CHAPITRE IV
Que la sphère céleste est douée d'une âme , c'est ce qui devient clair quand on examine bien (la chose) M. Ce qui fait que
(1) Plus littéralement : et qui courent le plus régulièrement. NîlNliN (prononcez UMjjsrl) est un comparatif (<4^1) avec suffixe, dérivé du participe As*> , courant , marchant.
(2) Ce traité d'Alexandre d'Aphrodisias , qui n'existe plus en grec, paraît être le même qui est mentionné par Casiri , sous le titre de De Rerum creatarum principiis, et dont la traduction arabe se trouve dans le mss. arabe n° dccxciv de l'Escurial. Voy. Casiri, Biblioth. arab. hisp., t. I, pag. 242.
(3) C'est-à-dire , les opinions d'Aristote.
(4) Cf. le traité Du Ciel, 1. II, chap. 2, où Aristote appelle le ciel un être animé, ayant en lui-même un principe de mouvement (j> SVtyeevoj êfrja-yog y.a.1 ïyjLi xivriere©? àpyjv). Ailleurs, cependant, Aristote paraît attribuer le mouvement circulaire du ciel , comme le mouvement droit des élé-
celui qui entend cela le croit une chose difficile à comprendre, ou le rejette bien loin, c'est qu'il s'imagine que, lorsque nous disons douée d'une âme, il s'agit d'une âme comme celle de l'homme, ou comme celle de l'àne et du bœuf. Mais ce n'est pas là le sens de ces mois, par lesquels on veut dire seulement que son mouvement local W prouve qu'elle a indubitablement dans elle un principe par lequel elle se meut, et ce principe, sans aucun doute, est une âme. En effet, — pour m'expliquer plus clairement, — il est inadmissible que son mouvement circulaire soit semblable au mouvement droit de la pierre vers le bas, ou du feu vers le haut, de sorte que le principe de ce mouvement soit une nature (2) ,
ments, à une nature inhérente au corps céleste (Ibid,, liv. I, ch. 2), et d'autres fois, il l'attribue à un désir que fait naître en lui l'intelligence suprême, vers laquelle il est attiré (Métaph., XII, 7). Ici, comme dans la théorie des différents intellects (voir t. I , p. 304 et suiv.), l'obscurité et le vague qui régnent dans les théories d'Aristote ont donné lieu à des interprétations diverses. Les philosophes arabes, et notamment Ibn-Sinâ, combinant ensemble les opinions des commentateurs néoplatoniciens et les théories astronomiques , ont formé, sur le mouvement des corps célestes et sur l'ordre des sphères et des Intelligences, la doctrine développée par Maïmonide dans ce chapitre et dans les suivants , et qui , sur divers points, a été combattue par Ibn-Roschd. Voy. Avicennœ opéra (Venise, 1495, in-fol.), Métaph., liv. IX, chap. n-iv; Schahrestâni, p. 380 et suiv. (trad. ail., t. II , p. 261 et suiv.); Al-Nadjâh , ou Abrégé de la Philosophie dlbn-Sinâ (à la suite du Canon), pag. 71 et suiv. ; Averroès, Epitome in libros Metaphys. Aristotelis, tract. IV. Cf. Albert le Grand, De Causis etprocessu nniversitatis, lib. I, tract. IV, cap. 7 et 8, et lib. II, tract. II, cap. 1 (opp. omn., t. V, p. 559 et suiv., p. 586etsuiv.); Saint Thomas d'Aquin, De Substantiis separatis , cap. II (opp. t. XVII, fol. 16 verso et suiv.)
(1) C'est-à-dire, le mouvement local de la sphère céleste.
