‹ Le guide des égarés; (volume 2)Chapitre 44 sur 117 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

L'idée de l'épreuve (®) est également très-obscure et forme une des plus grandes difficultés de la religion. La Loi en parle dans six passages, comme je te l’exposerai dans ce chapitre @), Quant à la manière dont le vulgaire entend généralement l'idée de l'épreuve, — à savoir, que Dieu envoie des calamités à un homme, sans que celui-ci ait commis aucun péché et afin de lui accorder une récompense d'autant plus grande, — c’est là un principe qui n’est mentionné expressément par aucun texte de la Loi, et, parmi les six passages du Pentateuque, il n'y en a qu’un seul qui, pris à la lettre, puisse faire croire une pareille chose (); j'en expliquerai plus loin le sens. Cette opinion se trouve même en opposition avec celle que la Loi pose en principe; car il est dit : un Dieu de vérité et sans iniquité (Deutér., XXXII, #). Cette opinion vulgaire n’est pas non plus admise par tous les doc-

(1) Littéralement : Et il n’en est excepté que ce qui arrive dans l'ordre ou l’ensemble du discours et dans la suite de l'allégorie. Voy. à la fin du chap. précédent, p. 171, note 2.

(2) L’auteur explique dans ce chapitre les passages bibliques qui semblent dire que Dieu, par les maux qu’il inflige à l’homme, a quelquefois pour but de le mettre à l'épreuve.

(3) Les six passages, comme on le verra, sont : Genèse, chap. xx11, v. 1; Exode, chap. xvi, v. 4; chap. xx, v. 17; Deutéronome, chap. vin, v. 2 et 16; chap. xx, v. 4.

(4) Les mots HAN onY N signifient dont le sens lilléral puisse faire croire ou soupçonner. La version d’Ibn-Tibbon, Y9\%5 mnt mn, manque d’exactitude; la version d’Al-"Harizi est ici peu intelligible, elle porte : pp} nt 13 PÈD Lwp. — Le passage auquel l’auteur fait allusion et qu’il expliquera plus loin est celui du Deutéronome, ch. vur, v. 16, où on lit les mots NYMINA 7209, pour te faire du bien düns l'avenir.

teurs ; car 1l y en a qui disent : « pas de mort sans péché, pas de châtiment sans crime Ü), » C’est, en effet, cette dernière opinion que doit admettre tout homme religieux doué d'intelligence, et il ne doit pas attribuer à Dieu l'injustice, de manière à croire que Zeïd est pur de tout péché, qu'il est un homme parfait et qu'il n’a point mérité ce qui lui est arrivé. Quant aux épreuves, que le Pentateuque mentionne dans les passages en question, elles ont pour objet, en apparence, de faire une expérience et une enquête, afin de connaître le degré ®? de foi de tel homme ou de telle nation, ou le degré de sa piété. Mais c’est là précisément la grande difficulté @), et particulièrement dans l’histoire du sacrifice d’Isaac qui n'était connu que de Dieu et des deux personnages (®, à l’un desquels il fut dit ®) : car maintenant j'ai re-

connu que tu crains Dieu (Genèse, XXIT, 12). Il en est de même de ce passage : car l'Éternel votre Dieu vous éprouve pour savoir si vous aimez etc. (Deutér., XIII, 4), et de cet autre passage :

(4) Voy. ci-dessus, chap. xvir, p. 126-128, où l’auteur, après avoir cité ce passage et quelques autres analogues, parle aussi de ceux qui admettent les châtiments d'amour, ou des peines qui sont infligées à l’homme, non pour avoir péché auparavant, mais afin que sa récompense future soit d'autant plus grande.

(2) Ibn-Tibbon a omis ici le mot 7"), mesure, valeur, degré; immédiatement après, 1l rend le même mot par n55, tandis qu’il faudrait le traduire par Jp. Al-Harizi traduit très-inexactement : ptnnt ‘15 NDS NN ADN IN NTI LNNT NAN. Quant au verbe D5p, il faut le prononcer au passif es) Ibn-Tibbon le traduit à l’actif, en ajoutant le sujet ‘n* DW An ps y.

(3) C'est-à-dire, 1l est bien difficile d'interpréter les six passages dans le sens qui vient d’être indiqué; car cela supposerait que Dieu a besoin d’une enquête pour connaître la vérité, et que sa science peut subir un changement.

(4) Mot à mot : et d’eux deux, C'est-à-dire d'Abraham et d'Isaac. Ici l’expérience et l'enquête ne pouvaient évidemment servir qu’à Dieu seul.

