CHAPITRE XXXII
Si tu considères les œuvres divines, je veux dire les œuvres de la nature, tu comprendrasquelle prévoyance, quelle sagesse Dieu a manifestées dans la création desêtres vivants, dans la disposition des mouvements des membres et dans la position de ceux-ci les uns à l’égard des autres; de même, tu reconnaîtras la sagesse et la prévoyance de Dieu dans les différentes conditions qu'il fait successivement parcourir à l’ensemble de l'individu (animal). Quant à la disposition de ses mouvements et à la position relative des organes, je citerai l'exemple suivant : La partie antérieure du cerveau est extrêmement molle, tandis que la partie postérieure a plus de consistance; la moelle épinière est encore plus consistanle, et, à mesure qu’elles’étend, elle s’affermit davantage. Les nerfs sont les organes de la sensation et du mouvement; en conséquence , les nerfs qui servent à la simple perception des sens Ou à un mouvement de peu de difficulté, comme celui de la paupière et de la mächoire, proviennent du cerveau, tandis que ceux qui sont nécessaires pour le mouvement des membres sortent de la moelle épinière. Or, comme les nerfs, même ceux qui sortent de la moelle épinière, ne pourraient pas , à cause de leur mollesse, mettre en mouvement les articulations, il y a été habilement remédié de la manière suivante : lesnerfs se sont ramifiés en fibres, lesquelles s’étant remplies de chair sont devenues des
(1) Litiéralement : dans le développement graduel des conditions de l'ensemble de chaque individu les unes après les autres. L'auteur, comme on le verra plus loin, veut parler ici des développements successifs du corps animal et de la manière dont il a été pourvu à son alimentation pour chacune des phases de son développement.
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muscles ; ensuite le nerf, ayant dépassé l’extrémité du muscle (1)
et s'étant affermi par des fragments des ligaments qui s’y sont
mêlés, est devenu tendon ®. Le tendon se joint à l'os (et s’y attache : alors seulement lenerf peut, par suite de cette transformation graduelle, mettre en mouvement le membre. Je ne cite que ce seul exemple, parce qu’il est le plus manifeste parmi les merveilles
exposées dans le traité de l’Utilité des membres), et qui toutes
sont claires, manifestes et bien connues à celui qui les examine avec un esprit pénétrant. De même, Dieu a usé de prévoyance à égard des individus des mammiféres; car, comme ceux-ci naissent avec une extrême délicatesse et ne peuvent se nourrir d'aliments secs, il leur a été préparé des mamelles qui leur donnent du lait, pour pouvoir se nourrir d’un aliment succulent, approprié à la constitution de leurs membres, jusqu’à ce que ceuxci deviennent peu à peu et graduellement fermes et solides. Beaucoup de choses dans notre loi ont été réglées d’une manière semblable par le suprême régulateur. En effet, comme il est impossible de passer subitement d’un extrême à l’autre, l’homme, selon sa nature, ne saurait quitter brusquement toutes ses habitudes. Lors donc que Dieu envoya Moïse, notre maitre, afin de faire de nous, par la connaissance de Dieu , un royaume de prêtres et un peuple saint (Exode, XIX, 6) [comme il l’a
(4) Mot à mot : s'élant échappé de l'extrémité du muscle, c'est-à-dire s'étant prolongé au delà de l’extrémité du muscle. La leçon que nous avons adoptée est celle de tous les mss. arabes ; la version d’Ibn-Tibbon porte : ALDn nLDD PMP RL 79 MN, le muscle élant sorti de l'extrémilé du nerf, ce qui n'offre pas de sens convenable. La version d’Al- ’Harizi porte, conformément au texte arabe : #3} 5hn 592 TDNIN Hop NNIDIN MN NÉD UP.
(2) Sur tout ce passage, cf. Galien, De usu partium ete. lib. E, cap. 17, lib. 11, cap. 3, et passim; De motu musculorum, Lib. 1, cap. 4 et suiv.; Canon d’Ibn-Sinâ, texte arabe, Ire partie, p. 19, lignes 8 et suiv. ti
(3) Au lieu de DV, à l'os, quelques mss. ont YVOND, au membre; de même Ibn-Tibbon : 1383 nn D2N. |
(4) Cf. ci-dessus, chap. x11, p. 72, note 2.
