CHAPITRE XXII
L'histoire de Job, si étrange et si étonnante W, se rapporte au sujet dont nous nous occupons ; je veux dire qu'elle est une parabole qui a pour but d'exposer les opinions des hommes sur la Providence. Tu sais que certains docteurs disent expressément : « Job n'a jamais existé, et ce n'est là qu'une parabole^), i» Ceux-là même qui croient qu'il a existé et que c'est une histoire qui est (réellement) arrivée, no savent lui W assigner ni temps ni lieu. Quelques docteurs disent qu'il exista du temps des pa-
(1) Mot à mot : du problème de la connaissance que Dieu a de ce qui est en dehors de lui.
(2) L'auteur appelle cette histoire étrange et étonnante , parce qu'elle nous présente un homme pieux condamné , sans aucune raison apparente, aux plus affreuses souffrances, et qu'elle parait incompréhensible au lecteur superficiel qui n'en pénètre pas le mystère. — Les deux versions hébraïques n'ont pour les deux adjectifs que le seul mot NbfîJH.
(3) Voy. Talmud de Babylone, BabaBathra, fol. 15 a, oti se trouvent aussi les différentes opinions sur les diverses époques que d'autres docteurs assignent à Job.
(4) Le mot nbi à toi, qu'ont tous les mss. arabes, ne peut se rapporter grammaticalement qu'à Job.
triarcbes; d'autres disent, du temps de Moïse; d'autres encore, du temps de David ; d'autres enfin disent qu'il fut de ceux qui revinrent de Babylone. Mais tout cela ne fait que confirmer l'opinion de ceux qui disent qu'il n'a jamais existé. En somme, qu'il ait existé ou non, toujours est-il que tous les lecteurs ont été jetés dans la perplexité par son histoire telle qu'elle nous est racontée (*) ; de sorte qu'on a objecté contre la science et la Providence de Dieu ce que j'ai déjà mentionné ^, à savoir, que l'homme vertueux et parfait, plein de probité dans ses actions, et qui a le plus grand soin d'éviter les péchés, est pourtant frappé, coup sur coup, de grands malheurs , dans sa fortune , dans ses eu fants et dans sa personne, sans l'avoir mérité par un péché quelconque. Selon les deux opinions encore, que Job ail existé ou non, le prologue du livre, je veux dire le discours de Satan , les paroles que Dieu adresse à Satan , Job livré au pouvoir de ce dernier, tout cela (dis-je), pour tout homme intelligent, est indubitablement une parabole. Cependant ce n'est pas là une parabole comme il y en a tant, mais une parabole à laquelle se rattachent des pensées profondes, des choses qui forment le mystère de l'univers (3), et qui sert à éclaircir de grandes obscurités et à manifester les plus hautes vérités Je vais l'en dire tout
(1) Les mois ftmiiobx nn"£p bno *■£) signifient mot à mot : de iali ejus casu qui existit; l'auteur veut dire que son histoire vraie ou fausse, qui dans tous les cas existe devant nous, a troublé l'esprit des lecteurs. Au lieu de nrvàp, son aventure (casus, eventus), plusieurs mss. ont nntfpi son histoire.
(2) L'auteur veut parler des doutes que, par la raison qu'il va dire » on a exprimés sur l'omniscicnce de Dieu et sur la Providence. Voy. cidessus, ebap. xvi.
(3) Ces derniers mots sont empruntés au Talmud de Babylone, traité 'Haghtgâ% fol. 13 a, où ils se rapportent à la vision d'Ézéchiel.
(4) Mot à mol : des vérités qui n'ont pas de terme après elles, c'est-à-dire qui sont elles-mêmes le dernier terme de la vérité. Dans la version d'Ibn-Tibbon , il faut lire selon les mss. niriEN , vérités , au lieu du mot nïDltyn. mystères, qu'ont les éditions; AL'Harizi traduit littéralement;
ce qui peut se direW, et je rapporterai les paroles des docteurs qui ont éveillé mon attention sur tout ce que j'ai pu comprendre de cette importante parabole.
