID RIT IPN JD PAR, «une des opinions énoncées sur la Providence et que certains penseurs ont admises.» Al/Harfzi a : swR MANN JA 9 NN NY NN? NM27 n19%23 DMHNT. On voit qu’il avait la même leçon que nous ; mais sa traduction manque d’exactitude. L'auteur fait allusion à l'opinion professée par Aristote et d’autres philosophes. Voy. ci-dessus, chap. xvrr, 2° opinion.
(2) Proprement : maludive; les deux traducteurs hébreux ont : Dan n'osns.
(3) Voy. Talmud de Babylone, traité Bäba bathra, fol. 16 a.
(4) MPNDD NID, poussière sur sa bouche, est une locution proverbiale qui signifie : sa bouche mérite qu’on y lance de la poussière pour la fermer, ou pour la salir.
(5) Autre locution proverbiale, qui signifie : mettre tout sens dessus dessous, professer des opinions subversives.
(6) Ibn-Tibbon ajoute NY, et à ses amis, ce qui ne se trouve ni dans le texte arabe, ni dans la version d’Al-’Harizi ; et en eflet, dans le texte du livre de Job, xzu, 7, les paroles de Dieu ne s’adressent qu’à Éliphaz seul.
(7) C'est-à-dire, pour justifier cette allocution que Dieu adresse à Éliphaz. Dans la version d’Ibn-Tibbon, les mots D" 02" tell by sont une double traduction des mots arabes mir 1ÿ; les mss. n’ont pas "1 Sy. La version d’Al-"Harizi porte : RON nt aire ‘43, ce qui est un pur contre-sens, car l’auteur ne veut pas parler de la justification de Job.
disent : « L'homme n’est pas responsable quand il souffre () », c’est-à-dire qu'il (Job) était excusable à cause de ses violentes souffrances. Mais de telles paroles ne cadrent pas avec toute celte parabole ®). La cause (du discours en question) n’est autre que celle que je vais t’exposer % : C’est que Job était revenu de celle opinion extrêmement erronée et en avait lui-même démontré la fausseté. Ce n’était là qu’une opinion qui surgit de prime abord, surtout chez un homme frappé de malheurs et intimement convaincu de son innocence, et c'est ce que personne ne conteslera ; c’est pourquoi celte opinion est attribuée à Job. Cependant celui-ci ne proférait tous ces discours que tant qu'il était dans l'ignorance et qu'il ne connaissait Dieu que par tradition, comme le connaît la foule des hommes religieux ; mais dès qu'il eut de Dieu une connaissance certaine, 1l reconnut que la vraie félicité, qui consiste dans la connaissance de Dieu, est réservée à tous ceux qui le connaissent (4), et qu'aucune de loutes ces calamités ne saurait la troubler chez l’homme. Ces félicités
(1) Talmud, ibidem, fol. 16 b. Selon le Talmud, les paroles que Dieu adresse à Éliphaz auraient ce sens que Job, accablé de douleur, ne pouvait être rendu responsable des plaintes qu’il proférait, tandis que ses amis étaient coupables pour avoir prétendu justifier Dieu. Job du moins laissait la question intacte; tandis que ses amis prétendaient la résoudre par des argumentations erronées.
(2) C'est-à-dire, ce que les docteurs disent pour expliquer les paroles adressées par Dieu à Éliphaz, ne s’adapte pas bien à l’ensemble de la parabole du livre de Job. En effet, selon Maïmonide, Le personnage de Job a dans cette parabole un rôle philosophique bien déterminé ; il ne se borne pas à proférer des plaintes que lui arrache la douleur, mais il professe sur la Providence une opinion bien réfléchie et qui est condamnable au point de vue de la religion. L'auteur cherche donc à expliquer autrement que les docteurs le sens de ces mots : «car vous n’avez pas parlé convenablement de moi comme mon serviteur Job. »
(3) Mot à mot: la cause de cela; c’est-à-dire, la cause du discours adressé par Dieu à Éliphaz.
