‹ Le guide des égarés;Chapitre 18 sur 93 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

11 (le prophète) raconte avoir vu quatre 'hayyôth (figures d'animaux) dont chacune avait quatre faces» quatre ailes, et deux mains; l'ensemble de la configuration de chaque 'hayyâélml une figure d'homme, comme il dit : elles avaient une ressemblance

placement par la face de chérubin. Au lieu de niru Ibn-Tibbon parait avoir lu rpn » car il traduit (ross. et édit. princeps) : ne? n b D DJDN1 ; les éditeurs, ayanl trouvé celte version un peu obscure, ont ajouté avant H^D le verbe IDN- Cependant le mot arabe rpn ne s'emploie que dans le sens de lettre ou particule, el n'aurait pu être employé ici pour désigner l'expression nty ^fî. Al-'Harîzi traduit plus exactement :

(1) Voy. t. Il, chap. xliii, p. 327, oti l'auteur dit que les prophètes en nommant un objet qui leur a apparu dans une vision font quelquefois allusion à un autre objet qui porte un nom analogue. L'auteur ne dit pas de quelle étymologie il veut parler ici. Peut-être veut-il dire que le mot "ni? (bœuf) a été remplacé par chérubin , désignant un jeune homme , pour indiquer l'idée de contemplation que renferme la racine hébraïque "W et qui ne peut s'appliquer qu'à un être humain. Cf. le commentaire d'Éphôdi.

(2) Littéralement : ce par quoi nous avons commencé l'explication; c'est-à-dire, ce que nous avons cru devoir expliquer préalablement avant d'entrer dans les détails de la vision d'Ézéchiel. La version d'Ibn- Tibbon , ywnb Ulbnnc HO , n'est pas exacte ; il faudrait traduire :

nwaa uiVnnir no.

humaine (Ézéchiel, l, 5) Il dit également que les mains étaient des mains d'homme (r. 8) , car on sait que les mains de l'homme sont formées de manière à pouvoir faire des ouvrages dan, ce dont on ne saurait douter (*). Ensuite, il dit que leurs pieds étaient droits, ce qui veut dire qu'ils n'avaient pas d'articulations; tel est le sens littéral des mois pieds droits (v. 7) (3>. Les docteurs disent également : « Leurs pieds étaient des pieds droits; cela veut dire que les êtres supérieurs ne s'asseyent pas(*>. » 11 faut aussi te bien pénétrer de cela. — Il dit encore que les plantes des pieds, organes de la marche, n'étaient pas comme (celles) d'un pied d'homme; les mains seules ressemblaient aux mains de l'homme, mais les pieds étaient arrondis comme la plante d'un pied de veau (y. 7) W. Puis il dit qu'entre chaque couple (6) de ces quatre 'hayyôth il n'y avait ni interstice, ni espace, et qu'au contraire elles étaient appliquées les

(1) Les quatre 'hayyôth représentent, selon Maïmonide, les quatre sphères, comme nous l'avons dit plus haut, p. 7, note 1. On a vu ce que sîgniBe leur figure humaine; le symbole des quatre ailes a été expliqué ailleurs, et on a vu que, selon notre auteur, elles représentent les quatre causes du mouvement des sphères. Voy. t. I, p. 179, et ibid., note 2 ; t. Il, p. 88, et ibid., note 1.

(2) Les deux mains représentent la double action des forces émanées des sphères célestes et dont l'auteur a parlé au chap. X de la II» partie (t. II , p. 89) ; cette double action consiste à donner naissance à toute chose, et à conserver ce qui est né. A l'endroit que nous venons d'indiquer, l'auteur compare également cette action à celle de l'art ou de la faculté artistique de l'homme (y/qtQ

(3) Les pieds ou les jambes sans articulations indiquent, selon l'auteur, le mouvement perpétuel des sphères , car celui qui veut s'asseoir pour se reposer de sa marche a besoin d'articulations.

(1) Voy. Beréschtth rabbà. secl. 65 (fol. 58, col. 3) : bxiOW 'l "IDN

*rep onb p« rrw* ton Drrtm ïdnjïp ntyo^ niron pu.

(5) L'auteur voit dans ces mots une allusion au mouvement circulaire des sphères; le mot (j3)?> veau, rappelle le mot ^ay, rond. Cf. t. Il, à la fin des chap. xxix et xliii.

