‹ Le guide des égarés; (volume 4)Chapitre 13 sur 80 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Nous t’avons déjà exposé que le nombre des sphères n’avait pas été précisé du temps d’Aristote () , et que ceux qui, de notre temps, ont compté neuf sphères, n’ont fait que considérer comme un seul tel globe qui embrasse plusieurs sphères @), comme il est clair pour celui qui a étudié l'astronomie. C’est pourquoi aussi il ne faut pas trouver mauvais ce qu'a dit un des docteurs : «Il y a deux firmaments, comme il est dit : C’est à l'Éternel ton Dieu qu'appartiennent les cieux et les cieux des cieux (Deut. X, 14) 6). » Car celui qui a dit cela n’a compté qu'un seul globe pour toutes les étoiles (*), je veux dire, pour les sphères renfermant des étoiles, et a compté comme deuxième globe la sphère environnante, dans laquelle il n’y a pas d'étoile’; c’est pourquoi il a dit : 1! y a deux firmaments. Je vais le faire une observation préliminaire qui est nécessaire pour le but que je me suis proposé dans ce chapitre; la voici :

Sache qu’à l’égard des deux sphères @ de Vénus et de Mer-

(1) Voy. ci-dessus, p. 56.

(2) Littéralement : n'ont fait que compter le globe unique, embrassant plusieurs sphères. Cette tournure de phrase est irrégulière et assez obscure, et c'est sans doute pour la rendre plus claire qu'Ibn-Tibbon a ajouté les mots : "NS mawn), et ils l'ont réputée une seule. Le sens est: « Ils ont souvent compté un certain globe pour un seul, quoiqu'il embrassât plusieurs sphères. »

(3) Voy. Talmud de Babylone , traité ’Haghigä, fol. 12 b.

(4) La leçon que nous avons adoptée dans notre texte, quoiqu’un peu irrégulière, est celle de la plupart des mss. Dans l’un des mss. de Leyde (n° 18), le second “79 a été supprimé, et il est également omis dans la version d’Ibn-Tibbon. Il eût été plus régulier de mettre, au lieu du Ier in, le pluriel 558, et c’est ce qu’a fait Al--Harizi, qui traduit : MN 093 012957 mo HD MN.

GS) Tous les mss. ont 55 au singulier; il eût été plus régulier de dire ‘905 , au duel.

cure, 1l y a divergence d'opinion entre les anciens mathématiciens (sur la question de savoir) si elles sont au-dessus ou audessous du soleil ; car l'ordre dans lequel sont placées ces deux sphères ne saurait être rigoureusement démontré (1), L'opinion de tous les anciens était que les deux sphères de Vénus et de Mercure sont au-dessus du soleil, ce qu'il faut savoir et bien comprendre (®). Ensuite vint Ptolémée, qui préféra admettre qu'elles sont au-dessous, disant qu’il est plus naturel que le soleil soit au milieu et qu’il y ait trois planètes au-dessus de lui et trois au-dessous ()., Ensuite parurent en Andalousie, dans ces derniers temps, des hommes (4) très versés dans les mathématiques, qui montrèrent, d’après les principes de Ptolémée, que Vénus et Mars sont au-dessus du soleil. Ibn-Afla’h de Séville, avec le fils duquel j'ai été lié, a composé là dessus un livre célèbre (&); puis l'excellent philosophe Abou-Becr ibn-al-

(1) Littéralement : car il n’y a pas de démonstration qui nous indique l'ordre de ces deux globes.

(2) L'auteur insiste sur ce point, qu’il est nécessaire d'établir, comme on le verra plus loin, pour renfermer toutes les sphères dans quatre globes, qui, selon l’auteur, seraient indiqués par les quatre animaux d’Ezéchiel. Cf. le chap. suiv. et la III° partie, chap. IT.

(3) Voy. Almageste, ou Grande composition de Ptolémée, liv. IX, ch. I.

(4) Littéralement : ensuite vinrent des hommes derniers (ou modernes) en Andalousie. La version d’Ibn-Tibbon porte : DY3nN D'WN d'autres hommes, ce qui est inexact ; il fallait dire D+339nN DIN, comme l’a Al-"Harizi.

(3) L'auteur veut parler du &ugl li ou livre d'astronomie, d’Abou- Mo’hammed Djâber ibn-Afla’h, auteur qui florissait en Espagne au commencement du XITe siècle, et qui est souvent cité par les scolastiques sous le nom de Géber. L'ouvrage d’Ibn-Afla’h est un abrégé de l’Almageste ; mais l’auteur, sur plusieurs points importants, s’écarte de Ptolémée, et il combat notamment l’opinion de ce dernier à l’égard de la place qu’occupent les planètes de Vénus et de Mercure. Cf. mes Mélanges de philosophie juive et arabe, pag. 519-520. L’original arabe de l’ouvrage d’Ibn-Afla’h existe dans la bibliothèque de l’Escurial, et la version hébräïique dans la bibliothèque impériale de Paris. Voy. ma Notice

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