‹ Le guide des égarés; (volume 4)Chapitre 58 sur 80 · CHAPITRE XLV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLV

Après avoir exposé préalablement le vrai sens de la prophétie, selon ce qu’exige la spéculation (combinée) avec ce qui a été exposé dans notre Loi, il faut que je t’énumère les degrés (1) de la prophétie selon ces deux bases ®). Si je les appelle degrés de la prophétie, ce n’est pas que celui qui en occupe un degré quelconque soit prophète; car, au contraire, le premier et le deuxième degrés ne sont que des marches (pour arriver) à la prophétie, et celui qui est arrivé à l’une de ces marches n’est pas compté au nombre des prophètes dont on a parlé précédemment. Si parfois 1l est appelé prophète, ce n’est que par une espèce de généralisation, parce qu’il est trés près des prophètes.

I ne faut pas te laisser induire en erreur au sujet de ces degrés, si tu trouves dans les livres prophétiques qu’un prophète (3) a été inspiré sous la forme de l’un de ces degrés, et qu’ensuite on déclare de ce même prophète qu'il a eu une révélation sous la forme d'un autre degré; car 1l se peut que tel prophète, après avoir eu une révélation sous la forme de l’un des degrés que je

(1) Abravanel (Commentaire sur le Moré, IT, fol. 42 b) subtilisc sur le mot moy qu'ont ici plusieurs mss. de la version d’Ibn-Tibbon, et qui, selon lui, aurait été employé ici avec intention, parce que les degrés sont énumérés par l’auteur dans une progression ascendante ; mais l'observation d’Abravanel ne peut s'adapter ni au mot 39, qu'a le texte arabe, ni au mot r37 qu'ont les éditions de la version d'Ibn- Tibbon.

(2) C'est-à-dire, selon la spéculation philosophique et la loi religieuse.

(3) Dans la version d’Ibn-Tibbon il faut lire N°23 HR333n "503, comme l'ont les mss.; le mot HN323n manque dans toutes les éditions.

vais énumérer (), ait ensuite, dans un autre moment, une autre révélation, à un degré inférieur à celui de la première révéla tion @). En effet, de même que le prophète ne prophétise pas pendant toute sa vie, sans interruption, et qu'au contraire, après avoir prophétisé dans un moment, l'inspiration prophétique l’abandonne dans d’autres moments, de même il se peut) qu'il prophétise dans un certain moment sous la forme d’un degré supérieur, et qu'ensuite, dans un autre moment, il prophétise sous la forme d’un degré inférieur au premier. Il se peut donc qu’il n’atteigne ce degré supérieur qu’une seule fois dans sa vie, et qu'ensuite il en soit privé (pour toujours) #, comme il se peut aussi qu’il conserve un degré inférieur (d'inspiration), jusqu'au moment où son inspiration prophétique cesse complétement; car l'inspiration prophétique abandonne nécessairement tous les prophètes ®) plus ou moins de temps avant leur mort, comme on l’a déclaré à l'égard de Jérémie, en disant: Quand la parole de l'Éternel eut cessé (de sortir) de la bouche de Jérémie

(1) Mot à mot: car, quant à ces degrés que je vais énumérer, il se peut que la révélation de tel prophète lui arrive en partie sous une certaine forme d’entre eux ; c’est-à-dire, sous la forme de l’un de ces degrés. Ibn-Tibbon supplée le mot nn, en rendant les mots Ki AL 2Dn3, qu'ont tous

les mss. ar., par DA MAN nv ‘56.

(2) Selon Abravanel (1. c.), l’auteur ferait allusion à Samuel et à Jérémie, qui, l’un et l’autre, après avoir parlé et écrit sous l'inspiration prophétique, ont aussi laissé des écrits qui ont été classés parmi les Hagiographes, auxquels on n’attribue qu’un degré inférieur d'inspiration, appelée esprit saint (wpn nm). Ce fut sous cette inspiration que Samuel écrivit le livre de Ruth et Jérémie ses Lamentations. ;

(8) Ce membre de phrase se trouve sous l'influence de la particule D» quelquefois, souvent, placé après bs , et qu’il aurait été plus logique de placer après ne. La version d’Ibn-Tibbon ne rend pas cette nuance.