(6) La plupart des mss. porlent Ncn3%2i au duel, ce qui veut dire : entre les 'hayyôth, prises deux à deux.

unes sur les autres, comme il est dit : attachées Vune à Vautre (v. 9)1*). Mais, ajoute-t-il, quoiqu'elles fussent appliquées les unes sur les autres^), leurs faces et leurs ailes étaient séparées en haut, comme il est dit : leurs faces et leurs ailes étaient séparées par en haut (v. 11). Remarque bieu l'expression par en haut; car les corps seuls étaient appliqués les uns sur les autres, tandis que leurs faces et leurs ailes étaient séparées, mais seulement par en haut P). C'est pourquoi il dit : Drpswi ûmfîl

(1) 11 faut se rappeler ce que l'auteur dit ailleurs des sphères célestes, étroitement emboîtées les unes dans les autres, sans laisser aucun vide. Voy. t. I, chap. lxxij, p. 357.

(2) Tous les mss. portent pptNbnO OniD yD, ce qui est incorrect, car les règles grammaticales demandaient lipmbno NHJ'D yo. Je crois

qu'il faut prononcer ]'ptt6no, au duel masculin, et que l'auteur, oubliant les 'hayyôth, a pensé aux sphères qu'elles représentent, car le mot tfLU, sphère, est du genre masculin ; il considère ici les sphères deux à deux , attachées l'une à l'autre. J'ai donc cru, pour obtenir une leçon entièrement correcte, devoir écrire NOnjl3, avec le suffixe duel , au lieu de Dî"U13 qu'ont les mss.

(3) On a déjà vu que les faces et les ailes représentent, selon l'auteur, les causes du mouvement des sphères. Parmi ces causes, trois sont inhérentes à chaque sphère, à savoir : sa sphéricité, son âme et son intellect ; la quatrième est l'Intelligence supérieure, objet du désir de chaque sphère. Celte quatrième cause est une Intelligence séparée de la sphère, et les différentes Intelligences séparées sont aussi distinctes entre elles, en ce qu'elles sont les causes et les effets les unes des autres. (Voy. t. Il , Introduction, seizième proposition, et ibid., p. 31, note 2.) C'est pourquoi le prophète dit que les faces et les ailes étaient séparées par en haut, ce qui veut dire que les causes supérieures du mouvement sont séparées de leurs sphères respectives et distinctes entre elles. Tel paraît être le sens des paroles obscures de Maïmonide; mais il ne nous donne aucune indication sur la manière dont il entend la suite du verset 1 1 :

mmrm:> m rnMD crnisn t^N nrmn oto t^Nb. Peut-être faut-il,

d'après Maïmonide, traduire ainsi ces mots : deux (ailes) étaient attachée* à chacune (des Itayyàih) et deux couvraient leurs corps, c'est-à-dire deux des causes motrices, à savoir la sphéricité et l'âme, sont inhérentes à chaque sphère, tandis que les deux autres planent en quelque sorte

ntyDbo nmfî 11 dit encore qu elles étaient brillantes comme la surface de ly airain poli (v. 7), et enfin qu'elles étaient aussi lumineuses, comme il est dit : leur aspect était comme des charbons de {eu (v. 13) (*). C'est là en somme ce qu'il dit de la configuration des 'hayyôth, à savoir, de leur figure, de leur substance^), de leur forme, de leurs ailes, de leurs mains et de leurs pieds.

Commençant ensuite à décrire de quelle manière sont les mouvements de ces 'hayyôth, il s'exprime à cet égard de la manière suivante : Dans les mouvements des ' hayyôth, dit-il, il n'y avait ni détour, ni déviation, ni courbure; c'était, au contraire, un mouvement uniforme, comme il dit : Elles ne se détournaient pas dans leur marche (v. i2j W. — Il dit ensuite que chacune des 'hayyôth suivait la direction de sa face, ce qu'il exprime par ces mots : chacune marchait du côté de sa face (v. 9). Ainsi, il dit clairement que chaque 'hayyâ ne marchait que (du

an-dessus d'elle; car l'Intelligence séparée» objet du désir de la sphère, se trouve en dehors d'elle, et l'intellect qui conçoit cet objet désiré est dans on intime rapport avec lui.

(1) Cette dernière phrase, qui se trouve dans plusieurs mss. arabes, a été supprimée dans les deux versions hébraïques , comme répétition inutile.

