‹ Le guide des égarés; (volume 5)Chapitre 19 sur 64 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

C'est une des opinions anciennes répandues (2) chez les philosophes et la généralité des hommes, que le mouvement des sphères célestes fait un grand bruit fort effrayant (3). Pour en donner la preuve, ils disent que, puisque les petits corps ici bas (*), quand ils sont mus d'un mouvement rapide, font entendre un grand bruit et un tintement effrayant, a plus forte

(1) Le mot privation a ici le sens aristotélique du mot grec aripriaiç; l'auteur veut dire que pour nous la puissance précède Y acte (car, tout en ayant la faculté d'agir, nous n'agissons pas toujours en réalité), tandis que les sphères et les intelligences sont , sous tous les rapports , toujours en acte.

(2) Les mss. ont, les uns iTjjfcnbN, les autres iïywibN. Al-'Harîzi, qui a rVÛ^non , paraît avoir exprimé la première de ces deux leçons. Nous préférons la seconde, qu'il faut prononcer *x>î*>Ji, de la racine £Ô, et qu'lbn-Tibbon a bien rendue par D^tPfîruon.

(3) Littéralement : a des sons fort effrayants et grands. Dans la plupart des mss. , l'adverbe fcnj est placé avant riû^JJ '■> Ie manuscrit de Leyde, n°18, porte fcnJ ftoDy H^Nn, leçon qui a été suivie par les deux traducteurs hébreux.

(-4) Littéralement : qui sont près de nous. Les mots arabes ^?*>J &D reproduisent exactement les mots grecs twv nuf -hpïv qu'on trouve dans le passaged'Aristote auquel il est ici fait allusion. Voy. le traité du'Ciel,

liv. II, chap. 9 : Sov.sî yûp TiGVJ àvccyxaïov stvai tïj/Î"/oÛtwv yîpopivwv ff&>parwv yiyjzaQKi ^oyov, Iksl scac twv Tzup rçjxîv q3ts tovî ô'yxou? è^ôvTwv taouç OVT£ TQtOVTW Ta^ît 'ftpouivwj. îu r. )..

raison les corps du soleil , de la lune et des étoiles , qui sont si grands et si rapides. Toute la secte de Pvthagore croyait qu'ils ont des sons harmonieux, qui, malgré leur force , sont proportionnés entre eux , comme le sont les modulations musicales ; et ils allèguent 0) des causes pourquoi nous n'entendons pas ces sons si effrayants et si forts. Cette opinion est également répandue dans notre nation C2). Ne vois-tu pas que les docteurs décrivent le grand bruit que fait le soleil en parcourant chaque jour la sphère céleste (3) ? Et il s'ensuit la même chose pour tous (les autres astres). Cependant Aristote refuse (d'admettre) cela et montre qu'ils n'ont pas de sons. Tu trouveras cela dans son livre du Ciel, et là tu pourras t'instruire sur ce sujet. Ne sois pas offusqué de ce que l'opinion d'Aristote est ici en opposition avec celle des docteurs ; car cette opinion , à savoir qu'ils (les astres) ont des sons , ne fait que suivre la croyance (qui admet) « que la sphère reste fixe et que les astres tournent (4) ». Mais

(1) Littéralement : et ils ont une altégation de causes. La version d'Ibn- Tibbon, nby nnb Dr6 OT, n'est pas exacte. La cause qu'ils allèguent, c'est que nous sommes habitués dès notre naissance à ces sons perpétuels qu'aucun contraste de silence ne fait ressortir pour nos oreilles. Voyez Aristote, L c.

(2) Les éditions de la version d'Ibn-Tibbon portent 12TG1J0N3, dans notre croyance; mais les mss., de même que les commentaires, ont 'HnOINS. Selon quelques commentateurs, l'auteur ferait allusion à un passage d'Ezéchiel (ch. I, v. 24) : Et y entendis le bruit de leurs ailes, semblable au bruit des grandes eaux, à la voix du Tout-Puissant. Il est plus que probable qu'il a eu en vue un passage talmudique, que nous citons dans la note suivante.

