‹ Le guide des égarés; (volume 4)Chapitre 63 sur 80 · CHAPITRE XLVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVII

Il est très évident que toute chose née a nécessairement une cause prochaine qui l’a fait naître; cette cause (à son tour) a une cause, jusqu'à ce qu’on arrive à la cause première de toute chose, c’est-à-dire à la libre volonté de Dieu (#). C’est pourquoi où omet quelquefois, dans les discours des prophètes G), toutes ces causes intermédiaires, et on attribue directement à Dieu tel acte individuel qui se produit, en disant que c'est Dieu qui l’a

(4) Voy. la [re partie, chap LV, et passim.

(2) Cette phrase est elliptique; voici quel en est le sens: si tu ne voulais pas admettre ce que j'ai dit, alors tu n’aurais pas d’autre moyen, pour échapper à ces idées fausses dont je viens de parler, que de croire que les paroles des prophètes sont mensongères.—Dans la version d’Ibn- Tibbon, au lieu de Swn 38 (ou 2wns), il faut lire S\wnn 5N, comme l'a Al-Harizi; tous les mss. ar. ont tn, à la seconde personne.

(3) Ibn-Tibbon a b5yn, ce qui est inexact. Al-Harizi traduit plus exactement : Jin 103 5wannw.

(4) Littéralement : La volonté de Dieu et son choix ou libre arbitre. Cf. la Jre partie, chap. LXIX.

(5) Les mots 5NNDN *5 manquent dans quelques înss., où on lit RON SR ñn'inn. D’après cette leçon, N'33N 0% serait le sujet du verbe Ann, qui serait à la forme active (GS), de sorte qu’il faudrait traduire : les prophètes omettent quelquefois; mais cela ne cadrerait point

avec les deux verbes passifs suivants : 03" ct ND. Cependant cette

fait. Tout cela est connu ; nous en avons déjà parlé nous-mêmes, ainsi que d’autres d’entre les vrais philosophes (M), et c’est l'opinion de tous nos théologiens ().

Après celle observation préliminaire, écoute ce que je vais . exposer dans ce chapitre, et portes-y une attention toute particulière, en sus de l'attention que tu dois porter à tous les chapitres de ce traité. La chose que je veux t’exposer, la voici : Sache que toutes les causes prochaines, desquelles naît ce qui naît, n'importe que ces causes soient essentielles et naturelles, ou arbitraires, ou accidentelles et dues au hasard &®) [par arbitraires, ie veux dire que la cause de ce qui naît soit le libre arbitre d'un homme], et düt même la cause n'être que la volonté d'un animal quelconque (#), — toutes ces causes (dis-je) sont, dans les livres des pro-

lecon a été adoptée par Al-Harîzi et par Ibn-Falaquéra; le premier traduit : D‘Dn:‘#1 PYDXENT On 207 D'Hy20ù DNA Ne An JDN NM2b bp5n nt; le second (Moré ha-Moré, p. 117): ‘nv MONS ni) PYDLORT D2307 IPN DN3237 19072 nt JON AT TONN UN yon mn. La version d’Ibn-Tibbon exprime les mots SNNDN ‘5; mais la construction de la phrase y est un peu modifiée.

CHRDar V'PPAOPN, ceux qui établissent la vérité, l’auteur paraît désigner ici les vrais philosophes, par opposition aux Motécallemin, qui voient dans Dieu la cause immédiate de chaque fait particulier.

(2) Sur l'expression Apysw 5nw, cf. le t. T1, p. 68, note 3.

(3) L'auteur a ici en vue l'exposé des causes, donné par Aristote, Phys., liv. Il, chap. 3-6. Par &45}s, l’auteur entend ce qui est cause en soi-même (xab’ &vro), Ou essentiellement et par sa nature; par kylhrst, arbitraires, il entend les causes situées dans un choix moral (æpoxipeous), dans une intention réfléchie (Gwévouæ); le mot &aw,s désigne les causés accidentelles (rar ovuBi£nes) ; et le mot &a5là5}, les causes dues au hasard (ärû rovne). Cf. Métaphysique, liv. V, chap. 30; liv. XI, chap. 8. — Le mot FNPNENN n'est pas rendu dans la version d’Ibn-Tibbon ; Ibn- Falaquéra (1. e.) traduit: n11391n DD N.

(4) L'auteur paraît faire allusion à ce qu’Aristote appelle +à adrépuro», ce qui se fait de soi-même, le spontané, et qu’il semble réduire aux actes des animaux et aux phénomènes des choses inanimées, qui ne sont pas le produit d’une volonté douée de libre arbitre : +ù d'udréuurov zui vots