(5) L'auteur fait allusion d'une part aux sphères elles-mêmes, et d'autre part aux astres qu'elles renferment ; celles-là ont une matière pore et transparente, mais qui ne donne pas de lumière; ceux-ci, au contraire, sont lumineux sans être transparents. Voy. t. Il, chap. xix, p. 159-160.

(3) Au lieu de «mmil, lbn-Tibbon parait avoir lu «nmin» car sa version porte omfîl, de leurs faces; Àl-'Harizi a DDltyl, de leur sub-

(4) Voy. t. I, chap. lxxii, p. 357, ou l'auteur dit en parlant des sphères : « Elles ont toutes un mouvement circulaire égal , et dans aucune d'elles il n'y a ni précipitation, ni ralentissement; je veux dire qu'aocune de ces sphères ne se meut tantôt rapidement, tantôt lentement, mais que chacune, pour sa vitesse et sa manière de se mouvoir, reste «omise à sa loi naturelle. »

14 TROISIÈME PARTIE. — CHAP. If.

côlé) où était dirigée sa face 0>; mais puissé-je savoir de quelle Tace il s'agit, puisque chaque 'hayyâ avait plusieurs faces W ! Quoi qu'il en soit, les quatre ne marchaient pas du même côlé , car sans cela il n'aurait pas attribué à chacune un mouvement particulier en disant : chacune marchait du côté de sa face <3). — 11 dit encore que la manière de se mouvoir de ces 'hayyôth était une course (rapide) , et que c'était également par une course qu'elles revenaient sur leurs pas (*). C'est là ce qu'il ex-

(1) L'auteur fait allusion au désir qu'a chaque sphère de s'approcher de sa cause prochaine, ou de l'Intelligence séparée qui lui préside, et qui détermine son mouvement.

(2) L'auteur veut indiquer, ce me semble, qu'il peut rester quelques doutes sur le sens qu'il attribue au mol faee% et qu'il n'est pas prouvé d'une manière indubitable qu'il s'agisse du désir qui entraîne chaque sphère vers son Intelligence séparée. En effet, le mot face est équivoque, puisque le prophète attribue à chaque 'hayyâ quatre faces. Scion Schem- Tob, l'auteur ferait ici allusion à l'objection qu'il a faite aux philosophes, au chap. xix de la IIe partie (p. 162), en disant qu'on ne saurait attribuer aux Intelligences séparées une position de lieu et qu'on ne peut dire qu'elles soient à l'orient ou à l'occident.

(3) En tous cas, dit l'auteur, il est certain qu'il s'agit ici du mouvement des sphères, qui s'effectue en divers sens, car les unes se dirigent d'occident en orient et les autres d'orient en occident. Voy. 1. 1, p. 357, et t. II, p. 151 et p. 158. L'auteur n'a pu ici vouloir faire allusion à la sphère supérieure appelée la sphère diurne, et qui se meut d'orient en occident ; car, d'après lui, la sphère diurne est sans étoiles et ne compte pas au nombre des quatre sphères représentées par les quatre 'hayyôth. Ces dernières, comme on Ta déjà vu, p. 7, note 1 , sont : la sphère de la lune, celle du soleil, celle qui embrasse les sphères des cinq planètes, et enfin celle des étoiles fixes. Le mouvement propre de toutes ces sphères se fait de l'occident à l'orient ; si donc l'auteur fait allusion ici à un mouvement opposé d'orient en occident, il n'a pu avoir en vue que les sphères des nœuds des planètes , ainsi que nous l'avons fait observer au chap. xix de la IIe partie, p. 158, note 2.

(4) Je crois que l'auteur veut encore parler ici des deux mouvements opposés des sphères, à savoir de leur mouvement périodique de l'occident à l'orient et du mouvemeut diurne de l'orient à l'occident qui leur est imprimé par la sphère supérieure, ou la sphère diurne. Voy. t. II,