(2) Le principe du mouvement propre aux éléments, qui est la gravité ou la légèreté, est désigné par Aristote comme une nature (yûaiç) inhérente aux éléments. Ceux-ci se meuvent en ligne droite, tantôt conformément à leur nature (xar« pùo-ev) , comme par exemple la terre vers le bas elle feu vers le haut, tantôt, et par une force extérieure, contrairement à leur nature (ira/»« yj«v). Voy. le traité Du Ciel, I,2 ; III, 2 ; IV, 3, etpassim. Cf. ci-dessus, p. 8, note 1, et p. 10, note.
et non pas une âme; car ce qui a ce mouvement naturel, le principe qui est dans lui le meut uniquement pour chercher son lieu (naturel), lorsqu'il se trouve dans un autre lieu, de sorte qu'il reste en repos dès qu'il est arrivé à son lieu (*) , tandis que cette sphère céleste se meut circulairement (en restant toujours) à la même place. Mais il ne suffît pas qu'elle soit douée d'une âme , pour qu'elle doive se mouvoir ainsi ; car tout ce qui est doué d'une âme ne se meut que par une nature , ou par une conception. — Par nature je veux dire ici (ce qui porte l'animal) à se diriger vers ce qui lui convient et à fuir ce qui lui est contraire , n'importe que ce qui le met ainsi en mouvement soit en dehors de lui, — comme , par exemple, lorsque l'animal fuit la chaleur du soleil, et que, ayant soif, il cherche le lieu de l'eau, — ou que son moteur soit l'imagination [car l'animal se meut aussi par la seule imagination de ce qui lui est contraire et de ce qui lui convient]. ■ — Or, cette sphère ne se meut point dans le but de fuir ce qui lui est contraire ou de chercher ce qui lui convient; car le point vers lequel elle se meut est ausssi son point de départ, et chaque point de départ est aussi le point vers lequel elle se meut. Ensuite, si son mouvement avait ce but-là, il faudrait qu'arrivée au point vers lequel elle se meut, elle restât en repos ; car si elle se mouvait pour chercher ou pour fuir quelque chose , sans qu'elle y parvînt jamais , le mouvement serait en vain. Son mouvement circulaire ne saurait donc avoir lieu qu'en vertu d'une certaine conception (-) , qui lui impose de
(1) Cf. la Ire partie de cet ouvrage, chap. lxxii (t. I, p. 359).
(2) Le verbe jy&3 est dérivé de ïjyo , forme , et signifie , selon le livre Tarifât, JuuJî £ ^ciJî ïjyo Jyoa» , recevoir dans L'intellect la forme d'une chose. L'infinitif, que nous traduisons ici par conception, pourrait se rendre aussi par pensée ou idée (cf. le t. I, p. 116, note 3); dans les versions arabes d'Aristote, les mots ro v<mv, vô-naiç et vô^u* sont souvent rendus par JJixJl* J^a'S , ou simplement par jy&3. Voy. p. ex. le traité De l'Ame, liv. 1, chap. 1 (§ 9): MâWra 5' fWsv tSîw ro voetv; en arabe : JôuJL jyeCÙS yfc U^ois? (j^o ^1 ju**j i£^j (ms. hébr. de
se mouvoir ainsi. Or, la conception n'a lieu qu'au moyen d'un intellect; la sphère céleste , par conséquent , est douée d'un intellect W. Mais tout ce qui possède un intellect, par lequel il conçoit une certaine idée, et une âme, par laquelle il lui devient possible de se mouvoir, ne se meut pas (nécessairement) quand il conçoit (une idée) ; car la seule conception ne nécessite pas le mouvement. Ceci a été exposé dans la Philosophie première (ou dans la Métaphysique) , et c'est clair aussi (en soi-même). En effet, tu trouveras par toi-même que lu conçois beaucoup de choses vers lesquelles aussi tu es capable de te mouvoir, et que cependant tu ne te meus pas vers elles, jusqu'à ce qu'il te survienne nécessairement un désir (qui t'entraîne) vers celte chose que tu as conçue , et alors seulement tu te meus pour obtenir ce que tu as conçu. Il est donc clair que ni Y âme par laquelle se fait le mouvement, ni Y intellect par lequel on conçoit la chose, ne suffisent pour produire le mouvement dont il s'agit jusqu'à ce qu'il s'y joigne un désir de la chose conçue. Il s'ensuit de là que la sphère céleste a le désir (de s'approcher) de ce qu'elle a conçu , à savoir de l'objet aimé , qui est Dieu [que son
la Biblioth. imp., ancien fonds, n° 317, fol. 104 recto, col. h). Ibid., chap. 4 (§ 14) : -/&» tô vosïv 8« ; en arabe : JJi*Jl* j|pAxJîj (même ms., fol. 113, col. d). Métaph., liv. XII, chap. 7 : v.pyji Si -h vàwc?; version hébr. : ^OttO "IV^H «in nbnnnm ; vers. ar. lat. (in-fol., fol. 150, col. a): « Principium autem est imaginatio per intellectum. » Le motjy&3 indique aussi la simple notion (vô/jua) , dans laquelle il n'y a ni vrai ni faux, et dans ce sens il est opposé à ^*Xj^j (affirmation) , indiquant la combinaison de pensées (aûvQso-î? vo^arwv), dans laquelle il y a erreur et vérité. Voy. Arist., Catégories, chap. 2 commencement, et chap. 4 (II) fin; traité De l'Interprétation, chap. i; traité De l'Ame, liv. III, chap. 6 (§ 1); et ibid. le commentaire d'Averroès (édit. in-fol., fol. 171, col. c).