La première chose qui doit fixer ton attention, ce sont les mots : // y avait dans le pays de 'Ouç (Hus) un homme (Job, I I), où l'on se sert d'un homonyme, qui est Ouç (py) ; car c'est à la fois un nom d'homme : son premier né Ouç (Genèse, XXII, 21), et l'impératif d'un verbe (exprimant l'idée de) réfléchir, méditer, par exemple rttjnîny, prenez conseil (Isaïo, Ylll, 10). C'est donc comme si Ton disait: Médite sur celte parabole (*), réfléchis-y, cherche à en pénétrer le sens, et vois quelle est l'opinion vraie (3). Ensuite on raconte que les fils de Dieu Jes anges) vinrent se présenter devant l'Éternel, et que Satan se présenta au milieu d'eux (*). On ne dit pas « les fils de Dieu et Satan vinrent se présenter devant l'Éternel, » de sorte que tous se seraient trouvés là au même titre (5) ; mais on s'ex-
(1) C'est-à-dire , selon le commentateur Schem-Tob : ce que je pourrai en dire sans me prononcer clairement sur des mystères qu'il n'est pas permis de révéler.
(2) Sur le sens du verbe "Gin, voy. le tome II, p. 250, note 3. Dans la version o"Ibn-Tibbon , au lieu de niîjjn nNtn, les mss. ont, conformément au texte arabo : btPDn nta ; de même Al-'Harizi :
(3) Les éditions de la version d'Ibn-Tibbon ont le pluriel , quelles sont Us opinions vraies; les mss. ont conformément à l'arabe: njnn HfcTn ten HQ nTPONn. Sur l'impératif forme incorrecte, voy. tome î, |>. 19, note 2.
(4) Mot à mot : dans leur foule et dans leurs troupes. Au lieu de DmND3 (çjtj^^*-^ in universitate eorum^ plusieurs mss. ont omN03 ((•"*; ^♦*)î *ur ce dernier mot, qui est peut-être préférable, voy. tome I, p. 223, note 3.
(5) La version d'Ibn-Tibbon s'écarte un peu du texte ; elle porte :
m» -py tynn» dit tan rnwxop (mss. nan) nxii mn rm.
Le root ffcOS, Ibn-Tibbon paraît l'avoir prononcé Al-'Harizi traduit plus littéralement : -|n« "pi tan nWJiO nTP ÏN "O.
prime ainsi : Us fils de Dieu vinrent se présenter devant V Éternel, et Satan aussi vint au milieu d'eux (Job, I, 6; II, I). Par cette manière de s'exprimer, on désigne quelqu'un qui est venu, sans que ce fût lui qu'on ait eu eu vue et sans que sa présence ail été recherchée, mais qui plutôt, à l'occasion de l'arrivée de ceux dont on avait eu en vue la présence, s'est présenté au milieu des arrivants O. — Ensuite on dit que ce Satan errait sur la terre et la parcourait; il n'y a donc aucun rapport entre lui et le monde supérieur, auquel il n'a point accès. Tel est le sens des mots : (Je viens) d'errer sur la terre et de la parcourir (ibid.y 1 , 7 ; II , 2) ; car il n'erre et ne se promène que sur la terre — Ensuite on rapporte que cet homme intègre et parfait fut livré entre les mains de Satan, et que celui-ci fut la cause de tous les malheurs qui le frappèrent dans sa fortune, dans ses enfants et dans sa personne (3). Après avoir ainsi indiqué l'idée sous-enten-
(1) L'auteur s'exprime ici à mots couverts, comme il l'a fait dans son explication du Maasè Beréschith et du Ma'asé Mercâbâ. Il fait allusion à l'idée qu'il a développée plus haut (chap. x), à savoir, que tout ce qui est émané directement de la volonté du créateur est le bien, et que Dieu n'est jamais l'auteur direct du mal. Ce n'est qu'accidentellement et indirectement que le mal peut être attribué à l'action divine ; la matière en elle-même créée par Dieu n'est point un mal , mais elle devient la source du mal par la privation qui lui est inhérente et qui esl la cause de la corruption Qf^pù). Dans le prologue du livre de Job, il faut entendre, par les fils de Dieu, le bien que Dieu a eu directement en vue dans la création, c'est-à-dire les Intelligences et les sphères , ainsi que les formes émanées d'elles et qui sont les causes de la naissance (y:v:ot;) et de la conservation des êtres. Satan, au contraire, représente la privation , source accidentelle du mal.
(2) C'est-à-dire, le mal, qui naît de la privation, n'existe que sur la terre, ou dans le monde sublunaire (cf. tome II, chap. xxx, p. 235) ; car la matière supérieure n'est pas accompagnée de la privation, et rien dans le monde supérieur n'est corruptible.