(4) Le suffixe dans 759} se rapporte à HNSNÔN, Dieu. Quelques mss. ont incorrectement Rn57y avec le suffixe féminin, et de même les éditions de la version d'Ibn-Tibbon ont nptw, tandis que les mss.
imaginaires, comme la santé, la richesse, les enfants, Job les avait considérées comme but, tant qu'il ne connaissait Dieu que par tradition et non par la réflexion; c’est pourquoi il tomba dans tous ces égarements et proféra ces discours (blàmables). Tel est le sens de ces paroles : Je n'avais fait qu'entendre parler de toi, mais maintenant mon œil l’a vu; c'est pourquoi je rejette (tout cela) et je me repens de la poussière et de la cendre (XLI, o, 6). Ces mots doivent se compléter ainsi suivant le sens : « C'est pourquoi je méprise tout ce que j'avais désiré autrefois, el je me repens d'avoir été dans la poussière et la cendre (); » car c’est cette situation qu'on lui attribue (en disant) : Et il était assis dans la cendre(IX, 8). C'est done à cause de ce discours final, qui indique la perception vraie, qu'il est dit de lui immédiatement après : car vous n'avez pas parlé convenablement de moi comme mon serviteur Job. s
L'opinion d'Éliphaz sur cet événement est également une des opinions professées sur la Providence. Selon lui, en effet, tous les malheurs qui avaient frappé Job, il les avait mérités; car il avait commis des péchés qui lui avaient mérité ce sort @), C’est
de cette version ont ÿry"="t#. Ibn-Tibbon ajoute dans cette phrase les mots D5D N02, sans doute, dont nous ne trouvons l'équivalent dans aucun des mss. arabes. Le mot 3129, à la fin de la phrase, est une simple faute d'impression, et ne se trouve pas dans les mss. Al-Harizi traduit exactement : 1npw 1% 555 nant N'nw.
(4) Cest-à-dire, de m'être attaché aux choses matérielles de la vie humaine et d’avoir formé là-dessus mon jugement. Moïse de Narbonne et les autres commentateurs pensent avec raison que Maimonide entend ces paroles de Job dans un sens moral, et que les mots poussière et cendre signifient ici la nature ; il en est de même de ce passage du prologue : el il était assis sur la cendre. Cette explication s'accorde parfaitement avec le sens allégorique que Maïmonide, dans le chapitre précédent, prête à tout le prologue. Cf. Samuel ibn-Tibbon, traité Yikkawou ha-maïm , Chap. 25, p. 101.
(2) Cette opinion est celle que l’auteur a présentée plus haut comme l’opinion orthodoxe généralement admise par les prophètes et les doc-
teurs d'Israël. Voy. ch. xvit, 5° opinion.
là ce qu'il dit à Job : Ton impiété n'est-elle pas grande, tes iniquités ne sont-elles pas sans fin (XXH, 5)? Ailleurs il dit à Job : « Les bonnes actions et la conduite vertueuse sur lesquelles tu te fies (1) ne font pas que tu sois nécessairement un homme parfait devant Dieu, de manière que tu ne puisses être puni : Certes, 1 n’a pas confiance en ses serviteurs, il trouve des défauts même dans ses anges. Qu'en sera-t-il de ceux qui habitent dans des maisons d'argile, qui ont leur fondement dans la poussière (IV, 18-19)? » Éliphaz ne cesse de répéter cette pensée (); je veux dire qu'il croit que tout ce qui arrive à l’homme, il a dû le mériter, mais que les fautes par lesquelles nous méritons le châtiment échappent à notre perception, et (que nous ignorons) de quelle manière elles nous ont valu le châtiment.
L'opinion de Bildad le Schouhite sur cette question est celle qui admet la compensation %). En effet, il dit à Job : « Ces grands malheurs, si toutefois tu es pur et que tu n’aies pas commis de péché, ont pour raison de te faire mériter une récompense d’autant plus grande; et certes tu auras la plus belle compensation (4). Tout cela est donc un bien pour toi, c’est afin que le bonheur dont tu jouiras à l’avenir soit d'autant plus grand. » Tel est le sens de ces paroles qu’il adresse à Job : Si tu es pur et juste, certes il veillera sur toi et fera prospérer ta demeure de justice; et si ton commencement a été chétif, ton avenir sera très-
(1) Dans la version d’Ibn-Tibbon, les mots }ÿw1 IR 201 nn v5y sont une double traduction du verbe #tnpn; Al Harizi traduit : DO ID NT UN NT ‘9.
