‹ Le guide des égarés; (volume 4)Chapitre 59 sur 80 · PA IL · texte numérisé non relu

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maximes de sagesse, ou une louange (de Dieu) (!), ou des aver= tissements salutaires, ou des discours relatifs au régime politique ou à la métaphysique, et tout cela dans l’état de veille, lorsque les sens fonctionnent selon leur coutume. C’est d'un tel homme qu’on dit qu’il parlé par l'esprit saint. Ce fut par cette sorte d'esprit saint que David composa les Psaumes et que Salomon composa les Proverbes, l'Ecclésiaste et le Cantique des Cantiques. De même, ce fut par cette sorte d'esprit saint que furent composés Daniel, Job, les Chroniques et les autres Hagiographes ; c’est pourquoi on les appelle KeraouBim (Hagiographes), voulant dire qu’ils sont écrits au moyen de l'esprit saint. On a dit expressément : «Le livre d’'Esther a été dicté par lesprit saint ®). » C’est en parlant de cette sorte d’esprit saint que David a dit: L'esprit de l’Eternel a parlé dans moi, et sa parole est sur ma langue (I Sam., XXIIT, 2), ce qui veut dire que c’est lui qui lui à fait prononcer ces paroles. De cette classe furent aussi les soixante-dix anciens, dont il est dit : Et quand l'esprit reposa sur eux, ls prophélisèrent, mais ils ne continuëèrent point (Nombres, XI, 25); et de même Eldad et Médad (Ibid., v. 26). De même, tout grand prêtre, interrogé au moyen . des Ourim et Tummîm ®), appartient à cette classe, c’est-à-dire — comme s'expriment les docteurs — : « la majesté divine repose sur lui, et il parle par l'esprit saint 4). » De cette classe est aussi Jahaziel, fils de Zacharie, dont il est dit dans les Chro-

(1) Tous les mss. ar. ont "Nan au singulier ; Ibn-Tibbon a le mot minawn2, qui, dans l’hébreu rabbinique, ne s'emploie guère qu’au pluriel.

(2) Voy. Talmud de Babylone, traité Meghillà, fol. 7 a. L'auteur veut dire que ce qui est dit expressément du livre d'Esther s'applique aussi à tous les autres hagiographes.

(3) On sait que tel est le nom du sort sacré que consultait le grand prêtre et qui était placé dans le pectoral. Voy., sur cet oracle des anciens Hébreux, mon Histoire de la Palestine, p. 176.

(4) Voy. Talmud de Babylone, traité Yôma, fol. 73 b : SN 172 bs 13 pont PIN VÉp nb AND TDR NII 1270.

niques : L’esprit. de l'Eternel fut sur lui, au milieu de l’assemblée. Et il dit: soyez attentifs, vous tous (hommes) de Juda et habitants de Jérusalem et toi, roi Josaphat! Ainsi vous parle l'Éternel, etc. (EH Chron., XX, 14 et 15). De même, Zacharie, fils de Jehoïada, le prêtre, appartient à cette classe; car il est dit de lui : Et l'esprit de Dieu revêht Zacharie, fils de Jehoïada le prêtre, et il se tint debout au-dessus du peuple, et leur dit : Ainsi a dit Dieu etc. (Ibid., XXIV, 20). De même, Azaria, fils d'Oded, dont il est dit: « L'esprit de Dieu fut sur Asaria, fils d'Oded ; et il sortit au-devant d’Asa, etc. (Ibid., XV, 1-2). Il en est de même de tous ceux sur lesquels on s'exprime de la même manière. Il faut savoir que Bileam aussi, tant qu’il était pieux, appartenait à éette catégorie. C’est ce qu’on a voulu indiquer par ces mots : Et l'Éternel mit une parole dans la bouche de Bileam (Nombres, XXIIT, 5), car c’est comme si on avait dit qu’il parlait par l'esprit de l'Eternel ; et c’est dans ce sens qu’il dit de lui-même : celui qui entend les paroles de Dieu (Ibid., XXIV, 4). — Ce que nous devons faire observer, c’est que David, Salomon et Daniel sont aussi de cette classe et qu’ils n’appartiennent pas à la classe d'Isaïe, de Jérémie, du prophète Nathan, d’Ahia le Silonite (1), et de leurs semblables; car ceux-là, je veux dire, David, Salomon et Daniel, ne parlaient et ne disaient tout ce qu'ils disaient que par l'esprit saint ®). Quant à ces paroles de David : Le Dieu d'Israël a dit, le rocher d'Israël n'a parlé (IH Sam., XXII, 53), il faut les entendre dans ce sens qu'il lui avait fait des promesses par un prophète, soit par Nathan, soit par un autre ; ilenest comme de ce passage : Et l’Éternel lui dit (Genèse, XXV, 26 ()), et comme de cet autre passage : Et l'Éternel dit à Salomon : puisque tu pensais ainsi et que tu n'as pas observé mon alliance (X Rois, XI, 11), ce qui indubitablement est

(4) Ahia, ou A’hiyya, était un prophète contemporain de Salomon. Voy. I Rois, ch. XI, v. 29.