(3) C'est-à-dire, que la matière sublunaire ai \& privation qui l'accompagne furent la cause des malheurs accidentels qui frappèrent Job, et dans lesquels Job et ses amis crurent voir un mal venant directement de Dieu.
due on commence à exposer ce que les penseurs W ont dit sur ce sujet; on rapporte d'abord une opinion qu'on attribue à Job, puis d'autres opinions (sont attribuées) à ses amis. Je t'exposerai clairement ces différentes opinions, qui causèrent chez eux un si grand conflit d'idées (3> sur cet événement dont Satan seul était la cause, tandis qu'ils croyaient tous, tant Job que ses amis, que Dieu avait agi lui-même, sans l'intermédiaire de Satan. Ce qu'il y a de plus étonnant et de plus remarquable dans ce récit, c'est qu'on n'attribue point à Job la science et qu'on ne l'appelle pas un homme sagey ou intelligent, ou savant; car, au contraire, on ne lui attribue que d'excellentes mœurs et la droiture dans les actions. En effet, s'il avait été un sage, sa situation n'aurait eu pour lui rien d'obscur, comme on l'exposera plus loin.
Je ferai remarquer encore que les malheurs de Job sont présentés dans une certaine gradation, selon les différents caractères des hommes (*). En effet , il y a des hommes qui ne s'ef-
(1) Mot à mot : après avoir fait sous-entendre cette sous-entente; c'est-àdire, après avoir indiqué, par l'allégorie de Satan, la véritable idée du mal. Ibn-Tibbon, qui traduit ces mots par pjyn HT 2&y ItPfcOI (c.-à-d. après avoir établi ce sujet), paraît avoir lu ")îp avec au lieu de TTp avec 1, comme l'ont tous les mss.; Al-'Harizi traduit littéralement :
(2) An lieu de "itûjta ^HN , les penseurs , Ibn-Tibbon a simplement fryn; il faudrait p^Jjn Le mot ii^irpbKi qui veut dire proposition, jugement , est ici employé dans le sens de récit, sujet, comme le mot rlyp^N ; aussi les mss. ont-ils dans ce chapitre tantôt l'un, tantôt l'autre de ces deux mots (v. ci-dessus, p. 160, note 1). Ibn-Tibbon (dans les mss.) a ici rrTOH nN?3. Les éditions ont substitué à ces deux mots le mot 13, se rapportant à pyn m.
(3) Cf. ci-dessus, p. 113, note 2.
(-4) Littéralement : Ensuite (il faut remarquer) qu'on a gradué ses malheurs, etc. Au lieu du verbe in, graduer, un de nos mss. (suppl. bébreu, n° 63) a "Di; de même les deux versions hébraïques : celle d'Ibn-Tibbon a ynpD TOW» Tljn i celle d' Al-'Harîzi : ymùn *D? p in«V
16i TROISIÈME l»ARTIK. — CIUP. XXII.
fraycnl pas (') de la perle de leur forlune, dont ils font peu de cas, mais qui sonl saisis de (erreur par la mort de leurs enfanls et en meurent de tristesse. Il y en a d'autres qui supportent avec résignation (2) même la perte des enfants; mais aucun être qui a la sensation (3) ne peut supporter les douleurs. Tous les hommes, je veux parler du vulgaire, glorifient Dieu de leur langue, et le disent juste et bienfaisant quand ils sont heureux et à Taise, ou même dans un état de souffrance supportable. Mais quand arrivent ces malheurs qu'on rapporte de Job, alors il y en a qui, en perdant seulement leur forlune, blasphèment et croient que l'univers entier manque de bon ordre; d'autres, quoique affligés de la perte de la fortune, continuent à croire à la justice (divine) et au bon ordre (de l'univers), mais s'ils sonl éprouvés par la perle des enfanls , ils ne peuvent se résigner ; d'autres enfin se résignent et ne sont pas troublés dans leur foi, même lorsqu'ils perdent leurs enfanls, mais aucun d'eux ne supporte les douleurs du corps sans se plaindre et sans blasphémer, soit avec sa langue, soit dans sa pensée.