(1) C'est-à-dire, d'une intelligence qu'elle possède dans elle, semblable à la faculté rationnelle de l'homme , et qu'il ne faut pas confondre avec l'intelligence séparée, qui est en dehors de la sphère. Cf. la lrc partie de cet ouvrage, chap. lxxii (p. 373-374).
nom soit exalté!]. C'est à ce point de vue qu'on a dit que Dieu fnet en mouvement la sphère céleste, c'est-à-dire, que la sphère désire s'assimiler à l'objet de sa perception (*), et c'est là cette chose conçue (par elle), qui est d'une simplicité extrême , dans laquelle il ne survient absolument aucun changement, ni aucune situation nouvelle, et dont le bien émane continuellement. Mais la sphère célesle, en tant qu'elle est un corps, ne peut cela que parce que son action est le mouvement circulaire, pas autrement [car le plus haut point de perfection que le corps puisse atteindre , c'est d'avoir une action perpétuelle]. C'est là le mouvement le plus simple que le corps puisse posséder, et (cela étant) il ne survient aucun changement, ni dans son essence, ni dans l'épanchement des bienfaits qui résultent de son mouvement (2).
Aristote , après avoir reconnu tout cela , se livra à un nouvel examen, par lequel il trouva démonstrativement (qu'il y a) des sphères nombreuses , dont les mouvements respectifs diffèrent les uns des autres par la vitesse , par la lenteur , et par la direction (3), quoiqu'elles aient toutes en commun le mouvement circulaire. Cette étude physique le porta à croire que la chose que conçoit telle sphère , de manière à accomplir son mouvement rapide en un jour , doit nécessairement différer de celle que
(1) Cf. Aristote, Mêtaph., 1.X1I, ch. 7 (édit. de Brandis, p. 248): Ètu- Quunrov yùp rô osccvéusvo'v y.a).ov, j3ov)7jt6t> Se tt^wtov to c/v xa).6v. Conformément à la doctrine d'Ibn-Sinâ, Maïmonide considère Dieu et les autres intelligences séparées comme les causes finales du mouvement des sphères célestes, qui, comme on Ta vu, possèdent en elles-mêmes les causes efficientes immédiates de leur mouvement, à savoir leurs âmes et leurs intellects.
(2) C'est-à-dire , dans l'influence bienfaisante que le corps céleste exerce sur le monde sublunaire. Cf. le t. I, chap. lxxii, p. 361 et suiv.