(2) Mot à mot: de tourner en cercle vers ce but, expression qu'Ibn- Tibbon a affaiblie en traduisant 997 112 n5%5%. AlHarizi traduit plus exactement : y nt 220 2209 t0N Sn NO.
(3) Cette opinion, comme on l’a vu au chap. xvn, p. 128 et ib., n. 4, est celle des Mo’tazales et de certains docteurs juifs d’entre les Karaïtes et les gueünim.
(4) La forme verbale YiYND a ici évidemment le sens passif ou neutre,
. . eiVrs 2 5; el il aurait été plus régulier de dire [leèw; peut-être faut-il prononcer ACTA Sr)
? LO : pour L® AADE
TROISIÈME PARTIE. —- CHAP. XXII. 179 prospère (VIT, 6 et 7). Tu sais que cette opinion sur la Providence est très-répandue, et nous l’avons déjà exposée.
L'opinion de Sophar le Naamathite est celle qui admet que tout dépend de la seule volonté de Dieu, qu’il ne faut chercher aucune raison dans les actions divines, et qu’il ne faut point demander pourquoi 1l a fait telle chose ou telle autre chose (), C'est pourquoi, dans tout ce que fait Dieu, il ne faut chercher ni une raison de justice, ni une exigence de sa sagesse, car 1l est de sa grandeur @®) et de sa véritable essence de faire ce qu’il veut, mais nous sommes incapables de pénétrer dans les secrets de sa sagesse, qui exige qu’il agisse selon sa volonté et sans aucune autre raison (8). C’est là ce qu’il dit à Job : Puisse Dieu parler et ouvrir ses lèvres pour toi! Il P’annoncerait les secrets de la sagesse ; car il y a là doublement de quoi t'instruire 4), Peuxtu trouver l’impénétrable (secret) de la Divinité ? Peux-tu pénétrer la perfection du Tout-Puissant (XI, 5, 6, T7)?
Tu vois, par conséquent, si tu y réfléchis, comme cette hisloire, qui a tant troublé les hommes, a été (sagement) disposée, de manière à amener les différentes opinions sur la Providence
(4) Dans tous les mss. arabes on lit Nr 5y5 NM Nb, ni pourquoi il a fait telle (autre) chose. Ibn-Tibbon traduit inexactement : &b 20) nt nwy; la version d'Al-’Harizi renferme la même inexactitude.
(2) Ibn-Tibbon rend inexactement le mot ny par nibvy. Al “Harizi traduit plus exactement : ‘31 99%n INNDNI 1H ILYN 92.
(3) On reconnaît dans cette opinion celle des Ascharites. Voir chap. xvir, 3° opinion.
(4) Il est difficile de dire dans quel sens Maïmonide interprète les mots ntn9 0529 ‘5, qui ont été si diversement expliqués par les commentateurs anciens et modernes, et dont le sens le plus naturel paraît être celui-ci : car elle est infiniment plus grande que ta sagesse et ton raisonnement vulgaire. Les anciens commentateurs juifs prennent généralement le mot wn dans le sens de Tora, doctrine ou instruction,
et c’est dans ce sens que nous l’avons traduit.
que nous avons précédemment exposées (1), On y présente chacune de ces opinions à part C', et on l’attribue à un des hommes de l’antiquité, célèbres par la vertu et la science (), si toutefois c'est une parabole; ou bien même ils ont pu réellement parler ainsi, si c’est une histoire vraie. Ainsi, l'opinion attribuée à Job est conforme à celle d’Aristote ; l'opinion d'Eliphaz, à celle de notre religion ; l'opinion de Bildad correspond à la doctrine des Motazales ; enfin l’opinion de Sophar correspond à la doctrine des Ascharites.
Ce sont là les opinions anciennes sur la Providence. Tu vois ensuite une nouvelle opinion qui est celle attribuée à Ehihou. C’est
(1) Litiéralement : vois el réfléchis comment a été établie cette histoire qui a troublé les hommes et les a conduits aux opinions que nous avons précédemment exposées sur la Providence de Dieu à l’égard des créatures.