(2) C'est-à-dire : ils n'étaient inspirés que par l'esprit saint et n'avaient pas de véritable inspiration prophétique.

(3) Voy. ci-dessus, ch. XLI, p. 318.

une menace qui lui fut adressée par l'intermédiaire d’Ahia le Silonite, ou d’un autre prophète. De même, quand :1l est dit au sujet de Salomon : À Gabaon, l'Eternel apparut à Salomon dans un songe de la nuit, et Dieu dit, ete. (1bid., HT, 5), il ne s'agit pas là d’une vraie prophétie. Il n’en est point comme de ce passage : La parole de l'Eternel fut à Abrâm dans une vision (Genèse, XV, 1), ni comme de cet autre : Et Dieu dit à Israël dans les visions de là nuit (1bid., XELVI, 2), ni comme des prophéties d’Isaïe et de Jérémie; car, bien que ce füt par un songe que chacun de ceux-là (1 eût sa révélation. cette révélation elle-même lui fit savoir qu’il s'agissait d’une prophétie et qu'il lui était venu une révélation (de Dieu). Mais, dans ce récit sur Salomon, on dit (expressément) à la fin : Salomon s'éveilla, et c'était un songe (T Rois, If, 15); et de même, on dit dans le second récit : Et l'Eternel apparut à Salomon une seconde fois, comme 1l lui était apparu à Gabaon (Ibid., IX, 2), où on avait dit expressément que c'était un songe. C'est là un degré inférieur à celui dont ilest dit : Je lui parle dans un songe (Nombres, XII, 6); car ceux qui ont une (véritable) inspiration prophétique dans un songe n’appellent nullement un songe celui dans lequel la prophétie leur est arrivée, mais déclarent positivement que c'était une révélation (divine). C’est dans ce sens que s’est exprimé notre père Jacob; car, après s'être éveillé de son songe prophétique, il ne dit point que c'était un songe, mais déclara posilivement : Vraiment, l'Eternel est dans ce lieu etc. (Genèse, XXVII, 16), et (plus loin) il dit: Le Dieu tout-puissant m'est apparu à Lux, dans le pays de Chanaan (Ibid., XLVHT, 3), déclarant ainsi que c'était une révélation, tandis qu’à l'égard de Salomon, on dit : Salomon s’éveilla, et c'était un songe. Et de

même, tu vois Daniel déclarer simplement @®) qu’il a eu des songes; ‘à k %

(1) L’auteur veut parler d'Abraham et d'Israël, ou Jacob.

(2) Littéralement : solvere, dimittere sermonem, c’est-à-dire parler dans un sens absolu. Ibn-Tibbon traduit trop littéralement les mots DPON po0 par NOT Mn, aulieu de dire WbniA NN.

et, bien qu'il y eût vu un ange dont il avait entendu les paroles, il les appelait des songes, même après y avoir puisé les (hautes) instructions qu’il avait reçues : Alors, dit-il, le secret fut révélé à Daniel dans une vision de la nuit (Dan., IT, 19). Pius loin il dit : Alors il écrivit le songe, etc. J'ai vu dans ma vision pendant la nuit etc. (Ibid., VI, 1, 2); Et ces visions de ma têle me troublèrent (1bid., v. 15); et il dit encore : J'étais étonné de la vision, que personne ne comprenait (Ibid., VI, 27). C’est là indubitablement un degré inférieur aux degrés de ceux dont il est dit : Je lui parle dans un songe (Nombres, XII, 6). C’est pourquoi on s’est accordé (1), dans notre communion, à ranger le livre de Daniel parmi les Hagiographes, et non parmi les lProphètes. J'ai donc dû te faire observer que, bien que dans cette sorte de vision prophétique qu’eurent Daniel et Salomon ils vissent @) un ange dans un songe, ils ne la prirent pas cependant eux-mêmes pour une vraie prophélie, mais pour un songe qui devait faire connaître la vérité de certaines choses, ce qui rentre dans la catégorie de ceux qui parlent par l'esprit saint, et forme le deuxième degré. C’est ainsi que, dans le classement des Hagiographes, on ne fait pas de différence entre les Proverbes, l’Ecclésiaste, Daniel, les Psaumes, et les livres de Ruth et d’Esther, qui tous ont été écrits au moyen de l'esprit saint et (dont les auteurs) s’appellent tous prophètes par un terme général.