(5) Le texte porte : et il fut dit à lui, c’est-à-dire à Abraham. Les mss. de la version d’Ibn-Tibbon ont de même 35 NY, tandis que les éditions portent inexactement 015 DNA.

pour connaître ce qui était dans ton cœur (ibid., VIE, 2). Je vais maintenant te résoudre toutes ces difficultés.

Sache que toutes les fois que, dans le Pentateuque, il est question d’une épreuve, celle-ci n’a d'autre but et d’autre objet que de faire connaître aux hommes ce qu'ils doivent faire ou ce qu’ils doivent croire. Par conséquent, l'épreuve consiste, pour ainsi dire, dans l’accomplissement d’un certain acte où l’on n’a pas en vue cet acte en lui-même, lequel au contraire n’est proposé que comme exemple que l'on doit suivre et prendre pour modéle. Ainsi donc, quand il est dit : pour savoir si vous aimer etc. (Deutér., XII, 4), cela ne signifie pas : pour que Dieu le sache, car luiille savait déjà; mais cela ressemble (1) à cet autre passage : pour savoir que je suis l'Éternel qui vous sanctifie (Exode, XXXI, 13). Là), le sens est : pour que les nations sachent ; etde même 1l dit ici : « S'il s'élève un homme qui s’arroge la prophétie et que vous voyiez ses prestiges @) qui font croire qu’il dit vrai, vous saurez que c’est là une chose par laquelle Dieu aura voulu faire connaître aux nations à quel point vous êtes pénétrés de sa Loi, combien vous êtes capables de comprendre le véritable être de Dieu, que vous ne vous laissez pas tromper par la fourberie d’un imposteur, et que votre foi en Dieu n’est pas ébranlée ; et cela servira de point d'appui à tous ceux qui aspirent à la vérité, de manière qu'ils chercheront des croyances qui soient assez so-

(1) Cest-à-dire, l'expression np"5, pour savoir, ne signifie pas «pour que Dieu le sache », mais «pour que l’on sache», comme dans le verset de l’'Exode, xxx1, 13. — Au lieu de 07 ba, plusieurs mss. ont 972, et de même Ibn-Tibbon (mss.) : 311 YN3 394 7233 NY NT 2; mais le sens exige ici évidemment la conjonction 53, mais.

(2) C’est-à-dire, dans le passage de l'Exode.

(3) Le mot les) (nom d’action de la IVe forme de F5) désigne une manière de parler où d'agir, qui a pour but de faire admettre comme vrai ce qui n’est qu'une insinuation. Ibn-Tibbon met simplement PNININ , ses signes, se reportant au passage du Deutéronome : 5N [labs NE SN DIN.

lides pour qu’en leur présence on n’ait plus aucun égard au faiseur de miracles (1), En effet, celui-ci inviterait à croire ce qui est impossible ®); mais il ne peut être utile d’avoir recours au miracle que lorsqu'on proclame quelque chose de possible, comme nous l'avons exposé dans le Mischné Tôrä ®). — Puis donc qu'il est évident que l'expression ny=5, pour savoir, signifie ici : afin que les hommes sachent, il en sera de même de ce qui est dit au sujet de la manne : afin de t’humilier et de l'éprouver, pour connaître ce qui était dans ton cœur, si tu observerais ses commandements ou non (Deutér., VII, 2), c’est-à-dire pour que les peuples le sachent et qu’il soit publié dans le monde entier

(1) C'est-à-dire : les gentils, voyant la foi inébranlable des Hébreux, la prendront pour modèle et auront des convictions solides contre lesquelles échoueront tous les prétendus miracles produits par les faux prophètes. — Les mots 11512 nn, que nous avons traduits : au faiseur de miracles, signifient proprement : à celui qui lutte par le miracle, c’est-à= dire qui s'efforce de convaincre je le miracle. nn (AS) est le participe de la Ve forme du verbe GS que les Dictionnaires expliquent par pugnavit, cerlavil in aliqua re peragenda. Ibn-Tibbon traduit : n\wv ù no, et AlHarizi: D3 mwyH2 nn2%9; Ibn-Falaquéra (Append. du Moré ha-Moré, p.157) blâme avec raison ces deux traductions, et propose de traduire : "599 19h00: à celui qui cherche à vaincre par le miracle.