(2) Mot à mot: on mentionne tout ce qu'exigeait la division ou la classification; c’est-à-dire, on parcourt les différentes opinions qui peuvent exister sur celte question de la Providence. — Le mot 75%) qu'Ibn- Tibbon a considéré comme un nom d’action OS$s) et qu’il a traduit par 31, doit être prononcé comme prétérit passif (SÉs).
(3) Ibn-Tibbon a supprimé dans sa version le mot DopÔNY, et la science; selon Ibn-Falaquéra, 1l l’aurait fait avec intention, parce qu’il est dit au chap. précédent (p. 163) que Job n’était pas un homme de science. Voy. Append. du Moré ha-Moré, p.157 : ND DpD UN don 5 n2pho 5 nn ni wN2 (lis. "2 DID) PEN Na SYH6R 1231)3 FIND NT ApnpAnb 129n Nb DM NAN D5y 9). Ibn-Falaquéra cherche à justifier Maïmonide de cette contradiction apparente, en disant qu’au chap. précédent on veut parler de la science spéculative que Job ne possédait point, tandis qu'ici il s’agit seulement de la sagesse pratique et de la morale. Cette distinction subtile nous parait superflue; car dans notre passage il s’agit, non-seulement de Job, mais aussi et surtout de ses amis et interlocuteurs, que l’on présente comme des hommes possédant une science réelle. Al-Harizi ne s’est point arrêté à la difficulté signalée par Ibn-Falaquéra; il traduit: TONY 09 Man 1 ANND 227 DDD).
pourquoi (1 ce dernier est réputé supérieur à ceux-là @), et on déclare que, bien qu’il fût le plus jeune parmi eux, il les surpassait en science. Il commence par réprimander 6) Job, qu’il taxe . de sottise pour avoir montré de l’orgueil et pour s’être étonné des malheurs qui l'ont frappé, quoiqu'il n’eût fait que le bien ; car il s'était longuement vanté de ses actions. Ensuite il taxe également de radotage () l’opinion des trois amis de Job sur la Providence, et il se sert d'expressions si singulièrement énigmatiques, que le lecteur, en considérant ses paroles, s'étonne d'abord, croyant qu’il n’ajoute absolument rien à ce qu’avaient dit Eliphaz, Bildad et Sophar, et qu'au contraire il ne fait que
(4) C'est-à-dire, pour justifier l’intervention de ce nouvel interlocuteur, quand le débat est tellement épuisé que Bildad ne sait plus que répéter quelques lieux communs (ch. xxv) et que Sophar est entièrement réduit au silence.
(2) C'est-à-dire, à Job et à ses trois amis. Les mss. ont généralement: 0ny bÿs; de même Ibn-Tibbon : D$tx now, et Al-’Harizi: 4553 On'sy3. Le ms. de Leyde, n° 221, a Dn5y bÿs, et c’est dans ce sens que nous avons traduit. Un des mss. de la Biblioth. imp. (ancien fonds, n° 230) porte : Dmjy 545; suivant cette leçon, qui est peut-être préférable, il faudrait traduire : c’est pourquoi il est séparé ou distingué d'eux. |
(3) Le verbe arabe <5v est rendu dans la version d’Ibn-Tibbon par les deux verbes Ny351 nn3b; le premier de ces deux verbes, qu’il faut prononcer nÿ195, vient de mat I Sam., IIE, 13.
(4) Le verbe NE signifie avoir l'esprit affaibli par la vieillesse (eye) GO si) & Cimall 29% AAË)... Comment. sur Hariri, p.133), et à la Ile forme (Xi) dire que quelqu'un divague par la vieillesse. C’est pourquoi Ibn-Tibbon traduit : Dnp= D vy9 nwbw by SN 351 Ont 239 by. Au lieu de 135 (As), Ibn-Falaquéra lisait #5 (NX), et il traduit : 5997 np" ÿ2p: Voy. Append. du Moré ha-Moré, p. 157. Cette variante s’explique par une copie écrite en caractères arabes. Al-"Harizi avait peut-être la même variante; il traduit : n99D 93t 751 Vys nwôw. Les mots FNIYOR 9, sur la Providence, manquent dans quelques mss., et n’ont été exprimés ni par Ibn-Tibbon, ni par Al- ’Harizi.