If. Le TROISIÈME DEGRÉ [qui est le premier degré de ceux qui disent : £a parole de l’Éternel me fut adressée, ou qui se servent

(1) Presque tous les mss. ont ici le nom d’action YRHÈN; littéral. La convention de la nation (a été) de ranger etc. Ibn-Tibbon a le prétérit n120 A. L'un des mss. de Leyde (n° 221) porte : NH5YSN yHiN, Les savants sont convenus.

(2) Les mss. arabes ont ‘=, verbe que ue considérer comme prétérit passif et prononcer Y: 1) où mieux : 3); c’est-à-dire : bien que...

il ail élé vu un ange etc. Ibn-Tibbon a substitué le pluriel du prétérit

actif : \N't D'y'S. AL Harizi a HN9w, au singulier actif, ce qui est inexact.

d’autres expressions ayant un sens analogue], c’est lorsque le prophète voit une parabole dans un songe, avec toutes les conditions qui ont été posées précédemment pour la véritable prophétie, et que dans ce même songe prophétique on lui explique le sens qu’on a voulu indiquer par la parabole, comme cela a lieu pour la plupart des paraboles de Zacharie (1). |

IV. Le QUATRIÈME DEGRÉ , c’est quand il entend, dans un songe prophétique, des paroles claires et distinctes, sans voir celui qui les prononce; ce qui arriva à Samuel lorsqu'il eut sa première révélation, comme nous l’avons exposé à son sujet @).

V. Le GINQUIÈME DEGRÉ, c’est quand un personnage lui parle dans un songe, comme il est dit dans l’une des prophéties d'Ézéchiel: Et ce personnage me dit: Fils de l’homme, etc. (Ézéch., XL, 4) 6).

VI, Le SIXIÈME DEGRÉ, c’est quand un ange lui parle dans un songe ; et telle est la condition de la plupart des prophètes, comme il est dit : Et l’ange de Dieu me dit dans un songe, etc. (Genèse, XXXI, 11) ©.

VIT. Le SEPTIÈME DEGRÉ, c’est quand 1l lui semble, dans un songe prophétique, que Dieu lui parle 6), comme lorsqu'Isaïe dit: Je vis l’Éternel etc, et il dit: Qui enverrai-Je? etc. (Isaïe, VI, 4 et 8) (6), et comme lorsque Michaïahou, fils de Yimla, dit: J’ai vu l'Eternel etc. (Rois, XXIL, 19; IT Chron., XVIII, 18).

VIIT. Le HUITIÈME DEGRÉ , c'est lorsqu'il a une révélation dans

(1) Voy. ci-dessus, ch. XLIIT, p. 325.

(2) Voy. ci-dessus, ch. XLIV, p. 332.

(3) Voy. ci-dessus, ch. XLIV, p. 330.

(4) Voy. ibid., p. 330.

(5) Voy. ci-dessus, chap. XLI, p. 314 et 315, chap. XLW, p. 320, chap. XLIV, p. 330, et ibid., note 1.

(6) Nous avons reproduit la leçon qu’on trouve dans presque tous les mss., où ces deux versets sont cités inexactement ; c’est l’auteur luimême, à ce qu’il paraît, qui a fait ici une erreur de mémoire, en écrivant NT, au lieu de ANINY, et TONY, au lieu de 555 NN YEN) TOR NN.

une vision prophétique et qu’il voit des paraboles, comme, par exemple, Abraham dans la vision entre les morceaux (des animaux dépecés) (1); car ces visions paraboliques eurent lieu pendant le jour @), comme on l’a déclaré 6).

IX. Le NEUVIÈME DEGRÉ, c’est quand il entend des paroles dans une vision, comme on a dit au sujet d'Abraham : Et voilà que lui arriva la parole de l'Éternel en disant : Celui-ci n'héritera pas de toi (Genèse, XV, 4).

X. Le DIXIÈME DEGRÉ, c'est quand, dans une vision prophétique, il voit un personnage qui lui parle, comme, par exemple, Abraham aux Chênes de Mamré, et Josué à Jéricho (4).

