‹ Le guide des égarés; (volume 4)Chapitre 23 sur 80 · TOM. IL · texte numérisé non relu

TOM. IL

pouiller d’une forme et en revêtir une autre, — possède, après être née, achevée et arrivée à son état définitif, une nature autre que celle qu’elle avait au moment où elle naïssait et commençait à passer de la puissance à l'acte, et différente aussi de celle qu’elle avait avant de se mouvoir pour passer à l'acte (l). Aïnsi, par exemple, le sperme de la femelle, pendant qu'il n’est encore que du sang dans les vaisseaux, a une nature différente de celle qu’il a au moment de la conception , lorsqu'il a été touché par le sperme du mâle et qu'il commence à se mouvoir ; et la nature qu'il a dans ce moment-là est également différente de celle de l'animal parfait après sa naissance. On ne peut en aucune façon argumenter de la nature qu'a une chose, après être née, achevéeet arrivée en définitive à son état le plus parfait, sur l’état où se trouvait cette chose au moment où elle se mouvail pour naître. On ne peut pas non plus argumenter de l’état où elle était au moment de se mouvoir Sur celui dans lequel elle se trouvait avant de commencer à se mouvoir. Dès que tu te trompes là-dessus et que tu persistes à argumenter de la nature d’une chose arrivée à l’acte sur celle qu’elle avait étant en puissance, il te survient des doutes graves ; des choses qui doivent être te paraissent absurdes (®), et des choses absurdes te semblent devoir être.

Que l'on fasse, au sujet de l'exemple que nous avons allégué, la supposition suivante (8): Un homme a été né avec un naturel

(1) Cf. sur ce passage, le t. 1, p. 226, et ibid. , note 3.

(2) Le verbe ÂSS ne vient pas ici de la racine ke, mais doit être considéré comme verbe dénominatif, dérivé de Jl&, chose inadmissible, absurde, de même que de Ua, lieu, on forme le verbe O$, se fixer dans un lieu. Voy. ma Notice sur Abou'l-Walid, etc., p. 188 et 189 (Journal Asiatique, novembre-décembre 1850, p. 410 et 411).

(3) Littéralement : suppose donc, au sujet.de ce que nous avons donné pour exemple, que, etc. VENS doit être considéré comme impératif (2x0) ; dans la version d’Ibn-Tibbon , au lieu de n‘33, les mss. ont. plus exactement, n3n. La supposition que l’auteur va faire se rapporte à l'exemple de la formation du fœtus, qu'il a cité plus haut.

très parfait (1); sa mère étant morte après l'avoir allaité quelques mois, le mari ®) s’occupa seul, dans une île retirée, d'achever l’éducation de cet enfant, jusqu’à ce qu’il eût grandi et qu'il fût devenu intelligent et instruit. N'ayant jamais vu ni femme, ni aucune femelle des animaux, 1l demanda un jour à un des hommes qui étaient avec lui: « Comment se fait-il que nous existons, et de quelle manière avons-nous été formés ? » Celui à qui il avait adressé la question lui répondit : « Chacun de nous a été formé dans le ventre d’un individu de notre espèce, semblable à nous, et qui était une femme ayant telle et telle forme; chacun de nous était un petit corps dans l’intérieur du ventre, se mouvant, s’alimentant, croissant petit à pelit, vivant, jusqu’à ce qu’arrivé à telle imite de grandeur, il s’ouvrit à lui, dans le bas du corps (de la femme), une porte par laquelle il apparut et sortit, el après cela 1l ne cessa de grandir jusqu’à ce qu'il fût devenu tel que tu nous vois. » Cet enfant orphelin interrogera

© L] D e LU e (4) ë Les signifie naturel, disposition naturelle qu’on apporte en naissant.

Cf. Appendice du Moré ha-Moré, p. 149 ( première note sur le chap. IT de la Ir° partie). Les mots 419598 5HN3 ont été paraphrasés, dans la

version d’Ibn-Tibbon, par DN3 p2010n pa 06%, parfait dans la connaissance innée à l'homme ; cependant plusieurs manuscrits portent

simplement nv Dbw, parfait de création; de même Al-Harîzi :

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