(2) Mot à mot: c’est un appel ou une invitation aux choses impossibles ; c’est-à-dire: le faux prophète, en proclamant l'existence de plusieurs dieux, inviterait à croire des choses dont l'impossibilité est démontrée ; tous ses miracles ne peuvent faire que le mensonge soit la vérité, car le miracle ne peut servir qu'à conlirmer une chose possible.—Le mot Sy", qu'Ibn-Tibbon prend pour un nom d'action (ASS) et qu'il traduit par ND, à été traduit par Al-Harîzi dans le sens du prétérit (&S): y3039 J'DNTI9 NID NT 2. Peut-être Al-’Harîzi avait-il y, à l’aoriste, comme l'a en effet un de nos mss. Le mot *3nnbx, que nous avons traduit par s'appuyer, signifie proprement vaincre, l'emporter. Voir la note précédente.

(3) Voy. traité Yesodé ha-Tôrà, chap. var.

que ceux qui se consacrent au culte de Dieu reçoivent leur nourriture d’une manière inattendue. C'est exactement dans le même sens que, là où on parle pour la première fois de la chute de la manne, il est dit : afin que je l’éprouve pour savoir s’ilse conduira d'après ma loi ou non (Exode, XVI, 4); ce qui veut dire, afin que chacun y puise une leçon et qu'il voie s’il est utile de se consacrerau culte de Dieu et si cela est suffisant, ou non. Quantà cequiestditau sujet de la manne une troisième fois : Celui qui le nourrit, dans le désert, de la manne que tes pères n'avaient point connue, afin de t’'humilier et de t’éprouver, pour te faire du bien dans l'avenir (Deutér., VII,16), ce passage pourrait faire croire que Dieu afflige quelquefois l’homme pour que celui-ci obtienne ensuite une récompense d'autant plus grande; mais, en réalité, il n’en est point ainsi. Ce passage exprime plutôt l’une des deux idées suivantes : 1° l'idée répétée au sujet de la manne dans le premier et dans le second passage, c'est-à-dire afin qu’on sache s’il suffit, ou non, de se consacrer à Dieu pour avoir la nourriture et pour être à l'abri des fatigues et des peines; ou bien 2° le mot ps signifierait ici l’accoutumer, sens que le même verbe a dans ce passage : Qui n'a point été accoutumée {nE)) à placer la plante de son pied etc. (1bid., XXVIIT, 56), de sorte qu’on aurait dit ici : Dieu vous a d’abord accoutumés à la peine dans le désert afin que vous jouissiez d’un bien-être plus grand quand vous serez entrés dans le pays (de Canaan); et cela est vrai, car il est plus doux de passer de la peine au repos que d’être toujours dans le repos. On sait aussi que, s’ils n’avaient pas subi la misère et la peine dans le désert, ils n’auraient pas pu conquérir le pays, ni combattre; ce que le Pentateuque dit expressément : car Dieu disait : le peuple pourrait se repentir en voyant la querre et retourner en Égypte. Dieu fit donc dévier le peuple du côté du désert, vers la mer Rouge (Exode, XIE, 17 et 18). En effet, le bien-être fait disparaître la vaillance, tandis que les privations et les fatigues l’engendrent, et c’est là le bien que le passage en question leur promet dans l'avenir. Quant à ce passage : car Dieu est venu pour vous éprouver (Exode, XX, 17), il a le

même sens que celui du Deutéronome, où l’on dit, au sujet de celui qui prophétise au nom d’un faux dieu : car l’Éternel votre Dieu vous éprouve (Deutér., XIII, 4), ce dont nous avons déjà expliqué le sens. Ici donc, dans la scène du mont Sinaï, il leur dit : Ne craignez rien, car ce grand spectacle que vous avez vu a eu lieu uniquement pour que vous pussiez, par votre propre vue, acquérir une conviction certaine, et afin que, si l'Éternel votre Dieu, pour publier votre grande foi, vous éprouvait par un faux prophète qui vous invität à renverser ce que vous avez entendu, vous restassiez fermes, sans broncher (); car si je m'é- {ais présenté à vous comme prophète, ainsi que vous le vouliez ©), et si je vous eusse rapporté ce qui m'aurait été dit, sans que vous l’eussiez entendu vous-mêmes, il se pourrait que vous réputassiez vrai ce qui Vous serait rapporté par un autre, quand même 1l viendrait renverser ce que j'aurais annoncé, puisque vous ne l’auriez pas entendu vous-mèmes dans ce spectacle. Quant à l’histoire d'Abraham relative au sacrifice d’Isaac, elle renferme deux grandes idées qui sont fondamentales dans la religion. La première, c’est de nous faire savoir jusqu’à quelle limite doivent s'étendre l’amour et la crainte de Dieu. Il fut ordonné (à Abraham) de faire une chose à laquelle on ne saurait comparer ni sacrifice d'argent, ni même le sacrifice de la vie ; c'était bien la chose la plus extraordinaire G) qui puisse arriver dans le monde, une de ces choses que la nature humaine ne peut être crue capable d'accepter. Figurez-vous un homme stérile (4),

(4) Mot à mot : et que vos pieds ne glissassent pas.