répéter leurs idées par d’autres termes et avec plus de développement. En effet, il ne fait autre chose que réprimander (1) Job, décrire la justice divine et les merveilles de univers et (proclamer) que Dieu n’est affecté ni par la vertu de l’homme pieux, ni par le péché de l’impie ®); mais toutes ces choses, les amis de Job les avaient déjà dites. Cependant, en y réfléchissant, tu comprendras l'idée nouvelle qu’il y a apportée et qui était son but, idée qu'aucun d’eux n’avail exprimée auparavant. Avec cette idée pourtant 1l a répété tout ce que ceux-là avaient dit, de même qu'eux tous, Job et ses trois amis, répètent chacun l’idée exprimée par les autres, comme je te lai déjà dit; et cela a pour but de cacher ce que l'opinion personnelle de chacun a de particulier, de manière qu'il semble au vulgaire qu'ils se rencontrent tous dans une seule el même opinion, quoiqu'il n’en soit pas ainsi. L'idée qu'ajoute Elihou et qu'aucun d'eux n'avait exprimée, c’est celle qu'il présente allésoriquement par l’intercession d’un ange. C’est, dit-il, une chose attestée et bien connue, que lorsqu'un homme est malade à la mort et qu’on désespère de lui, s’il a un ange, n’importe lequel, qui intercède
(1) Au lieu de 53n, quelques mss. ont 31n, qui a le même sens; Ibn-Tibbon a encore ici deux mots: Hpanm 9n2n. Cf. p. 181, n. 3.
(2) C’est-à-dire, que Dieu ne tire aucun avantage de la vertu des hommes, et que leurs péchés ne l’atteignent point. Voy. Job, chap. xxxv, v.Get 7: Situ pèches, quel mal fais-tu à lui? Si tes crimes sont nombreux, quel mal en reçoit-il ? Si tu es vertueux, que lui donnes-tu, ou que reçoit-il de La main ? Les mots 5831 5 signifient proprement : il ne fait pas attention ou il ne se préoccupe pas; mais ce n’est pas là ce que l’auteur veut dire, car Élihou admettait au contraire que Dieu se préoccupe des actions humaines, qu’il récompense l’homme pieux et punit le pécheur. C’est donc avec intention, Je crois, qu'Ibn-Tibbon traduit ces mots par wa N9, ü ne sent pas ou il ne s'aperçoit pas, c’est-à-dire que le bien ou le mal que fait l’homme n’agissent pas sur l'essence divine. Ibn-Falaquéra, trouvant cette expression trop matérielle (nw3an ‘n° 15 prb) n23 VN, L. c.), préfère traduire : 35 n'w Nb; mais ces mots ont l'inconvénient de ne pas rendre exactement la pensée de l’auteur, pas plus que les mots win N5 qu’emploie Al-’Harizi.
pour lui (1), l’intercession de ce dernier sera agréée, le malade se rétablira ®), sera sauvé et reviendra au meilleur état possible. Cependant, cela ne peut pas se continuer toujours, et il ne peut y avoir d’intercession continuelle, à tout jamais, mais seulement deux ou trois fois ). C’est là ce qu’il dit : S’il & un ange qui intercède pour lu ete. (XXXIIT, 25); et, après avoir décrit l’état progressif du convalescent et la joie que lui cause son retour à la parfaite santé &), il ajoute : Tout cela, Dieu le fait deux ou trois fois pour l’homme (1bid., v. 29).— C’est là une idée qui n’est exposée que par Elihou seul ; mais ce qu’il ajoute en outre, avant (d'exprimer) cette idée, c’est qu’il commence par décrire ®) comment arrive l'inspiration prophétique, en disant : Car Dieu parle une fois, deux fois, sans que l’on y fasse attention. Dans un songe, une vision nocturne , lorsqu'un profond som-
(1) C'est-à-dire, si, par l'effet de la Providence divine, une force quelconque de la nature lui vient en aide. On a déjà vu que le mot ange désigne souvent les forces émanant des sphères célestes et toutes les forces physiques. Voy. tome IT, chap. vi, p. 70 et suiv.
