‹ Le guide des égarés; (volume 2)Chapitre 48 sur 117 · PE OR · texte numérisé non relu

PE OR

dans l'Écriture, tantôt en termes clairs, tantôt par des allégories (); car il n’est pas dans la nature des hommes vulgaires d’avoir la capacité qu'il faut pour comprendre un tel sujet dans toute sa réalité. Quant au bien-être du corps, 1l s'obtient par l'amélioration de la manière de vivre des hommes les uns avec les autres. On arrive à ce résultat par deux choses : premièrement, en faisant disparaître la violence réciproque parmi les hommes, de manière que l'individu ne puisse se permettre d'agir selon son bon plaisir et selon le pouvoir qu’il possède ©), mais qu’il soit forcé () de faire ce qui est utile à tous ; secondement, en faisant acquérir à chaque individu des mœurs utiles à la vie sociale 4), pour que les intérêts de la société soient bien réglés.

Il faut savoir que, de ces deux buts (de la loi), l’un est mdubitablement d’un ordre plus élevé, à savoir le bien-être de l'âme, ou l’acquisition des idées saines. Mais le second le précède dans l’ordre de la nature et du temps; c’est le bien-être du Corps, qui consiste à ce que la société soit bien gouvernée et que l’état de tous les individus qui la composent s'améliore autant que possible. Le second but est le plus pressant, et on l’a exposé avec une extrême exactitude jusque dans ses moindres détails ; car ce n’est qu'après avoir atteint ce second but que l’on peut parvenir au premier. En effet, 1l a été démontré que l’homme est susceptible d’une double perfection, à savoir d’une perfection première, qui est celle du corps, et d’une perfection dernière, qui est celle de l’âme. La première consiste en ce qu’il

(1) Cf. ibid., chap. xxx.

(2) La version d’Ibn-Tibbon s’écarte un peu du texte arabe. Al-Harizi traduit plus exactement : Sn DIN 2 UN 99 mm RO NI N92 HWN AWN DD VEN NO.

(3) Au lieu de 10", quelques mss. ont 7p), qu'il persiste à faire, qu'il fasse constamment. Ibn-Tibbon a simplement ty bag; Al-’Harizi traduit: (i. e. ÿn552) 72 wnens 52N.

(4) Au lieu de na5na, qu’on lit dans les éditions de la version d’Ibn- Tibbon, il faut lire m72n2, comme l'ont les mss. de cette version. Al- ’Harizi traduit: Dn9an2 mp Na ni.

jouisse d'une parfaite santé dans toute l'économie du corps (1), ce qu'il ne peut obtenir qu’en trouvant toujours le nécessaire quand il le cherche, à savoir ses aliments ainsi que les autres choses qui appartiennent au régime du corps, comme le vôtement (2), le bain, etc. L'homme seul et isolé ne saurait en venir à bout, et l’individu ne peut arriver jusqu’à ce point que par la réunion en société, car c’estune maxime connue que l’homme est naturellement un être sociable @), La seconde perfection, c'est de devenir rationnel en acte, c’est-à-dire de posséder l'intelligence en acte G), de sorte que, par cette seconde perfection, il ait de tout ce qui existe la connaissance que l’homme peut avoir. Il est évident que dans cette seconde perfection il ne s’agit ni d’actions ni de mœurs, mais uniquement d'idées, auxquelles on est amené par la spéculation et qui sont le résultat de la réflexion. Il est évident aussi qu'on ne peut parvenir à cette dernière perfection sublime qu’après avoir obtenu la première; car il est impossible que l’homme étant tourmenté par une douleur, par la faim, la soif, la chaleur ou le froid, saisisse même des idées qu'on voudrait lui faire comprendre &); et comment, à plus forte raison, pourrait-il en former de son propre mouvement? Mais, après être arrivé à la première perfection, il est possible d’arriver à la seconde, qui est indubitablement la plus noble, car c’est par elle seule que l’homme est immortel.

(4) Littéralement : qu'il soit sain et dans le meilleur de ses états corporels.

(2) Le mot 1 (OS) signifie ce qui sert à couvrir, vêtement, abri, habis tation. Ibn-Tibbon traduit ce mot par 59%, habitation; Al-Harizi par mont, abri.

(3) Voy. le tome II, chap. xL, p. 306, et ibid., note 2.

(4) Voy. le tome I, p. 306, 307, note. — Dans les éditions de la version d’Ibn-Tibbon, on a omis les mots : 5y53 sw 5 nn ds, qui se trouvent dans les mss. de cette version et dans celle d’Al-Harizi.

(5) Littéralement : que l'homme reçoive quelque chose d’intelligible ; c’està-dire, quelque chose qui est du domaine de l’intelligible, de pures

pensées ou idées.

Là

La Loi véritable, qui, comme nous l’avons dit, est unique Ü), je veux dire la loi de Moïse, notre maître, ne nous est parvenue que pour nous apporter cette double perfection. Elle règle, d’une part, les relations mutuelles des hommes, en faisant cesser parmi eux la violence réciproque et en les polissant par des mœurs nobles et généreuses, afin que les populations puissent se perpétuer, qu’il puisse s'établir parmi elles un rapport stable, et que par là chaque mdividu puisse arriver à la première perfeclion; d'autre part, elle améliore les croyances et produit des idées saines, par lesquelles on puisse parvenir à la dernière perfection. La Tôrd parle de l’une et de l’autre, et elle nous apprend que le but de toute la loi ®) est de nous faire parvenir à ces deux perfections. Il y est dit : L'Éternel nous a ordonné de pratiquer toutes ces lois, de craindre l'Éternel, notre Dieu, afin que nous soyons toujours heureux et que nous vivions aujourd’hui (Deutér., VI, 24). Ici on parle d’abord de la dernière perfection, parce qu’elle est la plus noble ; car, comme nous l’avons exposé, elle est le but final. Elle est indiquée par les mots : Afin que nous soyons toujours heureux; car tu sais que les docteurs expliquent ces paroles de l’Écriture : Afin que tu sois heureux et que tu vives longtemps (ibid., XXI, 7), ainsi qu'il suit : «Afin que tu sois heureux dans un monde de bonheur parfait, et que tu vives longtemps dans un monde de durée éternelle (@). » De même, dans notre passage, les mots afin que nous soyons toujours heureux expriment absolument la même idée, c’est-à-dire que nous parvenions à un monde tout entier de bonheur et de durée, ce qui veut dire, à la permanence perpétuelle (l’immortalité); mais

(4) Voy. le tome If, chap. xxxix, p. 301 et suiv.

(2) Tous les mss. ar. ont Ayww5n au singulier ; la version d’Ibn- Tibbon porte b55 nysinh 5 au pluriel , et de même celle d'Al-Harizi : niu0n nôN.

(3) Voy. Talmud de Babylone, traité Kiddouschin , fol. 39 b; ’Hullin, foi. 142 a. Dans nos éditions du Talmud, la leçon diffère un peu de la citation de Maïimonide; celle-ci est conforme à la leçon du Yalkout, tome I, n° 930, vers la fin.

les mots ef que nous vivions aujourd’hui se rapportent à l’existence première corporelle, qui se prolonge un certain temps, et dont l’ordre parfait ne peut être établi que par la réunion sociale, comme nous l'avons exposé.

Page 1