(3) C'est-à-dire , que le mouvement dans les unes est plus rapide ou plus lent que dans les autres, et qu'elles ne se dirigent pas toutes du même coté. Voyez pour ce paragraphe la Métaphijs. d' Aristote, liv. XII, chap. 8. L'auteur a mêlé aux considérations d' Aristote les théories astronomiques qui avaient cours chez les Arabes , notamment celles de Ptolémée.
conçoit telle autre sphère, qui accomplit un seul mouvement en trente ans (*). Il en a donc décidément conclu qu'il y a des Intelligences séparées, du môme nombre que celui des sphères, que chacune des sphères éprouve un désir pour cette intelligence, qui est son principe, et que celle-ci lui imprime le mouvement qui lui est propre, de sorte que telle intelligence (déterminée) met en mouvement telle sphère. Ni Aristote , ni aucun autre (2) , n'a décidé que les* intelligences soient au nombre de dix ou de cent; mais il a dit qu'elles sont du même nombre que les sphères. Or, comme on croyait, de son temps, que les sphères étaientau nombre de cinquante, Aristote dit : « S'il en est ainsi, les Intelligences séparées sont au nombre de cinquante (3). » Car les connaissances mathématiques étaient rares de son temps et ne s'étaient pas encore perfectionnées ; on croyait que pour chaque mouvement il fallait une sphère , et on ne savait pas que l'inclinaison d'une seule sphère faisait naître plusieurs mouvements visibles , comme, par exemple, le mouvement de longitude, le mouvement de déclinaison, et aussi le mouvement (apparent) qu'on voit sur le cercle de l'horizon, dans Y amplitude
(1) L'auteur fait allusion, d'une part, au mouvement diurne qu'accomplit la sphère supérieure, ou la neuvième sphère, de l'orienta l'occident, dans l'espace de 24 heures, et d'autre part, au mouvement périodique de la planète de Saturne, de l'occident à l'orient, qui dure trente ans. Cf. le tome 1er, pag. 357, note 3.
(2) C'est-à-dire , aucun de ses contemporains.
(3) Ceci n'est pas entièrement exact, et l'auteur a seulement voulu donner un nombre rond. Aristote dit que, selon un système, on doit admettre cinquante-cinq sphères, et selon un autre, quarante-sept. Voy. Mêlaph., XII, 8. Ibn-Sinâ , que notre auteur a probablement suivi, s'exprime plus exactement en disant que, selon Aristote, si les Intelligences sont en raison des sphères , il y en aura environ cinquante : « et sequetur secundum sententiam magistri primi quod sunt circiter quinquaginta et amplius. » Voy. Avicennœ opéra, Metaphysica, liv. IX, chap. 3 (fol. 104 recto, col. b.)
des levants et des couchants (*). Mais ce n'est pas là notre but, et nous revenons à notre sujet &K
Si les philosophes modernes ont dit que les Intelligences sont au nombre de dix, c'est qu'ils ont compté les globes ayant des astres et la sphère environnante , bien que quelques-uns de ces globes contiennent plusieurs sphères. Or, ils ont compté neuf globes, (à savoir) la sphère qui environne tout, celle des étoiles fixes, et les sphères des sept planètes. Quanta la dixième Intelligence, c'est l'intellect actif, dont l'existence est prouvée par nos intellects passant de la puissance à l'acte, et par les formes survenues aux êtres qui naissent et périssent , après qu'elles n'ont été dans leurs matières qu'en puissance (3). Car,
(1) L'auteur veut dire, ce me semble, qu'en supposant à une planète une sphère inclinée, c'est-à-dire une sphère dont l'axe est oblique à l'écliptique et dont les pôles par conséquent s'écartent de ceux de la sphère des étoiles fixes; on se rend compte à la fois 1° du mouvement périodique en longitude, ou d'occident en orient , 2° du mouvement de déclinaison vers le nord ou le sud, et 3° du mouvement qui s'aperçoit sur le cercle de l'horizon dans les arcs compris entre l'équateur et la limite du lever et du coucher de chaque planète {amplitude ortive et occasé) : car, par suite du mouvement de déclinaison, les points des levers et des couchers des planètes varient de jour en jour dans l'étendue de ces arcs de l'horizon.
(2) Littéralement : à ce dans quoi nous étions.
