‹ Le guide des égarés; (volume 5)Chapitre 18 sur 64 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

Nous avons donc exposé que le mot malâkh (ange) est un nom homonyme et qu'il embrasse les Intelligences, les sphères et les éléments ; car tous ils exécutent un ordre ^de Dieu). Mais il ne faut pas croire que les sphères ou les Intelligences soient au rang des autres forces (purement) corporelles, qui sont une naturel et qui n'ont pas la conscience de leur action; au contraire, les sphères et les Intelligences ont la conscience de leurs actions, et usent de

(1) C'est-à-dire, ce qui, dans la manière de voir d'Aristote, est contraire à la nôtre. Au lieu de NJ£^N3% quelques mss. portent NIB^fcC*, ce qui est évidemment une faute. Ibn-Tibbon et Al-'Harizi paraissent avoir lu np^«3\; le premier traduit : iVd 7ÏÏ2 pibrv IttfN bltt; le

second : 1^3 pyn nn pVin Nïnîf înpbra ta».

(2) Cf. le t. I, p. 363-364, et ci-après , chap. x.

(3) L'auteur veut dire que les sphères célestes et les intelligences n'agissent pas sans volonté, comme les forces aveugles de la nature sublunaire. Cf. ci-dessus, pag. 52, n. 2.

liberté pour gouverner (*). Seulement, ce n'est pas là une liberté comme la nôtre, ni un régime comme le nôtre, où tout dépend de choses (accidentelles) nouvellement survenues. La Loi renferme plusieurs passages qui éveillent notre attention là-dessus. Ainsi, p. ex. , Tange dit à Loth : Car je ne puis rien faire, etc. (Gen. xix, 22); et il lui dit en le sauvant : « Voici, en cette chose aussi j'ai des égards pour toi» (ibid., v. 21); et (ailleurs) on dit: « Pre?ids garde àlui(â l'ange), écoute sa voix etne te révolte pas contre lui; car il ne pardonnera point votre péché parce que mon nom est enlui » (Exode, xxin, 21). Tous ces passages t'indiquent qu'elles agissent avec pleine conscience^2) et qu'elles ont la volonté et la liberté dans le régimcqui leur aété confiée, dememequenousavonsune volonté dans ce qui nous a été confié et dont la faculté nous a été donnée dès notre naissance. Nous cependant, nous faisons quelquefois le moins possible ; notre régime et notre action sont précédés de

(1) Littéralement : elles choisissent (librement) et gouvernent; c'est-àdire: dans le régime du monde qui leur est confié, elles agissent avec pleine liberté. Les deux participes HiNrÔO et niznoi sont connexes, et le premier doit être considéré en quelque sorte comme adverbe du second, comme s'il y avait INTÔND n"Û"101 ; cela devient évident par ce qui est dit plus loin : Dîlb f\h NO ifî "ÎNTDN") ITT*ON Dï"lb 0711)2) TSinbtf ]0 « et qu'elles ont la volonté et la liberté dans le régime qui leur a été confié ».

(2) Littéralement: qu'elles perçoivent (ou comprennent) leurs actions. Le pronom suffixe doit se rapporter aux sphères et aux intelligences. L'auteur l'a mis au pluriel masculin en pensant aux anges, dont parle le texte, et qui, selon lui, ne sont autre chose que les forces émanées des sphères célestes et de leurs intelligences. Dans les passages cités, on attribue évidemment à ces anges une parfaite liberté d'action.

(3) lbn-Tibbon traduit : nnS JjSttflntP H02, « qui leur a été inspiré », et de môme immédiatement après )^b yfîEHW H02. Ibn-Falaquéra a déjà relevé cette faute en faisant remarquer que le traducteur a confondu ensemble les racines <jp>» et {j*-ù , dont la seconde se construit avec <ic, et non pas avec J. Voy. More ha-Moré, appendice, pag. 154.

privation M , tandis qu'il n'en est pas ainsi des Intelligences et des sphères. Celles-ci, au contraire, font toujours ce qui est bien, et il n'y a chez elles que le bien , ainsi que nous l'exposerons dans d'autres chapitres; tout ce qui leur appartient se trouve parfait et toujours en acte, depuis qu'elles existent.

Page 1