(4) L'auteur ne s’est pas exprimé ici avec toute la précision désirable; car il veut dire évidemment : et qu’ensuile il soit privé, pour toujours, du don de prophétie. |

(5) Le mot ND a ici le sens de tous; cf, ci-dessus, p. 318, note 5.

(Ezra, I, 1) (), et comme on l’a déclaré à l'égard de David, en disant : Voici les dernières paroles de David (NI Sam., XXII, 1). Et de là on peut conclure pour tous (les autres).

Après avoir fait l'observation préliminaire qui précède ®), je commence à énumérer les degrés en question 6), et je dis :

I. PREMIER DEGRÉ : Le premier pas vers la prophétie, c’est quand un secours divin accompagne l'individu, lequel il met en mouvement et qu’il encourage pour une action vertueuse, grande et d’une haute importance (&), comme, par exemple, de délivrer une société d'hommes vertueux d’une société de méchants, ou de sauver un grand homme vertueux, ou de répandre le bien sur une multitude de gens, de sorte que (cet individu) trouve en lui-même quelque chose qui le pousse et qui l'invite à agir. C’est là ce qu’on appelle l'esprit de l'Éternel, et on dit de l'individu qui se trouve dans cet état: que l'esprit de l'Eternel a pénétré dans lui), ou que l'esprit de l'Eternel l'a revêtu 6), ou que l'esprit de l'Eternel repose sur lui), ou l’Elernel est avec lui), et

(1) L'auteur a détourné ces mots de leur vrai sens, qui est celui-ci : pour accomplir la parole de V Éternel (annoncée) par la bouche de Jérémie. | (2) Littéralement : Aprés avoir fait précéder cetle observation préliminaire et l'avoir donnée comme préparalion.

(3) L'auteur va énumérer onze degrés, dont les deux premiers ne sont qu’un acheminement vers la prophétie et caractérisent l’esprit saint; les cinq degrés suivants appartiennent au songe prophétique, et les quatre derniers à la vision prophétique.

(4) Les mots 71 TE qui se trouvent dans tous les mss. du texte

‘arabe, ont été omis dans les deux versions hébraïques.

(5) Voy. Juges, ch. XIV, v. 6 et 19; I Samuel, ch. X, v. 6; ch. XVI, v. 13, et passim. L'expression 5y nox signifie proprement londres sur, envahir, survenir.

(6) Voy. Juges, ch. VI, v. 34; 1 Chron., ch. XI, v. 18 ; II Chron., ch. XXIV, v. 20.

(7) Voy. Nombres, ch. X1, v. 25 et 26 ; Isaïe, ch. XI, v. 2.

(8) Voy. Juges, ch. If, v. 18; 1 Samuel, ch. HE, v. 19; ch. XVIII, v. 12.

d’autres expressions 1) semblables. Tel fut le degré de tous les juges d'Israël, dont il a été dit en général : Et quand l'Eternel leur établissait des juges, l'Eternel était avec le juge, et les délivrait etc. (Juges, II, 18); et tel fut aussi le degré de tous les rois (2) vertueux d'Israël. Cela a été déclaré particulièrement à l'égard de plusieurs juges et rois, p. ex. : Et l'esprit de l'Eternel fut sur Jephté (ibid., XI, 29); de Samson on dit : L'esprit de l'Eternel pénétra dans lui (ibid., XIV, 19) ; on a dit encore : Et l'esprit de Dieu pénétra dans Saül lorsqu'il entendit ces paroles ([Sam., XI, 6); de même enfin on a dit d’Amasa, mû par l'esprit saint pour aller au secours de David : Et l'esprit revént Amasaï, le principal des M Es à toi (dit-il), 6 David! et avec toi, fils d’Isaï, la paix! ete. (1 Chron., XIT, 18) (3). — Sache que ce genre de force restait inséparable de Moïse,

depuis le moment où il avait atteint l’âge viril G); c’est pourquoi il se sentit porté à tuer l'Égyptien et à repousser celui des deux querelleurs qui avait tort ®). Cette force était tellement violente en lui que (6), même après avoir eu peur et avoir pris la fuite, lorsque, arrivé () à Midian étranger et craintif, il vit quel-

(4) Le texte dit : et d'autres Noms ; ainsi que nous l’avons déjà fait observer (t. 1, p. 6, note 1), l’auteur entend par nom, non-seulement les substantifs et les adjectifs, mais aussi les infinitifs des verbes.