En parlant des ftls de Dieu, on dit les deux fois qu'ils vinrent se présenter devant V Éternel (ibid., I, 6 ; 11, 1). Mais pour ce qui esl de Satan, bien qu'il vint au milieu d'eux la première et la seconde fois, on ne se sert pas à son égard la première fois de l'expression ajpnrrt» se présenter, tandis que la seconde fois on dit (11, i) : «Et Salan aussi vint au milieu d'eux se présenter
(1) Au lieu de ywnT, quelques mss. ont yimv Nos éditions de la version d'Ibn-Tïbbon paraissent rendre les deux verbes à la fois : 132^ 2)0* N^>1 Nbt? SD- Dans quelques mss. de cette version et dans le commenlairc de Scheni-Tob, on lil in? Nbl? '•D (cf. Job, XXXVII, 1). La version d'Al-'Harîzi porte : ir,DD TD^ TUT N^l? *D.
(2) Littéralement : sans désespérer. La version d'Ibn-Tibbon rend le mot ybrp par deux verbes: *6l H1»'* celle d'Al-'Harîzi a
tiit *6i n^-
(3) Dans les éditions de la version d'Ibn-Tibbon, l'inlinilif rrainb esl une famc d'impression ; il faut lire C\nQ^, au participe, comme l'ont les mss.
devant l'Éternel. » Il faut en bien comprendre l'idée , et tu reconnaîtras combien elle est remarquable M ; tu te convaincras alors que c'est en quelque sorte par une inspiration divine que j'ai trouvé toutes ces idées <2). En effet, les mots se présenter devant l'Éternel signifient qu'ils se tenaient là assujettis à l'ordre émané de sa volonté (3). C'est ainsi que Zacharie W, en parlant des quatre chariots sortant etc., dit : L'ange me répondit et dit : Ce sont les quatre vents qui sortent de là où ils se présentaient asrnno devant le maître de toute la terre (Zacharie, VI, 5) W. —
(t) L'auteur veut dire qu'il faut bien comprendre l'idée profonde cachée sous ce mot 21tTinb) présenter, et la raison pourquoi cette expression a été omise la première fois. Ainsi que Maïmonidc le fait entendre lui-même dans ce qui suit, Satan, qui représente la privation (77 fy. ?<--), peut être considéré, jusqu'à un certain point, comme un but direct de la création, puisque la naissance et la corruption, que le créateur avait pour but dans le monde sublunaire, n'ont lieu que par suite de la privation, qui est inhérente à la matière et qui par conséquent joue un rôle important dans les choses de ce bas-monde (cf. le t. I, chap. xvn, p. 60;. Satan, ou la privation dont dépend le mol, a donc aussi en quelque sorte le droit de se présenter devant l'Éternel; mais il l'a moins que les êtres supérieurs qui sont le pur bien. Voy. ci-dessus, p. 162, notes 1, 2, 3). C'est pourquoi, pour les (ils de Dieu, on emploie deux fois l'expression 2îrnnb, ** présenter, tandis que pour Satan on ne l'emploie qu'une seule fois.
(2) C'est-à-dire , toutes les idées que l'auteur trouve cachées dans les différents passages qu'il a cités.
(3) Mot à mot : assujettis à son ordre en ce qu'il voulait; c'est-à-dire, que les êtres désignés ici par les mots fils de Dieu et Satan obéissaient forcément aux lois éternelles émanées de la volonté divine. Le verbe signiBe soumettre quelqu'un à un service forcé y le mot OTTD1Û, employé par Ibn-Tibbon pour le mot arabe ^ij^*, exprime peut-être plus énergiquement cette idée que le mot D'iayWD, que veut Ibn-Falaquéra (Append. du Moré ha-Moré, p. 157), et qui est ici employé par Al-'Harizi.
(4) Le texte arabe porte simplement : rP12î bip p » du discours de Zacharie, ou, selon les paroles de Zacharie. Ibn-Tibbon a njouté pour plus de clarté les mots nt )W» de même Al-'Harizi : rP"DÎ "IQNDD HT jnnv
(5) Dans le verset de Zacharie , les quatre vents représentent également les êtres supérieurs, désignés dans le livre de Job par les mots fils de Dieu. Voy. le tome II, chap. x, p. 91, et ibid , note 1.
Il est donc clair que les fils de Dieu et Satan n'occupent pas le même rang dans l'univers; au contraire, les fils de Dieu sont plus stables et plus durables, mais lui aussi (Satan) occupe dans l'univers un certain rang au-dessous du leur <*).
