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(2) Le texte arabe porte 5ÿn5K , l’homme, et Ibn-Tibbon entend par
ces mots le père de l'enfant ; il traduit (edit. princeps) : 135 SN 959 45 0%wn5. Dans plusieurs mss. du texte arabe, on lit SRjs5R au pluriel, les hommes ; cette leçon est adoptée par Ibn-Falaquéra, qui traduit : 491 0 0%n5 DIN 1992), et quelques hommes s’occupèrent seuls d'achever, éte. Cette leçon, dit-il, est confirmée par ce qui est dit un peu plus loin, que l'enfant interrogea un des hommes qui étaient avec lui, sans qu’il soit question du père. Voy. l’'Appendice du Moré ha-Moré, p.154. Al-'Harizi traduit dans le même sens : D'w5n \POPNA; des hommes s’occupèrent. L'auteur, en effet, ne s’est pas exprimé avec toute la clarté désirable ; peut-être a-t-il voulu dire que le père se rendit, avec quelques serviteurs dans une île solitaire, pour y achever l'éducation de son enfant.
nécessairement de nouveau et dira: « Cet individu d’entre nous, pendant qu’il était petit dans le ventre, vivant, se mouvant et croissant, mangeait-il ? buvait-il ? respirait-1il par la bouche et 1e nez? déposait-il des excréments? » — Non, lui répondra-t on. — Mais lui, il s'empressera indubitablement de nier cela, et il démontrera l'impossibilité de toutes ces choses, qui pourtant sont vraies (1), en argumentant de l’être parfait arrivé à son état définitif. « Si l’un de nous, dira-t-1l, était pendant quelques moments privé de respiration, il mourrait, et ses mouvements cesseraient; et comment donc peut-on se figurer que quelqu'un d'entre nous puisse rester pendant des mois dans une membrane: épaisse © , enfermé dans l'intérieur d’un corps, et avec cela vivre: et se mouvoir? Si l’un de nous pouvait avaler un moineau, certes , ce moineau mourrail instantanément dès qu'il arriverait dans l'estomac, et à plus forte raison dans le bas-ventre. Chacun de nous, s'il ne prenait pas de nourriture par la bouche et s'il ne buvait pas, mourrait indubitablement au bout de quelques jours ; et comment donc un individu pourrait-il rester des mois sans manger ni boire ? Si quelqu'un de nous, après s'être nourri, ne déposait pas d’excréments, il mourrait en peu de jours dans les douleurs les plus violentes ; comment donc celui-là aurait-il pu rester des mois sans déposer des excréments ? Si l’on perçait le ventre à l’un de nous, 1! mourrait au bout de quelques jours ; comment donc pourrait-on croire que ce fœtus äit eu lombihe ouvert ? comment enfin se fait-il qu'il n’ouvre pas ses yeux, ni n’étende ses mains, ni n'allonge ses pieds, comme vous le prétendez, puisque tous ses membres sont en bon état, et n’ont aucun mal ?» — Et ainsi il poursuivra ses raisonnements, (pour prou-
(1) Littéralement : et il établira la démonstration contre toutes ces choses vraies, (pour montrer) qu'elles sont impossibles.
(2) Ibn-Tibbon a : 5nD D°9, une bourse fermée; cette traduction a été blâmée avec raison par Ibn-Falaquéra mpdie du Moré ha-Moré, p. 154), qui fait observer que le mot arabe DD ne signifie pas fermé, mais fort, grossier où épais. Al-Harîzi a TP ch de D ?
ver) qu'il est impossible que l’homme se forme de cette manière.
Examine bien cet exemple et réfléchis-y, à penseur ! et tu trouveras que c’est là également la condition dans laquelle nous sommes vis-à-vis d'Aristote. En effet, nous tous, les sectateurs de Moïse, notre maitre, et d'Abraham, notre père, nous croyons que le monde a été formé de telle et telle manière, qu’il s’est développé de telle manière (1), et que telle chose a été créée après telle autre ; mais Aristote se prend à nous contredire, en argumentant contre nous de la nature de l’être arrivé à son état définitif, parfait et existant en acte, tandis que nous, nous lui affirmons qu'après être arrivé à son état définitif et être devenu parfait, il ne ressemble à rien de ce qu’il était au moment de naïtre, et qu'il a été produit du néant absolu. Quel argument donc peut-on ürer contre nous de tout ce qu’il dit? car ces arguments ne frappent que celui qui prétend que c’est la nature de cet être, arrivée à son état définitif, qui prouve (elle-même) qu'il a été créé, tandis que je Lai déjà fait savoir que, quant à moi, je ne soutiens pas cela.
Je vais maintenant reprendre les principes de ses méthodes ©), et je te montrerai comment il ne s'ensuit absolument rien pour nous qui soutenons que Dieu a produit le monde entier du néant et l’a formé (successivement) jusqu’à ce qu'il fût devenu parfait comme tu le vois. |
La matière première, dit-il, n’est pas née ni ne périra; et, argumentant des choses nées et périssables , il montre qu'il est impossible qu’elle soit née (®). Et cela est vrai 4). Car nous ne
(1) Littéralement : qu'il a été tel de tel, c’est-à-dire qu'il a eu telle forme qui s’est développée de telle autre.
