‹ Le guide des égarés; (volume 2)Chapitre 53 sur 117 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

Il y a des gens à qui il répugne de voir un motif dans une loi quelconque des lois (divines); ils aiment mieux ne trouver aucun sens rationnel dans les commandements et les défenses (1). Ce qui les porte à cela, c’est une certaine faiblesse qu'ils éprouvent dans leur âme, mais sur laquelle ils ne peuvent raisonner, et dont ils ne sauraient bien rendre compte. Voici ce qu'ils pensent : Si les lois devaient nous profiter dans cette existence (temporelle), et qu’elles nous eussent été données pour tel ou tel motif, il se pourrait bien qu’elles fussent le produit de la réflexion et de la pensée d’un homme de génie; si, au contraire, une chose n’a aucun sens compréhensible et qu’elle ne produise aucun avantage, elle émane de la Divinité, car la réflexion humaine ne conduirait pas à une pareille chose. On dirait que, selon ces: esprits faibles , l’homme est plus parfait que son créateur; car l’homme (selon eux) parlerait et agirait en visant à un certain but, tandis que Dieu, loin d'agir de même, nous ordonnerait, au-contraire, de faire ce qui n’est pour nous d’aucune utilité, et nous défendrait des actions qui ne peuvent nous porter aucun dommage. Loin de lui une semblable idée! C’est le contraire qui a lieu, et c’est toujours notre bien que la Divinité a en vue, comme nous l’avons montré par les paroles de l’Ecriture : Afin que nous soyons toujours heureux et que nous vivions aujourd’hui (Deutér., VI, 24) ®). Ailleurs il est dit : Ceux qui entendront tous ces statuts diront : Certes, cette grande nation est un peuple sage et intelligent (Ibid., IV,6). Ici on dit clairement que même tous les statuts (ou règlements) (% se montreront aux nations comme

(4) Cf. ci-dessus, chap. xxvr.

(2) CF. ci-dessus, chap. xxvir, p. 213-214.

(3) Voy. ci-dessus, {. c., p. 203-204, ce que l’auteur dit des règlements appelés Don.

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Émanés d’une sagesse et d’une intelligence. Mais si une chose () n’a pas de motif appréciable, si elle ne produit aucun avantage, ni n’écarte aucun mal, pourquoi dirait-on de celui dont elle est l’objetde croyance ou la règle de conduite, qu'il est sage et intelligent et qu’il occupe un rang élevé? Qu’y aurait-il en cela qui püt étonner les peuples ?

Mais non; la chose est indubitablement comme nous l'avons dit, àsavoir que chacun des six cent treize commandements doit, ou produire une opinion saine, ou détruire une opinion erronée, ou donner une règle de justice, ou faire cesser l'injustice, ou former l’homme aux bonnes mœurs, ou le préserver des mœurs dépravées. L'ensemble des commandements se rattache donc à trois choses : aux opinions, aux mœurs et à la pratique des

… devoirs sociaux. Si nous ne comptons pas ici les paroles, c'est

que les paroles que l’Ecriture ordonne ou défend de prononcer @), tantôt entrent dans la classe des devoirs sociaux, tantôt font contracter certaines opinions ou certaines mœurs. C’est pourquoi ici, Où il s’agit d'indiquer le motif de chaque commandement, nous nous bornons aux trois classes que nous venons d’indiquer.

(1) Au lieu de HR , plusieurs mss. ont NN, avec l’article. Al- ’Harizi a pris ce mot dans le sens de précepte, commandement, et a traduit nsv9n mantwo. Ibn-Tibbon parait avoir pris "HN pour un accusatif (SAN) : il traduit : “31 y Not 2) MN ONY, mais si c'est une chose à laquelle on ne connaît pas de motif.

(2) Les paroles que la Loi ordonne de prononcer sont, par exemple, celles prescrites pour l’offrande des prémisses et de la dîime (Deutéronome, chap. xxvi, v. 5-10 et 13-15); d’un autre côté, la Loi défend, par exemple, de prononcer en vain le nom de l'Éternel (Exode, ch. xx, v. 7), de prononcer les noms des faux dieux (ibid., chap. xxnr, v. 13), de prononcer un faux serment (Lévitique, chap. xix, v. 12), de calomnier (ibid., v. 16), etc. — L’auteur fait oberver ici que les paroles, tout en formant de fait une quatrième classe de commandements (voy. le Sépher Micwôth, Introduction, 9° principe), n’ont pas besoin d’être ici particulièrement motivées ; car, sous le rapport de leurs motifs, les commandements relatifs aux paroles appartiennent à l’une des trois classes énumérées ici.

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