‹ Le guide des égarés; (volume 5)Chapitre 58 sur 64 · CHAPITRE XLVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVII

Il est indubitablement clair et manifeste que les prophètes, le plus souvent , prophétisent par des paraboles (3) ; car ce qui sert d'instrument pour cela, je veux dire la faculté imaginative, produit cet effet. Il faut, de même, qu'on sache quelque chose

(1) Les éditions de la version d'Ibn-Tibbon ont : p nii'y NlHir; il faut lire, selon les mss., 13 r\vy Nint?.

(2) C'est-à-dire , qu'elle fait partie de l'ensemble d'un récit qui a un sens parabolique.

(3) Mot à mot : que la plupart de la prophétie des prophètes (se fait) par des paraboles. Ibn-Tibbon a: rfiN'D} ni"lli% « que la plupart des prophéties » . Al-'Harîzi a plus exactement nN"D3 au singulier.

des métaphores et des hyperboles ('); car il s'en trouve parfois dans les textes des livres prophétiques. Si l'on y prenait (telle expression) au pied de la lettre^, sans savoir que c'est une hyperbole et une exagération , ou si l'on prenait (telle autre expression) dans le sens qu'indiquent les mots selon leur acception primitive , sans savoir que c'est une métaphore , il en naîtrait des absurdités. Ils (les docteurs) ont dit clairement : « L'Écriture emploie le langage exagéré », c'est-à-dire l'hyperbole , et ils ont cité pour preuve ces mots : des villes grandes et fortes, jusqu'au ciel (Deutér., I, 28) (3\ ce qui est juste. De la catégorie de l'hyperbole sont aussi ces mots : car l'oiseau du ciel emportera la voix (Ecclésiaste, X, 20). De la même manière on a dit : ... dont la hauteur était comme celle des cèdres, etc. (Amos, II, 9). Cette manière (de s'exprimer) se rencontre fréquemment dans les paroles de tous les prophètes, je veux parler des expressions employées par manière d'hyperbole et d'exagération , et non (pour parler) avec précision et exactitude.

De cette catégorie n'est point ce que le Pentateuque dit de 'Og : '"Dl brû feny îcnj; nin, son lit, un lit de fer etc. (Deutéronome, III, 1 1) ; car eny est le lit, comme niïjn laitnj; *)N, notre lit est verdoyant Gant., I, 16). Or, le lit d'un homme n'a pas exacte-

(1) Sur le mot nmn (*U*t), nom d'action de la IVe forme de la racine Js, voy. ci-dessus, pag. 217, notel. La version d'Ibn-Tibbon a, pour le mot nNNMN^Nl, les deux mots nïDrum rvtfbsnm ; son ms. arabe avait peut-être en plus le mot nN^NHD^Nl , de même qu'on lit plus loin : fr^NSDI N^N-

(2) Les mots Tinn ^b]ï signifient proprement d'une manière exacte; c'est-à-dire : si on s'attachait au sens exact des termes, sans y voir rien d'hyperbolique. Dans la version d'Ibn-Tibbon , les mots DyCtt'DS D^pIpllD sont une double traduction des mots arabes Tnnn ^V- Al-'Harîzi traduit: ny^n by pTEÔI, comme s'il avait lu dans son texte arabe T"ipn ^by, cette leçon se trouve en effet dans un de nos mss., mais elle n'offre pas de sens plausible.

(3) Voy. Talmud de Babylone, traité 'Hullîn, fol. 90 b; traité Tamtd, chap. Iï, § 1.

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ment la mesure de celui-ci ; car ce n'est pas un vêlement dont il se revête. Au contraire, le lit est toujours plus grand que la personne qui y couche, et il est d'usage, comme on sait, qu'il dépasse d'environ un tiers la longueur de la personne. Si donc la longueur de ce lit est de neuf coudées, la longueur de celui qui y couche sera, selon la proportion habituelle des lits, de six coudées, ou un peu plus. Les mots ^^ nc*o, selon la coudée d'un homme (Deutéron , /. c.), signifient : selon la coudée d'une personne (Ventre nous, je veux dire, d'entre le reste des hommes, et non pas selon la coudée de 'Og; car tout individu a ordinairement les membres proportionnés (0. On voulait donc dire que la taille de 'Og était deux fois <2) celle d'une personne d'entre les autres hommes, ou un peu plus (3). Sans doute, c'est là une anomalie pour les individus de l'espèce; mais ce n'est nullement impossible.

Quant à ce que le Pentateuque rapporte en fait du chiffre (4)

(1) Et, par conséquent, la coudée de 'Og était plus grande qu'une coudée ordinaire.

(2) Au lieu du duel •s'pniD, plusieurs mss. ont ^f\0 au singulier; de même Al-'Harîzi : i:^^ "piN 1ED, comme la longueur d'une personne etc. Mais c'est là une faute très grave, et la version d'Ibn-ïibbon, qui a ^£2, le double, confirme la leçon ^rïO (pour laquelle quelques mss. ont incorrectement N$no). L'auteur veut dire que le texte du Deutéronome, en donnant au lit de 'Og une longueur de neuf coudées, fixe la taille de 'Og à six coudées, ce qui fait le double de la taille d'un homme ordinaire. — L'ancienne coudée hébraïque était d'environ 525 millimètres (voy. mon Histoire de la Palestine, p. 397), et la longueur que l'auteur attribue ici à la taille ordinaire ferait 1 mètre 575 millimètres; par conséquent, la taille de 'Og aurait été de mètres 3,15.