(3) Ainsi que nous l'avons dit, l'auteur, dans cette énumération des Intelligences, a suivi Ibn-Sinâ, qui, outre l'Intelligence suprême, ou Dieu, admet dix Intelligences, dont la première, qui émane directement de Dieu (Cf. ci-après, chap. xxn), est celle de la sphère du mouvement diurne, qui environne tout l'univers, et dont la dernière, émanée de l'Intelligence de la sphère lunaire, est Yintellect actif. Voy. Avicennœ opéra, Metaph. , IX, l; c. : « Si autem circuli planetarum fuerint sic quod principium motus circulorum uniuscujusque planetarum sit virtus fluens a planeta, tune non erit longe quin separata sint secundum numerum planetarum, non secundum numerum circulorum ; et tune eorum numerus est decem post primum (c'est-àdire Dieu). Primum autem eorum est Intelligentia quae non movetur, cujus est movere sphaeram corporis ullimi (c'est-à-dire la sphère diurne).
tout ce qui passe de la puissance à l'acte a nécessairement en dehors de lui quelque chose qui l'y fait passer ; et il faut que cet
Deinde id quod sequitur est quod movet sphaeram fixarum. Deinde sequitur quod movet sphaeram Saturni. Simili ter est quousque pervenitur ad Intelligentiam a qua fluit super nostras animas ; et haec est Intelligentia mundi terreni, et vocamuseam Intelligentiam agentem. » Ibn-Roschd, identifiant la sphère du mouvement diurne avec celle des étoiles fixes , n'admet que huit sphères. Voy. Epilome in libros metaph., tract. îv (fol. 182, col. a) : « Tandem apud me est remotum quod inveniatur orbis nonus sine stellis; nam orbis est stellarum gratia, quae sunt nobilior pars ejus.... Orbis autem qui movet motum magnum est nobilior caeteris orbibus; quapropter non videtur nobis quod sit sine stellis, immo apud me estimpossibile. » D'après cela , il n'y aurait en tout que neuf Intelligences séparées, dont la dernière, comme dans la théorie d'Ibn-Sinâ, est Y intellect actif. Celui-ci donc, selon la théorie des Arabes, est dans un rapport intime avec l'Intelligence de la sphère lunaire, dont il émane directement , mais avec laquelle il ne faut pas l'identifier. — [ Dans mes Mélanges de philosophie juive et arabe, au commencement de la page 332 (Cf. aussi pag. 165 et 448, et le t. 1 de cet ouvrage, pag. 277, et note 3), je me suis exprimé à cet égard d'une manière inexacte, et j'aurais dû dire : «De la dernière de ces Intelligences séparées, qui préside au mouvement de la sphère la plus rapprochée de nous (celle de la lune), émane l'intellect actif, etc.»] — Le passage d'Ibn-Roschd (/. c, fol. 184, col. d) , qu'on a souvent cité pour montrer que, selon cet auteur, l'intellect actif est lui-même le moteur de la sphère lunaire (voy. Ritter, Geschichle der philosophie, t. YI1I, p. 148), est ainsi conçu dans la version hébraïque : "niD^ N1H byiSH ^Dtrm
nTn bibi y:D imn ronoa D^an ib>* *pD». Le mot rpoo me
paraît être une traduction inexacte des mots arabes j±A çj* , et il faut traduire ainsi : « L'intellect actif émane du dernier de ces moteurs en rang (c.-à-d. de celui de ces moteurs qui par son rang est le dernier), que nous supposons être le moteur de la sphère de la lune. » Pour ne laisser aucun doute à cet égard, je citerai ici un passage du commentaire de Moïse de Narbonne sur le Makâcid d'Al-Cazâli , vers la fin de la IIe partie, ou de la Métaph., où l'on expose (d'après Ibn-Sîna) la théorie des sphères et de leurs intelligences (voy. ms. hébr. du fonds de l'Oratoire, n° 93, fol. 179 a) : ^OtrnîT DH11Û D^ÏDl^Sn *01 1BH }3 MÔtfl