XI. Le ONZIÈME DEGRÉ, C’est quand, dans une wision, il voit un ange qui lui parle, comme, par exemple, Abraham au moment du sacrifice d’Isaac. C’est ici, selon moi, le plus haut degré qu’aient atteint les prophètes proclamés par les livres (saints) 6), pourvu qu'on pose en fait, comme on l’a établi, la perfection des qualités rationnelles de l'individu obtenue par la spéculation , et

(1) Voy. Genèse, ch. XV, v. 9 et 10.

(2) Littéralement : car ces paraboles furent dans une vision (qui eul lieu) pendant le jour. Le mot N°12 manque dans quelque ; mss. arabes, ainsi que dans la version d’'Al-Harizi.

(3) C'est-à-dire, comme l’a déclaré le texte biblique lui-même, en disant : Le soleil était près de se coucher (Genèse, XV, 12), d’où il s'ensuit qu'il faisait encore jour. Si, dans un passage antérieur (v. 5), Dieu dit à Abraham de compter les étoiles, il ne faut pas en conclure qu’il faisait nuit; car il ne faut pas oublier qu’il ne s’agit point ici de la réalité, mais d’une vision, dans laquelle il pouvait sembler à Abraham qu’il faisait nuit et qu’on voyait les étoiles. Cette vision se compose de deux actes, dont le second, signalé par le profond sommeil du voyant, constitue une vision parabolique qui forme le huitième degré, et dont le premier, comme on va le voir, constitue un degré supérieur, sans parabole, qui est le neuvième., Voy. ci-dessus, ch. XLI, p. 314, et cf. le Commentaire d'Abravanel sur la Genèse, ch. XV, au commencement.

(4) Voy. ci-dessus, ch. XLIT, p. 320-322.

(5) Littéralement : le plus haut des degrés des prophèles, dont les livres (saints) attestent l'état.

qu'on excepte de la règle commune Moïse, notre maitre (). Quant à (la question de savoir) s’il est possible que, dans la vision prophétique aussi, le prophète croie entendre la parole de Dieu P), (j'avoue que) selon moi, c’est là quelque chose d’invraisemblable, et Ja force d’action de la faculté imaginative (8) ne va pas jusque-là ; en effet, nous n'avons point rencontré cet état de

(1) Littéralement : après avoir élabli ce qui a été élabli de la perfection des qualités rationnelles de l'individu selon ce qu'a pour résullat la spéculation , et après avoir statué une exception pour Moïse, notre maître. L'auteur veut dire que ce onzième degré est le degré le plus élevé auquel Le prophète puisse parvenir, mais que pour ce degré, comme pour tous les autres, il faut avant tout supposer dans la personne du prophète des dispositions naturelles cultivées par la spéculation et par l’exercice des qualités morales, comme cela à été établi plus haut (voir ch. XXXIH, troisième opinion) ; en outre, ajoute l’auteur, il faut qu’on sache bien qu'en disant que c’est ici le degré le plus élevé qu’aient atteint les prophètes, 1l entend établir une exception pour Moïse qui n’est compris dans aucune des catégories qu’on vient d’énumérer et qui forme une catégorie à part (voir ci-dessus, ch. XXXV). Pour les mots 71pn R2 "pn, le ms. de Leyde, n° 221, porte en marge la variante DTpPNn ND DIN ; c'est cette dernière leçon que paraît exprimer la version d’Al-Harizi, qui porte pounb Raw no npun ann. Les mots RINDNÈR pa, qui signifient et après avoir excepté ou établi une exception, sont rendus dans la version d’Ibn-Tibbon par nnnn NN), et après avoir posé une condition. Al-Harîzi traduit plus exactement : 3N3nA 9 NUE VIN 1227 NP.

(2) Littéralement : le prophète croie que Dieu lui parle. L'auteur se demande s’il ne faudrait pas établir, pour la vision, encore un degré supérieur, qui serait analogue au septième degré, relatif au songe; et il L'ACARS d'une manière négative.