(2) Littéralement : sa chute sera relevée, ou mieux il sera relevé de sa chute. Sur cette expression, voy. le tome IE, p. 215, note 1.
(3) C'est-à-dire, la nature peut vaincre la maladie et sauver l’homme deux ou trois fois; mais il est mortel et finira par succomber.
(4) Au lieu de bn, quelques mss. ont nn, et de même Ibn-Tibbon ninan 733 5N, à l'état de santé.
(5) Dans la version d’Ibn-Tibbon, les mots ANNE 735 sont inexactement rendus par nt nt. Al-’Harizi traduit : D 91h +2 70m ANY227 IR 7906 Miyn nt. — En faisant ressortir, dans les discours d'Élihou, les deux points dont il vient d’être parlé, à savoir la manière dont Dieu sauve souvent l’homme d'un mal imminent et la manière dont arrive à l’homme l'inspiration prophétique, l’auteur paraît vouloir indiquer que l'opinion d’Élihou est conforme à la sienne propre, d’après laquelle l'individu humain est seul l’objet de la providence particulière de la Divinité. Voy. ci-dessus, chap. xvir, p. 129 et suiv., où l’auteur établit que l’homme seul, qui participe plus ou moins de l’épanchement de l'intelligence divine, participe dans la même mesure de la Providence divine.
meil pèse sur les hommes etc. (ibid., v. 14 et 15). Ensuite il confirme cette opinion (), et pour montrer de quelle manière il faut l'entendre, il décrit une série de phénomènes physiques, tels que le tonnerre, la foudre, la pluie, le souffle des vents. II y mêle aussi beaucoup de choses concernant les êtres vivants, en parlant par exemple de l’irruption de la peste; en un instant ils meurent au milieu de la nuit etc. (XXXIV, 20), de grandes guerres qui éclatent : Il brise des puissants sans nombre, et 1l met d'autres à leur place (ibid, v. 24), et de beaucoup d’autres choses semblables @).
Tu trouveras de même que, dans la révélation qu’eut Job 6), et par laquelle il devint clair pour lui qu’il s'était trompé dans tout ce qu’il s'était imaginé, on ne fait constamment que décrire les choses physiques, soit les éléments, soit les météores, soit la
(4) C'est-à-dire, son opinion concernant la Providence divine, et qui, selon l'auteur, résulte des passages qu'il vient de citer.
(2) On ne voit pas bien la liaison de ces derniers passages avec ce qui précède, et, en général, l’auteur s’exprime sur l'opinion qu’il attribue à Élihou d’une manière très-obscure. Ici, ce me semble, il attribue à Élihou l'opinion qu’il a développée plus haut (chap. x1r) sur les différents maux qui frappent les hommes, et qui semblerait contredire ce qui a été dit sur la Providence veillant sur les individus humains; il montre qu'Élihou pense, comme lui-même, que ces maux, inhérents à la matière ou à la nature humaine, n’arrivent à l’individu que d’une manière exceptionnelle et sont un bien pour l’ensemble de humanité. Par les exemples de la peste et de la guerre, l’auteur fait allusion, je crois, à la première et à la deuxième espèce de maux dont il a parlé au chap. x1r. Comme solution finale du problème, ainsi qu’on va le voir, l’auteur établit que nous ne saurions nous former une idée juste de la Providence divine, du régime divin et de la science divine; car nous en jugeons par le régime humain, tandis que ce n’est que par simple homonymie que régime, science, et beaucoup d’autres choses se disent à la fois de Dieu et de nous, bien que les deux choses soient totalement et essentiellement différentes.
(3) C'est-à-dire, dans la théophanie qui termine le livre de Job (chap. xxxvIII à XLI).