(3) L'auleur veut parler sans doute d'un passage du Talmud de Babylone, traité Yômâ, fol. 20 b, où on lit ce qui suit : ]0^in mblp V?bv

yipi *ùr\ b& n:ion bipi non bib) bip fn ib«i iôid -iyi Dbiyn rpoo

CpH 7Q nNÎÉViy njtfPa HÛtM « Trois voix retentissent d'une extrémité du monde à l'autre ; ce sont : la voix de la sphère du soleil , le tumulte de la ville de Rome , et le cri de l'âme qui quitte le corps. » Cf. Beréschîlh rabbâ, sect. 6 (fol. 5, col. d).

(4) Yoy. Talmud de Babylone, traité Pcsa'hîm, fol. 94 b : b^lty» sD3n

tu sais que dans ces sujets astronomiques, ils reconnaissent à l'opinion des sages des nations du monde la prépondérance sur la leur: c'est ainsi qu'ils disent clairement : « Et les sages des nations du monde vainquirent C1) ». Et cela est vrai ; car tous ceux qui ont parlé sur ces choses spéculatives ne l'ont fait que d'après le résultat auquel la spéculation les avait conduits; c'est pourquoi on doit croire ce qui a été établi par démonstration (2).

-mn btii onoiN btoyh mai** wn pnn rnVvtai yinp Wa tinbin

(^inp mbîûï « Les sages d'Israël disent : La sphère reste fixe et les astres tournent; les sages des nations du monde disent : la sphère tourne et les astres restent fixes. » Aristote aussi met en rapport l'opinion des pythagoriciens avec celle qui attribue le mouvement aux astres eux-mêmes et non pas à la sphère dans laquelle ils seraient fixés. Voy.

Traité du Ciel, liv. II, chap. 9 : Oo-a pèv yàp aura <pipzTct.i, T701ZÏ $ôfov xat ir^yrçïjv. oca § h ^ïjoojzévw èvSiSstat yj èvonûpyjt, v.v.Qé.T:zp h t&> nOcoîw tk pépia oO^ olôv ts ^o^îïv, x. t. a. Selon Aristote, qui combat l'opinion des pythagoriciens, les astres restent fixes dans leurs sphères respectives, qui les entraînent avec elles dans leur mouvement. Voy. ibid., chap. 8.

(1) Ces mots ne se trouvent pas, dans nos éditions du ïalmud, à la suite du passage de Pesa'hîm que nous avons cité dans la note précédente; aussi quelques auteurs juifs ont-ils exprimé leur étonnement de cette citation de Maïmonide. Voy. R. Azariah de' Rossi, Meôr'Enaïm, chap. XI (édit. de Berlin, f. 4-8), et le Sépher ha-berîlh (Brunn, 1797, in-4°), lre partie, liv. II, chap. 10 (fol. U b). Cependant plusieurs auteurs disent avec Maïmonide, et en citant le même passage duTalmud, que , sur ce point , les sages d'Israël s'avouèrent vaincus par les sages des autres nations. Voy. Isaac Arama, 'Akédà, chap XXXVII (édit. de Presburg, 1849, in-8°, t. II, fol. 39 a); David Gans, dans son ouvrage astronomique intitulé Nehemâd we-naîm, §§ 13 et 25. Ce dernier, après avoir cité le passage du traité de Pesahîm, ajoute que le grand astronome Tycho-Brahe lui avait dit que les sages d'Israël avaient eu tort de s'avouer vaincus et d'adopter l'opinion des savants païens, évidemment fausse. — 11 faut supposer que les paroles citées par Maïmonide se trouvaient , dumoinsde son temps, dans certains mss. duTalmud; les autres auteurs qui les citent ont pu les prendre dans l'ouvrage de Maïmonide sans vérifier la citation.

(2) Littéralement : ce dont la démonstration a été avérée et établie.

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