prime par les mois : Et les 'kayyôth couraient et revenaient , 3Nn wsn (v. 44); car mîTi est l'infinitif du verbe jn, il courul, et nur, est l'infinitif du verbe açf, il revint. 11 n'emploie pas les verbes tmi 7)bn, aller et venir, mais il dit que leur mouvement était une course et un retour sur leurs pas, ce qu'il explique par une image en disant : comme l'aspect de l'éclair, bazàe (ibid.), car ba%ak a le même sens que barak (éclair). 11 dit donc : semblables à l'éclair, dont le mouvement semble le plus rapide qu'il y ait et qui s'étend avec rapidité en s'élançant d'un certain endroit, et ensuite coup sur coup se relire et retourne avec la même rapidité à son point de départ. Jonathan ben Uziel explique les mots couraient et revenaient en ces termes : i Elles faisaient le tour du monde, et revenaient (sur leurs pas), comme une seule créature W, rapides comme l'aspect de l'éclair. » Il (le prophète) ajoute ensuite que, si la 'hayyâ accomplit ce mouvement de course (en avant) et en arrière vers un certain côté, c'esl là un mouvement (*> qui ne vient pas d'elle-

p. 151, noie S. — Moïse de Narbonne et Schem-Tob, trompés par la traduction d'Ibn-Tîbbon, qui porte: n^n rmnn pi, et elles tournaient circulairement , ont pensé qu'il s'agit ici du mouvement circulaire % par lequel les sphères reviennent toujours à leur point de départ ; mais si tel était le sens, la comparaison avec le mouvement de l'éclair serait mal choisie. Les mots arabes NniJNpyN ftuJKl *m signiBent : et elles revenaient sur leurs pas, et c'est dans ce sens que traduit Al-'Harizi :

nsnoa QîrrïGpy by rvnnn om.

(1) Au lieu de *nn «n3 , nos éditions du Targoum portent :

, de s orle qu'il faudrait traduire : et les créatures (les 'hayyôth) revenaient ensemble, etc. Quelques mss. du Targoum ont HTM Hrni , et d'autres Nin ma; dans le commentaire d'Abravanel sur ce verset, la citation du Targoum est conforme à celle de Muïmonide. Les éditions du Targoum ajoutent encore après JÈpDl le mot paDI , qui ne se trouve pas dans les mss.

(2) Au lieu de nain HD^, le ms. de Leyde, n° 18, porte Nnamn r\D^ (c'est-à-dire : et c'est peut-être celte leçon qu'avait Ibn Tibbon, qui traduit HDttyD nnyun pt*. D'autres mss. portent H3"inn PD^>, ce qui est encore moius correct. La version d'Al-'Harizi, njnan TïWH noyjjo , est conforme à la leçon que nous avons adoptée.

même, mais d'autre chose, je veux dire de l'intention divine. Ii dit donc que le côté vers lequel, selon l'intention divine, la 'hayyâ devait se mouvoir, était celui (*> vers lequel elle accomplissait ce mouvement rapide désigné par les mots couraient et revenaient. C'est là ce qu'il dit en parlant des 'hayyôth : Là où c'était l'intention (divine), ha-houa'h, qu'elles allassent, elles allaient, sans se détourner de leur marche (v. 12). Le mot roua'h (ryn) ne signifie pas ici le vent, mais a le sens d'intention, comme nous l'avons exposé au sujet du mot roua'hW. Ainsi, il veut dire que la 'hayyâ suivait dans sa course la direction que lui donnait l'intention divine (3>. C'est dans le même sens que Jona-

(1) Littéralement : que le côté vers lequel c'était l'intention divine que la 'hayyâ se mût, vers ce même côté elle accomplissait etc. Les mots finîbN "|bn , vers ce même côté, ne sont pas rendus dans la version d'Ibn-Tibbon. Celle d'Al-'Harîzi porte : nyura yjnann M<nn HNSn !?N

ÉOSn NTIîP nbp- Au lieu de pjmnn qu'ont ici nos éditions de la version d'Ibn-Tibbon et celle d'AU'Harizi , il faut écrire yyijnn, comme l'ont en effet les mss. d'Ibn-Tibbon et l'édition pr inceps.

(2) Voy. t. I, chap. xl, p. 144.