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efficient soit de la même espèce que la chose sur laquelle il agit (f>. En effet, le menuisier ne fait pas le coffre parce qu'il est artisan , mais^ parce qu'il a dans son esprit la forme du coffre; et c'est la forme du coffre , dans l'esprit du menuisier, qui a fait passer à l'acte et survenir au bois la forme (objective) du coffre. De même, sans aucun doute, ce qui donne la forme est une forme séparée , et ce qui donne l'existence à l'intellect est un intellect , à savoir X intellect actif ; de sorte que l'intellect actif est aux éléments et à ce qui en est composé , ce que chaque intelligence séparée , appartenant à une sphère quelconque, est à cette sphère (2), et que le rôle de Yintellect en acte existant dans nous , lequel est émané de Yintellect actif et par lequel nous percevons ce dernier , est le même que celui de l'intellect existant dans chaque sphère , lequel est émané de l'intelligence séparée, et par lequel elle (la sphère) perçoit Yintelli-
■UûrYDK iàh rYfcP3ttMT. » Ibn-Roschd et tous les philosophes conviennent que Yintellect actif n'est le moteur d'aucune sphère céleste. Mais, selon Ibn-Roschd, il est la dixième des Intelligences séparées, si l'on y comprend aussi l'Intelligence première (ou Dieu); tandis que, selon Abou- 'Hamed (al-Gazâli) , il est la dixième des Intelligences causées, sans compter Y Être nécessaire (c.-à-d. la première cause absolue, ou Dieu).» — Cf. Albert le Grand, De Causis et processu universitatis , liv. I, tract, iv, cap. 8 (opp. t. V, p. 562 a) : « Post Intelligentiam autem orbis lunae et ipsum orbem lunae, qui (sicut dicit Aristoteles) in aliquo terrestris est, est Intelligentia quae illustrât super spbaeram activorum et passivorum, cujus lumen diffundit in activis et passivis, quse super animas hominum illustrât, et cujus virtus concipitur in seminibus generatorum et passivorum. »
(1) Littéralement : et il faut que ce qui [ait sortir (ou passer à l'acte) soit de l'espèce de ce qui est fait sortir.
(2) Les éditions de la version hébraïque d'Ibn-Tibbon portent: Kinn blbti invm fcTM te» te Drv; on voit qu'il y manque l'équivalent des mots arabes -|te tel- Dans ies mss- de cette version on lit, comme dans celle d'Al-'Harizi : «inn teteb'tetel TrrrtWi; le mot teb:0 rend le mot arabe *|te^N3, que portent quelques mss. ar. au lieu de -|te tel-
gence séparée , la conçoit , désire s'assimiler à elle , et arrive ainsi au mouvement. Il s'ensuit aussi pour lui (*) ce qui déjà a été démontré, à savoir : que Dieu ne fait pas les choses par contact; quand (par exemple) il brûlée), c'est par l'intermédiaire du feu , et celui-ci est mû par l'intermédiaire du mouvement de la sphère céleste, laquelle à son tour est mue par l'intermédiaire d'une Intelligence séparée. Les Intelligences sont donc les anges qui approchent (de Dieu) ^, et par l'intermédiaire desquels les sphères sont mises en mouvement. Or , comme les Intelligences séparées ne sont pas susceptibles d'êlre nombrées sous le rapport de la diversité de leurs essences , — car elles sont incorporelles, — il s'ensuit que, d'après lui (Aristote), c'est Dieu qui a produit la première Intelligence, laquelle met en mouvement la première sphère, de la manière que nous avons exposée; l'Intelligence qui met en mouvement la deuxième
(1) C'est-à-dire, pour Arislole, à qui notre auteur attribue le fond de la théorie qu'il vient d'exposer.
(2) Littéralement : mais (il en est) comme (quanti) il brûle par V intermédiaire, etc. — Ibn-Tibbon, ayant pris les mots JN NDDD dans leur sens ordinaire de de même que, a écrit, pour compléter la phrase, b^H |!D (de même la sphère) , tandis que tous les mss. ar. portent simplement "lb^Nl (et la sphère).