Ce qu'il y a encore de remarquable dans cette parabole , c'est que, après avoir dit que Satan errait particulièrement sur la terre et avoir parlé des actes auxquels il se livrait, on déclare qu'il lui est interdit de s'emparer de ['âme, que toutes ces choses terrestres sont mises en son pouvoir, mais qu'il y a une barrière entre lui et l'âme humaine W; tel est le sens de ces mots : Tioff ursa n» seulement prends garde à son âme (Job, II, 6). Je t'ai déjà exposé que, dans notre langue, le mot psa, âme, est un homonyme, et qu'il s'applique à la chose qui reste de l'homme après la mortW; c'est sur cette chose que Satan n'a pas de pouvoir W.
(1) C'est-à-dire: les êtres supérieurs, seuls représentants du bien absolu , sont stables et durables , n'étant pas soumis à la naissance et à la corruption ; mais Satan aussi occupe un certain rang dans le monde sublunaire, comme nous l'avons fait observer ci-dessus, p. 165, n. 1 . — Dans les éditions delà version d'Ibn-Tibbon, il faut effacer après ^qn le mot DIT qui ne se trouve pas dans les mss. et qui a été ajouté par les éditeurs pour justifier les adjectifs D^p et TûnQ qui sont au singulier; mais ce n'est que par inadvertance qu'Ibn-Tibbon a employé le singulier, en imitant les formes arabes OVIN1 rûhN, qui peuvent aussi s'employer pour le pluriel. 11 s'excuse dans sa préface des nombreuses fautes de cette nature. La version d'Al-'Harizi a ici plus exactement : ^ bSN
0*1Dljn D^D^ OH DVl^Nn- Les mots KD Sn ont été rendus dans la version d'Ibn-Tibbon par mit pbr\ ' « lui aussi a une certaine part »; cette traduction a été justement critiquée par Ibn-Falaquéra.Voy. Append. du Moré ha-Moré, p. 149 : fc^N rYIWXM 1HH pbn jCStfb ^» "O JMTI
tDDitfro mm nvsn«n nbœoo en o m«^on no nVyo ib bw
Cf. aussi le tome I, p. 52, note 2.
(2) Le verbe ^Tl est le passif de Stfn (rad. *Jj»-), qui signifie entre autres établir une séparation. Ibn-Tibbon ajoute ces mots explicatifs :
(3) Voy. le tome I, ebap. xli, p. 146, note 2.
(i) Car {'intellect acquis, qui est toujours en acte et qui seul est im-
Après ces observations, écoute cette parole si instructive émanée des sages, auxquels on peut à juste titre appliquer le nom de sages, (parole) qui a éclairci tout ce qui est obscur, mis à découvert tout ce qui était voilé, et révélé la plupart des mystères de la Loi; je veux parler de ce qu'ils disent dans le Talmud (f) : a Rabbi Siméon, fils de Lakisch, dit : Satan, lo mauvais penchant et l'ange de la mort sont une seule et même chose. » Tout ce que nous avons dit, ce passage le révèle d'une manière qui n'aura rien d'obscur pour celui qui sait comprendre W. Il est donc clair que ces trois noms désignent une seule el même idée, et que toutes les actions attribuées à chacune de ces trois choses sont l'action d'une seule et même chose. C'est là aussi ce qu'ont exprimé les anciens docteurs de la Mischna : « On a enseigné ce qui suit : il descend et séduit, puis il monte et accuse, et enfin ayant obtenu la permission, il ôle la vie <3>. » Tu comprendras maintenant que ce que David vit dans une vision prophétique au moment do la peste, — l'ange tenant dans sa main un glaive nu tendu vers Jérusalem (I Chron. , XXI, 16), — ne lui apparut que pour lui indiquer une certaine idée , laquelle
mortel, n'a plus rien qui soit en puissance, et par conséquent Satan, qui représente la privation, lui est complètement étranger et n'a aucune prise sor lui. Voy. le tome 1 , 1. c, et cf. ibid., chap. lxx, page 328 , note i.
(1) Voy. Talmud de Babylone, traité Bâbâ bathra, fol. 16 a. C'est à ce passage que l'auteur a fait allusion plus haut en disant : « Je rapporterai les paroles des docteurs qui ont éveillé mon attention sur tout ce que j'ai pu comprendre de cette importante parabole. » — Sur l'expression jnn "1J£\ le mauvais penchant, cf. tome II, p. 103, note 2.
(2) Selon tout ce qui a été dit plus haut, ce passage talmudique signifierait que la matière accompagnée de la privation, principe de mal, produit les mauvais penchants qui conduisent l'homme à sa perte.