(2) Les mots Dntyÿt N93, qu’'Ibn-Tibbon n'a pas rendus, semblent se rapporter à ce passage de l'Exode (XX, 10) : Parle, toi, avec nous, et nous écouterons, et que Dieu ne parle point avec nous, de peur que nous ne mourions.

(3) Surlesens du mot ssl, voy. tome I, p. 159, note 3, et tome II, p. 217, note Î.

(4) Mot à mot : à savoir qu'un homme soit stérile. Tous les mss. ont NDDY 5, les deux mots à l’accusatif; je crois qu’il faut prononcer

animé d'un désir extrême d’avoir des enfants, possédant une grande fortune et de la considération, et désirant que sa race devienneune nation: s'ilaunfils, après avoir désespéré d'en avoir, quel amour, quelle passion il aura pour ce fils! Cependant, craignant Dieu et désirant obéir à son ordre, il fait peu de cas 4) de ce fils chéri, renonce à tout ce qu’il avait espéré de lui et consent à limmoler après quelques jours de voyage. Et, en effet, s’il s'était empressé de le faire à l'instant même où il en reçut l’ordre, c'eût été un acte d’étourderie et de précipitation, sans trop de réflexion ; mais faire une pareille chose plusieurs jours après en avoir reçu l'ordre était un acte qui supposait la pensée et une müre réflexion, le respect que méritait l’ordre de Dieu, ainsi que l'amour et la crainte de Dieu. Certes, il ne faut point présumer d’autres circonstances, ni supposer (chez Abraham) une impression quelconque À) ; car, si notre père Abraham s’empressa de sacrifier Isaac, ce ne fut pas dans la crainte que Dieu ne le fit

Lois ps en considérant le premier de ces deux mots comme sujet du verbe ne et le second comme énoncialif ou prédicat.

(4) Dans la version d’Ibn-Tibbon, le mot 53 doit être changé en "13; AL"Harizi traduit 439nn 127 nt M3 2,120.

(2) C'est-à-dire : il ne faut pas expliquer l'action d'Abraham par une autre circonstance quelconque qui ait pu le guider, ni croire qu'il ait été sous le coup d’une impression quelconque, comme, par exemple, la peur. — Le verbe *y=n qu’on peut prononcer EN ou ESS (passif de la Ie ou de la VIII: forme) signifie dans le premier cas invoquer, appeler, et dans le second cas prétendre, présumer; quelques mss. ont ‘ynn (avec =) ou ‘YNT', et, d’après ces leçons, il faudrait traduire le verbe par considérer, avoir égard. Les mots "19 SNYEIN sn Nb) signifient littéralement : ni préférer aucunement une impression, c’est-àdire, ni préferer d’expliquer l’action d'Abraham par une impression qu’il aurait reçue, comme, par exemple, par un sentiment de peur. Ibn-Tibbon traduit : 555 mbpon any Nb, ce qui est inexact. Ibn- Falaquéra fait observer avec raison qu’Ibn-Tibbon paraît avoir confondu fit avec MIN, aoriste de JNTN (IVe forme de la racine 36), exciler. Voy. Append. du Moré ha-Mré, p. 137.

TOM. Il. 13

mourir ou le rendit pauvre, mais uniquement parce qu'il est du devoir (1) des mortels d'aimer et de craindre Dieu, abstraction faite de tout espoir de récompense et de toute crainte de châtiment, comme nous l’avons exposé dans plusieurs endroits. Si donc l’ange lui dit : car maintenant j'ai reconnu que tu crains Dieu (Genèse, XXIT, 12), cela signifie : cet acte, par lequel tu mérites, dansle sens absolu, (lépithète de) on5x nm, craignant Dieu, fera connaître à tous les mortels jusqu'où doit aller la crainte de Dieu. Tu sauras que cette idée a été confirmée et exposée dans la Loi, où l’on dit que l'ensemble de toute la Loi, tout ce qu’elle renferme en faits d’ordres, de défenses, de promesses et de narrations, n’a pour but qu’une seule chose, qui est la crainte de Dieu. Voici les termes : Si tu ne prends garde d’observer toutes les paroles de cette loi qui sont écrites dans ce livre, en craignant ce nom glorieux et redoutable etc. (Deutér., XXVIIF, 08). — Telle est l’une des deux idées qu'on a eues en vue dans le (récit du) sacrifice d’Isaac.