(3) Littéralement : // dit donc : le côté vers lequel c'était l'intention divine que la 'hayyâ marchât, vers ce côté même courait la 'hayyâ. L'auteur se serait exprimé d'une manière à la fois plus simple et plus correcte si, au lieu de NîT^NÎTrÔN nin fiïTftN l^H *fîfî, il avait dit -|bn ^Nfî PITI^N nin .ini^. Ibn-Tibbon a reproduit celte espèce de pléonasme, en disant: vbto PPnn pin Ninn Tîû. Al- Ilarîzi a : n*0£n O

robb rmn yzn ton or rrt» n^nn nsbb *mbm pfînn nsr. —

Selon les commentateurs, l'auteur veut parler ici du désir, qui attire chaque sphère vers son Intelligence respective, cause prochaine de son mouvement. C'est aussi dans ce sens qu'Abravanel entend les paroles de Malmonide, et il objecte que l'Intelligence séparée n'a pas de lieu déterminé pour qu'on puisse dire qu'elle fait mouvoir les sphères vers elle. Yoy. Abravanel, commentaire sur tfzéchicl, chap. I, v. 12:

îma sn£D nnr idV robb rmn noir rvrp ir» bu mm on • crtrian niyi:n isbnnn p dm noto -tn« ron moipon tab îom

Mais c'est là précisément l'objection que Maîmonide a faite lui-même à l'hypothèse des philosophes, afin de montrer que les divers mouvements

ilian ben Uziel a expliqué ce passage : « Là où c'était la volonté (tojp) qu'elles allassent, elles allaient, elles ne se détournaient pas dans leur marche. » Mais comme les mots rnm "îaw 'm rmn noir, là où c était l'intention etc. pourraient s'entendre dans ce sens que, dans l'avenir, tantôt Dieu voudra que la 'hayyâ prenne telle direction , tantôt il voudra qu'elle marche dans telle autre direction, opposée à la première (»), il (Ezéchiel) revient expliquer ce qu'il y a là d'obscur, et il nous fait savoir qu'il n'en est point ainsi, et que (l'aoriste) rrrp, c'est, ce sera, a ici le sens de rrrr» c'était, ce {ut, ce qui arrive fréquemment en hébreu. La direction , dit-il , dans laquelle Dieu voulut que la 'hayyâ marchât était déterminée, la 'hayyâ marchait dans la direction où Dieu avait voulu qu elle marchât, et la volonté (divine) était stable à l'égard de cette direction. Pour expliquer cette idée et pour compléter son discours, il dit dans un autre verset : Là oii c'était l'intention qu'elles allassent, elles allaient,

ET L'INTENTION ÉTAIT (TOUJOURS) QU'ELLES Y ALLASSENT (v. 20). Il

faut te bien pénétrer de cette explication remarquable. — Voilà donc comment il décrit la manière de se mouvoir des quatre 'hayyôth, après avoir décrit leurs Ggures.

Il aborde ensuite une autre description , et il dit qu'il a vu , au-dessous des 'hayyôth, un (autre) corps qui était attaché à celles-ci. Ce corps se joignait à la terre et formait également

des sphères célestes ne sont déterminés que par la volonté libre du créateur agissant avec intention. Voy. t. Il, chap. xix, p. 162. Évidemment, c'est cette môme intention divine que , selon Maïmonide, Ézéchiel aurait désignée ici par le mol nn, esprit, intention.

(1) Plus littéralement : Mais comme les mots etc. pourraient avoir ce iens littéral que tantôt Dieu voudra dans l'avenir qu'elle marche vas un certain cùU, et la 'hayyâ ira de ce côté, et tantôt il voudra qu'elle marche vers un autre côté, opposé à celui-là, et elle marchera. . . Au commencement do celte phrase Ibn-Tibbon a un peu modifié la construction. Al-'Harîzi traduit littéralement : rmn not? rrrp no rrntp ^sdi nn* nxzb 0*. Tnj?3) ny:i nrp oys oidkûh nr bb?b mv

• 'm *rnn msb rrnn -|bni

quatre cor; s ayant aussi quatre faces <*h II ne lui attribue aucune figure, ni figure d'homme, ni figure d'aucun autre animal W ; mais il dit seulement que ce sont des corps grands, formidables et effrayants, ne leur attribuant aucune figure et disant que leurs corps sont pleins d'yeux (3 .Ce sont eux qu'il nomme ophannîm, roues : Je vis les 'hayyôth, dit-il, et voici il y avait un ophan (une roue), sur la tene, près des 'hayyôth, avec ses quatre faces (v. 15). Il dit donc clairement que c'était un seul corps dont une extrémité était près des 'hayyôth et dont l'autre extrémité était sur la terre, et que cet ophati avait quatre faces. Il continue : L'aspect des ophannîm et leur façon étaient comme la couleur du tarschisch W, et tous les quatre avaient une même ressemblance (v. 16). Ainsi, après avoir parlé d'un ophan , il parle ensuite de quatre, indiquant clairement par là que les quatre faces qu'avait Vophan sont les quatre ophannîm W; et il dit ensuite que les quatre ophannim avaient une seule et même figure, ce qu'il exprime par les mots : et tous les quatre avaient une même ressemblance («). Il déclare ensuite à l'égard de ces