(3) Voy. la Baraitha, rapportée dans Bâba bathra, l. c: TlV NlTl
idée est la même (*) que celle dont ou parle aussi dans une vision prophétique, au sujet du péché commis par les fils du grand piètre Josué : lit Satan se tenait à sa droite pour l'accuser (Zacharie.Ill, 1) t*). A la suite (de ce dernier passage), on déclare combien Satan est éloigné de Dieu (3> : V Éternel te réprouve , 6 Satan ! l'Éternel, lui qui a élu Jérusalem, te réprouve (ibid.,v. 2). C'est lui aussi que Bileam , dans une vision prophétique, vit sur son chemin, et qui lui dit : Voici Je suis sorti pour être un adversaire (Nombres, XXII, 32). [Il faut savoir que le mot Satan (]£{?) est dérivé du verbe satâ (nûfe» se détourner), par exemple détourne-toi (n&tp) de lui et passe (Prov., IV, 15) , je veux dire que ce mol renferme le sens de se détourner, s'écarter; car Satan est indubitablement celui qui détourne des voies de la vérité et qui fait qu'on se perd dans les voies de l'erreur (*)]. — Celte même idée W est exprimée aussi par ces mots : car le peu-
(1) Mot à mot : il {Dieu) ne lui montra que pour lui indiquer une idée etc. I.e mot yyo manque dans quelques mss., et il est aussi omis dans la version d'Al-'Harîzi , qui porte : pjyn Ht rvmnV ht lïWin O '131 TQÎiJJD. Dans la version d'Ibn-Tibbon , au lieu de paym» quelques mss. ont plus exactement pjjjn sans le i copulatif. Quant au verbe TWrlN» c'est une forme incorrecte pour nNlN- Cf. t. I, p. 97, note 4.
(2) Selon le Talmud, traité Synkédrin, fol. 91 o, on ferait ici allusion au péché que commirent les descendants de Josué en épousant des femmes étrangères. Voy. Ezra, chap. x, v. 18, et cf. la version chaldaïque au livre de Zacharie, III, 3, où les mots «Josué portait des vêtements souillés » sont ainsi paraphrasés : paon pa TX*b nn ytnm Nnnnab pttO NÎn pCU pn^, Jotué avait des fils qui prirent des femmes impropres au sacerdoce.
(3) Car, comme on l'a vu, Satan n'est en rapport qu'avec le monde sublunaire.
(4) La version d'Ibn-Tibbon porte: PUWfiï niJjDn ^"na m VI, « et qui nous mène dans la voie de l'erreur et de l'égarement. » Ibn- Tibbon a commis ici une grave erreur; car tous les mss. ar. portent
pavi (<3j>o), IVe forme de qui signifie périr, se perdre. Al-'Harîzi
traduit plus exactement: rï)J?Dn *0"na ^C^l.
(5) C'est-à-dire, l'idée que l'auteur rattache à l'être symbolique appelé Satan.
chant du cœur de V homme est mauvais dès son enfance (Genèse,
VIII, 21 J. Tu sais combien est répandue dans notre religion l i<lée du bon et du mauvais penchant , et lu connais cette parole uVs docteurs : « par tes deux penchants O ». Ailleurs ils disent que le mauvais penchant surgit dans l'individu humain dès la naissance : le pèche' guette à la porte (Genèse, IV, 7), et comme dit PÉciiturc : dès son enfance (ibid , VIII, 21), tandis que le bon penchant ne lui arrive qu'après le perfectionnement de son intelligence <*). C'est pourquoi, disent-ils, dans la parabole sur le corps humain et ses différentes facultés, contenue dans ce passage : une petite ville renfermant peu d'hommes etc. (Ecclés. ,
IX, 14), le mauvais penchant est appelé un grand roi et le bon penchant est appelé un homme pauvre et sage <3). Toutes ces
(1) Voy. Mischnà,lre partie, traité Derakhôlh^chap. ix,§ 5, ou les mots ^22h b22i de tout Ion cœur (l)eutéronome, VI, 5), sont expliqués par
W3i de Us deux penchants y ce que les docteurs entendent dans ce sen* qu'il faut remercier Dieu môme pour le mal qui nous arrive et ■loin noire mauvais naturel est souvent la seule cause, et qu'il faut le hier même dans les moments de tristesse et d'irrilation : d*in
Tnb« v"> n*< ron*o -icwtr raton by -j-ocrr oco njnn by -pib y-m irTi niDn ura yiv -pa1? bu "m -\22b bi2. cf. Tai-
mud de Babylone, même traité, loi. 61 a; 'tn ÎT3pn WDP W.