(2) L'auteur veut parler des méthodes par lesquelles Aristote démontre l'éternité du monde, et qui sont énumérées au chap. XIV. |
(3) Voir au chap. XIV, la deuxième méthode.
(4) C'est-à-dire : Il est vrai, en effet, comme le dit Aristote, qu’elle n’est pas née de quelque chose; mais rien ne nous empêche d'admettre qu'elle est sortie du néant absolu.
soutenons pas que la matière première se soit formée, comme l’homme se forme du sperme, ni qu’elle doive périr, comme périt l'homme en devenant poussière; mais nous soutenons au con” traire que Dieu l’a produite du néant, et qu'après sa production elle est telle qu’elle est (), je veux dire que toute chose se forme d'elle et que tout ce qui s’est formé d'elle retourne à elle en périssant. Elle n'existe point dénuée de forme ®), et elle est le terme de la naissance et de la corruption. Quant à elle, elle n’est pas née (de quelque chose), comme naît tout ce qui se forme d'elle, et elle ne périra pas (ex quelque chose), comme périt ce qui périt en elle; mais au contraire, elle est une chose créée, et quand son créateur le voudra, il la réduira au néant pur et absolu.
Nous dirons absolument la même chose du mouvement; car on a argumenté de la nature du mouvement pour prouver qu’il n’est pas né et qu'il ne périra pas (). Et cela est encore vrai (); car nous soutenons qu'il est inimaginable que, depuis qué le mouvement a existé avec sa nature invariable et fixe, il ait pu, dans son universalité, être sujet à la naissance et à la corruption, comme le sont les mouvements partiels qui naissent et périssent (5). Le même raisonnement s'applique à tout ce qui est in-
(1) En d’autres termes : elle est telle qu’elle doit être pour répondre à l’idée de matière première; car, après être sortie du néant, elle est absolument sans forme.
(2) C'est-à-dire : bien que dans notre pensée ce soit une matière sans forme, elle n'existe en réalité qu’avec la forme; car, immédiatement après sa production , les formes s’y succèdent sans cesse et y font place les unes aux autres.
(3) Voir au chap. XIV, la première méthode.
(4) C'est-à-dire, nous pouvons accorder cela, sans qu’il en résulte une preuve contre notre système de la création.
(5) Littéralement : car nous soutenons que, après que le mouvement a existé selon celle nature sur laquelle il a élé fixé, il est inimaginable qu’il ait pu naîlre el périr par une naissance totale et par une corruption totale, comme naissent les mouvements partiels qui naïssent , et comme périssent les
hérent à la nature du mouvement (1), De même, quand il dit du mouvement circulaire qu’il n’a pas de commencement, cela est vrai (dans ce sens) qu'après la production du corps sphérique , qui se meut circulairement, on ne saurait se figurer dans son mouvement aucun commencement (?).
Nous en dirons autant de la possibilité qui doit précéder tout ce qui naît); car cela n’est nécessaire que dans cet univers (complétement) établi, où tout ce qui naît ne naît que d’un être quelconque. Mais la chose produite du néant n'indique, ni pour les sens, ni pour l'intelligence, aucune chose (antérieure), de manière qu’elle dût être précédée d’une possibilité.
Enfin, nous raisonnerons encore de la même manière sur (ce qu'il dit) que dans le ciel il n’y a pas de contrariété 4), Cela est encore vrai ; seulement (il faut remarquer) que nous ne soute-
mouvements partiels. L'auteur s'est exprimé d’une manière embarrassée et peu claire. Le sens est : Nous admettons avec Aristote que le mouvement universel du monde est de nature telle qu’il n’a pu naître d’un mouvement antérieur qui l'ait fait passer de la puissance à l'acte, comme cela a lieu dans les mouvements partiels, par exemple dans celui des animaux. Mais nous ne concluons pas de là que le mouvement universel soit éternel ; car, s’il est vrai qu’il n’a pu avoir pour cause un mouvement antérieur, il a pu cependant avoir un commencement et avoir été créé par Dieu. C’est dans ce sens qu’Albert le Grand réfute la première méthode d’Aristote, et il résume sa réfutation en ces termes : « Et de hac via constat, per antedicta, quod non probat motum non incepisse per creationem, sed quod non incepit per mutationem et motum. » Voy. Summa theologiæ, pars. 11, tract. 1, quæst, IV, partic. 3 (opp. t. XVIII, pag. 58, col. b.) | | __ (4) L'auteur veut parler du temps , dont il est également question dans cette première méthode.
(2) L'auteur réfute ici, en passant, un argument tiré du mouvement circulaire de la sphère céleste; ce mouvement n’ayant pas de point de départ, on a prétendu pouvoir conclure de là qu’il doit être éternel. Cet argument n’est pas compris dans les méthodes du chap. XIV.