(1) L'auteur veut parler de la matière première sublunaire ou du corps élémentaire qui forme les quatre éléments, dont chacun a une forme spécifique particulière. Cf. t. I, chap. lxxii, p. 358-359; t. H» chap. nx, p. 118, et ibid., notes 1 et 2.

(2) Car les éléments sont des corps inertes qui n'ont pas de mouvement par eux-mêmes, comme en ont les animaux, et qui sont mus par la sphère céleste. Voy. ci-après, p. 21, note 4.

(3) Voy. Ézéchiel, chap. I, ». 18; l'auteur va dire tout à l'heure ce qu'il entend par les yeux.

(4) Nom d'une pierre précieuse par laquelle , selon l'auteur, Ézéchiel indique la matière première. Voy. plus loin, chap. IV, vers la fin.

(5) C'est-à-dire , que les quatre faces attribuées à la matière première sublunaire représentent les quatre éléments. S'il les appelle ophannîm , ou roues, il faut se rappeler que les éléments forment également des sphères placées les unes dans les autres. Voy. 1. 1, chap. xxxvi, p. 134, note 2, et ci-après, chap. III, où l'auteur explique ce verset; 1rs ophannîm, je les entendis appeler galgal (Ézéchiel, X, 13).

(6) C'est-à-dire, la forme corporelle, commune aux quatre éléments.

ophannîm qu'ils étaient composés les uns avec les autres 0), ce qu'il exprime par ces mots : leur aspect et leur façon étaient comme si un ophan se trouvait dans l'intérieur d'un autre ophan (v. 16). C'est là une expression qui n'est point employée à l'égard des 'hayyôth; car il ne se sert pas, en parlant des 'hayijôth, du mot -pn (à l'intérieur), mais (il dit que) celles-ci étaient appliquées (*) les unes aux autres, en se servant de l'expression attachées lune à l'autre (v. 9); tandis qu'il dit des ophannîm qu'ils étaient composés les uns avec les autres, comme si un ophan se trouvait à l'intérieur d'un autre ophan. Quant à ce qu'il dit que le corps tout entier des ophannîm élait plein d'yeux , il se peut qu'il veuille dire (réellement) qu'ils étaient remplis d'yeux (3). Mais il se peut aussi (que cela signiôe) qu'ils ont de nombreuses couleurs, (comme dans ce passage) et sa couleur, wjn, était comme la couleur du Bdellion (Nombres,

(1) L'auteur fait allusion an mélange des éléments, qui , comme il le dit ailleurs, agissent les uns sur les autres et reçoivent les impressions les uns des autres. Voy. t. I, chap. lxxii, p. 360.

(3) Voy. ci-dessus, p. 12, note 1. — Les éditions de la version d'Ibn- Tibbon ont ici le mot n3"HO et un peu après ontfp2 13inD DnîfptP , ce qoi donne un contre-sens. H faut mettre à la première place I3in0 et à la seconde , comme l'ont en effet les mss.

(3) Dans la phrase arabe, le suffixe de ne peut se rapporter

qu'aux ophannim, et la version d'Ibn-Tibbon Qiyy xb*2 est ioexacte. Celle d'Al-'Harîzi porle : Q^y niNte OH ^. Quant au sens, les commentateurs pensent que Maïmonide fait allusion aux nombreuses créatures vivantes composées des éléments et qui toutes ont des yeux. En effet, il serait difficile de trouver un autre sens dans les paroles de Maïmonide, et c'est avec raison qu'Abravanel s'élève contre une interprétation si peu probable des paroles du prophète (commentaire sur Ézechiel, I, 18):

%ts toit y* *a wt «to mb erry by nten twn^m 'by2n tj; o<ry m*6o dhûji ro-noTi by ptrion triTan • 'tn oriDv ona«n -wBn unm xb) mm -dt xb nam D"n

Abravanel, qui voit dans les 'hayyôth les Intelligences séparées et dans les ophanntm les sphères célestes , pense que le prophète désigne par le mot yeux les astres fixés dans les sphères.