(2) Tous les mss. du texte arabe ont ici le mot hébreu nw, oints, c.-à-d. rois ; la version d’Ibn-Tibbon a substitué le mot sYYY, conseillers, et celle d'Al-Harizi, le mot “t#, princes.

(3) Amasa, quoiqu'il ne fût ni juge, ni roi, a été cité ici parce qu'il sauva un grand homme vertueux, le roi David.

(4) Littéralement : la limite des hommes.

(5) Voy. Exode, ch. IT, v. 11 à 13.

(6) Au lieu de 923 FR ‘nn, quelques mss. portent “ÿ2 nf, en omettant le mot HN; c’est cette leçon que paraît exprimer la version d'AlHarizi, qui porte : n°229 179 NY VON 12 UN 79N TION, « cette force étant encore restée grande en Iui, même au moment de sa peur et de sa fuite. »

(7) Dans les éditions de la version d’Ibn-Tibbon, on lit px, ce qui est une faute ; il faut lire \ÿ%1n3, comme l’ont quelques mss., et comme l’a aussi la version d'Al Harîzi. Tous nos mss. ar. portent n5yt) “2 Ÿ.

que injustice, il ne put gagner sur lui-même de ne pas la faire cesser et n'eut pas la force de la supporter, comme il est dit: Et Moïse se leva et les secourut (Exode, If, 17). De même encore, une force semblable s'était attachée à David depuis qu’il avait été oint de l'huile d’onction, comme dit l’Écriture : Et l'esprit de l'Eternel pénétra David, depuis ce jour-là (1 Sam., XVI, 15); cest pourquoi il aborda courageusement le lion, l’ours et le Philistin. Mais un semblable esprit de l’Eternel n’inspira jamais, à aucun de ceux-là, une parole (prophétique) quelconque ; cette force, au contraire, n’aboutit qu’à pousser l’homme fortifié à une certaine action , non pas à quelque action que ce soit, mais à secourir un opprimé, soit un grand imdividu, soit une société, ou du moi (elle pousse) à ce qui conduit à cela. Car, de même que tous ceux qui font un songe vrai ne sont pas pour cela prophètes, de même on ne saurait dire de chacun de ceux qu'un secours (divin) assiste pour une chose quelconque, comme, par exemple, pour acquérir .une fortune, ou pour atteimdre un but personnel, que l'esprit de l'Eternel l'accompagne, ou que l'Éternel est avec lui, et que c’est par l'esprit saint qu'il a fait ce qu'il a fait. Nous ne disons cela, au contraire, que de celui qui à accompli une œuvre noble, d’une haute importance (), ou du moins, (qui a fait) ce qui peut y conduire, comme, par exemple, l’action prospère () de Joseph dans la maison de l’Égypuen, laquelle fut la première cause des événements importants qui arrivèrent ensuite, » comme cela est évident. |

I. Le DEUXIÈME DEGRÉ, c’est quand il semble à un individu que quelque chose a pénétré dans lui et qu’il lui est survenu une force nouvelle qui le fait parler, de sorte qu'il prononce des

(4) Au lieu de pp sp nb, quelques mss. ont pby n9. Ibn-Tibbon traduit succinctement : "N1 bn, 9% nwyw 92; Al-Harizi : nov n9p nb D SUN NON AUD MS.

(2) L'auteur se sert ici du nom d’action hébreu nn5%n, par allusion au verbe M5, prospérer, dont se sert l’Écriture en parlant des services de Joseph dans la maison de Putiphar. Voy. Genèse, ch. XXXIX, v. 2.

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