(3) Voir au chap. XIV, la quatrième méthode.
(4) Voir au chap. XIV, la troisième méthode.
nons pas que le ciel se soit formé, comme se forment le cheval et le palmier, et (par conséquent) nous ne soutenons pas qu'élant composé, 11 doive périr, comme les plantes et les animaux, à cause de la contrariété qui y existerait (1).
Le fond de la chose est ce que nous avons dit, (à savoir) que l'être étant dans son état parfait et achevé, on ne saurait argumenter de son élat actuel sur l’état (où il était) @) avant sa perfection. Nous ne trouvons non plus rien d’absurde dans ce qu’on a dit que le ciel a été formé avant la terre, ou la terre avant le ciel (%), ou que le ciel était d’abord sans astres, ou (qu’il existait) telle espèce d’animaux sans telle autre ; car tout cela s’appliqueà l’époque où cet ensemble (de l’univers) fut formé. Il en est comme de l'animal lors de sa formation, le cœur étant formé avant les testicules, comme on le reconnait à la simple vue, et les veines avant les os, quoique, dans son état parfait, aucun de ses mem- Pres n'existe indépendamment de tous les autres , sans lesque:s la conservation de l'individu est impossible. Il faut aussi (admettre) tout cela, dès qu’on prend le texte (de l’Ecriture) dans son sens littéral, bien qu'il n’en soit pas ainsi, comme cela sera exposé quand nous nous étendrons là-dessus (#. — Il faut que tu fasses
(1) L'auteur veut dire : Nous accordons à Aristote que dans le ciel, tel qu’il est, il n°y a pas de contrariélé, par suite de laquelle il doive périr, et que, par conséquent, il n’a pu naître comme naissent les choses sublunaires; mais aussi nous ne disons nullement qu’il soit né et composé comme ces dernières; et il ne s’ensuit point de la thèse d'Aristote que Dieu n'ait pu le créer, en le faisant sortir du néant dans une simplicité absolue.
(2) Les mots 5 nénin, qu’ajoutent ici les éditions de la version d'Ibn-Tibbon, ne se trouvent pas dans les mss. de cette version, ni dans celle d'Al-Harizi.
(3) L'auteur fait sans doute allusion à la discussion entre l’école de Schamaï et celle de Hillel, rapportée dans le Talmud de Babylone, traité "’Haghigä, fol. 12 a.
(4) Voir plus loin, chap. XXX, où l’auteur explique longuement divers détails de la création.
bien attention à ce sujet (l; car c’est un grand mur que j'ai construit autour de la Loi et qui l’environne pour la protéger contre les pierres qu’on lui lance. Si Aristote, — je veux dire celui qui adopte son opinion , -— argumentait contre nous, en disant : Puisqu’on ne peut tirer aucune preuve de cet univers (achevé), comment donc savez-vous, vous-mêmes, qu’il a été créé et qu'il y avait une autre nature À) qui l’a créé ? nous répondrions : Cela ne nous touche point par rapport à notre but actuel (). En effet, nous ne voulons pas maintenant établir que le monde a élé créé; mais ce que nous voulons, c’est (de montrer) qu'il est possible qu’il ait été créé; et on ne saurait démontrer la fausselé de cette assertion, en argumentant de la nature de l’univers, avec laquelle nous ne nous mettons pas en opposition (4). La possibilité de cette assertion étant établie, comme nous l’avons exposé, nous chercherons ensuite à faire prévaloir l’opinion de la création. ne resterait donc à cet égard (d'autre moyen de nous réfuter) que de nous démontrer l'impossibilité de la création du monde , non pas par la nature de l'univers , mais par ce que l'intelligence juge être nécessaire par rapport à Dieu; et ce sont les trois méthodes dont je L’ai parlé précédemment, et. par lesquelles on cherche à démontrer l'éternité du monde en prenant Dieu pour point de départ &). Je vais donc te montrer, dans le chapitre suivant, de quelle manière on peut les mettre en doute, de sorte qu’il ne puisse en résulter aucune preuve.
(1) C'est-à-dire, au sujet traité dans le présent chapitre, qui a pour but de montrer que les arguments d’Aristote ne prouvent rien contre la création. |
(2) C'est-à-dire, un être d’une nature différente, qui est la Divinité.
(3) Dans la version d’Ibn-Tibbon, le mot arabe RM, désir, effort, a été rendu par Yn2#n9, notre pensée; Ibn-Falaquéra (L. c.) fait observer qu’il faut le traduire par 3"55nwn. Al- Harîzi a dnwp2.
(4) L'auteur fait allusion au reproche qu’il a adressé lui-même aux Motécallemin , à savoir, que leur système est en révolte ouverte contre les lois de la nature. Voy. la Ire partie, chap. LXXI, p. 349 et suiv.
(3) Voir au chap. XIV, les méthodes V, VI et VIT.