XI, 7); ou bien il se peut que (par yeux) il ait voulu dire similitude selon l'expression que nous trouvons dans le langage des anciens docteurs W ^ya, ^up voulant dire semblable à ce qu'on a volé, semblable à ce quon a ravi; ou bien enfin cela signifie des circonstances et des qualités variées (3>, comme dans ce passage : Peut-être Dieu regardera-t-il ^y3 . c'est-àdire : mon ctat W. Voilà donc la description qu'il donne de la forme des ophannîm.

Quant au mouvement des ophannîm, il dit que là aussi il n'y avait ni courbure, ni détour, ni déviation, mais que c'étaient

(1) C'est-à-dire , que les éléments renferment une foule d'images de toutes sorles de créatures. Les commentateurs, trompés par le mot ni31W qu'emploie ici la version d'Ibn-Tibbon, l'ont expliqué dans le sens d'imagination , « car (dit Schem-Tob) des éléments il naît des animaux qui ont de Y imagination » 0*n tyï ICnnrV nVTlDVlD ^3 P'DI Cr6- Cette explication est non-seulement trop recherchée, mais elle ne peut nullement s'appliquer au mot arabe ii^nON (pluriel de ^Nfio), qui n'a jamais le sens d'imagination; et d'ailleurs, elle ne cadre pas non plus avec l'exemple que Maïmonide va citer du Talmud.

(2) Littéralement : comme nous trouvons que les anciens de la langue s'expriment. Ibn-Tibbon a simplement : irilCIp; Al-'Harîzi traduit plus exactement : psf^n ^jpt TlDfcW 103. — Les expressions citées ici par Maïmonide se trouvent dans le Talmud de Babylone, traité Baba Kamma, fol. 65 et 66, oii il est question de la restitution des choses volées, dont le principal doit être restitué semblable à ce qu'on a volé, c'est-à-dire selon la valeur qu'il avait au moment du vol, mais dont l'amende, c'est-à-dire le double (Exode, XXII, 3, 6), le quadruple ou le quintuple (/6ùf., XXI, 37), se paye selon la valeur qu'ont les choses volées au moment du jugement.

(3) C'est-à-dire , que le mot yeux a ici le sens de circonstance ou de qualité, car les éléments renferment beaucoup de choses de qualités différentes.

(4) Ce passage est tiré du IIe livre de Samuel, chap. xvi , verset 12 , oti le kelhib porte iny3 (pour ^3JJ3) , mon affliction , et le keri » mon œil, ce que Maïmonide explique par mon état. Cf. le commentaire de David Kim'hi sur ce verset :

713131 71313 *>3 TV» ^ Wmïl *OT3 PI 13 *3NBf ^3 103 VJ»

• T%jyO 103

des mouvements droits qui ne variaient pas (*). C'est là ce qu'il dit : En marchant ils se dirigeaient vers leurs quatre côtés (*), sam se détourner dans leur marche (v. 17). H dit ensuite que ces quatre ophannîm ne se mouvaient pas par eux-même ;s , comme les 'hayyôth, et qu'au contraire (3', ils n'avaient en eux aucun autre mouvement que celui qui leur était donné par une impulsioo du dehors (*\ Il insiste sur la répétition de cette idée et la fait ressortir plusieurs fois. Il déclare que ce qui mettait en mouvement les ophannîm, ce n'était autre chose que les 'kayyêlh W, de sorte que, pour me servir d'une image, il en était du rapport de Yophan à la 'hauyâ comme quand on attache un corps mort aux pieds de devant ou de derrière d'un animal; toutes les fois que cet animal sera en mouvement, ce bois

(1) L'auteur fait allusion aux mouvements que font les éléments pour retourner à leur lieu naturel, lorsqu'une cause quelconque les en a fait sortir; ce mouvement se fait en ligne droite. Voy. 1. 1, chap. lxxii, p 358-359.

(3) C'est-à-dire, les ophanntm ou les quatre éléments se dirigeaient chacun vers son lieu naturel, la terre vers le centre du monde, le lou ▼ers la circonférence, l'eau et l'air vers des lieux intermédiaires entre le centre et la circonférence.