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nature de différentes espèces d’animaux, pas autre chose. Si on y parle aussi des régions éthérées, des cieux, de l’Orion, des Piéiades, c’est à cause de leur influence sur notre atmosphère; car tous les objets sur lesquels Dieu appelle l'attention de Job n'appartiennent qu’au monde sublunaire. C’est ainsi qu'Elihou aussi tire ses avertissements des différentes espèces d'animaux : Il nous instruit, dit-il, par les animaux de la terre, il nous rend sages par les oiseaux du ciel (XXXV, 11). Dans ce discours (de Dieu), on s'étend principalement sur la description du Leviathan, qui est un assemblage de propriétés corporelles diverses, appartenant aux animaux qui marchent, qui nagent ou qui volent (1), — Par toutes ces choses on veut dire que nos intelligences n’arrivent pas à comprendre comment sont nées ces choses physiques existant dans le monde denaissance et de corruption ®), ni à concevoir quelle est l’origine de la force physique existant dans elles. Ce ne sont pas là des choses qui ressemblent à ce que nous faisons, nous autres ; et comment pourrions-nous vouloir établir une comparaison entre la manière dont Dieu les gouverne et en a soin, et la manière dont nous gouvernons et soignons ce qui est confié à notre gouvernement et à nos soins ? En effet, il convient de nous arrêter à ce peu (que nous en savons) et de croire que rien ne saurait être caché à Dieu, comme dit Elhou : Car 1l a les yeux sur les voies de l’homme et il voit tous ses pas. Il n'y a pas de ténèbres, pas d'obscurité, où les artisans d'iniquité puissent se cacher (XXXIV, 21-22). Mais l’idée de la Providence de Dieu n’est pas la même que celle de la nôtre &), et l’idée du régime
(1) Selon l’auteur, le mot nv, venant de la racine "35, joindre, unir, désignerait un monstre imaginaire, réunissant les formes animales les plus diverses. ;
(2) C'est-à-dire, dans le monde sublunaire, où tout naît et périt tour à tour. |
(3) Cest-à-dire, le mot providence, providentia, appliqué à Dieu, n’a pas le même sens que lorsqu'il s'applique à notre prévoyance et aux soins que nous prenons d’une chose. Voy. ci-dessus, p. 154, note 1.
dont les créatures sont l’objet de la part de Dieu n’est pas la même que celle du régime que nous exerçons; ces deux (choses respectives) ne rentrent pas sous une même définition, comme on le croit par égarement, et n’ont rien de commun que le seul nom, de même que notre action et celle de Dieu ne se ressemblent point et ne rentrent pas sous une même définition. De même queles œuvres de la nature différent des œuvres de l’art, de même le régime divin, la Providence divine, l'intention divine, dont ces choses physiques sont l’objet, diffèrent de notre régime humain, de notre prévoyance et de notre intention à l’égard des choses qui en sont l’objet.
Le livre de Job tout entier a pour but d'établir cet article de foi et d’appeler l'attention sur les preuves qu’on peut déduire des choses physiques, afin que tu ne te trompes pas et que tu ne veuilles pas, dans ton imagination, établir une comparaison entre la science de Dieu et la nôtre, ou (croire) que l'intention, la Providence et le régime de Dieu, ressemblent à notre intention, à notre prévoyance, à notre régime. L'homme qui se sera pénétré de cela supportera facilement toute calamité. Les malheurs ne le feront plus douter de Dieu, et (il ne se demandera plus) si Dieu en a connaissance ou non, s’il a soin (de l’homme) ou s’il l’abandonne; au contraire, ils lui inspireront plus d’amour, comme 1l est dit à la fin de cette révélation : C’est pourquor je rejette tout cela et je me repens de la poussière et de la cendre(), et comme s'expriment les docteurs : « Ceux qui pratiquent (les devoirs) par amour de Dieu et supportent les souffrances avec joie, etc. ®) » Si tu considères tout ce que je viens de dire avec l'attention qu’exige la lecture de ce traité, et si ensuite tu examines le livre de Job, tu en comprendras le sens, et tu trouveras que j'en ai résumé toutes les idées, ne laissant de côté que ce qui est un simple ornement du style et ne sert qu’à ache-
(1) Sur la manière dont l’auteur interprète ce passage, voy ci-dessus, p. 177, et ibid., note 1.
(2) Voy. Talmud de Babylone, traité Schabbath, fol. 88 b.
TROISIÈME PARTIE. — CHAP. XXII, XXIV. 187 ver l’allégorie (1), comme je te l’ai exposé plusieurs fois dans ce Traité.