(3) Les mots y>?J*U *£j}m sont empruntés au Korân (chap. IV, v. 170), où ils désignent la Ire classe des anges, ou les chérubins. On ne saurait admettre que Maïmonide, dans un ouvrage destiné aux Juifs, ait reproduit avec intention une expression du Korân. Tout le passage est sans doute emprunté à l'un des philosophes arabes, probablement à Ibn-Sînâ, ou à Al-Gazàli. Ce dernier, parlant des philosophes, s'exprime en ces termes (Destruction des philosophes, XVIe question, vers, hébr.):
o^Nbûntn D^atan nwsa on D*ûwn D'ONtorl» ûbti insi owsiion D^trn an o^mpnon D^ni-a D*»*rip3n. «ils prétendent
que les anges célestes sont les âmes des sphères , et que les anges qui approchent, appelés chérubins, ^sont les Intelligences abstraites (ou séparées).» Cf. Àverroès, Deslr. destructionis , disputât, xvi, au commencement. — Sur l'identification des anges avec les Intelligences séparées, voy. ci-après, chap. vi.
sphère n'a pour cause et pour principe que la première Intelligence , et ainsi de suite (*) ; de sorte que l'Intelligence qui met en mouvement la sphère voisine de nous (v2) est la cause et le principe de Vintellect actif. Celui-ci est la dernière des Intelligences séparées (3), de même que les corps aussi, commençant par la sphère supérieure , finissent par les éléments et par ce qui se compose de ceux-ci. On ne saurait admettre que l'Intelligence qui met en mouvement la sphère supérieure soit ellemême 1' 'Etre nécessaire (absolu) ; car, comme elle a une chose de commun avec les autres Intelligences , à savoir, la mise en mouvement des corps (respectifs) , et que toutes elles se distinguent les unes des autres par une autre chose, chacune des dix- est (composée) de deux choses (4), et , par conséquent , il faut qu'il y ait une cause première pour le tout.
Telles sont les paroles d'Arislote et son opinion. Ses preuves ^5)
(1) En d'antres termes : Comme les Intelligences ne constituent pas d'essences diverses, distinctes les unes des autres, de manière à pouvoir être nombrées comme des unités diverses, il s'ensuit qu'elles ne peuvent l'être qu'en tant qu'elles sont les causes et les effets les unes des autres ; de sorte que Dieu n'est la cause immédiate que de la première Intelligence, laquelle à son tour est la cause de la deuxième Intelligence , et ainsi de suite. Voy la xvic des propositions placées en tête de cette IIe partie.
(2) C'est-à-dire, la sphère de la lune.
(3) Littéralement : A celui-ci aboutit l'existence des Intelligences séparées.
(4) C'est-à-dire : Puisque, d'une part, la première Intelligence a cela de commun avec les autres qu'elle met en mouvement sa sphère respective, et que , d'autre part , toutes les intelligences se distinguent entre elles en ce qu'elles sont les causes et les effets les unes des autres , on peut distinguer dans la première, comme dans toutes" les autres, deux idées différentes, car elle est en même temps le moteur de la première sphère et la cause efficiente de la deuxième Intelligence; elle est donc composée, et elle ne saurait être considérée comme l'Être nécessaire, qui est d'une simplicité absolue. Cf. le chap. XXII de cette IIe partie.
(5) 11 manque ici, dans presque toutes les éditions de la version d'Ibn-Tibbon, le mot vrïPNT) qu'on trouve dans les mss. et dans l'édition princeps.
i)"2 DEUXIÈME PARTIE. — CHAP. IV, V.
sur ces choses ont été exposées , autant quelles peuvent l'être (■),, dans les livres de ses successeurs. Ce qui résulte de toutes ses paroles, c'est que toutes les sphères célestes sont des corps vivants, possédant une âme et un intellect ; qu'ellesconçoivent et perçoivent Dieu , et qu'elles perçoivent aussi leurs principes Œ ; enfin, qu'il existe des Intelligences séparées, absolument incorporelles, qui toutes sont émanées de Dieu, et qui sont les intermédiaires entre Dieu et tous ces corps (célestes). — Et maintenant je vais t'exposer, dans les chapitres suivants, ce que notre Loi renferme, soit de conforme, soit de contraire à ces opinions.