(3) La particule ^2, maw, au contraire , n'a pas été rendue par Ibn- Tibbon, qui a simplement: onV njTtfn pNl.

(4) Il faut se rappeler ce que l'auteur dit ailleurs en décrivant les éléments (t. I, p. 358) : «Ce sont des corps inanimés qui n'ont ni vie ni perception, et qui ne se meuvent pas par eux-mêmes, mais qui restent en repos dans leurs lieux naturels. » Le mouvement que font les éléments pour sortir de leur lieu naturel n'est jamais spontané, mais est purement accidentel, et leur est imprimé par une force extérieure, comme par exemple le mouvement de la terre et de l'eau vers le haut, et celui du feu et de l'air vers le bas. De même, le mouvement circulaire que font les sphères des éléments, et qui produit le mélange des éléments, a pour cause le mouvement de la sphère céleste. Cf. t. II, chap. xix, p. 148.

(5) Car à tout mouvement dans le monde sublunairo on peut donner pour cause le mouvement de la sphère céleste. Voy. 1. I, p. 361 et suiv. ; t. H, p. 30.

ou celle pierre qu'on a altachés au membre de cet animal sera également en mouvement. Il dit donc : Quand les 'hayyôth marchaient , les ophannîm marchaient auprès d'elles , et quand les 'hayyôth s'élevaient de dessus la terre, les ophannîm aussi s'éle vaient (v. 19) ; et il dit encore : Et les ophannîm s'élevaient visà-vis d'elles (v. 20) , ce dont il explique la cause en disant : car l'esprit (roua'h) de la 'hayya était dans les ophannîm. Il répète encore celle idée pour la confirmer et pour la mieux faire comprendre, et il dit : Quand elles marchaient, ceux-ci marchaient aussi, et quand elles s arrêtaient ils s'arrêtaient et quand elles s'élevaient de dessus la terre, les ophannîm aussi s'élevaient vis-à-vis d'elles, car l'esprit de la 'hayyâ était dans les ophannîm (v. 21). L'ordre de ces mouvements est donc celuici : Les 'hayyôth se mouvaient dans la direction vers laquelle, selon l'intention divine, elles devaient se mouvoir; et par le mouvement des 'hayyôth, les ophannîm aussi étaient mis en mouvement, en les suivant parce qu'ils y étaient altachés , car les ophannîm ne se mouvaient pas spontanément vers les 'hayyôth. Cet ordre, il le décrit en disant : Là où c'était l'intention qu'elles allassent, elles allaient, et l'intention était (/oajours) qu'elles y allassent; et les ophannîm s'élevaient vis-à-vis d'elles, car l'esprit (roua'h) de la 'hayyâ était dans les ophannîm (y. 20). Je t'ai déjà fait connaître la paraphrase de Jonathan ben Uziel, qui dit : « Là où c'élait la volonté («ïjn) qu'elles allassent etc. »

(1) Nous ne saurions dire comment Maïmonide, dans son système, a entendu les mois et quand elles s'arrêtaient ils s'arrêtaient, car le mouvement des 'hayyôth, ou des sphères célestes, ne s'arrête jamais. Selon quelques comment ateurs, Maïmonide aurait entendu ici le verbe ioy dans le sens de durer, subsister (cf. 1. 1, chap. xm, p. 63), c'est-à-dire que les ophannîm ne subsistent que par la durée des 'hayyôth. Selon d'autres , il aurait pensé à la station apparente des planètes (voy. t. Il, chap. x, p. 86, note 2), pendant laquelle les forces des astres cesseraient d'agir sur les éléments. Cf. Samuel ibn-Tibbon, Yikkawou ha-maim, chap. x, p. 53.

Après avoir achevé la description des 'hayyôlh, de leurs figures et de leurs mouvements, et après avoir parlé des ophannîm qui sont au-dessous des 'hayyôlh auxquelles ils sont attachés et dont ils suivent le mouvement, il aborde une troisième perception et revient à une autre description (*), à savoir de ce qui est au-dessus des 'hayyôlh. Au-dessus des quatre 'hayyôlh, dit-il, il y avait un firmament (v. 22); sur ce firmament il y avait la ressemblance d'un trône, et sur le trône quelque chose qui restemblait à l'aspect d'un homme (v. 26) W.

Tel est l'ensemble de la description qu'il donne de la vision qu'il eut d abord près du fleuve de Chaboras.

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