(3) Tous les mss. arabes ont "TON, et de même Al-'Harîzi, inr IN Dyïï- Ibn-Tibbon a, par erreur: £2];E H1Î1S *X, ou un peu moins. Dans un ms. on lit : Dyt3 "UTP IN HlIlS *N, »>* peu plus ou moins.

(4) Au lieu de T"inn, °iui signifie ici indication exacte, en toutes lettres, quelques mss. ont Tinn (avec daleth), fixation, détermination. Ibn- Tibbon a traduit dans ce sens : Qnn D^NH H& mOD; Al-Harizi:

des âges de certaines personnes, je dis, moi, que la personne (chaque fois) désignée atteignit seule cet âge (qu'on lui attribue), tandis que les autres hommes n'atteignaient que les âges naturels et habituels. L'anomalie, dans tel individu, ou bien provenait de plusieurs causes (existant) dans sa manière de se nourrir et dans son régime, ou bien il faut y voir l'effet d'un miracle C1). Il n'y a pas moyen de raisonner là-dessus d'une autre manière.

De même encore, il faut porter une grande attention aux choses qui ont été dites par métaphore. Il y en a .qui sont claires et évidentes et qui n'ont d'obscurité pour personne, comme, par exemple, quand on dit: Les montagnes et les collines éclateront de joie devant vous, et toics les arbres des champs frapperont des mains (ïsaïe, LV, 12) , ce qui évidemment est une métaphore. Il en est de même , quand on dit : Même les cyprès se sont réjouis à cause de toi etc. (Ibid., XIV, 8), ce que Jonathan ben-Uziel a paraphrasé ainsi : « même les souverains se sont réjouis à cause de toi, ceux qui sont riches en biens », y voyant une allégorie comme (dans ce passage) : la crème des vaches et le lait des brebis etc. (Deutéron., XXXII, 14) (<~\ Ces métaphores sont extrêmement nombreuses dans les livres prophétiques; il y en a dans lesquelles le vulgaire même reconnaît des métaphores, mais il y en a d'autres qu'il ne prend pas pour telles. En effet , personne ne saurait douter que ces paroles : l'Éternel t'ouvrira son bon trésor etc. (Deutéron., XXVIII, 12) ne soient une métaphore , Dieu n'ayant pas de trésor qui renferme la pluie. De même, quand on dit : // a ouvert les battants du ciel et leur a fait pleuvoir la manne (Ps. 'LXXVJII, 23-24), personne ne croira qu'il y ait dans le ciel une porte et des battants ; mais cela

(1) Littéralement : ou bien par la voie du miracle et procédant à la guise de celui-ci.

(2) L'auteur veut dire que la paraphrase chaldaïque de Jonathan , au passage d'Isaïe, est semblable à celle que donne Onkelos au passage du Deutéronome (XXXII, U) : *£1 prWbttn pïTOblD nt2 ])T\b 2ÏT, // leur a donné le butin de leurs rois et de leurs souverains, etc.

(est dit) selon la manière de la similitude, qui est une espèce de la métaphore. C'est ainsi qu'il faut entendre ces expressions : Les deux s'ouvrirent (Ézéch., I, 1); sinon, efface-moi de ton livre que tu as écrit (Exode, XXXII, 3*2); je V effacerai de mon livre (Ibid., v. 53) ; qu'ils soient effacés du livre des vivants (Ps. LXIX, 29). Tout cela (est dit) selon la manière de la similitude; non pas queDieu ait un livre, dans lequel il écrive et efface, comme le croit le vulgaire, ne s'apercevant pas qu'il y a ici une métaphore.

Tout (ce que j'ai dit) est de la même catégorie. Tout ce que je n'ai pas cité , tu le compareras à ce que j'ai cité dans ce chapitre ; sépare et distingue les choses par ton intelligence, et tu comprendras ce qui a été dit par allégorie, ce qui a été dit par métaphore , ce qui a été dit par hyperbole , et ce qui a été dit exactement selon ce qu'indique l'acception primitive (des termes). Et alors toutes les prophéties te deviendront claires et évidentes ; tu auras des croyances raisonnables, bien ordonnées et agréables à Lieu , car la vérité seule est agréable à Dieu, et le mensonge seul lui est odieux. Que tes idées et tes pensées ne s'embrouillent pas, de manière que tu admettes des opinions peu saines, très éloignées de la vérité, et que tu les prennes pour de la religion! Les préceptes religieux ne sont que la vérité pure, si on les comprend comme on doit; il est dit: Tes préceptes sont éternellement justes etc. (Ps. CXIX, 144), et il est dit encore : Moi, l'Eternel, je profère ce qui est juste (Isaïe, XLV, 19). Par ces réflexions, tu échapperas aussi à l'imagination d'un monde que Dieu n'a pas créé(1) et à ces idées corrompues dont quelquesunes peuvent conduire à l'irréligion et à faire admettre dans Dieu une défectuosité, comme les circonstances de la corporéité, des

(I) Littéralement : par cette considération aussi, tu seras sauvé de ïima- (jination d'un être que Dieu n'a pas produit; c'est-à-dire : en te pénétrant bien do tout ce qui vient d'être dit, tu ne seras plus exposé à l'imaginer l'existence de ces êtres extraordinaires qui n'ont jamais existé dans le monde réel.

attributs et des passions, ainsi que nous l'avons exposé W, à moins que tu ne croies que ces discours prophétiques soient un mensonge (-). Tout le mal qui conduit à cela, c'est qu'on néglige (3) les choses sur lesquelles nous avons appelé l'attention; mais ce sont là aussi des sujets (qui font partie) des secrets de la Loi, et, quoique nous n'ayons parlé là-dessus que d'une manière sommaire, il sera facile, par ce qui précède, d'en connaître les détails.

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