DEUXIÈME PARTIE. — CHAP. XLVIIT. 363 phètes, attribuées à Dieu ; et, dans leurs manières de s'exprimer, on dit simplement, de tel fait, que Dieu l’a fait, ou l’a ordonné, ou l’a dit. Pour toutes ces choses, on emploie les verbes dire, parler, ordonner, appeler, envoyer, et c’est là le sujet sur lequel j ai voulu appeler l'attention dans ce chapitre. En effet, comme c’est Dieu [ainsi qu'il a été établi (t] qui a excité telle volonté dans tel animal 1rraisonnable, comine c’est lui qui à fait que l’animal raisonnable eüt le libre arbitre, et comme c’est lui enfin qui a déterminé le cours des choses naturelles [car le hasard n’est qu'un excédant du naturel, comme il a été exposé, et le plus souvent il participe de la nature, du libre arbitre et de la volonté )], on doit, en raison de tout cela, dire de ce qui résulte de ces causes, que Dieu a ordonné de faire telle chose, ou qu'il

aXors Gnots aa modos Tov àboüyov, x. r. 1. Phys., Niv. Il, chap. 6. Ailleurs Aristote dit qu’on peut attribuer aux enfants et aux animaux la spontanéilé, mais non le choix moral ou l’intention : toÿ pèv ydp érouaiou zœi raides nai TOUÏX pa xouwovEt, Tpoutpécews Ÿ'oÙ. Éthique à Nicomaque, liv. II, chap. 4.

(1) Ibn-Tibbon a ici deux verbes : 3wnn3 nn 79 ‘55, et de même Ibn-Falaquéra (1. c.); les mss. ar. n’ont que le verbe ue

(2) L'auteur, après avoir parlé de l'intervention de Dieu dans la volonté de l'animal irraisonnable, dans le libre arbitre et dans le cours des choses naturelles ou dans les causes essentielles, ajoute cette parenthèse, pour faire comprendre qu’il s'ensuit nécessairement de ce qui vient d’être dit que le hasard aussi est une cause qui doit être ramenéc à Dieu; car le hasard (+5yn), selon la définition d’Aristote, sans être luimême le but, est toujours en rapport avec un but de la nature ou avec l'intention et le libre choix (xpouipeous) d’un être raisonnable (voy. Phys., liv. IT, chap. 5 : éoce d'Evext tou Cou ve éro Jravoins &v rpay0sin xai dou drd peus * Ta d'à Touxdre dray rura cuufiBnrds pévarar, rod TÜyns phusv civar, x. 7. À Cf. Métlaphys., lv. XI, chap. 8; vers la fin). On peut donc dire que le hasard est un excédant, ou un accessoire, du but auquel vise soit la nature, soit l'intention d’un être raisonnable (le libre arbitre); 4e plus souvent , le hasard participe de ec but, comme il se peut aussi qu’il participe de la volonté animale, ceite volonté pouvant accidentellement devenir la cause d’un effet qu’elle n'aurait pas eu pour but.

a dit : « Que telle chose soit ». Je vais te citer de tout cela des exemples auxquels tu pourras comparer tout ce que je n'aurai pas mentionné (expressément).

En parlant des choses naturelles qui suivent toujours leur cours, comme (par exemple) de la neige qui fond quand Pair est chaud, et de l’eau de la mer qui est agitée quand le vent souffle, on s'exprime ainsi : JE ENVOIE sa parole et les fait fondre (Ps. CXLVIT, 18) ; 1 PARLE et fait lever un vent de tempête qui élève les vagues (Ps. GVIT, 25) ; de la pluie qui tombe, il est dit : Et J'ORDONNERAI aux nuages de ne pas faire tomber de pluie etc. (Xsaïe, V, 6).

Ea parlant de ce qui a pour cause le libre arbitre de l’homme, comme (par exemple) de la guerre qu'un peuple puissant fait à un autre peuple (), ou d’un individu qui se met en mouvement pour faire du mal à un autre individu , et lors même qu’il n'aurait fait que linjurier, on s’exprime ainsi : J’ai COMMANDÉ à ceux qui Mme sont consacrés, et j'ai APPELÉ mes héros pour (exéculer) ma colère (Isaïe, XIIT, 3), — où il est question de la tyrannie de limpie NKebouchadneçar et de ses armées (2); — et ailleurs : Je L'ENVERRAI contre un peuple hypocrite (1bid., X, 6). Dans l’affaire de Siméï, fils de Guéra, on dit : Car l'Éternel lui a niT: Maudis David (Il Sam., XVI, 10). Au sujet du pieux Joseph délivré du cachot, on dit: Il ENvOYA un roi qui le fit relâcher (Ps. CV, 20). Au sujet de la victoire des Perses et des Mèdes sur les Chaldéens , il est dit : Et J'eNvERRAI contre Babylone des barbares qui la disperseront (Jér., LI, 2). Dans l’histoire d'Élie, lorsque Dieu charge une femme de le néurrir ), il lui dit :

(1) Littéralement : comme de La guerre d'un peuple qui domine sur un (autre) peuple. Au lieu de RD, un de nos mss. porte Nb.

(2) Ceci est inexact, comme le fait observer Ibu-Caspi dans son commentaire ’Ammoudé Keseph; car les paroles citées s'appliquent à l’armée des Mèdes et des Perses, appelée à détruire l'empire babylonien.

(3) La version d’Ibn-Tibbon porte : 3nD315 15 DM 3230 TYN3, lorsque Dieu lui occasionna son alimentation ; on voit qu'Ibn-Tibbon n'avait pas, dans son texte arabe, le mot ÂNSMSR, une femme, et qu’au lieu de

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