(3) Tous les mss. portent A5*Snn5x 5p5 ip, ce qu'Ibn-Tibbon rend par nn n57 9y9, et Al-Harizi, par nur nn ni; il y a dans ces versions une légère sin et il aurait fallu dire : "9907 9y5 n5. — L'auteur veut dire que la faculté imaginative, telle qu’elle agit dans la vision, ne va pas jusqu’à faire croire au prophète que la Divinité elle-même lui adresse la parole, tandis que dans le songe, où l'imagination est troublée par toute sorte de fantômes, le prophète peut croire que c’est Dieu lui-même qui lui parle.

choses chez les prophètes ordinaires (1), C’est pourquoi on a dit expressément dans le Pentateuque : Je me FAIS CONNAITRE à lui dans une vision, je lui PARLE dans un songe (Nombres, XIL, 6); on a donc placé la parole dans le songe seulement, tandis qu’on a placé dans la vision l’union ® et l'épanchement de l’intellect (actif) , Ce qu’on a exprimé par YMNN, Je me fais connaître, qui est un verbe réfléchi @ (dérivé) de y, connaître, savoir (4). Mais on n'a point dit clairement que, dans la vision, on puisse entendre ®? des paroles venant de Dieu.

Ayant trouvé des textes qui rendent témoignage des paroles que le brophète aurait entendues et où (néanmoins) il est clair qu'il s’agit d’une vision, j'ai dit, par simple conjecture (5), que peut-être, là où on dit que des paroles peuvent être entendues (seulement) dans un songe et qu'il ne saurait en être de même

(1) Littéralement : chez les autres prophètes. L'auteur veut dire : chez les prophètes autres que Moïse; car ce dernier voyait Dieu face à face et Dieu lui parlait bouche à bouche, ce qui veut dire que Dieu se manifestait clairement à son intelligence, sans l'intermédiaire de l'imagination.

(2) Sur le sens du mot DRURN union, Cf. let. [, p, 37, note 1.

(3) Le texte arabe dit SRYNDN , terme qui désigne la VIE forme des verbes arabes, et que les rabbins arabes emploient improprement pour désigner le hithpa’el des verbes hébreux. Voy. mon édition du Commentaire de R. Tan'houm de Jérusalem, sur le livre de ’Habakkouk (dans le 1. XII de la Bible de M. S. Cahen), p. 94, note 3.

(4) L'auteur veut dire que ce verbe indique qu’il s’agit ici d’une perception intellectuelle qui, bien que sous l’action de la faculté imaginative, conserve cependant assez de clarté et n’est point dominée par les fantômes d’une imagination confuse.

(5) Littéralement : i} y ait audition d’un discours de la part de Dieu. Jbn-Tibbon a traduit les mots DNS5 YNMO littéralement par 727 pot; les éditeurs ont substitué au substantif vw le verbe pti.

(6) Le mot Dn CRE, désigne une opinion fondée sur une simple conjecture, et c’est avec raison qu'Ibn-Falaquéra a critiqué ici la version d'Ibn-Tibbon, qui porte Aawnmn 1x 5y. Selon Ibn-Falaquéra, il faudrait traduire mn" “% 5y. Voy. Appendice du Moré ha-Moré, p. 156, et cf. ci-desstfs, p. 296, note 1.

dans une vision, c’est (dans l'hypothèse) que ce soit Dieu luimême qu'il (le prophète) s’imagine lui adresser la parole (); et tout cela (je l'ai dit) en m’attachant au sens littéral@). Cependant, on pourrait dire que toute vision où il est question de paroles entendues était en effet, de prime abord, une vision, mais qu’ensuite elle aboutissait à un profond assoupissement et devenait un songe, comme nous l'avons exposé au sujet de ces mots: Et un profond assoupissement pesasur Abrâm(Genèse, XV,12)6), dontils

(1) En d’autres termes : c'est dans l'hypothèse que le prophète s'Imagine que c’est Dieu lui-même qui lui adresse la parole. — Ce passage, qui est assez obscur, notamment dans la version hébraïque, a embarrassé les commentateurs. Voici quel en est évidemment le sens : L’auteur, après avoir déclaré invraisemblable que le prophète, dans une vision, puisse croire entendre la parole de Dicu, va au-devant d’une objection qu'on pourrait lui faire, en se fondant sur certains passages bibliques , où évidemment il est question de la parole divine adressée au prophète dans une vision, comme par exemple Genèse, ch. XV, v. 1 et 4. Il répond que, selon son opinion purement conjecturale, il ne s’agit dans ces passages que de la parole divine adressée au prophète par l’intermédiaire d’une voix inconnue, d’un personnage ou d'un ange (ce qui constitue les IX°, Xe et XIe degrés), tandis que dans le passage des Nombres, XII, 6, il s'agit de la parole immédiate de Dieu que le prophète croit entendre, ce qui ne peut avoir lieu que dans le songe. Cependant, continue l’auteur ensuite, il serait permis aussi de prêter au passage des Nombres un sens plus général; car il se peut que ce passage veuille dire que dans la vision on n'entend jamais aucune parole de quelque nature qu'elle soit, et qu’on y voit seulement des paraboles ; de sorte qu'il faudrait admettre que, partout où il est question de paroles dans une vision, il s’agit d’une révélation qui, après avoir commencé par une vision, finit par un songe. Dans ce cas, dit l’auteur en terminant, 1l n’y aurait que huit degrés de prophétie ; car les différents degrés de la vision se réduiraient à un seul, à savoir le huitième, où l’intellect divin agit sur le prophète, dans l’état de veille, par des visions paraboliques.