La seconde idée, c'est de nous faire savoir que les prophètes doivent prendre pour réel ce que la révélation leur apporte de la part de Dieu; car 1l ne faut pas s’imaginer que, cette révélation ayant lieu, comme nous l’avons exposé, dans un songe ou dans une vision, et au moyen de laf aculiéimaginative, il s’ensuive que ce que les prophètes entendent où ce qui leur est présenté dans une parabole puisse ne pas être certain, ou du moins qu'il s’y mêle quelque chose de douteux. On a donc voulu nous faire savoir que tout ce que le prophète voit dans la vision prophétique est pour lui réel et certain, qu'il ne doute de rien de tout cela et qu'il le considère à l'instar de toutes les choses réelles, perçues par les sens ou par l’intelisence. La preuve en est qu’Abraham

(1) Le verbe un (C5) signifie ici étre prescrit, incomber comme devoir. La traduction d’Ibn-Tibbon, n%y5 N° 719 DNS EDSn 5, ne me paraît pas exacte. Al-/Harizi traduit : HSN9n mn nono NN ON ‘395 ; il paraît avoir mieux saisi le sens, quoiqu'il s'exprime avec moins de clarté.

TROISIÈME PARTIE. — CHAP. XXIV. 195 s’empressa de sacrifier son fils unique qu’il aimait 4), ainsi qu’il lui avait été ordonné, bien que cet ordre lui fût parvenu dans un songe ou dans une vision. Mais si le songe prophétique avait été obscur pour les prophètes, s'il leur était resté quelques doutes ou incertitudes ®) sur ce qu’ils percevaient dans la vision prophétique, ils ne se seraient pas empressés de faire ce qui répugne à la nature humaine, et Abraham n'aurait pas consenti à accomplir, dans le doute, un acte d’une si haute gravité (),

En vérité, 1l convenait que cet événement, — je veux dire le sacrifice en question, — arrivat par l’intermédiaire d'Abraham et à un homme comme Isaac (#); car notre père Abraham fut le premier à faire connaitre l’unité de Dieu et à établir le prophétisme G), de manière à perpétuer cette croyance et à y attirer les hommes, comme ilest dit: Car je l’a distingué, pour qu'il prescrivil à ses fils et à sa maison après lui d'observer la voie de l'Éternel, en pratiquant la vertu et la justice (Genèse, XVI, 19). De même donc qu’ils suivaient les opinions vraies et utiles qu'ils avaient entendues de lui, de même on doit suivre les opinions puisées dans ses actes (6), et particulièrement dans cet acte par lequel il a affermi le principe fondamental de la vérité de la pro-

(4) Allusion au verset 2 du chap. xxr1 de la Genèse.

(2) Les mots “nat x n’ont pas été rendus par Ibn-Tibbon,

(3) Les mots 103 9%%0R signifient littéralement : dont l'importance est grande; le mot 53235 n'a élé rendu ni par Ibn-Tibbon, ni par Al-’Harizi; ce dernier traduit : nwpn nt nwpS 93 now) nn N°) Do 927 5p byn. Le mot D5DH est hébreu, ex dubio.

(4) Tous les mss. ont pr: bnn ‘py, et de même Al-’Harizi a priSt V93 VND ; Ibn-Tibbon traduit inexactement prix a. L'auteur veut dire qu'à côté d'Abraham, son unique fils légitime était le plus propre à figurer dans cette histoire,

(5) Les éditions de la version d’Ibn-Tibbon portent : HI DYp51 ; les mss. ont conformément au texte arabe mN1237 DD).

(6) Dans les éditions de la version d’Ibn-Tibbon, le mot pond est une faute d'impression; il faut lire nnD°yn.

phétie (), et par lequel il nous à fait savoir jusqu’où | doivent aller la crainte et l'amour de Dieu.

Telles sont les idées que l’on doit se former des épreuves, et il ne faut pas croire que Dieu veuille éprouver et expérimenter une chose (), afin de savoir ce qu’il n’a pas su auparavant. Qu'il est bien au-dessus de ce que s’imaginent, dans leurs pensées perverses, les hommes ignorants et stupides ! Il faut te bien pénétrer de cela.

Page 1