(2) Voy. Talmud de Babylone, traité Synhédrin, fol. 91 fr, oU l'on rapporte une conversation entre Rabbi Iehouda ha-Nasi et An ton in sur la question de savoir si le mauvais penchant (yin "1ÎT) naît au moment de la formation du fœtus, ou au moment où l'enfant est mis au jour; Anlonin se prononce dans le dernier sens, et Rabbi ajoule qu'en effet on peut citer à l'appui de cette opinion le verset de la Genèse (IV, 7) :
rwon nnsb -wtuv ijtdd Nipci dwjiimk vivb nr mn ^ idn
y2T\. Cf. Beréschith rabba, section xxxiv (fol. 30, col. t). Le bon penchant IJîO» sel°n les rabbins, ne se développe qu'à l'âge de treize ans. Voy. le Midrasch Kohélelh, au chap. ix, v. 14 : -\wb NT)p NIH ÎIO^I
nier rrwy vbv ara wo Vru «in»» bru jnn.
(3) Voy. l'interprétalion de ce verset de l'Ecclésiaste dans le Talmud de Babylone, traité Nedarim, fol. 32 f>, et cf. la paraphrase chaldaïque du même verset. — Les mss. arabes et ceux de la version d'Ibn-Tibbon, ainsi que les éditions, ont ici généralement pOD 1^» au lieu de
choses se trouvent dans des textes bien connus, émanés des docteurs. — Or, comme ils nous ont déclaré que le mauvais penchant est Satan, qui indubitablement est un ange,— et qui en effet est désigné comme ange , puisqu'il se trouve au nombre des fils de Dieu , — le bon penchant aussi est en réalité un ange (*). Ainsi donc, quand les docteurs disent, comme tout le monde sait (*), que chaque homme est accompagné par deux anges , l'un à sa droite et l'autre à sa gauche, il s'agit du bon penchant et du mauvais penchant ; et en effet ils disent expressément dans la Guemara de Schabbâth : « l'un bon, l'autre mauvais (3>. » — Tu vois donc combien de choses merveilleuses nous sont révélées par celte parole (*), et combien de fausses idées elle fait disparaître.
Je crois maintenant avoir exposé et éclairci à fond l'histoire de Job W. Mais je veux aussi l'exposer quelle est l'opinion at-
PDD tt^N» et c'est sans doute l'auteur lui-même qui a écrit par inadvertance, en pensant à un autre verset de l'Kcclésiaste : 1^ 31D MIT) pDD (chap. IV, v. 12).
(1) L'auteur veut dire que le bon penchant et le mauvais penchant, dérivant l'un et l'autre des facultés de l'âme, peuvent être appelés anges; car ce mot désigne entre autres toutes les forces physiques et toutes les facultés de l'âme. Voy. le t. Il, chap. vi, p. 70 et suiv.
(2) Mot à mot : cette chose si généralement connue dans les paroles des docteurs, à savoir que chaque homme etc. Voy. Talmud de Babylone, traité 'Haghigâ, fol. 16 a : IITIN f^D mCfTI *3Nbo W. Cf. traité Berakhùth, fol. 60 b : TV2^ D333n, et ibid. le commentaire de Haschi.
(3) Voy. traité Schabbâth, fol. 1 19 b : OInV )b pbo mOT '2
jn "trmi aïo in« îrra^ noaan rvao vryï-
(4) C'est-à-dire, par la parole de R. Siméon, fils de Lakisch, citée plus haut.
(5) Littéralement : Je ne pense pas autrement, si ce n'est que fai expliqué et éclairci thisloire de Job jusqu'à son terme et sa fin. La version d'Ibn- Tibbon, qui reproduit trop servilement la tournure de la phrase arabe, peut ne pas paraître assez claire; Al-'Harizi a rendu cette phrase avec plus de clarté : WW HO DD Wlfi 133 O 4 nonDSI ïfîlD) irvban "|U 3VN f ^y. L'auteur veut dire qu'il croit avoir fait tout
iribuée à Job et quelle est celle qu'on attribue à chacun de ses amis, en alléguant des preuves que je recueillerai dans leurs discours respectifs. 11 ne faut pas faire attention aux autres paroles nécessitées par l'ensemble du discours W, comme je te l'ai exposé au commencement de ce traité.