(2) L'auteur veut dire que le sens littéral (NN) du passage des Nombres favorise l'interprétation qu’il en a donnée, à savoir qu’on n’y exclui de‘la vision que la parole immédiate de Dieu que le prophète peut croire entendre dans le songe. rire

(3) Voy. ci-dessus, ch. XLI, p. 314.

(les docteurs) ont dit: « C'est l’assonpissement de la prophétie (1). » Toutes les fois donc qu'on entendait des paroles, n'importe de quelle manière, c’était dans un songe, comme dit le texte : Je Jui parle dans un songe (Nombres, XI, 6), tandis que dans la vision prophétique, on ne percevait que des paraboles, ou des commu nications de l’intellect @) faisant connaître des choses scientifiques semblables à celles qu’on obtient au moyen de la spéculation, comme nous l’avons exposé, et c'est là ce qu’on aurait voulu dire (par les mots) je me fais connaître à lui dans une vision (ibid.). Selon cette dernière interprétation donc, les degrés de la prophétie seraient au nombre de huit 8), dont le plus élevé et le plus parfait serait celui, en général, où le prophète est inspiré par une vision, quand même ce ne serait qu'un personnage qui lui parlerait 4), comme il a été dit.

Tu me feras peut-être une objection en me disant : « Tu as compté, parmi les degrés de la prophétie, celui où le prophète entendrait des paroles qui lui seraient adressées (directement)

(4) Voy. Beréschîth rabbâ, sect. 17 (fol. 14, col. 4), et sect. 44 (fol. 39, col. 2 et 3).

(2) Mot à mot : ou des unions intelligibles, c’est-à-dire des révélations provenant de l'union de l’intellect actif universel avec l'intelligence du prophète. — Ibn-Tibbon rend ici le mot ARONUNR , unions, par NUN, perceptions, Ce qui est inexact.

(3) Tous les mss. ont JDN, mais, à l’état construit, il est plus correct d'écrire NN.

(4) C'est-à-dire : lors même que, dans la relation de la vision, il serait question d’un personnage qui aurait parlé au prophète, ce qui, selon ce qui a été dit auparavant, ne constituerait pas encore le degré le plus élevé de la prophétie, mais seulement l’avant-dernier degré (le X°). L'auteur veut dire que, selon cette dernière interprétation, la vision ne formerait qu’un seul degré général, celui de la révélation parabolique, dans lequel on n’aurait plus d’autres gradations à établir, comme on l’a fait pour le songe; car, si dans la vision parabolique on parle aussi quelquefois de paroles adressées au prophète par un personñage ou un ange, ce ne peut être que par une simple allégorie, ou pour indiquer que la vision a fini par devenir un songe.

par Dieu, comme, par exemple, Isaïe et Michaïahou. Mais, comment cela peut-il être, puisque nous avons pour principe que tout prophète n’entend la parole (de Dieu) que par l’intermédiaire d'un ange, à l’exception de Moïse, notre maître, dont il a été dit : Je lui parle bouche à bouche (Nombres, XII, 8)? » Sache donc qu’il en est ainsi en effet, et que ce qui sert ici d’intermédiaire, c’est la faculté imaginative ; car ce n’est que dans le songe prophétique que le prophète entend Dieu qui lui parle (), tandis que Moïse, notre maître, l’entendait de dessus le propitiatoire, d'entre les deux chérubins (Exode, XXV, 22)(%), sans se servir de la faculté imaginative. Nous avons déjà exposé dans Je Miscliné Tôr4 les différences de cette prophétie {de Moïse), et nous avons expliqué le sensdes mots bouche à bouche (Nombres, XII, 8), des mots comme un homme parle à son prochain (Exode, XXXIHIT, 11), et d’autres expressions 6). C’est donc là que tu peux en puiser l'intelligence, et il n’est pas nécessaire de répéter ce qui déjà a été dit. |

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