TROISIÈME PARTIE. — CHAP. XXXI. 251 déclaré en disant : On t’a montré à connaître, etc. (Deutéron., IV, 55), tu sauras aujourd'hui et tu rappelleras à ton cœur, ete. (Ib. - y. 39)|, et afin de nous rendre dévoués à son culte, comme il est dit : et pour le servir de tout votre cœur (I1b., XI, 15), vous servires l'Éternel votre Dieu (Exode, XXII, 25), c’est lui que vous servires (Deutéron., XIE, 5), alors (dis-je) (4) c’était une coutume répandue, familière au monde entier, — et nous-mêmes nous avions été élevés dans ce culteuniversel,— d'offrir diverses espèces d'animaux dans ces temples où l’on plaçait les idoles, d’adorer ces dernières et de brüler de l’encens devant elles. Des religieux et des ascètes étaient les seuls hommes qui se dévouassent au service de ces temples consacrés aux astres À), comme nous l’avons exposé. En conséquence, la sagesse de Dieu, dont la prévoyance se manifeste dans toutes ses créatures, ne jugea pas convenable de nous ordonner le rejet de toutes ces espèces de cultes, leur abandon et leur suppression; car cela aurait paru alors inadmissible à la nature humaine, qui affectonne toujours ce qui lui est habituel. Demander alors une pareille chose, c’eût été comme si un prophète dans ces temps-ci, en exhortant au culte de Dieu , venait nous dire : « Dieu vous défend de lui adresser des prières , de jeùner , et d’invoquer son secours dans le malheur ; mais votre culte sera une simple méditation, sans aucune pratique. »
C'est pourquoi Dieu laissa subsister ces différentes espèces de cultes; mais, au lieu d’être rendues à des objets créés et à des choses imaginaires, sans réalité, il les a transférées à son nom et nous a ordonné de les exercer envers lui-même. Il nous ordonna donc de lui bâtir un temple : Qu'ils me fassent un sanctuaire (Exode, XXV,8), d'élever l’autelen son nom: Tu me feras
(4) Dans Poriginal, cette phrase et la suivante forment une parenthèse, et le complément de la période ne commence qu'aux mots : La sagesse divine .. ne jugea pas convenable etc.
(2) Dans les éditions de la version d’Ibn-Tibbon, les mots nb ww5 sont de trop; ces mots ne se trouvent pas dans les mss. de cette version.
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un autel de terre (1b., XX, 21), d'offrir les sacrifices à lu :
Lorsqu'un homme d’entre vous offrira un sacrifice à l'Éternel :
(Lévitique, I, 2), de se prosterner devant lui et de brûler de l’encens devant lui. Il défendit de faire aucune de ces actions pour un autre que lui : Celui qui sacrifie aux dieux sera anathématisé (Exode, XXII, 19); car tu ne dois pas te prosterner devant un autre Dieu (1b., XXXIV, 14). Il destina des prêtres pour le service du sanctuaire , en disant : {ls serviront de prêtres à moi (1b., XX VIE, 41); et, comme ils étaient occupés du temple et de ses sacrifices, 1l fallait nécessairement leur fixer des revenus qui pussent leur suffire et qu'on appelle les droits des lévites et des prêtres. née diéroyance divine eut Pour résultat (1) d SRE le cipe de notre cr COyance @). à à Savoir ï existence et r unité de Dieu, sans que les esprits fussent rebutés et effarouchés par labolition des cérémonies qui leur étaient familières et hors desquelles on n’en connaissait point.
Je sais que de prime abord ton esprit se refusera à admettre cette idée et que tu en éprouveras de la répugnance. Tu m’adresseras mentalement ces questions : Comment supposer des préceptes , des défenses (5), des actes importants, minutieusement
exposés, prescrils pour ides époques fixes, et qui pourtant n’auraient pas leur but dans eux-mêmes , mais dans autre chose, comme si ce n’était là qu’un expédient imaginé par Dieu pour arriver à son but principal ? Qu'est-ce donc qui l’empêchait de nous révéler (directement) ce qui était son but principal et de
nous rendre capables de concevoir ce but, sans avoir besoin
(4; Les éditions de la version d’Ibn-Tibbon ont incorrectement : n'hbnA n3pn nn nbionnn pm; il faut lire, selon les mss.: n'hÔônt nbnnA NN VIN.
(2) Dans la version d’Ibn-Tibbon, il faut lire YnNORI, comme l'ont.
les mss.; le mot S5mNMIN A des éditions est une simple faute d'impression. (3) Dans les éditions de la version d’Ibn-Tibbon, il manque ici le mot MYTtN qui se trouve dans les mss. AE